L'auto-immolation par le feu de Sahar Khodayari, supporteure de foot iranienne : les autorités n'ont pas tenu compte ses troubles mentaux

12-09-2019 2 articles tlaxcala-int.org 6 min #161529

 Center for Human Rights in Iran Centre pour les droits humains en Iran کمپین حقوق بشر ایران

Une femme de 29 ans, Sahar Khodayari, supporteure de l'équipe de foot de Téhéran FC Esteghlal, surnommée « la fille bleue » (couleur de l'équipe) s'est auto-immolée devant un tribunal de Téhéran après avoir appris qu'elle devait purger une peine de six mois de prison après avoir été arrêtée alors qu'elle essayait d'entrer dans un stade pour suivre un match de football masculin.

Une femme de 29 ans qui s'est auto-immolée à l'extérieur d'un tribunal de Téhéran était poursuivie en tant que " personne en bonne santé " alors qu'elle souffrait d'un grave problème de santé mentale, a déclaré sa sœur à un média d'État iranien.

« Ma sœur est bipolaire et elle est surveillance médicale depuis deux ans «, a déclaré une femme non identifiée sur le site ouèbe Rokna le 4 septembre dernier. « Nous avions fourni tous les documents à la cour, mais elle était poursuivie en tant que personne en bonne santé uniquement parce qu'elle avait insulté les gardes du stade ».

La victime - qui était poursuivie pour avoir déjà tenté d'entrer dans un stade de Téhéran pour assister à un match de football masculin - est actuellement hospitalisée et se bat pour sa vie en raison de brûlures graves [elle est morte le 10 septembre, NdT].

Les autorités judiciaires ont choisi d'engager des poursuites à l'encontre de la femme alors qu'en vertu des articles 80 et 81 du Code de procédure pénale de l'Iran, elles étaient en mesure d'abandonner les poursuites en raison de son état de santé mentale.

En tant que signataire de la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées (CDPH), l'Iran est également tenu de « garantir aux personnes handicapées un accès effectif à la justice sur la base de l'égalité avec les autres ». Mais rien n'indique que la victime ait eu cet accès.

« La femme est sortie du palais de justice et, en criant et en se plaignant de quelque chose, elle s'est aspergée d'essence et s'est mis le feu », rapporte Rokna.

Rokna, qui opère en Iran sous licence du ministère de la Culture et de l'Orientation islamique, n'a pas identifié la victime par son nom.

La femme souffrait du trouble de santé mentale bipolaire et le tribunal avait déjà été informé de son état, a dit sa sœur à Rokna.

« En mars dernier [2019], ma sœur est allée au stade Azadi [à Téhéran] et les gardes ont remarqué qu'elle était parvenue à l'intérieur », a dit la sœur de la femme. « Ma sœur a résisté et ils l'ont arrêtée ».

L'accusée a également été détenue dans une prison réputée pour ses conditions de vie inhumaines, selon sa sœur :

« Après avoir été emmenée à la prison [Gharchak] de [la ville de] Varamin, ma sœur a souffert de beaucoup de problèmes mentaux et s'est sentie terrifiée », a-t-elle dit. « Elle a finalement été libérée sous caution et quand elle s'est rendue au tribunal pour récupérer son téléphone, quelque chose s'est passé et elle a appris qu'elle devrait rester en prison pendant six mois ».

« Dans ce mauvais état mental et psychologique, ma sœur s'est mis le feu », dit-elle. « Maintenant, elle est dans un très mauvais état à l'hôpital ».

La femme a été transférée à l'hôpital Motahhhari où elle est actuellement aux soins intensifs.

« La patiente est une femme de 29 ans qui a été hospitalisée pour de graves brûlures au troisième degré sur 90 % de son corps causées par l'essence », a déclaré le Dr Mostafa Dehmordehie à Rokna. « Elle respire actuellement à l'aide d'un appareil respiratoire dans l'unité de soins intensifs. Nous ne sommes pas autorisés à donner d'autres informations ».

Rokna a également cité un fonctionnaire judiciaire non identifié qui a déclaré que la femme avait été accusée d'"atteinte aux bonnes mœurs" et d'"outrage aux agents de la force publique" pour ne pas avoir porté le hijab, mais le rapport ne faisait aucune mention du fait qu'elle avait été arrêtée pour avoir essayé d'entrer dans un stade.

Le fonctionnaire judiciaire a dit : « Le lundi 1er septembre, la femme a comparu devant le tribunal pour la première audience du procès, mais le juge était en congé en raison d'un décès dans sa famille et une autre date a été fixée pour le procès. Mais la jeune femme a commencé à soulever des objections et après avoir quitté le palais de justice, elle a pris l'essence qu'elle avait achetée plus tôt et l'a versée sur elle-même et s'est mis le feu ».

16.00

L'Iran est le seul pays au monde qui interdit l'accès des femmes aux stades et la FIFA lui a récemment dit qu'il devait prendre des mesures pour lever cette interdiction afin de se conformer aux statuts de la FIFA.

Dans une interview accordée au quotidien "Iran" le 5 septembre 2019, l'ancien directeur de la Fédération iranienne de football (1994-1997) Dariush Mostafavi a condamné les autorités iraniennes pour avoir poursuivi cette femme et porté atteinte à la réputation internationale de l'Iran.

« Si j'avais été à la tête de la fédération ou ministre des sports, j'aurais comparu devant le tribunal et j'aurais essayé de convaincre le juge de la laisser partir. Ce n'est pas difficile à faire. Si vous parlez au président du tribunal de l'importance du football et des conditions actuelles dans la société, il sera convaincu », a-t-il déclaré.

Mostafavi a continué : « La devise du Comité National Olympique est la liberté pour l'humanité. Que vont-ils penser de notre société si [le Président Gianni] Infantino et ses amis de la Confédération Asiatique de Football apprennent cet incident ? Comment vont-ils réagir face à notre fédération ? Je suis prêt à aller en prison à la place de cette fille pour qu'elle et d'autres personnes comme elle ne vivent pas de telles circonstances et pour empêcher que la réputation internationale de notre pays soit ternie ».

Courtesy of  Tlaxcala
Source:  persian.iranhumanrights.org
Publication date of original article: 04/09/2019

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