Migrants avec et sans visas: l'Algérie en quête d'une solution miracle

11-01-2019 mondialisation.ca 29 min #150616

« Mais pourquoi t'obstines-tu à partir A traverser les mers en nous laissant. Tu t'aventures à mettre en péril ta précieuse vie. Pour t'exiler, en renonçant à nous. Ce voyage n'est pas légal. Et sa fin peut être malheureuse Et tu risques de te noyer sans pouvoir nous revenir. Ne me trouve aucune excuse Il n'y a pas de meilleur pays que le tien »

« Réponse du Jeune : « Ne me blâme pas, et laisse moi partir Je tente ma chance, même dans le désert Ton gars a le cœur meurtri, S'il vit, il ne possède rien, et s'il meurt, il n'aura rien à léguer. Depuis l'âge où j'étais bébé dans le berceau La réussite ne m'a jamais rendu visite. Que je vive dépecé ou égorgé Il n'y a pas de différence, les deux sont des calamités »

Merzak Ouabed Alger, 2005

Rituellement les Algériens se tiennent le ventre à l'annonce d'une nouvelle macabre, la sève algérienne disparait en mer ; j'ai été particulièrement choquée par une vidéo montrant un cadavre de femme flottant entre deux eaux On rapporte aussi ad nauseam le sort des jeunes algérois d'un même quartier qui sont partis pour un avenir meilleur et que la mer a brutalement avalés. S'il est vrai que les migrations sont des phénomènes naturels et historiques qui montrent que les hommes et les femmes font l'objet de migrations. Le fait est que les nouvelles migrations induites par la mondialisation censée permettre la circulation des biens et des personnes, dans la réalité il n'en est rien. Les biens circulent au besoin ils sont pris de force aux pays du Sud qui en disposent mais les hommes du Sud n'ont pas le droit de circuler sauf s'ils ont une valeur ajoutée utile pour le capitalisme occidental il met en œuvre alors ce qu'on appelle l'émigration choisie.

L'hécatombe des migrants dans une Méditerranée cimetière

De plus on sait qu'à côté des migrations qui donnent lieu à ce qu'on appelle les réfugiés politiques qui étaient plus ou moins acceptés par le passé- ce n'est plus le cas- car le supermarché planétaire que constituait l'Europe se vide- Elle est devenue une Europe forteresse qui traque le migrant du Sud surtout le mélanoderme, l'Arabe et naturellement le musulman sous les coups de boutoir des élites politiques de l'extrême droite qui sont en passe de prendre le pouvoir partout dans les pays européens

On sait que parmi les causes de mal vie et de fuite à tout prix la nécessité d' échapper à la gabegie et au manque de liberté dans leur pays du fait des régimes indignes de leur peuple qui perpétuent une politique de la répression héritière de celle qui existait quand le pays était colonisé. Cependant la frontière entre les réfugiés politiques et les réfugiés économiques tend à disparaitre car le pays en question est incapable de permettre l'épanouissement de ses citoyens par l'opportunité d'études, de travail d'avoir un toit. A ces deux types de migrants s'ajoutent les réfugiés climatiques qui indirectement sont victimes des convulsions du climat qui ne peur permet plus de vivre là où ils sont.

Selon United, de 1993 à 2012, 17.306 migrants sont morts aux frontières de l'Europe. Fortress Europe comptabilise, elle, 19.144 morts depuis 1988. Plus de 100.000 migrants (hommes femmes enfants) ont traversé la Méditerranée en 2016 et 2250 ont perdu la vie 3139 sont morts en 2017.En 2018 plus de 2240 morts: la Méditerranée est restée l'an dernier la voie maritime la plus meurtrière pour les migrants. En 2018, le premier pays d'origine des migrants était la Guinée (13068 personnes), suivi du Maroc (12745) et du Mali (10347). La Syrie n'était que le quatrième pays d'origine des arrivants, suivie de l'Afghanistan et de l'Irak » (1)

