L'attentat de Halle : les coupables siègent au Bundestag

13-10-2019 tlaxcala-int.org 10 min #162903

 Abi Melzer

Le problème de l'antisémitisme a préoccupé mon père* toute sa vie. Dans ses conversations avec moi, il m'a souvent dit que l'antisémitisme d'après-guerre n'était en réalité pas du tout un véritable antisémitisme. Il est vrai qu'il y a toujours eu des gens qui n'aimaient pas les Juifs ou même qui les détestaient ; les Juifs pourraient le supporter. L'antisémitisme d'État est problématique lorsque la haine des Juifs devient une raison pour l'État et est mise en scène et dirigée par l'État. Avant 1933, il n'y avait pas moins d'"antisémites" en Allemagne qu'après 1933 et vice versa. Les gens n'ont pas changé, mais le gouvernement a changé. Une "mafia" qui détestait les Juifs est arrivée au pouvoir. Bien sûr, il y avait aussi de la haine pour les Juifs parmi le peuple, tout comme il y avait de la haine pour les Juifs après la guerre, mais la politique après la guerre ne visait plus à haïr et à anéantir les Juifs. Au contraire, la politique allemande a fait preuve de repentir et était prête à assumer la responsabilité de ce qui s'était passé et à payer des "compensations" et des réparations. Un graffiti sur le mur d'une synagogue était également horrible pour mon père, mais il n'y voyait pas une résurgence de l'antisémitisme. Aujourd'hui, même une croix gammée sur une porte de toilettes publiques est pour le journal BILD la preuve d'une nouvelle haine des Juifs en Allemagne.

Mon père a été toute sa vie contre la paranoïa politique quand les Juifs parlaient d'antisémitisme. Quand quelqu'un à Cologne prononçait les mots "alles jut" (avec lesquels il voulait seulement dire en Kölsch, le dialecte de Cologne, que tout va bien) et qu'une femme juive polonaise qui avait survécu à Auschwitz comprenait "Alle Juden" (Tous les juifs), elle se référait immédiatement à elle-même et concluait qu'elle avait rencontré des antisémites.

L'acte terroriste, le jour du Yom Kippour à Halle, d'un psychopathe de 27 ans, qui voulait sauver la race blanche des Juifs, en est un excellent exemple. Cela rappelle le massacre d'Oslo, où un malade mental raciste voulait aussi sauver la race blanche. D'autres événements de ce genre peuvent être énumérés : le terroriste néo-zélandais qui détestait les musulmans. Beaucoup trop d'actes similaires ont été commis en Belgique, en France et aux USA. Avant tout, cela me rappelle le meurtrier juif Baruch Goldstein, qui a massacré deux douzaines de musulmans en prière sur la tombe d'Abraham à Hébron en 1994, et auquel les juifs ultra-orthodoxes ont érigé une monument funéraire à Hébron qui est visité quotidiennement par des touristes juifs, de groupes scolaires et des citoyens israéliens ordinaires.

Baruch Goldstein, dont nos bons juifs russes et ukrainiens de Halle et de Rottweil ne savent peut-être rien, était un médecin et un colon juif. Le crime a eu lieu il y a 25 ans, mais le meurtrier est toujours vénéré aujourd'hui.

Je ne me souviens pas qu'aucun des illustres dignitaires qui ont protesté ces jours-ci sur le lieu de l'attaque à Halle et récité les litanies habituelles aient protesté ou pensé aux Palestiniens assassinés, à l'époque où un Juif avait assassiné des musulmans. Même un envoyé du Congrès juif mondial s'est rendu à Halle. Avec Josef Schuster du Conseil central des Juifs d'Allemagne et avec des politiciens allemands locaux, soumis, intimidés et moins importants, qui tremblaient d'amour pur pour les Juifs, ils cherchaient une formule pour la douleur et l'indignation. Ils étaient pâles d'horreur et exprimèrent leur indignation devant l'acte d'un seul néonazi allemand malade et fanatique.

