La Scop, une vision alternative de l'entreprise ? Rencontre avec Praxinos

06-11-2019 3dvf.com 22 min #163947

Dans l'univers de l'infographie, la plupart des entreprises adoptent un statut classique. Quelques structures ont toutefois opté pour une approche originale : la Scop, ou société coopérative et participative. Si la rentabilité reste fondamentale pour ces entités (comme pour toute entreprise), leur gouvernance est bien plus démocratique et la répartition des profits se fait selon d'autres règles.

Dans le secteur de l'image 2D/3D français, plusieurs entreprises ont fait le choix de ce modèle. On peut notamment citer la société Caleido-Scop, le studio d'animation Les Fées Spéciales ou encore le studio de jeux vidéo Motion Twin.
La jeune structure Praxinos, dont nous vous avions parlé lors du Festival d'Annecy, a elle aussi opté pour cette approche peu commune. L'entité travaille notamment sur un plugin de peinture et édition de textures pour Unreal Engine.

Nous avons invité Praxinos à nous expliquer les raisons de leur choix de structuration et la manière dont une Scop fonctionne, avec ses avantages et inconvénients. Sans trop rentrer dans l'aspect technique et administratif, nous avons surtout cherché à comprendre le quotidien d'une telle entreprise, l'impact pour les salariés, mais aussi à qui ce dispositif s'adresse.
De quoi vous donner une meilleure vision de ce mode d'organisation et, qui sait, vous donner envie de l'adopter. Des liens en fin d'interview vous permettront également d'en savoir plus.

Démonstration de Praxinos sur le stand Epic Games, au Festival d'Annecy 2019, avec Fabrice Debarge et Elodie Moog

La SCOP : pourquoi, comment ?

3DVF : Nous avons déjà eu l'occasion de parler de Praxinos sur 3DVF, mais plutôt en nous focalisant sur votre future plugin ILIAD pour Unreal Engine. Vous avez une autre particularité : Praxinos est une SCOP, autrement dit une société coopérative dont les salariés sont associés. Pourquoi avoir opté pour ce modèle ?

Elodie Moog, gérante et cofondatrice de Praxinos : Il y a de multiples raisons. Nous travaillions dans une autre société organisée en SARL classique où tout se passait bien, jusqu'au jour où des décisions de la part des actionnaires n'ont pas plu à la majorité des salariés. Beaucoup sont partis au fur et à mesure ; avec certains de mes anciens collègues nous avons décidé de fonder notre propre société, et nous avons voulu éviter de retomber dans les travers de la SARL. Nous nous sommes dits qu'il serait sans doute préférable d'adopter une approche plus démocratique, où les décisions ne sont pas prises par deux personnes qui ont la grande majorité du capital, et encore moins par des personnes qui ne sont pas actives dans la société et n'ont donc pas une vision réelle de l'entreprise.
Nous voulions que les décisions soient prises par des personnes qui vivaient l'entreprise au quotidien. Et, quitte à avoir une vision sur l'avenir, pouvoir proposer à de futurs partenaires, de futurs salariés, de s'investir dans l'entreprise s'ils en ont envie. C'est une vision sur le long terme, en fait.

3DVF : Et la SCOP répond donc à cette vision ?

Elodie Moog : Oui, c'est exactement le modèle de la SCOP : peu importe le capital investi, une personne = 1 voix. Aucun associé ne peut être majoritaire, tout le monde est forcément minoritaire, ce qui évite les abus.
Autre intérêt, la redistribution des bénéfices : outre la part destinée à développer l'entreprise, il y a obligatoirement une part distribuée à tous les salariés, qu'ils soient associés ou non. La part pour les associés, les actionnaires, n'est en fait pas obligatoire.

3DVF : Puisque nous parlons de revenus... Comment sont décidés les salaires ? L'approche de la SCOP signifie-t-elle que toute l'équipe a la même rémunération ?

Elodie Moog : L'idée, un jour, sera effectivement d'harmoniser les salaires en fonction notamment de l'ancienneté. Ce n'est pas le cas actuellement : il y a une raison à cela. Comme nous avons été licenciés, nous avons la chance de toucher des aides de retour à l'emploi qui ont été un tremplin pour créer la société. Et comme nous n'avions pas tous la même ancienneté, nous n'avons pas tous la même aide (montant, durée). Nous avons ajusté les choses de manière à ce que chacun puisse avoir à la fois une paie de la part de la société tout en bénéficiant de son aide de retour à l'emploi.
On peut se poser des questions face à cette approche : on aurait pu imaginer que l'équipe se contente de ponctionner ses aides Pôle Emploi. En fait, il y a un petit défaut dans la SCOP : on doit avoir au minimum deux emplois en CDI à un salaire au moins équivalent au SMIC temps plein.
Plutôt que d'avoir deux personnes payées temps plein et les autres non, nous avons préféré répartir entre les sept associés que nous étions : certains sont payés quelques heures par semaines, d'autres beaucoup plus, en fonction du temps et des moyens de chacun.