Les murs pour retenir les damnés de la Terre

On sait que le président Trump tient a son mur reliquat d'une promesse de compagne. Son Administration prend le risque d'un Schutdown qui se prolonge pour arracher au congrès 5 milliards de dollars pour ériger un mur contre les damnés de la terre venant de l'Amérique du Sud. Le président américain n'est pas le seul, l'Europe le fait à l'échelle des 27 états de l'espace Schengen avec le dispositif Frontex traquent les damnés de la Terre. Mieux des pays comme l'Espagne (Mellila et Ceuta) la Hongrie, la Bulgarie, la Pologne et même Malte érigent des barrières pour tenir au loin les migrants Cet attachement atavique à se barricader est ancienne comme le monde. Une étude scientifique montre que les changements climatiques ont eu des conséquences désastreuses sur les peuples. Tout en rappelant que ce sont des changements climatiques qui ne sont pas d'origine anthropiques comme c'est le cas probablement dont ce qui arrive actuellement

Nous lisons :

« Sous le célèbre Sargon et ses successeurs, les Akkadiens de Mésopotamie ont forgé le premier empire du monde il y a plus de 4 300 ans. Ils ont pris le contrôle de villes situées le long de l'Euphrate et sur les plaines fertiles au nord, le tout dans l'actuel Irak, la Syrie et une partie du sud de la Turquie. Après seulement un siècle de prospérité, l'empire akkadien s'est effondré brutalement pour des raisons qui ont été perdues pour l'histoire. (2)

L'auteur invoque un châtiment divin et ou sur la population :

« L'explication traditionnelle écrit-il en est une de rétribution divine. Irrité par l'orgueil de Naram-Sin, le petit-fils de Sargon et son successeur le plus dynamique, les dieux auraient déchaîné les barbares Gutians pour qu'ils descendent des hauts plateaux et submergent les villes akkadiennes. Des explications plus récentes et conventionnelles ont mis le blâme sur la surpopulation, la révolte des provinces, les incursions nomades ou l'incompétence de la direction, bien que de nombreux chercheurs aient désespéré de ne jamais avoir identifié la cause première de l'effondrement ». (2)

L'auteur rapporte l'étude scientifique plus cohérente :

« Une équipe d'archéologues, de géologues et de pédologues a maintenant trouvé des preuves qui semblent résoudre le mystère. Ils suggèrent que l'empire akkadien a été secoué par une sécheresse de 300 ans et s'est littéralement asséché. Une analyse microscopique de l'humidité du sol sur les ruines de villes akkadiennes dans les terres agricoles du nord a révélé que la sécheresse était rapide et que les conséquences étaient graves, commençant vers 2200 av.J.C. « C'est la première fois qu'un changement climatique soudain est directement lié à l'effondrement d'une civilisation florissante », a déclaré le Dr Harvey Weiss, archéologue à l'Université de Yale et chef de l'équipe de recherche franco-américaine. Une sécheresse aussi dévastatrice expliquerait l'abandon à cette époque des villes akkadiennes à travers la plaine du nord, un phénomène déroutant observé lors de fouilles archéologiques. Cela expliquerait également les migrations soudaines de personnes vers le sud, comme le rapportent des textes sur des tablettes d'argile. Ces migrations ont doublé la population des villes du sud, surexploité les réserves de nourriture et d'eau et ont conduit aux combats et à la chute de la dynastie des Sargon ». (2)

L'auteur cite enfin, cette fameuse défense sous forme d'un moteur dressé pour contenir les migrants :

« Les nouvelles découvertes attirent donc l'attention sur le rôle du hasard - appelez-le destin, acte de Dieu ou simplement catastrophe naturelle imprévisible - dans le développement des cultures humaines et la montée et la chute des civilisations. Parmi les réfugiés de la sécheresse, il y avait un peuple de troupeaux connu sous le nom d'Amorites, caractérisé par des scribes dans la ville d'Ur comme « un peuple ravageur avec l'instinct d'une bête, un peuple qui ne sait pas le grain », ultime ruine dans une économie basée sur l'agriculture céréalière. Un mur de 110 miles, appelé le « Repeller of the Amorites, » a été érigé pour les retenir. Mais lorsque la sécheresse a finalement pris fin, vers 1900 avant J.-C., le leadership dans la région était passé d'Akkad à Ur, puis aux Amoréens, dont le pouvoir était centralisé à la ville naissante de Babylone. Hammurabi, le grand souverain de Babylone en 1800 avant JC, était un descendant des Amoréens. » (2)