C'était, bien sûr, un acte horrible et dégoûtant que toute personne à moitié normale doit condamner, mais cela reste l'acte d'un Allemand isolé et zinzin, même si l'on peut supposer que des sympathisants autour de lui l'ont soutenu. Ce n'est ni une indication de l'émergence du nazisme en Allemagne ni la preuve que l'antisémitisme existe à nouveau en Allemagne. Auschwitz n'est pas non plus sur le pas de la porte. À Halle, aucun juif n'a été blessé, et encore moins tué. Il est bien connu qu'il y a dans notre pays une stupidité et une haine sans bornes à l'égard des étrangers. Combien d'Africains, d'Asiatiques et de personnes d'autres religions et nations ont déjà été tuées en Allemagne pour des motifs racistes ? La série du NSU à elle seule s'est élevée à dix meurtres.

Mais les autorités, les responsables des finances municipales et les commissaires à l'antisémitisme se soucient plus des critiques de la politique israélienne, qu'ils dénoncent comme "antisémites", que des véritables nazis et racistes prêts à recourir à la violence. Le fait qu'il ne s'agissait pas seulement des Juifs a été démontré à Halle de manière exemplaire. Quand il n'a pas pu tuer des Juifs, il a tué des non-juifs. De toute évidence, il se préoccupait surtout de l'acte et non des Juifs. Les Juifs n'étaient que des moyens pour atteindre une fin et la fin était d'attirer l'attention à tout prix afin de surmonter ses propres complexes d'infériorité.

Les gens peuvent éprouver une haine subconsciente contre la République fédérale ou contre la politique de réfugiés de Merkel, qu'ils sublime sur les Juifs (comme Sigmund Freud l'a analysé en relation avec la religion). Et un combattant solitaire avec des armes artisanales ne peut pas frapper mieux son objet de haine, l'État allemand, qu'en s'attaquant à des Juifs inoffensifs. Il était plus obsédé par l'État que par les Juifs eux-mêmes. Ce que le soi-disant NSU des deux Uwe n'a pas eu cet effet, parce que le meurtre des musulmans n'est pas si menaçant pour l'État et pas intéressant pour le public.

Cependant, cela est en contradiction avec la vanité d'un Michel Friedman, d'un Josef Schuster et d'une Charlotte Knobloch* d'admettre que "les Juifs" n'étaient que des objets de haine sublimés et que, objectivement, peu de concitoyens s'intéressaient à leur religion, leur culte et leur vie séparée. Une majorité d'Allemands est complètement indifférente à ce que 0,01 pour cent d'entre eux fait derrière les portes closes des synagogues.

C'est le traitement de tels incidents qui est problématique. Les morts juifs ont-ils plus de valeur que les morts non-juifs ? Personne en Israël n'a été indigné quand un juge ashkénaze "blanc" a écrit dans son jugement que le sang juif était plus précieux que le sang arabe. Personne n'a protesté lorsque la ministre de la Justice de l'époque, Ayelet Shaked, a fait sa pub électorale avec un parfum qu'elle a appelé "fascisme". Quand on lui a demandé ce qu'elle voulait dire, elle a répondu : « Pour moi, le fascisme a le même parfum que la démocratie ». Mais on peut aussi le comprendre dans l'autre sens ; la démocratie israélienne sent le fascisme.

En tout cas, il n'y a pas eu de morts juifs à Halle. Le fou a essayé de pénétrer dans la synagogue de Halle, ce qui en soi est déjà assez grave. La tentative a échoué, mais la grande émotion publique est justifiée. L'acte aurait tout aussi bien pu être accompli. Henryk Broder*** aurait probablement écrit que si nous, Juifs, avions pris cela en main, cela aurait fonctionné.

