09/02/2020 histoireetsociete.wordpress.com  6 min #168765

Mémoire sans nom

en attendant le retour de Marianne, mais cette collaboration avec le blog passionnant de la russophone cultivée.. et politique jacqueline Boyer durera avec son retour, voici déjà le commentaire sur un enjeu essentiel de cette année. Si notre nouveau blog dans l'état actuel de la préparation renonce à s'intéresser au centenaire du PCF, il n'en est pas de même pour la réalité de ce qu'a été la deuxième guerre mondiale et nous ne serons jamais assez nombreux pour lutter contre le négationnisme historique (note de Danielle Bleitrach)

Publié le 9 février 2020 par Boyer Jakline




Sur la Place Rouge, Moscou, le 24 juin 1945. Sur le front. Berlin

Le 9 mai 2020 la Russie honorera en grand le 75e anniversaire de la victoire sur le nazisme.

Le 24 janvier dernier, à Jérusalem, fut honorée la libération du camp d'Auschwitz par les troupes soviétiques. Mais, réécriture en cours de cette histoire, ce sont les troupes » alliées » qui ont libérées ce camp.
Les dirigeants polonais actuels sont dans un tel déni du rôle de leur pays dans ce désastre que non seulement ces cérémonies n'ont pas eu lieu en Pologne, mais qu'ils ne se sont pas rendus à Jérusalem. Et le nouveau président ukrainien, s'y est rendu mais n'a pas participé aux cérémonies.

Voilà comment réagit Fiodor Loukianov à cette situation. Il est une voix importante de la politique étrangère russe, dirige le secteur » la Russie dans le monde globalisé » dirige aussi son journal.
Vous trouverez dans ce blog de nombreux articles traduits.

TRADUCTION.

Le jour des célébrations en Israël, où les victimes de l'Holocauste ont été commémorées, trois présidents des principales structures européennes - le Conseil européen (Charles Michel), le Parlement européen (David-Maria Sassoli) et la Commission européenne (Ursula von der Leyen) - ont publié une déclaration commune. Beaucoup de bons mots furent prononcés sur le caractère inadmissible d' oublier la catastrophe, surtout maintenant qu'il y a de moins en moins de témoins oculaires de la tragédie.

Les dirigeants européens disent que la principale conclusion en est la création de l'Union européenne, « dont l'ADN contient l'héritage de ces événements » (ici, il est déjà possible de se demander si c'est la principale conclusion, mais soit). La première phrase est la plus illustrative: « Il y a 75 ans, les forces alliées ont libéré le camp de concentration nazi d'Auschwitz-Birkenau. Elles ont mis fin au crime le plus odieux de l'histoire européenne - la destruction ciblée de Juifs européens. »

« Forces alliées. » Forme impersonnelle. D'un point de vue purement formel. cela devient : l'un des pays de la coalition anti-hitlérienne a sauvé les prisonniers survivants du camp de la mort. Mais cette rectitude formelle est appelée à fixer une nouvelle interprétation européenne de l'histoire du XXe siècle.

Exit l'Armée rouge libératrice.

Il y a eu l'Armée rouge, qui a commis des crimes de guerre et asservi les peuples d'Europe orientale (de cette vision découle la résolution du Parlement européen de septembre de l'année dernière). L'armée du pays qui a déclenché la Seconde Guerre mondiale avec l'Allemagne hitlérienne. Et la bataille contre le nazisme a été menée par les forces alliées dirigées par les États-Unis. Ils ont finalement vaincu la peste brune.

Le récit historique avec lequel les anciens pays socialistes sont arrivés dans l'UE était différent : nous sommes aussi des victimes, disent-ils, qui plus est des deux totalitarismes, de la même abomination - l'allemand et le soviétique. Et en tant que victimes, nous avons également le droit de garantir la non-répétition de ce qui s'est passé, ainsi que le fait que notre opinion affectera la formation de la politique.

Pourquoi la position de plusieurs pays plutôt petits, qui plus est avec leur propre histoire compliquée, c'est un euphémisme, leur attitude envers la Shoah, s'est avérée être un ferment qui change l'approche établie des grands d'Europe occidentale, c'est un autre un sujet. En partie, l'Occident a toujours été quelque peu mal à l'aise de reconnaître la coopération avec Staline et le rôle décisif de ce dernier dans la victoire. En partie à cause de la volonté d'assurer aux nouveaux États membres la pleine domination politique et économique dans l'UE.

Mais l'essentiel est la crainte croissante de la Russie, pour diverses raisons, le désir de s'en isoler politiquement, ce qui a également une signification pratique pour l'Union européenne. Depuis quelque temps, le thème russe est peut-être le seul sujet de politique étrangère sur lequel l'UE parvient à maintenir un consensus interne.

La discussion historique devient victime des problèmes et intérêts politiques actuels. Chaque histoire est multicolore et multiforme, elle a de nombreuses nuances et des relations complexes. La Russie avec sa trajectoire sinueuse ne fait pas exception. Et toute «guerre des mémoires», les différends autour de l'interprétation des événements passés sont destructeurs en ce qu'ils émasculent l'histoire, se transforment en une impression plate en noir et blanc. Ce qui est peint en noir et ce qui est blanc est déterminé par les nécessités actuelles. La passion de la confrontation - le côté «attaqué» doit répondre avec ses simplifications et généralisations excessives, c'est la loi du genre. Il ne fait aucun doute que sur la Seconde Guerre mondiale, il y a suffisamment de pages non ouvertes ou insuffisamment explorées, et les scientifiques doivent les traiter, le credo du scientifique est la vérité, même si elle contredit les stéréotypes habituels. Cependant, quand l'histoire est instrumentalisée, la vérité est renvoyée hors cadre et toute impartialité scientifique est impossible.

L'érosion du récit historique de la Seconde Guerre mondiale n'est pas populaire non plus en Europe occidentale. Et ce n'est pas une question de sympathie pour la Russie, mais ce que ressent la partie la plus perspicace de l'establishment : une interprétation changeante aggrave le relativisme moral.

Si tout va plus loin dans cette direction, une menace pèsera sur la structure européenne elle-même. Très fragile, car personne ne peut être sûr que les causes qui ont conduit aux catastrophes de la première moitié du siècle dernier sont complètement éradiquées. Que ce soit en Allemagne ou dans d'autres pays européens.

En attendant, la logique politique à court terme prend le relais. Ceux qui y adhèrent en Europe devraient relire l'épigraphe de la déclaration par laquelle ce texte commence.

Une citation d'Eli Wiesel: « Oublier les morts signifie les tuer une deuxième fois. »

Cela vaut non seulement pour les victimes d'extermination dans les camps, mais aussi pour ceux qui ont sacrifié leur vie pour qu'il n'y ait pas de tels camps.

FIN DE LA TRADUCTION.

En lien, les deux positions, frontales : le président français et le président russe. L'une est juste, l'autre est mensongère. Penser, par exemple, que l'accord signé dès 1934 entre le dictateur polonais et Hitler a disparu des livres d'histoire polonais

Et quelques photos, soviétiques pardon, qui évoquent la victoire « alliée ». La reddition des armées allemandes nazies sur la Place Rouge est particulièrement utile dans cette réécriture de l'histoire.

Vous trouverez ici de très nombreux articles argumentés. Taper « pactes » dans la recherche.

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