La « démission humanitaire » des pays riches

Plus largement les migrations qui se terminent en drame sont une tâche à la face des pays riches qui d'une façon ou d'une autre ont une responsabilité directe ou indirecte dans ce qui se passe dans les pays du Sud, du fait. Cela va du pillage colonial et post colonial, des matières premières, à l'ébriété énergétique responsable de l'effet de serre avec des dégâts dans les pays du Sud, et enfin la perpétuation d'un nouveau colonialisme où le dirigeant adoubé tient en joue son peuple. Nous sommes loin de la charité humaine qui fait que nous avons un devoir de solidarité et à ce titre aucune religion ne peut se prévaloir en l'occurrence de principes moraux.

C'est le cri de cœur de Sophie de Villeneuve, rédactrice en chef de Croire qui écrit : « Qu'avons-nous perdu ? Voici un début d'année bien trouble.... et voilà qu'au milieu de ce tintamarre de mécontentement monte de la Méditerranée les pleurs de 49 migrants, dont personne ne veut. Trois semaines de navigation forcée dans une mer agitée, dans des conditions d'hygiène déplorables. Trois semaines de tergiversation européenne. D'un côté une colère, aveugle, mais entendue, d'un autre, un désespoir inaudible et totalement évacué. On aura beaucoup parlé de mépris ces temps-ci. Ces 49 migrants, oubliés pendant trois semaines par une Europe repliée sur ses propres problèmes, se souviendront de ce long refus d'hospitalité La constatation désabusée que Dietrich Bonhoeffer faisait en prison en 1944 est toujours aussi pertinente :

« J'observe ici régulièrement qu'il y a peu d'hommes capables d'héberger en eux simultanément beaucoup de choses ; quand les avions approchent, ils ne sont que peur ; quand ils ont quelque chose de bon à manger, leur avidité triomphe ; lorsqu'un désir reste inassouvi, ils ne sont que désespérés, et lorsque quelque chose réussit, ils ne voient plus rien d'autre. Ils passent à côté de la plénitude de la vie et de l'intégralité d'une existence propre ; la réalité tant objective que subjective se désagrège pour eux en morceaux ». Oui, nous passons sans doute à côté de la plénitude la vie... » (3)

Les révélations d'Alger sur les filières terroristes qui utilisent les migrants

Rituellement l'Algérie aux portes du Sahel est accusée de ne pas faire son devoir humanitaire. Les organisations ne rendent pas hommage à ce qui a été fait par le pays avec un travail admirable du Croissant Rouge Algérien. Mais l'empathie envers la détresse des migrants, ne saurait tolérer l'utilisation des filières des migrants à « usage terroristes » pour déstabiliser les pays. AinsiLe directeur chargé de la migration au département de l'intérieur, Hassan Kacemi affirme que l'Algérie est décidée à traiter de manière ferme et rigoureuse l'affaire de la migration clandestine, notamment concernant des Syriens, des Yéménites appartenant à des groupes terroristes et identifiés comme tels par les autorités algériennes, répliquant à toutes les accusations de «violation des droits de l'Homme», L' instance onusienne a rendu public un communiqué alarmiste, se disant être préoccupée «par la sécurité des personnes originaires de Syrie, du Yémen et de Palestine qui seraient bloquées à la frontière avec le Niger». Leur nombre serait de 120 ressortissants. (...) » (4)