3DVF : Concrètement, quel est le temps de travail des sept associés ?

Elodie Moog : Sur les sept, quatre travaillent à temps plein dans la société, trois autres à temps partiel ont davantage un rôle de consultants et travaillent déjà en temps plein ailleurs (ce qui n'a pas posé de souci, les employeurs étant plutôt contents de voir que leurs employés s'investissaient aussi ailleurs).

3DVF : Dans les studios, qu'il s'agisse de fabriquer un film d'animation ou de développer un logiciel, il y a souvent une tendance aux heures supplémentaires... La notion de temps plein/partiel et la rémunération en fonction de la participation pourraient donc en souffrir. En pratique, est-ce qu'il vous arrive de passer par des périodes d'heures supplémentaires ?

Elodie Moog : Très clairement, on déborde. Si je devais me contenter de mes heures théoriques on n'avancerait pas, et c'est la même chose pour les collègues. Ça me semble normal dans le sens où nous sommes encore au début de l'entreprise, il faut tout créer à partir de rien.

Fabrice Debarge - Cofondateur de Praxinos : Nous nous sommes tout de même mis quelques limites : pas de travail le soir après 20h... Personnellement je me fais violence, je n'ai pas toujours eu ces habitudes, mais je vois le bien que ça me fait, je relativise certains problèmes pas si urgents. Ça fait du bien.

Elodie Moog : En gros, on est à 35h par semaine. Je ne suis pas payée 35h par semaine car on ne peut pas se le permettre. Ceci dit, on s'interdit tous de travailler au-delà de cette durée.
Pour moi, les temps de travail énormes du secteur de l'animation sont une aberration : 50h par semaine pour finir une prod, ça n'a pas de sens, surtout si on est payé « en passion ».
Le plus dingue, c'est que nous sommes beaucoup à faire spontanément des heures supplémentaires. Pour faire plaisir aux collègues ou aux chefs, pour terminer un dossier, pour prendre de l'avance... mais c'est parfois aussi pour flatter un peu son égo, se dire « J'ai bossé plus tard que les autres ». Et là, ça devient malsain.
Faire des heures simplement parce que tout le monde le fait, ce n'est pas normal car cela se transforme en présentéisme, en fatigue nerveuse, en dégoût du travail, en perte de repère, en perte de sens (« pourquoi je fais ce boulot ? »). Ajoutez le manque de reconnaissance de vos chefs et là, c'est la dépression / le burn-out assurés.
Ces problématiques ressortent dans beaucoup d'études sur le mal-être au travail, et ce dans tous les métiers. Et c'est aussi vrai pour l'industrie de l'animation et du jeu vidéo.

Une partie de l'équipe de Praxinos : Elodie Moog, Fabrice Debarge et Thomas Schmitt

3DVF : Comment avez-vous défini les rôles de chacun ?

Elodie Moog : Ça s'est passé assez naturellement. Un des associés, Fabrice Debarge, était en fait mon patron, le gérant de mon ancienne entreprise. Mais avec ses responsabilités de gérant, il jonglait beaucoup entre les tâches techniques et l'encadrement de l'entreprise. Quand nous avons créé Praxinos, il a souhaité rester uniquement dans le domaine technique. A l'inverse, j'avais fait le tour de mon ancien poste de technico-commerciale et j'avais envie de changer un peu de rôle : je me suis donc proposée à la gérance. En ce qui concerne les autres salariés, chacun a fait selon son profil. Par exemple pour les développeur, il s'agissait surtout de développer leur propre outil.
Les rôles se sont donc répartis naturellement, comme je le disais.

3DVF : Comment gérez-vous la communication interne ?

Elodie Moog : Elle est très importante. Il y a des comptes-rendus réguliers, nous avons un Discord pour les échanges simples, un forum pour tout ce qui doit rester dans le temps et pouvoir être retrouvé. Tous les documents, y compris des éléments comme les salaires, sont accessibles aux associés et, à terme, le seront aussi aux employés. Il y a pour moi une nécessité de transparence, c'est ce qui faisait défaut dans mon entreprise précédente et j'aimerais à tout prix éviter de retomber dans ce travers. Quand on est dans le secret, rumeurs et mécontentement se construisent.

