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11/02/2020 wsws.org  6 min #168845

La surveillance généralisée par l'administration Trump

Par Niles Niemuth
11 février 2020

Le Wall Street Journal a rapporté le week-end dernier que l'administration Trump a acheté l'accès à une base de données commerciale qui suit la position et les mouvements de millions de téléphones portables afin de faciliter l'expulsion des immigrants vivant aux États-Unis et de suivre les personnes traversant la frontière.

La révélation de ce programme montre que la surveillance illégale généralisée du gouvernement a été étendue depuis la révélation de l'espionnage de masse de l'Agence de sécurité nationale par le lanceur d'alerte Edward Snowden en 2013.

Les promesses d'un dialogue national sur l'espionnage électronique domestique et l'adoption d'une législation visant à mieux surveiller les opérations gouvernementales n'ont jamais été qu'une mascarade. Le gouvernement fédéral sous-traite désormais à des entrepreneurs privés une part importante de la surveillance électronique qu'il effectuait auparavant lui-même.

[Credit: AP Photo/Seth Wenig, File]

Cette violation du droit à la vie privée de la population américaine et mondiale, d'abord justifiée par le président George W. Bush sous couvert de la «guerre contre le terrorisme», puis étendue sous le président Barack Obama, est maintenant utilisée dans la guerre fascisante de Trump contre les immigrants. Bien que le gouvernement prétende que les données des téléphones portables qu'il utilise sont "anonymisées" pour protéger les citoyens américains, ces mesures ne se limiteront pas aux immigrants. Elles seront utilisées contre les opposants politiques de gauche au gouvernement et pour réprimer toute éruption de l'opposition populaire de la classe ouvrière.

Selon le Wall Street Journal, l'administration Trump a commencé à acheter des données de localisation de téléphones portables en 2017 à une entreprise de la banlieue de Washington, DC, nommée Venntel. Cette société a de multiples liens avec Gravy Analytics, une importante société de publicité mobile.

Venntel achète des données de localisation recueillies par des applications de météo, de jeux, de commerce et autres téléchargées par les utilisateurs de téléphones portables, puis revend ces informations à ses clients, en l'occurrence le ministère de la Sécurité intérieure (DHS), le service des douanes et de la protection des frontières (CBP) et le service de l'immigration et des douanes (ICE).

Les applications pour smartphones émettent constamment des signaux vers les tours de téléphonie mobile et d'autres appareils qui fournissent leur position exacte. Les sociétés de marketing utilisent ces informations pour cibler la publicité sur les consommateurs avec une précision de plus en plus effrayante. Alors que les utilisateurs de smartphones peuvent penser qu'ils reçoivent un bulletin météo pour leur trajet domicile-travail, leur position est transmise directement au gouvernement qui prépare leur expulsion.

L'utilisation de bases de données commerciales est une astuce pour contourner un arrêt de la Cour suprême de 2018, Carpenter contre États-Unis, qui impose des restrictions à la capacité du gouvernement fédéral de collecter directement les données des téléphones portables des citoyens américains auprès des grandes compagnies de téléphones. «Dans ce cas, le gouvernement est un acheteur commercial comme tout le monde. Carpenter n'est pas pertinent», a déclaré au Wall Street Journal Paul Rosenzweig, ancien secrétaire adjoint à la politique du DHS. «Le gouvernement n'achète qu'une petite application.»

Au lieu de suivre une procédure régulière et d'aller devant un tribunal fédéral pour obtenir un mandat de recherche d'un suspect, le gouvernement achète des données en vrac à des sociétés de marketing pour espionner toute personne vivant ou voyageant aux États-Unis. Le reportage du Wall Street Journal note que l'achat de données de marketing est largement utilisé par les agences américaines pour recueillir des renseignements au niveau international, bien que l'étendue de ces contrats ne soit pas claire car ils sont confidentiels.

Le nombre d'utilisateurs de smartphones aux États-Unis a explosé au cours de la dernière décennie, passant de 63 millions en 2010 à 273 millions cette année, soit plus des trois quarts de la population totale. Au Mexique, le nombre d'utilisateurs devrait passer de 71 millions à 92 millions en 2024, soit plus de 70 % de la population. Près d'un tiers de la population mondiale, soit 3,5 milliards de personnes, utilise actuellement un smartphone. Le potentiel de surveillance gouvernementale utilisant les informations fournies par ces appareils est vaste.

Alors que le New York Times a publié ce week-end un éditorial appelant à des auditions du Congrès sur l'utilisation par l'administration Trump de ce que le journal a qualifié de «système de surveillance d'entreprise le plus invasif jamais conçu», cette révélation est restée largement sans commentaire. Elle n'a pas été mentionnée dans les programmes d'entretiens du journal du dimanche, ni soulevée par aucun des candidats démocrates à la présidence. Cela est dû au fait qu'aucune section de l'élite dirigeante n'est engagée dans la défense des droits constitutionnels fondamentaux, et que l'attaque contre les droits démocratiques des citoyens américains et des immigrants est bipartite.

La Chambre des représentants contrôlée par les démocrates a adopté en novembre une extension de la loi Patriot de 2001, qui comprend une disposition permettant la surveillance en masse et sans mandat des métadonnées des communications électroniques nationales. Au même moment qu'ils poursuivaient la mise en accusation de Trump pour sa politique étrangère vis-à-vis de la Russie et insistaient pour dire que Trump est un larbin de Vladimir Poutine, les démocrates ont veillé à ce que le président conserve des pouvoirs d'espionnage envahissants.

Le processus de destitution n'a pas empêché les démocrates d'aider Trump à mener à bien ses principales initiatives politiques, de permettre à Trump de transférer illégalement des milliards de dollars de fonds du Pentagone pour construire son mur le long de la frontière entre les États-Unis et le Mexique, d'allouer 738 milliards de dollars aux dépenses militaires, d'adopter son budget d'austérité et de ratifier le pacte commercial anti-Chine avec le Mexique et le Canada.

La mise en accusation anti-Russie pour des raisons de sécurité nationale, qui s'est terminée, comme on pouvait s'y attendre, par une débâcle pour les démocrates, était une diversion politique visant à supprimer l'opposition populaire à la guerre sans cesse croissante contre les immigrants, notamment le refus du droit d'asile et l'emprisonnement de centaines de milliers d'immigrants, dont des milliers d'enfants, dans des camps de détention.

Ayant la procédure d'impeachment derrière lui, Trump a pu se permettre d'intensifier ses attaques contre les droits démocratiques des immigrés ainsi que de la population tout entière. Ces attaques ne peuvent être combattues par le Parti démocrate, un parti de la CIA, du Pentagone et de Wall Street. La seule force sociale capable de vaincre Trump et l'oligarchie financière qui contrôle les deux partis, c'est la classe ouvrière.

Le Parti de l'égalité socialiste mène sa campagne présidentielle pour construire une direction révolutionnaire au sein de la classe ouvrière qui se battra pour défendre les droits démocratiques de tous les peuples. Les candidats du PES, Joseph Kishore pour la présidence et Norissa Santa Cruz pour la vice-présidence, défendent l'abolition des frontières nationales et le droit de tous de voyager et de travailler où bon leur semble, sans surveillance ni harcèlement de l'État.
Pour plus d'informations sur la campagne électorale du SEP et pour vous inscrire, visitez le site  socialism2020.org..

(Article paru en anglais le 10 février 2020)

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