« Hassan Kacemi révélera que le HCR a été invité, à plusieurs reprises, par les autorités algériennes «à respecter les procédures d'enregistrements, telles que prévues par la Convention de Genève sur les réfugiés, notamment l'examen des dossiers, pour l'attribution de la qualité de réfugié». (...) Il a été signifié à cette instance qu'elle ne doit plus continuer à enregistrer, seule, des dossiers de demande de la qualité de réfugié, sans l'avis préalable des pouvoirs publics». Le bureau du HCR a pris l'initiative de procéder à l'enregistrement de dossiers de migrants «rentrés par Tamanrasset et Adrar, de manière irrégulière» en parfaite violation de la législation algérienne et des conventions internationales en la matière. Rappelant bien que «les missions d'une ONG s'arrêtent là où commence la sécurité de l'Etat», (...), Hassan Kacemi lancera un véritable pavé dans la mare lorsqu'il ajoutera : « L'Etat algérien ne fera aucune concession sur les exigences liées à notre sécurité nationale.» Confirmant, par ailleurs, que «ces migrants arabes ne sont plus sur le territoire national», le responsable de l'intérieur révélera encore qu'ils «ont préféré être pris en charge par des réseaux occultes (...) Ils avaient la possibilité d'être rapatriés par voie aérienne et ils ont refusé. (...) Pour rappel, ce phénomène de la migration clandestine dont est victime l'Algérie prend des ampleurs de plus en plus inquiétantes. Comme le rappellera Hassan Kacemi, et en plus des réfugiés syriens, cette migration sauvage qui cible l'Algérie provient de pas moins de 28 autres pays africains avec tout ce que cela comporte comme risques majeurs sur la sécurité nationale. Notamment, l'infiltration avérée, dans le lot, d'éléments terroristes extrêmement dangereux. Le Conseil national des droits de l'Homme, instance officielle, avance même, dans un communiqué jeudi dernier, le chiffre de «trente-cinq éléments, d'anciens militaires démobilisés qui ont rejoint l'Armée syrienne libre (un groupe islamiste, Ndlr)» identifiés parmi la centaine de «migrants» refoulés ». (4)

Le rôle trouble de certaines ONG

C'est un fait qu'il y a des organisations caritatives humanitaires qui font ce qu'elles peuvent pour sauver des migrants en lutte pour leur survie. C'est le cas de l'équipage du bateau Aquarius qui a été interdit d'accoster en Italie, à Malte, en France, jusqu'à ce que l'Espagne accepte de le laisser accoster... Cependant il est avéré que beaucoup d'autres organisations sont inféodées pour des raisons politiques aux grandes puissances. Qui sont ces organisations sans peur et sans reproche qui se permettent de dicter la norme du bien et du mal ? La contribution suivante rédigée par une quinzaine de scientifiques, concernant le sacerdoce des ONG telles que Amnesty International, la Fédération Internationale des Droits de l'Homme et Human Righ Watch est édifiante. On s'aperçoit à la lecture qu'elle n'ont pas « le nez propre» et qu'elles font de la détresse humaine un fond de commerce lucratif à leur profit.

Nous lisons :

«Si au premier abord, les ONG poursuivent des objectifs louables s'orientant vers la défense des droits de l'Homme et de la dignité humaine, états, comme les Etats-Unis, ne se cachent d'ailleurs pas de cette instrumentalisation des Organisations « non-gouvernementales ». Amnesty International est une ONG qui prône son indépendance financière Cependant un doute plane quant à la nature des financements de l'organisme. Georges Soros, est l'un des plus gros donateurs d'Amnesty International Charity Limited. Il a déjà investi plus de 100 millions de dollars au sein de l'ONG. L'ancienne directrice d'Amnesty, Irene Khan, s'est vue octroyer une indemnité de départ de plus de 600 000€, étrange venant de cette femme qui avait activement lutté contre la pauvreté dans le monde. Amnesty International a lancé une campagne publicitaire pour soutenir l'intervention de l'OTAN en Afghanistan « Enduring Freedom » avec un engagement majoritaire des forces américaines. Amnesty International a publié lors du sommet de l'Otan en mai 2012 des affiches stipulant : « Droits humains pour les femmes et les jeunes filles en Afghanistan : OTAN, continuez les progrès ! La phrase suivant de Colin Powell ancien secrétaire d'Etat se comprend « Les ONG sont un démultiplicateur de force pour nous, une partie tellement importante de notre équipe combattante. » Colin Powell ancien secrétaire d'Etat, discours aux ONG au début de l'Operation Enduring Freedom (l'invasion de l'Afghanistan), en octobre 2001 » (5)

Pourquoi l'Afrique ne décolle pas ?

