La crise du processus de paix comme alibi pour une intervention militaire au Venezuela

06-09-2019 reseauinternational.net 6 min #161269

par José Antonio Gutiérrez D.

Il fallait s'attendre à ce que le gouvernement d'Ivan Duque, qui n'a pas fait preuve de trop de bienséance pour s'agenouiller devant les diktats de Donald Trump, utilise la situation actuelle, caractérisée par le retour aux armes d'un secteur des commandants des FARC-EP, pour se lancer dans un assaut contre le Venezuela.

« Ce n'est pas la naissance d'une nouvelle guérilla, mais plutôt les menaces criminelles d'une bande de narcoterroristes qui ont l'abri et le soutien de la dictature de Nicolás Maduro« 1.

Nous ne connaissons pas les preuves pour affirmer que le gouvernement de Maduro donne refuge et soutien à ceux qui font revivre les FARC-EP. Duque, comme d'habitude, ne se donne pas la peine de remettre quelque preuve que ce soit pour ses accusations imprudentes, qui ne sont rien d'autre que la reproduction irréfléchie du discours vieux et dépassé de l'Uribisme. Ce qui est surprenant, ce ne sont pas ces déclarations de l'extrême droite caverneuse, mais le degré de convergence que les secteurs de gauche qui se disaient autrefois révolutionnaires montrent avec ces positions, et qu'aujourd'hui ils sont trop occupés à genoux à ramasser les morceaux de l'accord de paix et à supplier pour de l'argent à réincorporer dans un gouvernement qui les déteste.

Certaines déclarations malheureuses de Rodrigo Londoño (Timoleón Jiménez), un chef insipide du parti des FARC, ajoutent à l'hystérie anti-Venezuela du gouvernement colombien. Dans une lettre adressée aux combattants de base démobilisés dans les Espaces Territoriaux de Formation et de Réincorporation (ETFR), dans laquelle on entrevoit son anxiété de gagner la sympathie de l'oligarchie, il déclare :

« Nous savons que ceux qui se disent chefs aujourd'hui ne vont pas faire la guerre, qu'ils vont rester de l'autre côté de la frontière« 2.

Qui aurait cru que Londoño, dans sa prosternation idéologique et émotionnelle du bloc dominant, finirait par rejoindre la croisade anti-vénézuélienne du gouvernement américain et de ses amis en Colombie ! Londoño apparaît comme un vulgaire ventriloque du pouvoir oligarchique ; ces déclarations irresponsables et répréhensibles sont faites, pour ne pas être oubliées, précisément à un moment où l'intervention militaire des États-Unis au Venezuela est une carte sur la table. Des déclarations faites précisément à un moment où une guerre d'usure et de faible intensité se déroule depuis la Colombie.

Rodrigo Londoño Echeverri, plus connu par les pseudonymes Timoleón Jiménez ou Timochenko

Le désespoir que Londoño doit ressentir pour son discrédit devant les bases de son parti, ainsi que devant les communautés qui l'ont soutenu nourri, n'est pas une excuse pour une telle folie, qui ne sert qu'à semer un voile de confusion autour des véritables responsables de la débâcle dans laquelle le processus de paix se retrouve.

Si une chose est claire dans tout cela, c'est que les principaux responsables de ce qui se passe en Colombie ne devraient pas être recherchés dans la brousse, et encore moins au Venezuela. Les principaux coupables sont ceux qui, au sein du gouvernement, ne se conforment pas à la loi et volent de l'argent en se moquant de la population. Ceux qui siègent au parlement (tout près du banc « rose »), dans le seul but de déchiqueter ce « foutu papier » qu'est l'accord. Ceux qui, dans les corporations comme celle des éleveurs, ont mobilisé toute leur influence pour attaquer la justice transitionnelle, cachant leur rôle dans la guerre et dans la dépossession massive de la terre dont ils ont bénéficié. Ceux qui sont dans les rangs de l'armée continuent avec des pratiques telles que les faux positifs et l'alimentation du paramilitarisme.

C'est cette coalition macabre qui doit rendre compte à l'histoire de son irresponsabilité, de sa perfidie, de sa vénalité et de sa violence. Comme l'a dit l'admiré professeur Manuel Humberto Restrepo :

« L'Histoire récente des conflits armés n'a peut-être jamais connu le cas d'une guérilla qui a tant fait pour se désarmer ou d'un gouvernement qui a tant fait pour la forcer à renoncer à cet objectif » 3.

Les responsables sont ici, devant nous, et nous ne pouvons plus leur donner des alibis pour échapper à leur responsabilité d'avoir plongé le pays dans un autre cycle de violence. Nous devons encore moins nous prêter à légitimer leurs prétentions à régionaliser la guerre par des agressions militaires au Venezuela.

----------- 1  bbc.com

2  eltiempo.com

3  rebelion.org

Source :  La crisis del proceso de paz como coartada para la intervención militar en Venezuela

traduction  Réseau International

 reseauinternational.net

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