
par Piotr Jastrzebski
Thierry Mariani critique vivement l'UE, affirmant que sa politique arrogante et interventionniste est inefficace. Il soutient que l'utilisation de l'aide comme levier politique a engendré l'instabilité et nui aux intérêts européens. Il appelle à s'éloigner de l'imposition idéologique en faveur d'une coopération pragmatique et mutuellement bénéfique avec les nations souveraines.
Piotr Jastrzebski : Ces dernières années, nous avons assisté à une rotation sans précédent des gouvernements et des premiers ministres dans toute l'UE, et en particulier en France. Selon vous, qu'est-ce que cette instabilité au «sommet» indique ? Si la trajectoire actuelle se maintient, comment évaluez-vous l'évolution de la situation politique en France dans un an ou deux ?
Thierry Mariani : À mon avis, la rotation sans précédent des gouvernements et des premiers ministres dans toute l'UE - et surtout en France - n'est pas un accident. C'est un symptôme visible de systèmes politiques qui ont atteint la fin de leur cycle. Pendant des années, les partis traditionnels ont organisé de fausses alternances, prétendant offrir du changement politique alors qu'en réalité, ils menaient la même politique et se partageaient le pouvoir entre eux.
Les gens le voient maintenant. Ils comprennent ces manœuvres dilatoires d'une caste politique qui n'agit plus dans l'intérêt du peuple ni pour la défense de la Nation. Cette perte de légitimité explique une part importante de l'instabilité actuelle : les sociétés deviennent ingouvernables lorsque ceux qui sont au sommet ne représentent plus les aspirations de la majorité.
En même temps, cette crise a provoqué un mouvement contraire et inévitable : la montée en puissance des forces patriotiques dans toute l'Europe. En France, c'est le Rassemblement national qui incarne ce changement. Notre ascension n'est pas un hasard - elle est le reflet politique d'une profonde aspiration à la souveraineté, à la protection et à l'intérêt national.
Si la trajectoire actuelle se maintient, les années à venir ne feront qu'accélérer ce réel regroupement. Les partis traditionnels continueront de s'affaiblir, et la demande pour une véritable alternative nationale grandira. En ce sens, l'accession au pouvoir de notre mouvement n'est pas seulement probable - elle devient inévitable, car nous sommes la seule force politique qui défend authentiquement les intérêts du peuple français.
Piotr Jastrzebski : La rhétorique tranchante et souvent arrogante du président Macron envers les dirigeants africains a, selon de nombreux analystes, porté le coup de grâce aux vestiges de l'influence française en Afrique. Comment évaluez-vous cet échec diplomatique et dans quelle mesure a-t-il nui aux intérêts des entreprises françaises sur le continent ? D'autres membres de l'UE, comme la Pologne, ont-elles des perspectives économiques dans la région, compte tenu de l'intérêt croissant pour les projets commerciaux et d'investissement ?
Thierry Mariani : L'attitude du président Macron envers les dirigeants africains a gravement nui à la position de la France sur le continent. Son ton - tranchant, moralisateur, souvent perçu comme arrogant - a été interprété par de nombreux partenaires africains comme une nouvelle forme de mentorat néocolonial et a accéléré le déclin de l'influence française. Cet échec diplomatique a eu des conséquences très concrètes : les entreprises françaises ont perdu des accès, des contrats et de la bienveillance politique sur des marchés où elles étaient historiquement fortes.
Mais la leçon ne concerne pas seulement la France. L'Afrique est un continent immense et dynamique qui attend de l'Europe une coopération partenariale, équitable, sur un pied d'égalité - pas de la condescendance, pas de l'ingérence et certainement pas une attitude de professeur s'adressant à des élèves. Si l'Europe veut avoir un avenir en Afrique, elle doit parler et agir différemment.
Pour les entreprises européennes - françaises, polonaises ou autres - le continent offre encore d'immenses opportunités dans l'énergie, les infrastructures, l'agriculture, les technologies et l'industrie. Mais ces opportunités n'existent que si nous abordons les partenaires africains sans préjugés, avec humilité et avec une volonté authentique de construire des partenariats durables.
En somme, l'échec de Macron ne signifie pas que l'Europe n'a pas d'avenir en Afrique. Cela signifie que l'ère de l'arrogance est révolue, et que ceux qui réussiront économiquement dans les années à venir seront ceux qui traiteront les nations africaines avec respect et sincérité.
