Le Kosovo lance une offensive contre la Serbie

11-06-2019 lesakerfrancophone.fr 10 min #157642

Le 30 Mai 2019 − Source  Katehon.com

Hachim Thaçi

La république non reconnue du Kosovo est de plus en plus agressive envers la Serbie. Très récemment, un plan d'échange de territoires a été discuté entre la Serbie et le Kosovo. Mais maintenant il semble avoir été oublié. Le Président du Kosovo, Hashim Thaçi, a dit clairement qu'il n'avait plus besoin d'échange : il veut juste arracher un nouveau morceau à la Serbie. Y parviendra-t-il ?

Avant de se rendre au Sommet des pays des Balkans occidentaux à Berlin [le 29 avril dernier, NdT], le Président du Kosovo Hachim Thaçi a annoncé qu'il entendait soulever la question de l'adhésion au Kosovo des régions méridionales de la Serbie centrale peuplées d'Albanais.

« Le Kosovo a rempli toutes les conditions pour la libéralisation des visas, nous avons l'intention de poursuivre le dialogue, je ne m'attends pas à ce qu'il y ait un dialogue ou des négociations, mais je vais exprimer ma position en faveur de l'adhésion de Presevo, Medveda et Bujanovac. Nous n'autoriserons pas une double souveraineté [pour ce qui concerne le nord du Kosovo] et nous n'autoriserons pas le modèle des deux Allemagnes », a déclaré M. Thaçi.

Il a été bien compris dans toute la région balkanique. En bref, voici comment se présente le problème.

Il existe un plan théorique de partition du Kosovo en deux parties : la partie serbe, avec le domaine propre au Kosovo qui inclut la majorité des monastères du début du Moyen âge, et la partie albanaise. Ce plan fut promu quasiment depuis les années 1960 au sein de l'« ancienne » Yougoslavie. Certains généreux intellectuels avaient même offert de donner la Métochie à l'Albanie pour clore définitivement la question. Puis les cartes de la partition du Kosovo furent tracées à la main avec des feutres et Slobodan Milosevic épousa à peu près le même principe : le domaine du Kosovo, les monastères et Mitrovica devaient rester du côté des Serbes.

Mais après les pogroms de mars 2004, cette idée a complètement perdu sa pertinence, car les Albanais ont immédiatement brûlé 36 églises et monastères, et expulsé la population serbe. Or on soupçonne que les pogroms méthodiques du printemps 2004 visaient spécifiquement l'Église orthodoxe serbe et les monuments anciens. Sans monastères, il n'y a plus de plan pour diviser le Kosovo selon un principe historico-culturel.

Toutes les méthodes de résolution du problème qui ont été discutées jusqu'à récemment ont également débouché sur la division réelle du Kosovo, mais sous d'autres prétextes et des dénominations moins agressives pour les oreilles occidentales. La création de l'autonomie des communautés serbes du nord du Kosovo, qui n'a jamais eu lieu, signifierait les régions serbes se sépareraient de Pristina « sur le terrain », mais sans adhérer légalement à la « grande » Serbie. À terme, cela pourrait même conduire à la création d'une nouvelle république serbe (la troisième d'affilée) en prenant en compte ces droits à l'autonomie. Mais c'est déjà le cas dans la composition du Kosovo reconnue par Belgrade, tout comme la République serbe de Bosnie, qui a officiellement été intégrée à la Bosnie-Herzégovine.

Les Albanais ont systématiquement et délibérément, autant qu'ils le pouvaient, saboté ce processus. Les négociations ont donc été rompues, reportées ou annulées pour des raisons techniques ou idéologiques. Par exemple, il est arrivé que les Albanais apportent pour les négociations sur les douanes un document imprimé sur lequel un aigle noir avait été dessiné [L'Aigle du drapeau d'Albanie, NdT.]. Les Serbes n'étaient pas par principe opposés à ce que les douaniers kosovars aient leur propre sceau. Mais un sceau neutre, sans les symboles de l'État albanais. Les négociations ont donc été rompues. Après quelques jours, les Kosovars ont débarqué avec des troupes aéroportées et capturé les points de douane litigieux, où de nouveaux sceaux ont été utilisés.

