Les rapports sur le changement climatique montrent un monde au bord du précipice

14-08-2019 wsws.org 9 min #160319

Par Bryan Dyne
14 août 2019

Les rapports de la semaine dernière du Groupe d'experts intergouvernemental des Nations Unies et du World Resources Institute soulignent le risque croissant d'une catastrophe environnementale provoquée par le changement climatique, qui infligerait des souffrances indicibles à des milliards de personnes.

Le rapport de l'ONU intitulé Climate Change and Land [Changement climatique et état des sols], il montre que 821 millions d'êtres humains souffrant déjà de la faim risquent de mourir de faim alors que la terre dont ils dépendent pour vivre perd sa capacité à fournir les infrastructures agricoles. Ces hommes, femmes et enfants font partie d'un groupe plus large de 3,2 milliards de personnes qui vivront dans des régions érodées, inondées, transformées en déserts ou détruites par des incendies de forêt, des ouragans ou des cyclones au cours des prochaines décennies.

Le projet Aqueduct du World Resources Institute indique que 17 pays du Moyen-Orient, d'Afrique du Nord et d'Asie du Sud, représentant un quart de la population mondiale, risquent d'épuiser les ressources en eau douce dont ils disposent. Ce scénario du «Jour zéro» provoquerait des sécheresses quatre fois plus coûteuses que les inondations: de destruction de cultures, coupures de courant, augmentation du risque de maladies évitables et le potentiel d'engendrer de migrations massives de centaines de millions de personnes, mettant sous tension des approvisionnements en eau à encore plus de régions de la planète.

Il ne fait aucun doute que le réchauffement climatique causé par la combustion du charbon, du pétrole et du gaz naturel pendant plus d'un siècle a conduit à ces crises sociales. La transformation des terres arables en déserts, la disparition des zones côtières résultant de l'élévation du niveau des océans et l'affaissement des villes en raison de la fonte du pergélisol ont tous été reliés au changement climatique par des centaines d'études. Tout cela fait partie de processus plus larges qui ont entraîné des  canicules (article en anglais) plus intenses au cours de la dernière décennie et une  fonte des glaciers (article en anglais) plus rapide.

Ces tendances confirment des prévisions numériques établies dès 1896, qui montraient que la combustion de combustibles fossiles et la libération de dioxyde de carbone entraîneraient le réchauffement de la surface de la planète. Cela apparaissait déjà dans un petit article d'un journal néo-zélandais en 1912 qui disait que les deux milliards de tonnes de charbon brûlées chaque année ajoutaient environ sept milliards de tonnes de dioxyde de carbone à l'atmosphère, ce qui «tend à faire de l'air une couche imperméable plus efficace pour la planète et par conséquence à faire augmenter sa température.»

Ces premières estimations des émissions de gaz à effet de serre ont été vérifiées et mises à jour chaque année depuis 1958, lorsque la station de mesure de l'observatoire Mauna Loa à Hawaï a commencé à enregistrer une augmentation continue de la concentration de dioxyde de carbone dans l'atmosphère terrestre. Comme l'on pouvait s'y attendre, la libération de plus en plus de gaz à effet de serre dans l'atmosphère a précédé une hausse de la température moyenne de la planète, tendance qui s'est accrue depuis les années 1980.

Le fait que le climat de la Terre entre dans un stade qualitativement différent est encore plus préoccupant à l'ère moderne. Depuis un demi-siècle, l'activité industrielle de l'humanité rivalise avec les processus géophysiques en ce qui concerne son influence sur les changements de l'environnement terrestre. Un article publié dans les Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States (Actes de l'Académie des sciences des États-Unis - PNAS), intitulé Trajectories of the Earth System in the Anthropocene[Evolutions du système terrestre dans l'anthropocène] avertit que les changements actuels du climat de la Terre sont sur le point de s'accélérer.

L'étude prédit que le réchauffement de la planète alimente d'autres processus géophysiques qui ne sont pas directement liés aux émissions de dioxyde de carbone, tels que la libération massive de méthane résultant de la fonte du pergélisol. Cette convergence menace de produire une «Terre serre», où le réchauffement planétaire s'accélère et qui n'est plus directement lié à la combustion de combustibles fossiles. Un tel scénario serait exponentiellement plus difficile à contenir pour les techniques scientifiques modernes.

Les conséquences d'un tel développement seraient catastrophiques. Les phénomènes météorologiques extrêmes de la dernière décennie ne seraient que le précurseur d'orages beaucoup plus dévastateurs, de vagues de chaleur plus longues, de sécheresses plus sèches et de feux de forêt qui ne s'arrêtent pas. Les récifs coralliens à travers le monde mourraient, éliminant des éléments importants de la chaîne alimentaire. La fonte des glaciers et l'élévation du niveau de la mer inonderaient toutes les villes côtières de la planète, où vit environ le tiers de la population mondiale, pouvant potentiellement noyer des milliards de personnes. Au moins un million d'espèces terrestres mourraient et des portions de la surface de la planète à l'échelle d'un continent deviendraient inhabitables.

Le rapport PNAS est l'un des nombreux rapports publiés au cours de la dernière décennie appelant à la réorganisation de l'infrastructure mondiale de production et de transport et au développement de nouvelles technologies pour mettre immédiatement fin aux émissions de carbone. De telles données n'ont pas empêché le président américain Trump, de réduire de plus de 84 pour cent les recherches sur le climat menées par divers organismes fédéraux dans son budget proposé pour l'exercice 2020.