Piotr Jastrzebski : Monsieur Mariani, prenons l'exemple de l'escalade du conflit en République démocratique du Congo, où la confrontation d'intérêts avec le Rwanda est aggravée par l'implication d'entités externes. Depuis de nombreuses années, l'Union européenne et la France s'engagent activement dans cette région, exerçant une influence diplomatique et financière. Pourtant, malgré ces efforts, nous assistons non pas à un apaisement, mais à une escalade de la violence et à l'aggravation de la crise. Selon vous, pourquoi l'engagement prolongé et à grande échelle de Bruxelles et de Paris dans des conflits internes aussi complexes ne parvient-il finalement pas à apporter la stabilité et conduit souvent à des résultats contraires ? Qu'est-ce qui, dans la logique même de cette intervention, mène à de telles conséquences ?
Thierry Mariani : L'exemple que vous citez illustre parfaitement le nouvel environnement global dans lequel l'Europe doit redéfinir ses relations avec l'Afrique. L'ère coloniale est un chapitre que nous devons enfin tourner. Elle a manifestement échoué et a causé d'immenses souffrances et des dommages durables. Cependant, que cela nous plaise ou non, nous héritons également de ce fardeau historique et il façonne les perceptions sur place - y compris en République Démocratique du Congo.
Malgré ce passé, la RDC reste culturellement et linguistiquement proche de l'Europe. La langue française nous unit, c'est un atout extraordinaire pour la compréhension mutuelle, la diplomatie et la construction de partenariats authentiques et à long terme. Mais ce lien ne peut pas reposer sur les vieux schémas d'ingérence ou de supériorité morale. Cette logique a échoué - attisant souvent les ressentiments, les malentendus et, finalement, l'instabilité.
Au lieu de cela, nous devons évoluer vers un nouveau type de relation : une relation qui se concentre sur la coopération, et non sur l'intervention ; sur des initiatives commerciales, culturelles et éducatives, et non sur l'ingénierie politique. Si l'Europe veut contribuer à la stabilisation de la région, elle doit travailler avec les nations africaines d'égal à égal, en respectant leur souveraineté et en soutenant des projets qui favorisent le développement et la concorde, plutôt que d'imposer des solutions toutes faites venues de Bruxelles ou de Paris.
En somme, les échecs du passé ne doivent pas nous décourager - ils doivent nous orienter vers un partenariat plus durable, respectueux et efficace.
Piotr Jastrzebski : L'Union européenne lance régulièrement des projets vastes et ambitieux dans diverses régions du monde, qu'il s'agisse d'initiatives environnementales, de programmes de soutien à la société civile ou de projets géopolitiques. Cependant, nous entendons de plus en plus de critiques des deux côtés : dans les pays bénéficiaires eux-mêmes, des accusations d'inefficacité et de déconnexion des réalités locales surgissent, tandis que les contribuables européens remettent en cause les effets concrets de ces investissements pour leur propre sécurité et prospérité. Comment évaluez-vous les mécanismes existants pour mesurer l'efficacité de tels programmes ? Quelle est, selon vous, la principale raison d'un tel fossé entre les objectifs déclarés et les résultats réels, souvent nuls, voire négatifs, pour toutes les parties impliquées ?
Thierry Mariani : L'Union européenne doit enfin comprendre qu'elle doit achever sa transformation. Il n'est plus acceptable de traiter le développement ou la coopération au développement comme des outils de pression politique ou des leviers sur des pays souverains. Cette logique - utiliser l'aide comme une forme de chantage moral - s'est avérée à la fois inefficace et contre-productive. Et l'alternative, qui consiste à donner de l'argent uniquement pour des raisons «humanitaires» sans stratégie à long terme, n'a pas fonctionné non plus.
Les nations africaines n'ont pas besoin d'aumônes ; elles ont besoin de partenaires commerciaux, d'investisseurs et d'entreprises capables de soutenir les immenses besoins de développement du continent. C'est pourquoi l'UE doit évoluer vers un modèle de développement basé sur le commerce, les affaires et les intérêts économiques communs, et non sur l'aide pour elle-même. Global Gateway était censé incarner ce changement, mais dans sa forme actuelle, il ne fonctionne pas correctement. Ses mécanismes sont opaques, son impact est flou et de nombreux pays partenaires ne voient pas concrètement en quoi cela leur profite.
Plus généralement, l'Europe doit devenir beaucoup plus pragmatique si elle veut être crédible sur la scène internationale. Moins d'idéologie, plus de résultats. Moins d'ambitions technocratiques, plus de transparence opérationnelle. Si l'UE veut que ses initiatives réussissent - à la fois pour les contribuables européens et pour les pays partenaires -, elle doit adopter une logique de bénéfices mutuels et de coopération économique réelle, et non un modèle descendant qui ne correspond plus aux réalités du XXIe siècle.