«Enfants, notre mère nous disait: entre résister contre cent ennemis et être entouré de faux amis, il faut choisir la première option.» Mohamed El Bachir, (25/02/2025)
Gaza: après le génocide, la déportation ?
L'objectif de l'Administration états-unienne d'expulser la population palestinienne de Gaza et de faire de cette bande côtière une «Riviera» après avoir été le théâtre d'un génocide ressemble a un scénario de science fiction imaginé par un fou… Pourtant, ce projet est en parfaite harmonie avec la définition que donne Karl Rove, ancien conseiller du président George W.Bush (2001-2006), du rôle des Etats-Unis dans le monde. Ci-dessous un extrait de ce rôle:
«nous Américains, nous sommes maintenant un Empire et lorsque nous agissons, nous créons notre propre réalité. Et pendant que vous étudiez studieusement cette réalité, nous ne perdons pas de temps, nous agissons et nous créons d'autres réalités nouvelles qu'il vous est loisible d'analyser…C'est ainsi que les choses se passent, pas autrement. Nous sommes les acteurs et les producteurs de l'Histoire. A vous, vous tous, il ne vous reste qu'à étudier ce que nous créons.» (1)
Et on oublie que Donald Trump est un homme d'affaires avant d'être le président d'un Etat. Un Etat qui dévoile, de plus en plus, à l'humanité entière que seuls les intérêts des Etats- unis et de l'Entité sioniste comptent… América First …
Le »deal du siècle » de son premier mandat est une illustration grandeur nature de cette stratégie définie ci-dessus: Jérusalem, capitale de l'Etat sioniste et transformer la Cisjordanie en Judée Samarie du futur probable Grand Israël. Consolidé par les Accords d'Abraham, cet objectif est en cours de réalisation en Cisjordanie. Des Accords qui ont enchaîné les dirigeants arabes en faisant d'eux de simples spectateurs sinon des complices de la destruction de Gaza et du génocide. Dans son deuxième mandat, Donald Trump passe à l'étape suivante en proposant aux dirigeants arabes de participer directement à l'avènement du grand Israël en accueillant les survivants palestiniens de Gaza.
Connaissant les dirigeants arabes actuels et en tant que homme d'affaires avisé, D.Trump met en place une stratégie où la surenchère sert à les faire plier sur l'essentiel: colonisation de la Cisjordanie et de Gaza. Faire monter la barre haut pour ensuite inviter les dits dirigeants à ouvrir le débat afin de mettre fin à la question de la souveraineté du peuple palestinien, pleine et entière.
En effet, en précisant que «le fait que personne n'ait de solution réaliste et qu'il mette sur la table des idées nouvelles, audacieuses et fraîches ne doit en aucun cas être critiqué. Cela va amener toute la région à trouver ses propres solutions si celle de Trump ne leur plaît pas »(2), le conseiller américain à la sécurité nationale Mike Waltz invite les dirigeants arabes à proposer une alternative au plan Trump car ce dernier est disponible et à l'écoute… Mais en acceptant de négocier sur le devenir du peuple palestinien, à partir du scénario dicté par les responsables sionistes et états-uniens, les dits dirigeants arabes montrent les premiers signes d'une soumission…A ce stade, un point de convergence entre responsables israélien et arabe est for possible: la disparition du Hamas du paysage politique palestinien et la mise en place d'une administration technique pour gérer Gaza… Ce qui signifierait que toute résistance du peuple palestinien contre la colonisation sioniste sera considérée comme illégitime…
Hier, les diplomates faisaient semblant de croire que le Droit international était la boussole qui indiquait la route à suivre pour défendre la souveraineté des Etats et le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes mais, aujourd'hui, D.Trump a sifflé la fin de la récréation. En effet, le droit international dont l'Organisation des nations unies (ONU) est censée être la garante n'est plus qu'un conte pour enfant et l'ONU qui servait à perpétuer ce conte est devenue un machin, dixit De Gaulle… Les exemples ne manquent pour étayer cette affirmation: Yougoslavie, Irak…Soudan, Libye, Syrie… Le pays du cèdre ligoté et sous la menace d'une guerre civile…
A une exception, le non souverain à l'invasion de l'Irak en 2003 du Président français Jacques Chirac et de Dominique de Villepin, ministre des Affaires étrangères.