3DVF : En somme, la SCOP ne se limite pas pour vous à un simple mode d'organisation différent, il s'agit aussi d'une philosophie...

Elodie Moog : Clairement, c'est une philosophie, et avec un peu d'humour je dirais presque qu'il s'agit d'une secte ! Dans le sens où il y a un véritable soutien des  Unions régionales des Scops, avec dans chaque région une délégation qui vous prend en charge, qui vous aide à bien écrire les statuts, définir de quoi vous avez besoin (répartition des bénéfices, obligation ou non de devenir associé pour les salariés à partir d'une certaine ancienneté, capital minimal à investir pour les nouveaux associés,...)

3DVF : Au jour le jour, comment se fait la prise de décisions ? L'aspect démocratique est-il vraiment au rendez-vous ? On peut imaginer que certaines personnalités puissent s'imposer sur les autres...

Fabrice Debarge : Chacun a sa spécialité, en fait. Ça peut être des spécialités techniques, administratives, comptables... Il y a donc des gens qui ont plus de poids en fonction des sujets.
Un développeur aura plus de poids sur les sujets techniques, une autre personne sur le montage des dossiers de subventions, etc.

Elodie Moog : On essaie malgré tout d'avoir l'opinion de tout le monde. Comme pour les salaires ou questions de mutuelle, tout est accessible à tout le monde, toute personne qui a un mot à dire peut le faire. Ça ne veut évidemment pas dire que l'on tient toujours compte de tous les avis, mais une bonne idée peut survenir de n'importe où, donc on ne bloque rien.
Après, tout ça ne signifie évidemment pas que l'on évite tout conflit. Comme dans toute aventure humaine, les désaccords surviennent, mais on essaie d'en parler, de trouver une solution, de garder une certaine bienveillance.

3DVF : Elodie Moog, on sent bien que votre rôle de gérante se distingue de celui d'un patron ou d'une patronne classique...

Elodie Moog : La personne qui gère la SCOP reste responsable légalement, c'est donc lui/elle qui a le dernier mot, sa responsabilité est engagée au niveau comptable, légal, etc. Mais ce qui est intéressant, c'est que le/la gérante a aussi des comptes à rendre aux salariés, c'est moins vertical qu'avec un patronat classique souvent représenté en image de bon père de famille (ou pas si bon que ça, d'ailleurs !) qui sait mieux que les autres...
Ici, on a des comptes à rendre aux salariés, aux associés qui sont d'ailleurs aussi salariés, il y a un intérêt commun. On a moins de chances, je pense, de laisser l'ego s'emporter par rapport à une société classique.

Aperçu d'ILIAD, futur plugin Unreal Engine de praxinos

La SCOP : inconvénients, surprises et croissance

3DVF : Vous semblez donc tirer un bilan assez positif de cette approche... En pratique, avez-vous eu quelques surprises, découvert des inconvénients auxquels vous ne vous attendiez pas forcément ?

Elodie Moog : Les deux équivalents temps plein au SMIC dont je parlais plus haut sont effectivement une contrainte, surtout quand on démarre une entreprise. Il faut savoir que beaucoup de SCOP se créent à partir de sociétés qui sont en faillite, ce sont les salariés qui réunissent des fonds pour racheter la société.
Dans notre cas, nous partons de rien, sans fonds hors de nos fonds propres, et sortir plusieurs dizaines de milliers d'euros par an n'est pas évident car c'est obligatoire pour le statut.
C'est un peu complexe mais finalement nous avons trouvé un bon équilibre là-dessus ; il faut souligner aussi que nous avons eu quelques avantages, notamment du fait de notre localisation (région Grand Est) : la  bourse Emergence SCOP double le capital social dans la limite de 4000€ par associé salarié. Dans notre cas, chacun a mis 4000€ sur la table, donc 28 000€ de capital puisqu'on est 7 ; nous avons rempli un dossier et quelques mois plus tard la région a remis 28 000€, soit un capital total de 56 000€.

Fabrice Debarge : Il y a effectivement aussi eu quelques surprises, mais je ne sais pas si on peut les appeler inconvénients. Par exemple, nous avons fait un pitch dans un incubateur d'entreprises pour être incubés, et quand on explique à des banquiers ou business angels qu'on est une SCOP... On n'est pas bien reçus.