L'une des causes les plus importantes est le déficit de gouvernance du fait d'élites politiques incompétentes corrompues et qui ne rendent pas compte au peuple de leur méfaits. Ces élites sont adoubées par les puissances occidentales anciennement colonisatrices à l'instar de l'Angleterre et de la France. Le pillage post colonial de l'Afrique continue dans le même temps l'Europe ferme toujours la porte aux migrants, elle les laisse se noyer, les renvoie dans le désert mourir de soif, quand elle ne leur tire pas dessus du haut des miradors de Ceuta et Melilla. La France est à ce jour, l'un des pays les moins accueillants à l'immigration, avec le Japon et le Mexique.

Quelles sont les causes de cette dérive ? Il y a d'abord le refus de l'alternance et la gabegie des pouvoirs auxquels s'ajoute la corruption. Les migrants n'ont pas d'autres alternatives que de quitter le pays. Ces Etats en situation de faillite génèrent aussi les conflits violents des guerres civiles, et tous les travers qui bafouent les droits humains, s'y ajoutent les crises économiques et la dégradation climatique la forteresse Europe, véritable miroir aux alouettes pour les jeunes du Sud, se barricade plus que jamais. S'il ne faut pas imputer exclusivement tout aux puissances européennes qui ont rendu exsangues les économies de l'ancienne force est de constater que ces décolonisations furent pour la plupart, bâclées! On se souvient de la pertinente phrase d'Aimé Césaire: «La lutte pour l'indépendance: c'est l'épopée, l'indépendance acquise, c'est la tragédie!»

Pourtant, la diaspora africaine envoie 23 milliards d'euros par an mais combien les multinationales captent à partir de la richesse de l'Afrique ou les matières premières (pétrole, minerais métaux précieux cacao...) sont vendus d'une façon symbolique Si le prix de l'Uranium était pays au juste prix, et s'il n'y avait pas la corruption érigée en système le Niger ne serait pas en train d'exporter des citoyens Les matières premières ne dépendent plus des pays qui en disposent mais de la bourse de Londres ou de Rotterdam. Il suffit que les cours de cacao s'effondrent pour que l'on puisse prévoir à coup sûr des faillites et des famines. Aucun pays européen n'a rempli ses engagements concernant l'Aide Publique au Développement loin des 0,7 % promis.

Migrants et indiens d'Amérique : la satire au service du bon sens

Dans le feuilleton actuel des migrants de l'Amérique du Sud vers le nord un article satirique remet à sa façon les pendules à l'heure en demandant aux blancs actuels de quitter le pays...Nous Lisons :

«Un Conseil de chefs amérindiens a offert une amnistie partielle à environ 220 millions d'immigrants blancs illégaux vivant aux États-Unis.» Ici et là, on entend que les immigrants devraient retourner d'où ils viennent. Un raisonnement simple... mais qui est loin d'être si évident que ça. Après tout, qui est immigrant ? Celui qui est arrivé après les autres ? Dans ce cas l'immense majorité des Américains devraient se considérer comme immigrants » (6).

Lors d'une réunion du Conseil des Peuples Amérindiens à Albuquerque, au Nouveau Mexique, les chefs amérindiens ont examiné plusieurs propositions sur l'avenir de l'importante population européenne non autorisée sur ce continent. Les anciens ont finalement décidé de prolonger la durée de la citoyenneté pour les personnes sans antécédents criminels. (...) « Nous sommes prêts à offrir aux Blancs la possibilité de rester sur ce continent légalement et de demander la citoyenneté », explique le chef Wamsutta du peuple Wampanoag. « En retour, ils devront payer tous les impôts impayés et rendre les terres volées de nos ancêtres. » (6)