Mais pour qui s'agit-il maintenant de faire paraître le dommage psychologique aussi grand que possible ? Qui est suspect de profiter de l'événement ? Le plus grand nombre possible de Juifs devraient-ils se sentir en danger et "être évacués" en Israël ? Il y en aura déjà qui feront leurs valises et émigreront en Israël, comme Micha Brumlik, Henryk Broder ou Cilly Kugelmann qui ont émigré en Israël dans les années 1980 parce qu'ils avaient subi un lavage de cerveau sioniste. Mais ils sont revenus plus vite qu'ils ne le pensaient eux-mêmes et personne n'a remarqué qu'ils avaient émigré. S'ils n'en avaient pas parlé eux-mêmes, personne ne l'aurait remarqué. De nouveau les feuilles d'agitation sionistes que les Juifs font leurs valises dans l'espoir que beaucoup les imiteront.

Les Juifs doivent pouvoir vivre en paix et en sécurité en Allemagne. C'est leur droit fondamental tout à fait banal. Mais je n'arrive pas à me défaire de l'impression qu'il y a des parties intéressées qui se réjouissent des troubles et transforment l'antisémitisme en hystérie sur l'antisémitisme. L'antisémitisme latent se manifeste principalement dans les médias. Ils sont aidés par des idiots utiles et antisémites qui ne peuvent être éradiqués. Mais à long terme, cela fait mal aux citoyens juifs de dresser des épouvantails de l'antisémitisme, ce qui n'est en réalité qu'une énorme bulle qui pourrait devenir un boomerang avant même d'éclater.

Et bien sûr, il faut enfermer ce genre de racistes violents, mais avant cela, il faut enfermer les Höcke, les Gauland et les Weidel****, ces criminels en col blanc qui pulvérisent le poison avec lequel d'autres s'empoisonnent. Si on laisse une Alice Weidel appeler la haine contre les non-Allemands au Bundestag et permet à un Alexander Gauland (AfD) de prétendre que les 12 années de dictature nazie n'étaient qu'un jeu de "tir aux oiseaux", alors nous sommes tous à blâmer parce que nous avons entendu cela et n'avons rien fait. Et particulièrement coupables sont les Juifs fêlés qui s'impliquent publiquement avec l'AfD et se laissent photographier en train d'embrasser Alice Weidel. Mais le cercle "Juifs dans l'AfD" montre que même les Juifs ne sont pas meilleurs et bien sûr pas pires que les autres Allemands, même si ces Juifs de l'AfD aiment tout particulièrement Israël*****.

NdT

*Joseph Melzer, né en 1905, avait fui l'Allemagne nazie et s'était retrouvé en Ouzbékistan où son fils Abraham (Abi) est né en 1945. En 1958, il retourne en Allemagne et fonde une maison d'édition qui vivotera jusqu'en 1967, quand il publie la traduction allemande d'Histoire d'O, qui fait un tabac. Dès lors, il éditera des livres érotiques et politiques, de Viktor Klemperer (LTI) à Romy Schneider ou LeRoi Jones. Son fils a pris sa suite comme éditeur.

**Représentants des juifs d'Allemagne, tout aussi « représentatifs » que le CRIF en France.

***Henryk Broder, qui dans sa jeunesse réalisait un magazine avec l'auteur de cet article, est aujourd'hui le vaisseau-enseigne de la flotte de guerre du lobby pro-israélien allemand.

****Politiciens de l'AfD.

***** L'association  Juden in der AfD (Juifs dans l'AfD) a deux objectifs déclarés : « combatte l'antisémitisme mulsulman et l'antisionisme de gauche »...

"L'AfD protège les juifs contre les moigrants antisémites !
Nous avons toujours soutenu Israël !"

Affiche de propagande d'un député berlinois de l'AfD, Uwe Brunßen, devenu citoyen britannique sous le nom de Hugh Bronson en 2007

Courtesy of  Tlaxcala
Source:  der-semit.de
Publication date of original article: 11/10/2019

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