Elodie Moog : C'est vraiment un tue l'amour, car ce sont des gens qui ont l'habitude d'avoir un schéma où ils vont donner de l'argent pour aider une entreprise à démarrer, mais sur laquelle ils vont avoir une mainmise ou ils vont attendre qu'elle grandisse, puis revendre leurs parts qui auront pris de la valeur.
Or, dans une SCOP, les parts sociales ont toujours une valeur nominale, qu'elle fasse des millions de chiffre d'affaires ou 3€. Ça perturbe énormément les investisseurs, qui sont face à un schéma très inhabituel. Certains vont tout de même tenter de s'investir, mais la plupart ne comprennent pas comment on peut se lancer dans une aventure de développement informatique, de recherche et d'innovation en étant une SCOP. Ils en deviennent presque agressifs.

3DVF : Mais du coup, comment trouver des investisseurs et les convaincre qu'ils pourront s'y retrouver ?

Fabrice Debarge : On n'en cherche pas !

Elodie Moog : Voilà, c'est ça. Il faut reconnaître que nous avons eu plutôt de la chance jusqu'à présent, avec la bourse de la Région Grand Est évoquée plus haut, mais aussi une seconde de la même région prévue pour aider les startups passant par un incubateur (ce qui est notre cas, puisque nous sommes passés par  The Pool à Metz) à démarrer, et enfin une troisième, une bourse French Tech qui prend en charge 75% des frais dépensés par l'entreprise.
Tout ça forme un bon tremplin.

3DVF : Est-ce que vous avez le sentiment que la croissance de l'entreprise est plus limitée qu'avec un modèle classique ?

Fabrice Debarge : Limitée comment ? Moi je me sens plus libre !

3DVF : Par exemple, en restant sur un modèle de SCOP, pouvez-vous à moyen ou long terme passer de 7 à 70 personnes ?

Elodie Moog : Pas du jour au lendemain, et même par rapport à un schéma classique d'entreprise « licorne » qui lève des fonds, embauche à tour de bras (et parfois s'effondrera 6 mois plus tard), on préfère monter graduellement. Croître trop vite est un danger pour l'entreprise.

Fabrice Debarge : C'est l'intérêt d'un business angel d'injecter du capital dans une boîte dont il sait qu'elle va monter vite, puis créer une dépendance malsaine, se rendre indispensable et prendre la main sur l'affaire. On voit donc plus cet aspect comme une liberté que comme une contrainte. La croissance se fera naturellement si ce qu'on fait marche.

Elodie Moog : Voilà, on grandit à notre rythme, on a le temps de voir venir les choses et de s'adapter. Après, il faut aussi reconnaître qu'on a de la chance : nous avons un partenariat avec Epic Games, un partenaire de choix qui respecte notre indépendance. Leur aide est technologique, puisque nous nous appuyons sur leurs technologies et l'Unreal Engine, mais aussi financière (100 000$ via les bourses Epic MegaGrants). Sachant que le système de bourses fonctionne de la même manière que le partenariat : ils n'attendent pas de retour sur investissement, si ce n'est évidemment le fait que nous allons aider Unreal à se développer encore un peu plus.

3DVF : Vous avez récemment recruté un employé : quelques mots à ce sujet ? A-t-il pris le statut d'associé, et pourquoi ?

Elodie Moog : Michaël est aussi un ancien collègue qui, quelques mois après avoir quitté notre ancien employeur, a décidé de nous rejoindre. Il a 15 ans d'expérience dans l'ingénierie de l'imagerie et de l'animation numériques. On a donc vraiment de la chance qu'il fasse partie de l'aventure. Pour l'instant, il est en CDD, mais comme nous venons d'avoir une réponse favorable pour un RIAM (CNC), on va pouvoir le garder en CDI, ouf !
Quant au fait de devenir associé, c'est quand il veut : la vraie démocratie se trouve dans la liberté, donc on a préféré laisser le choix plutôt que d'imposer la prise de parts sociales, comme ce peut être le cas dans certaines SCOP.

Aperçu d'ILIAD, futur plugin Unreal Engine de praxinos

SCOP et Animation : une combinaison rare mais pas forcément incompatible

3DVF : Notre industrie, en France, s'appuie fortement sur l'intermittence. Est-ce compatible avec la SCOP ?