Le drame des Harraga

« Pas moins de 3 000 personnes nous dit Mohamed Touati ont péri ou portées disparues en Méditerranée depuis ces 10 dernières années. Les frontières se ferment. Les visas sont de plus en plus difficiles à obtenir. Les pays industrialisés, frappés de plein fouet par la crise économique, n'ont plus besoin de tant de bras que par le passé. Les Algériens candidats à l'émigration à tout prix n'ont plus d'alternative que d'affronter les vagues furieuses de la Méditerranée pour tenter de rallier les rives de ces terres qui constituent encore, à leurs yeux, des eldorados. Plus de 3000 harraga ont péri ou sont portés disparus en mer depuis 2009, selon un rapport de la Ligue algérienne des droits de l'homme. Un drame humain qui est loin de décourager les candidats à la harga, majoritairement jeunes et touchés pour la plupart par un chômage et des conditions sociales qui ne leur permettent pas d'entrevoir l'avenir sereinement dans leur pays. Près de 4000 personnes dont 287 femmes et 1126 mineurs ont vainement tenté au péril de leur vie, la traversée de la Méditerranée, en 2018. La Ligue algérienne pour la défense des droits de l'homme (Laddh) dit avoir recensé la mise en échec de tentatives d'émigration de 9753 individus depuis début 2015 à fin 2018. Quant au chiffre de ressortissants algériens détenus à l'étranger, en Europe essentiellement, il s'élèverait à 12.700 pour les 10 premiers mois de 2018, contre 14.000 en 2017 Une tragédie qui ne voit pas le bout du tunnel. A la fin du mois de décembre 2018, la presse écrite nationale dans son ensemble, avait largement fait cas dans ses manchettes, de 600 corps d'Algériens se trouvant dans les morgues espagnoles, Almeria, Alicante et d'autres villes encore. » (7)

« Le phénomène des harraguas n'est pas nouveau, il date d'au moins 2005. Ainsi durant l'année 2007, 1530 harraga ont été interceptés, dont 1485 Algériens. En 2006, pas moins de 1016 personnes ont été arrêtées contre 335 harraga et 29 corps repêchés en 2005. Ces statistiques indiquent clairement que le nombre des harraga enregistre une courbe ascendante». (8)

1 206 tentatives d'immigration clandestine déjouées en 2016: 3109 harragas interceptés en 2017 Le coordonnateur du centre opérationnel des migrations au ministère de l'Intérieur, Hassan Kacimi, a qualifié la question des Harragas en Algérie de « dossier douloureux » qui interpelle les Pouvoirs publics.

«Bien que nous ayons criminalisé l'acte, cela n'a pas donné de résultat, Nous devons réfléchir et ouvrir d'autres pistes pour traiter cette question», a-t-il dit. «Les Pouvoirs publics mobilisent beaucoup de moyens pour trouver des solutions dans le but d'aller vers une réinsertion sociale réelle de cette jeunesse». Les migrants clandestins algériens représentent moins de 1% de l'ensemble des migrants qui débarquent en Italie. » (9)

Cependant ; contrairement à une idée reçue, le nombre de harragas algériens vers l'Europe n'a pas explosé en 2018. Bien au contraire : il a été divisé par 2 par rapport à l'année 2017, selon l'Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (Frontex) qui a dévoilé ses statistiques.

Pourquoi les jeunes quittent le pays au péril de leur vie

Pourquoi l'Algérie- censée être riche- est touchée elle aussi par ce phénomène qui a pris de l'ampleur depuis quelques années, à tel point que le pouvoir a mis en place un dispositif judiciaire tentant d'endiguer cette fuite? Les harraga risquent deux à six mois de prison et une amende allant de 20.000 à 60.000DA. A-t-on expliqué aux jeunes que vivre en Europe actuel ne leur permet pas de vivre dignement s'il n'ont pas un capital scientifique (émigration choisie) ou pécuniaire (plus ou moins légal) - l'Europe s'enfonce elle aussi dans la crise et les émigrés sont les variables d'ajustement. Dans ces pays tout à un cout en Algérie pratiquement les principaux ingrédients sont pratiquement bradés. Il en est ainsi des prix des denrées alimentaires soutenus de l'énergie électrique des carburants à telle enseigne que les migrants sahariens ne tentent pas l'aventure de traverser la Méditerranée, l'Algérie étant devenue une destination finale. Reste cependant le problème de la Liberté de la démocratie et de la hogra.

