Aux Etats-Unis, les « livraisons express » Amazon provoquent des accidents mortels

06-09-2019 usbeketrica.com 10 min #161293

Deux enquêtes publiées par  BuzzFeed News et  ProPublica montrent que le service américain de livraison « express » d'Amazon, présenté comme pratique et efficace, repose sur un système de sous-traitance extrêmement dangereux pour les livreurs qui y travaillent et les passants qui croisent leurs routes, au point d'avoir déjà provoqué des accidents mortels.

Envie de recevoir une télé, un meuble ou un nouveau jean avant ce soir ? Aux Etats-Unis, rien de plus simple avec Amazon : « 1. Recherchez l'article que vous souhaitez, 2. Sélectionnez l'option "Prime FREE Same-Day" », annonce sobrement le  site internet du géant américain, promettant une livraison « avant 21 heures » disponible dans « certaines régions ».  En France, l'entreprise de commerce en ligne propose, de même, à ses clients habitant dans quelques grandes villes (Paris et sa banlieue, Lille, Lyon, Marseille et Aix-en-Provence) une livraison « le soir même entre 19h et 22h, du lundi au dimanche y compris les jours fériés » depuis quelques années.

Miracle ? Pas vraiment : aux Etats-Unis, un tel service n'est possible que grâce à un énorme réseau de livreurs sur tout le territoire, qu'Amazon emploie en tant que sous-traitants pour gagner en efficacité et réduire ses propres dépenses. Et, comme le révèlent deux enquêtes récentes des médias américains  BuzzFeed News et  ProPublica, un tel système a un coût humain affolant : violations du droit du travail, traumatismes, et accidents de la route entraînant blessures graves, voire décès.

Au moins 10 décès liés à des accidents

L'investigation de ProPublica, également publiée sur le site du  New York Times, recense ainsi plus de 60 accidents de la route de ce type ayant entraîné, entre juin 2015 et aujourd'hui, « des blessures graves », dont 10 allant jusqu'au décès. « Ce décompte ne représente très probablement qu'une partie de tous les accidents qui se sont produits : de nombreuses personnes n'entament pas de poursuites judiciaires et ceux qui le font ne savent pas toujours qu'Amazon est impliqué », écrit Patricia Callahan, auteure de l'enquête.

Même constat du côté de BuzzFeed, qui dénombre une centaine de procès intentés à la suite d'accidents, durant lesquels Amazon a dû se défendre comme prévenu : « Notre enquête d'un an - réalisée à partir de données, de documents internes, d'archives gouvernementales, de dossiers judiciaires et d'entretiens avec des dizaines d'employés et anciens employés d'Amazon, de sous-traitants et de livreurs - révèle que le nouveau mode de livraison d'Amazon a exposé différentes communautés au chaos, à des conditions de travail abusives et, dans de nombreux cas, à leur mise en danger. »

Crédits : Ryan McKnight, Flickr (CC BY 2.0)

Souvent peu formés et disposant parfois de camionnettes dans des états de délabrement avancés, les livreurs employés par Amazon ont eu des accidents en percutant « des voitures, des vélos, des maisons, des personnes et des animaux de compagnie », poursuit le site, notant que certains empilent parfois tellement de colis à l'intérieur de leur véhicule qu'ils n'ont plus assez de place pour voir la route et contrôler leur trajectoire.

Le média raconte, par exemple, le cas tragique de Telesfora Escamilla, une femme de 84 ans renversée en décembre 2016 dans la région de Chicago par un jeune livreur de 29 ans, Valdimar Grey. Employé par la société  Inpax Shipping Solutions, elle-même sélectionnée par Amazon pour faire partie de son vaste réseau de distribution, ce dernier était soumis à une pression constante, contraint de livrer des centaines de colis par jour et allant jusqu'à sauter des repas ou des pauses pour remplir ses objectifs. « Quelques jours avant l'accident, les dirigeants d'Inpax avaient envoyé une note aux supérieurs de Gray, soulignant des taux de livraison médiocres dans la région et instituant des directives consistant à "ne laisser aucun colis à la traîne" pendant cette période cruciale de vacances de Noël », révèle BuzzFeed.

Amazon réfute toute responsabilité

Or, dans ce cas comme dans beaucoup d'autres, le géant du commerce réfute toute responsabilité juridique : « Les dommages ont été causés, pour tout ou partie, par des tiers qui ne sont ni sous la direction ni sous le contrôle d'Amazon.com », avaient déclaré les avocats de l'entreprise au moment du procès intenté par la famille de Telesfora Escamilla pour « mort injustifiée ». De même, en Californie, Amazon a lui-même poursuivi des sous-traitants en justice, pour faire confirmer auprès des tribunaux que « tout dommage résultant d'accidents » devrait bien être facturé à ses prestataires, conformément à des accords conclus entre les deux parties. Une posture surprenante au vu de la façon dont la fondation de Jeff Bezos gère pourtant de très près, via une application sur smartphone, l'ordre des livraisons et l'itinéraire emprunté par les livreurs qu'elle emploie indirectement...

Autre avantage de cet astucieux système de sous-traitance, Amazon n'est pas soumis aux contrôles réguliers de la part du ministère des Transports, et aucune liste publique des entreprises au cœur de son réseau de distribution n'est disponible. A l'inverse,  UPS et  FedEx, géants traditionnels du monde de la livraison aux Etats-Unis « investissent énormément dans la sécurité », expose BuzzFeed : « UPS consacre 175 millions de dollars par an rien qu'à la formation sécurité de ses livreurs, et a même mis en place des règles leur interdisant de prendre des virages inutiles afin de réduire le trafic et d'économiser du carburant. » Ce qui n'est visiblement pas la priorité d'Amazon.

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Image à la Une : Amazon eCom Jeff Bezos, Flickr (CC BY 2.0)

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