Elodie Moog : J'en parlais justement à Virginie Guilminot cofondatrice des  Fées Spéciales [NDLR : studio d'animation monté en SCOP], qui me disait que le problème dans le monde de l'animation est ce statut d'intermittence. Il y a un flou juridique par rapport aux SCOPs : les intermittents peuvent-ils devenir associés alors qu'ils n'ont pas de contrat de type CDI. Personne ne sait trop comment ça se passe, il faudra donc essuyer les plâtres...

3DVF : Pourquoi, selon vous, le modèle de la SCOP est-il si rare, en particulier dans le secteur de l'imagerie numérique ?

Elodie Moog : Je pense que le premier point est la méconnaissance. La plupart des gens ne savent pas ce qu'est une SCOP, si on parle de coopérative les gens penseront « coopérative agricole » ou banque... Ils ne comprennent pas.
D'ailleurs, je suis celle dans l'équipe qui a découvert le modèle de la SCOP, par un hasard incroyable. Quelqu'un m'en a parlé en disant que c'était « pourri », je me suis demandé pourquoi ça serait forcément le cas, j'ai fait des recherches... Et en fait c'est loin d'être « pourri », c'est un modèle d'avenir !
On entend souvent parler de problème avec des actionnaires qui mangent la plus grosse part du gâteau tandis que les salariés n'ont que des miettes, alors même que ces derniers sont la première richesse de l'entreprise : sans salariés, pas de production, plus de bénéfices !
Il faut revenir dans un modèle où ceux qui travaillent sont les premiers à être récompensés.

Fabrice Debarge : Il y a un autre point qui me semble important : dans les écoles, on n'enseigne pas ou très peu comment monter son entreprise. Et on ne peut pas être bon partout, en technique numérique comme en administratif... La SCOP nous a permis de mieux tirer parti de nos compétences complémentaires. Si vraiment nous avions dû partir de rien, dans une entreprise classique et en sortant d'école, ça aurait été plus complexe.

Elodie Moog : Il y a plusieurs paramètres. Nous avons des profils complémentaires, une moyenne d'âge de 35-40 ans avec deux jeunes de 23-25 ans et un associé de 55, on a déjà travaillé ensemble.... C'est d'ailleurs un point important, il n'est pas évident de créer une entreprise avec des gens qui sont amis mais n'ont pas travaillé ensemble, ce n'est pas la même chose. Ce qui explique que ça peut être délicat de passer en coopérative quand on est trop jeune.

La SCOP : pour quels types de personnes ?

3DVF : Au final, vous conseilleriez donc plutôt ce modèle à des personnes ayant déjà une certaine expérience ?

Elodie Moog : je pense qu'il faut une certaine maturité, oui. Ce n'est peut-être pas obligatoire, encore une fois nous avons dans l'équipe des gens qui ont la vingtaine, mais je pense qu'il faut au moins avoir déjà travaillé ensemble.

Fabrice Debarge : Après, ça ne veut pas dire pour autant qu'on ne le recommandera pas à des gens qui se lancent, j'en reviens surtout au fait que dans les écoles, on manque de retours sur ce type d'approche. Il y a sans doute quelque chose à creuser de leur part, inviter des SCOPs, pourquoi pas faire une conférence au Festival d'Annecy un jour avec d'autres SCOPs du secteur, chacune ayant son expérience... Un vrai travail d'évangélisation est nécessaire, j'ai été 4 ans gérant d'une société sans savoir ce qu'était une SCOP ! Alors qu'au fond, j'appliquais déjà une bonne part des principes fondamentaux de la SCOP.

Elodie Moog : Jusqu'à ce que les problèmes évoqués en début d'interview ne surviennent, et que l'on nous ait forcés à changer de façon de travailler...
Effectivement, il y aurait sans doute une conférence à mettre en place avec Les Fées Spéciales, Caléido-Scop, Rainbox, on a sans doute chacun une petite pierre à ajouter. Et qui sait, c'est peut-être un modèle qui va se répandre dans le monde de l'animation, j'y vois un peu la solution à un monde meilleur, ne plus être à fond dans l'investissement et l'engraissement d'un actionnariat, se rappeler qu'il y a aussi des gens qui travaillent et qui ont envie d'être rémunérés pour ce travail.

Fabrice Debarge : Sans être naïfs non plus, une SCOP restant là pour faire de l'argent pour les salariés.

Elodie Moog : Oui, bien sûr.

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newsnet 19/11/06 10:25

en effet,
c'est une modèle d'avenir,
et c'est comme ça que tout devrait marcher