Guatemala - La couverture de l'impunité

09-01-2019 reseauinternational.net 5 min #150560

par Carolina Vasquez Araya

Le Guatemala traverse l’un des moments les plus critiques de son histoire.

La démocratie est comme l’amour : pour la préserver, il faut travailler pour elle, la consolider quotidiennement dans le respect des lois et des droits des autres, participer en tant que citoyens et cultiver des idéaux communs dans la recherche de l’égalité, avec tolérance pour les idées des autres. Tout cela dans une atmosphère de paix et d’harmonie. De belles paroles dont la réalité est souvent incompatible avec la nature humaine, plus encline aux abus de pouvoir, à la cupidité et à la recherche de la satisfaction individuelle. Ce tableau, qui se répète sans cesse dans des pays comme le nôtre, a provoqué une faiblesse endémique tout au long de l’histoire, due en partie à l’ingérence de puissances industrielles dont les actions directes et indirectes nous ont transformés – à un degré plus ou moins grand – en républiques bananières, mais aussi à l’impuissance des citoyens.

Au cours du week-end, le Guatemala est devenu l’exemple le plus représentatif de cette triste définition. Un gouvernement sous l’influence d’une caste d’hommes d’affaires dont le mérite douteux est d’avoir réussi à mettre en place tout un système de privilèges, efficace au point d’avoir duré des siècles et de continuer à tromper les dupes, qui croient en leur contribution à l’économie et au développement. A cela s’ajoute une armée dont le rôle de gardien de cette caste de privilégiés a perdu tout contact avec sa véritable mission et une classe politique dont l’intérêt principal est de s’armer contre l’action de la justice pour faire des biens nationaux sa petite caisse.

Jimmy Morales, Président du Guatemala (D) et Ivan Velasquez, Président de la CIGIG (G)

Lorsque, par un phénomène miraculeux de la nature, un organe d’enquête et d’appui à la justice (la Commission Internationale Contre l’Impunité au Guatemala, CICIG) a été créé pour poursuivre les crimes commis par les organisations criminelles insérées dans l’État, une ouverture pourrait se faire dans cet épais voile d’impunité institutionnalisée. Grâce à ces efforts, des progrès ont été réalisés dans d’importantes affaires, conduisant à l’emprisonnement de personnes issues des secteurs politique, commercial et militaire. Toutefois, le Président de la République et son Conseil de Sécurité, composé des ministres de l’intérieur, des affaires étrangères, de la défense et d’autres fonctionnaires subalternes, se sont retranchés de toute enquête sur leurs actes de corruption, rompant le cadre institutionnel, violant les dispositions constitutionnelles et désobéissant aux ordres des plus hautes juridictions du pays dans une volonté d’empêcher l’action de la justice.

Mais ce scénario, qui aurait pu provoquer une aversion générale et immédiate des citoyens, n’a pénétré que certaines couches de la société, telles que les organisations civiles et les groupes les plus proches de la vie politique nationale. Les grandes masses, divisées par les stratégies élaborées par les groupes dominants, restent dans le doute quant à savoir si la persécution des criminels installés au sein de l’État est bonne ou mauvaise pour la santé nationale, car il y a ceux qui affirment que ce genre de nouvelles nuit gravement à l’économie et à l’image du pays à l’étranger, décourageant les éventuels investisseurs.

Le silence des citoyens a été la protection la plus efficace pour les corrompus, tout au long de leur histoire et, bien sûr, pendant les gouvernements de l’ère démocratique. Le pillage des richesses a été constant et lucratif pour les groupes de pouvoir, alors que le peuple est consumé dans la misère la plus injuste. Les actions d’intimidation du gouvernement contre la CICIG et les citoyens ne sont qu’un exemple du danger auquel le Guatemala est exposé : la possibilité de perdre une démocratie naissante qui a coûté des milliers de vies humaines.

Source :  La cobija de la impunidad

traduit par Pascal, revu par Martha pour  Réseau International

 reseauinternational.net

 Ajouter un commentaire