En fin de compte, les Albanais ont atteint leur objectif : l'Europe a avalé le sabotage de l'autonomie pour les communautés serbes du nord-Kosovo. Les négociations ont échoué, apparemment définitivement, mais une idée relativement « nouvelle » était née : l'échange de territoires. La Serbie prenait Mitrovica et tout ce qui est au nord, et le Kosovo prenait deux communautés de la soi-disant vallée de Preševo, habitée principalement par des Albanais : la ville de Preševo elle-même et Bujanovac.

Jusqu'alors, l'humanité ne connaissait pas l'existence de la vallée de Preševo - une petite étendue de terre pauvre avec une population majoritairement albanaise. À proprement parler, l'expression « vallée de Preševo » ou simplement « vallée » (lugina) n'est utilisé que par les Albanais, qui l'ont imposé au reste du monde contre le nom serbe (medjuju). Les Serbes nient un tel concept géographique et qualifient tout cela de « cliché politique ». Ils jurent qu'une telle vallée n'existe pas : les cartes mentent.

En 2000, dans l'euphorie de la victoire de l'OTAN sur la Yougoslavie, l'Armée dite de libération de Preševo, Medveda et Bujanovic (UÇPMB), un clone de l'Armée de libération du Kosovo (UÇK), qui comptait environ un millier de personnes, a été rassemblée dans la vallée. Jusqu'à l'été 2001, ces individus ont mené une guérilla contre la police serbe, qui comptait clairement sur l'appui de l'OTAN. Étonnamment et de façon inattendue, l'OTAN a appuyé les Serbes. Cette décision a probablement été influencée par des renseignements selon lesquels les « libérateurs » de Preševo avaient reçu une aide extérieure, y compris d'al-Qaïda. En conséquence, pendant l'été 2001, l'UÇPMB a été physiquement détruite, ceux qui restaient ont été amnistiés, et la vallée a repris sa vie paysanne simple. En outre, l'autoroute trans-européenne la traverse, et c'est pourquoi, après la destruction de la route vers Pristina, elle est devenue stratégique pour la Serbie.

Les opinions divergent sur ce plan d'échange de territoires, mais les Albanais ont déjà appuyé le début de négociations sur cette question. Certes, mais pas pour longtemps. Et il y a deux mois, le Parlement du Kosovo a adopté un décret selon lequel tout échange de territoires et toute division du Kosovo lui-même sont illégaux, et pour ce qui concerne les Serbes, ils ont prévu d'organiser un nouveau tribunal comme celui de la Haye.

Après avoir testé Belgrade à quelques reprises par des provocations simples mais sans vergogne, les Albanais ont décidé qu'il n'y avait aucune raison d'échanger avec eux, si ces terres peuvent encore être enlevées de cette manière, « on ne leur donnera rien en échange ». C'est la pratique habituelle pour arracher des territoires.

De même, les problèmes à la frontière du Monténégro ne sont pas résolus. Les Albanais réclament des territoires sur la côte de Petrovac au Monténégro lui-même, les gorges de la rivière Tetovska [La rivière Pena qui traverse la ville de Tetovo, NdT] en Macédoine, l' Épire du Sud en Grèce. Il n'y a pas que l'Argentine qui a des revendications territoriales, mais extérieurement tout semble normal. Juste un reptile qui avale un autre morceau de terre...

Dès ce moment, Thaçi-le-serpent a cessé d'évoquer un échange de territoires, mais s'est tout simplement mis à exiger que la Serbie se retire de la vallée de Preševo, sans rien offrir en retour. Cela lui semble un objectif réaliste puisque les autorités de Belgrade n'ont jamais réagi de façon très ferme aux provocations, et si elles ne réagissent pas, cela signifie qu'elles sont faibles, pense le reptile. Et si elles sont faibles, alors pourquoi mettre les formes avec elles ?

Thaçi ne cache même pas son jeu : il veut juste plus de territoires, c'est tout. C'est le comportement d'un prédateur. Mais les négociations devront se poursuivre, aussi désagréables soient-elles. Les structures politiques européennes qui imposent le processus de négociation à Belgrade tournent simplement le dos aux revendications de Thaçi. Ainsi, elles ne peuvent pas prendre le parti des Serbes ou arrêter les ambitions de Pristina, car ce serait un coup porté aux fondements d'une Europe unie telle qu'elle se conçoit elle-même, et qui a transformé la destruction de la Yougoslavie en une victoire symbolique des principes européens. Belgrade n'a d'autre choix que d'agréer.

Traduit par Stünzi par le Saker francophone

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