Entre les griffes de la prison et les dents de la mer, les jeunes investissent dans l'irrationnel, le maquis. On comprend une fois n'est pas coutume le prédicateur cathodique Chemseddine qui estime que la «hogra» et la harga sont intimement liés. En réponse aux «fetwas» contre les harraga, il affirme: «Ce jeune qui a bravé les dangers de la mer n'a rien du profil du suicidaire. Au contraire, il s'agit d'une personne qui aspire à la vie.» Le poème donné en préambule est très éloquent. Il donne une idée de la tragédie des enfants mais aussi de leurs proches.

Emigration sans visa et avec visa

Pour ce qui est de l'Algérie, il est étonnant qu'il n'y ait pas d'enquêtes empiriques, basées sur des données factuelles, aussi bien sur le phénomène dit des « Harragas», que sur les causes de l'émigration algérienne en général et ses particularités. Pour Djamel Labidi le phénomène est à rattacher à l'esprit d'aventure particulier aux jeunes, à l'inconscience, aux illusions sur la vie en occident catalysées par la télévision et les nouveaux moyens de communication. Sur un plateau de télévision, un invité présenté comme sociologue expliquait que les jeunes quittaient le pays car «dégoutés de voir des gens s'y enrichir sans effort par la corruption et le favoritisme». Une autre, sociologue elle aussi, insistait sur le facteur religieux et l'importance de l'éducation pour empêcher les jeunes de céder aux sirènes occidentales « (10).

« Quelle est la part des raisons économiques «pures», le chômage, la pauvreté ? Quelle est la part des raisons culturelles, politiques, religieuses. Quelle est la part de l'influence des nouvelles technologies dans la vision qu'elles donnent de la vie moderne et les contacts humains qu'elles induisent ? Quelle est la part de l'attraction du mode de vie occidentale, et des nouvelles motivations, comme la qualité de la vie, chez une jeunesse de plus en plus instruite. Il semblerait en effet que cette recherche d'une plus grande qualité de vie touche, à travers la mondialisation des moyens de d'information et de communication, désormais toute la jeunesse indépendamment de sa condition sociale » (10).

Harraga exode de compétence

A l'autre bout du curseur de l'émigration sans visa existe l'émigration type «exode de compétences.» Ces deux types d'émigration sont d'après nous consubstantielles de la mal vie actuelle des jeunes dans le pays. Ces migrants qualifiés ont des visas et bon an mal an 8000 personnes sont aspirés chaque année dans le cadre de l'émigration choisie par la France, sans compter l'émigration au Canada dont on dit que la majorité des 104000 algériens du Canada ont des diplômes universitaires. Ils sont accueillis par les pays occidentaux qui ne déboursent rien en échange au pays formateur. On évalue à 120.000 dollars en moyenne la formation d'un diplômés à Bac +5. L'Algérie n'a pas encore trouvé la parade et la sève du pays est de plusieurs milliers chaque année qui quitte le pays. Si seulement on table sur 10.000 la perte annuelle est de près de 1 milliard de dollars par an. C'est à peu près 10 % du budget du système éducatif évaluées à 12 milliards de dollars !

Nous ne pouvons pas garder dans le pays des jeunes brillants en leur offrant aucune perspective ! On s'aperçoit qu'en règle générale, ils arrivent à percer après une galère mais rapidement ils ont un projet de vie, un cap ils peuvent envisager l'avenir sereinement. 4 millions de diplômés sont sortis des universités algériennes. Où sont-ils et que font-ils ? Chaque année c'est plus de 350.000 diplômés sur le marché du travail. S'il y avait un cap, il y aurait des perspectives et les jeunes ne penseraient pas à partir.