Et en sifflant la fin de la récréation, M. Trump, impose un nouveau rythme politique aux dirigeants arabes, en paix avec l'Etat sioniste. D'observateurs passifs durant la destruction de la bande de Gaza, le génocide et la colonisation continue de la Cisjordanie, l'annexion du Golan syrien et l'occupation de territoire syrien avec l'accord tacite du nouveau président syrien, »intégriste taliban démocrate » El Chareh, sous protection occidentale, ils doivent maintenant répondre au plan de déportation conçu par Trump. Un plan accompagné de l'exigence du premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, à savoir: « au lendemain de la guerre à Gaza, ni le Hamas ni l'Autorité palestinienne ne seront présents.» (3)
Une exigence qui, après sa collaboration avec l'armée israélienne, fait de Mahmoud Abbas, un homme, « accroché à une branche pourrie». (4)
Si côté sioniste et impérialiste, l'objectif stratégique est clair, du côté des Etats arabes, en paix avec Israël, leur stratégie, si stratégie il y a, en ne s'appuyant que sur le seul adverbe combien, entraîne la question suivante: pour participer à la mise en place de la machine à produire des réfugiés palestiniens et »mettre fin » à la Résistance du peuple palestinien, quelles offres états-uniennes accompagnées de menaces vont faire céder les dirigeants arabes, sans apparaître comme des complices?
Question non dénuée de sens puisque, pour ces Etats arabes, de Cause nationale, la souveraineté du peuple palestinien est devenue, au cours du temps, une simple monnaie d'échange…
Arabie saoudite, Jordanie et Egypte: terre d'accueil?
Face au roi Abdallah II de Jordanie, Trump a annoncé en parlant des survivants de Gaza : « nous les déplaçons dans un endroit magnifique où ils auront de nouvelles maisons, où ils pourront vivre en sécurité, où ils auront des médecins et des services médicaux et toutes ces choses. Ça va être génial » car, ajoute-t-il avec cynisme: « aucun endroit au monde n'est aussi dangereux que la bande de Gaza. Ils ne veulent pas y être. Ils n'ont pas d'alternative. » (5)
Et que faire pour soumettre les dirigeants arabes, en particulier le roi de Jordanie et le président égyptien ?
Le président états-unien, Donald Trump, répond sans détour:«nous versons beaucoup d'argent à la Jordanie et à l'Égypte… Mais je n'ai pas à les menacer. Nous sommes au-dessus de cela. » (5)
Réponse du roi de Jordanie: « je pense que le problème est de trouver comment faire en sorte que cela fonctionne de manière satisfaisante pour tout le monde. Il est évident que nous devons veiller aux intérêts des États-Unis et des habitants de la région, en particulier de mon peuple, les Jordaniens.»(6)…
Abdallah II est déjà dans une posture de marchand de tapis accompagnée d'un geste humanitaire en promettant l'accueil de 2000 enfants palestiniens pour les soigner. Sans leurs parents, dans le cas où ils ont survécu au génocide?
MBS ‘'hôte'' de paix en Ukraine… et au Proche-Orient ?
En mettant hors jeu les dirigeants européens concernant l'Ukraine, D.Trump a fait honneur au prince héritier saoudien en accueillant les négociateurs russes et états-uniens à Ryad pour préparer la future rencontre Trump-Poutine pour sceller la paix en l'Ukraine. On peut stipuler que le »cadeau » fait à MBS coûte 600 milliards de dollars d'investissement aux Etats-Unis, promis par le prince héritier le 25 janvier 2025. Mais est-ce suffisant pour le président D.Trump?
4 mars 2025: sommet de la Ligue arabe ou des Tartuffes
Après avoir laissé l'Etat d'Israël, transformer Gaza en un champ de ruine et perpétré un génocide, les dirigeants arabes vont se réunir tout en regardant l'opération »Mur de fer » de l'armée sioniste en Cisjordanie. Un sommet d'urgence où les bonnes intentions envers le peuple palestinien seront de rigueur accompagnées d'un appel solennel à la »communauté » internationale pour faire face au plan Trump. A n'en pas douter, un plan arabe sera mis sur la table qui tiendra compte de certaines exigence israélienne : exclusion du Hamas du champ politique et constitution d'une administration technique arabo-palestinienne pour gérer ce qui est en train de devenir une réserve en Cisjordanie et à Gaza.
Quant au financement de la reconstruction, les monarchies du Golfe assumeront la charge. Autrement dit, acter le fait accompli tout en espérant que les Etats-Unis et l'Etat sioniste accepteront ce »deal » des collaborateurs. Dans tous les cas de figure, la voie suivie par la résistance arabe dont le Hezbollah est le fer de lance, soutenue par l'Iran au côté de la résistance du peuple palestinien pour acquérir sa pleine souveraineté ne sera nullement à l'ordre du jour.
Mohamed El Bachir
Image en vedette : Capture d'écran. Deux enfants se rendent dans les espaces d'apprentissage sécurisés soutenus par l'UNICEF à Khan Younis, dans le Sud de la bande de Gaza. @UNICEF El Baba.
Notes :
(1) lemonde.fr
(6) humanite.fr
La source originale de cet article est Mondialisation.ca
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