Les politicien en place à la Maison-Blanche, restés bloqués à l'âge de pierre, et leurs comparses fascistes du monde entier, tels que Jair Bolsonaro au Brésil, ne voient pas la mort de milliards d'hommes, de femmes et d'enfants comme un événement cataclysmique, mais plutôt comme le coût inévitable pour s'enrichir eux et leurs amis oligarques.

Cela ne signifie pas que des politiciens comme Alexandria Ocasio-Cortez et son Green New Deal (la nouvelle donne verte) apportent une solution à la crise climatique. Ils posent le problème comme pouvant être être résolu sur une base purement nationale, comme si le flux d'air dans l'atmosphère pouvait être stoppé par un poste de contrôle des douanes. Même l'accord de Paris tant vanté, censé être un accord international visant à enrayer le changement climatique, est à la fois insuffisant et impuissant, comme l'a démontré le retrait de Trump il y a deux ans.

En même temps, les mesures proposées par les élites dirigeantes sont considérées comme des armes à utiliser contre leurs rivaux géopolitiques. Les systèmes de marchés de carbone promus par les Nations Unies ont pour objectif moins de limiter les émissions de gaz à effet de serre que de fournir de nouveaux moyens aux anciens pays industrialisés de saper les économies en développement, qui consomment beaucoup de charbon et de pétrole pour alimenter leurs économies. Ces dispositifs ont joué un rôle clé dans les efforts des États-Unis pour contenir et paralyser la Chine.

Un certain nombre de candidats démocrates à l'élection présidentielle, notamment Cory Booker, John Delaney, Jay Inslee et Pete Buttigieg, défendent un «corps expéditionnaire climatique» comme une extension du Green New Deal. Ils cherchent ainsi à mobiliser les jeunes pour défendre la «sécurité nationale» américaine sous le prétexte de lutter contre le changement climatique. Le concept a été présenté comme une version du 21e siècle des Peace Corps [Corps de la paix] et une «manière douce» de contrer la Russie et la Chine.

Les attitudes de représentants supposément «progressistes» de la classe dirigeante démontrent qu'il n'existe dans son sein aucune faction pour s'attaquer au réchauffement climatique. Ils opèrent dans les limites du système des États-nations et ne remettent jamais en question la propriété privée de la production, les deux principaux facteurs qui entravent une transformation internationale rationnelle, conforme aux connaissances scientifiques, des relations économiques et des méthodes permettant de stopper et d'inverser la croissance des émissions de carbone.

Cela démontre, comme Frederick Engels l'a indiqué avec prescience dans Le rôle du travail dans la transformation du singe en homme que le capitalisme lui-même est le principal obstacle à la résolution des menaces pesant sur l'environnement naturel.

«Tous les modes de production existant jusqu'ici n'ont visé qu'à atteindre l'effet utile le plus proche, le plus immédiat du travail []... les conséquences ultérieures, celles qui n'intervenaient que plus tard, qui n'entraient en jeu que du fait de la répétition et de l'accumulation progressives [étaient ignorées]. Les capitalistes individuels qui dominent la production et l'échange ne peuvent se soucier que de l'effet utile le plus immédiat de leur action.»

Comme pour souligner l'analyse d'Engels, le rapport Carbon Majors 2017 a montré que 70 pour cent de tous les gaz à effet de serre émis de 1988 à 2015 provenaient de 100 entreprises seulement. Un rapport d'Oxfam publié parallèlement à la signature de l'accord de Paris a montré que les 10 pour cent les plus riches de la population mondiale sont responsables de 50 pour cent des émissions mondiales de dioxyde de carbone et que les 50 pour cent les plus pauvres ne sont responsables que de 10 pour cent des émissions.

Ces études révèlent comme une calomnie les déclarations de politiciens bourgeois, de médias d'entreprise, de postmodernistes et de groupes pseudo-gauchistes selon lesquelles le réchauffement climatique est causé par le «mode de vie», le «régime alimentaire» et la «culture de la consommation» des travailleurs. L'environnement de la Terre est pollué, empoisonné et brûlé par la classe capitaliste et ne peut être sauvé que si cette couche sociale parasitaire et destructrice est abolie. La force sociale pour accomplir cette tâche est la classe ouvrière internationale. La méthode est la révolution socialiste mondiale.

(Article paru en anglais le 12 août 2019)

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newsnet 19/08/14 10:52
Ils opèrent dans les limites du système des États-nations et ne remettent jamais en question la propriété privée de la production, les deux principaux facteurs qui entravent une transformation internationale rationnelle, conforme aux connaissances scientifiques, des relations économiques et des méthodes permettant de stopper et d'inverser la croissance des émissions de carbone.
le rapport Carbon Majors 2017 a montré que 70 pour cent de tous les gaz à effet de serre émis de 1988 à 2015 provenaient de 100 entreprises seulement.
Les capitalistes individuels qui dominent la production et l'échange ne peuvent se soucier que de l'effet utile le plus immédiat de leur action
L'environnement de la Terre est pollué, empoisonné et brûlé par la classe capitaliste et ne peut être sauvé que si cette couche sociale parasitaire et destructrice est abolie.