« Tout cela montre écrit Djamel Labidi qu'il faut se méfier des explications le problème de l'exode des compétences et de l'émigration. Jusqu'aux pays développés entre eux, par rapport à des pays encore plus développés, même si c'est sous des formes plus «softs. Ce sont en effet les inégalités de développement qui sont la cause profonde des flux migratoires. (...) Elles sont comme des poupées russes qui s'emboitent l'une dans l'autre. L'Algérie, par exemple, est un pays d'émigration mais elle est aussi un pays d'immigration par rapport à d'autres pays.... La question de l'émigration poursuit il ne doit pas être dramatisée à outrance. C'est une question transversale ne doit pas être instrumentée au même titre que l'exode des compétences elle ne doit pas être instrumentée par les partis politiques et tous ensemble nous devons trouver des solutions sans que le pouvoir ne puisse se prévaloir d'un quelconque bénéfice. Certes, en 1962, à l'indépendance, l'Algérie avait moins de 10 millions d'habitants. Aujourd'hui elle en a 4 fois plus. L'Algérie, a pu, répondre aux principaux impératifs du développement: éducation de la population, sur le plan de la santé une espérance de vie comparable à celle des pays développés (de 76 ans environ), électrification du pays et distribution généralisée du gaz, alimentation en eau, développement des infrastructures etc.. Sur le plan de l'habitat, le nombre d'habitations, tout logement confondu, était en 1962 de 700 000 pour toute l'Algérie. C'est moins que le nombre des habitations aujourd'hui pour la seule ville d'Alger' » (8).

Il est vrai que les Algériens sont partis pratiquement de zéro pour construire le pays. Mais nous avons investi principalement dans le social aussi important soit il, il ne crée pas de richesse Le moment est venu avec 4 millions de diplômés 30 millions de jeunes d'avoir d'autres espérances. C'est là qu'intervient l'utopie mobilisatrice Ceci permettra d'atténuer les facteurs qui travaillent à reproduire les flux migratoires.

Conclusion

Nous ne parlons pas assez aux jeunes qui ont des dynamiques souterraines propres à eux et les pouvoirs successifs mettent en place des solutions qui ne tiennent pas ! Un langage est à inventer pour proposer une nouvelle feuille de route. Nous devons prendre exemple sur des pays qui ont mis la vertu patriotique au premier rang. Il en est ainsi de l'Allemagne dont toutes les guerres qui lui ont été infligées et dont elle a pu se relever pour devenir toujours leader de l'Europe, et même du Japon. Sans oublier les Etats-Unis d'Amérique de Franklin D. Roosevelt dont le pays fut ruiné par la crise de 1929. Il réussit avec le New deal et une politique de grands travaux où il a fait participer tout le monde pour moderniser le pays en remodelant les voies de communication. Le New Deal a pu tirer du chômage 4 millions de personnes. Mutatis Mutandis nous pouvons faire de même à une échelle plus modeste en donnant du grain à moudre à ces millions de jeunes universitaires et autres pétillants d'intelligence qui ne demandent qu'à montrer leur génie. Les idées existent. Ce n'est pas seulement un problème d'argent, c'est avant tout un problème de foi en l'avenir du pays.

Quand un arbre perd sa sève, c'est qu'il est malade. Il est injuste de baisser les bras! Voilà un pays qui a tout pour réussir et qui dans les faits est en panne. Les solutions existent, le problème des harraga concerne tous les départements ministériels et naturellement la société tout entière. Le patriotisme n'est pas passé de mode, c'est un logiciel intemporel mais la clé de décodage et de fonctionnement ne peut être actionnée que par des élites politiques intègres du parler vrai fascinés par l'avenir qui peuvent et doivent prendre des décisions que peuvent paraître conjoncturellement impopulaires mais qui sont déterminantes. Les gouvernants déterminées ne doivent pas avoir pour cap les prochaines échéances électorales mais l'avenir des générations futures Ne dit on pas qu'un homme politique pense aux prochaines élections, un homme d'Etat pense aux prochaines générations...Tout est dit

Professeur Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger

Notes :

1.  assawra.blogspot.com

2.  John Noble Wilford  nytimes.com

3. Sophie de Villeneuve,  croire.la-croix.com

4.Kamel Amarni  lesoirdalgerie.com

5.http://bdc.aege.fr/public/Le_dessous_des_ONG_une%20verite_cachee.pdf

6. Axel Leclercq 20 juin 2016  positivr.fr

7. Mohamed Touati  lexpressiondz.com

8. Nadia Benakli: «Le phénomène des harraga nous dépasse» L'Expression du 27 Janvier 2009

9.http://dia-algerie.com/ministere-de-linterieur-harragas-dossier-douloureux/

10. D. Labidi  lequotidien-oran.com 15 Février 2018

Article de reference Chems Eddine Chitour  lequotidien-oran.com

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