09/06/2026 legrandsoir.info  13min #316561

Résistances, contre-attaques et devoir d'avant-garde

Georges GASTAUD

RESISTANCES, CONTRE-ATTAQUES ET DEVOIR D'AVANT-GARDE

I - SERRER LES RANGS FACE A LA MONTEE DES PERILS GEOPOLITIQUES

Comme nous l'avons déjà maintes fois démontré, l'hégémonisme euro-israélo-étatsunien est le moteur principal de la marche à la guerre mondiale. C'est le cas de la Finlande à l'Ukraine, où l'avancée continue de l'UE-OTAN vers les frontières russes fut le vrai déclencheur du conflit dit russo-ukrainien, jusqu'à la Palestine génocidée, à l'Iran, à l'Irak, à la Syrie et au Liban continuellement agressés, au Caucase déstabilisé, sans oublier l'empoignade géopolitique en cours du Détroit de Taïwan à la Péninsule coréenne : avide de prendre sa revanche sur Pékin et Pyongyang, le Japon impérial se réarme frénétiquement dans le but de seconder l'armada nord-américaine porteuse d'armes atomiques tournées contre la Chine et la Corée populaires.

La tendance est analogue quand on observe les fronts africain et latino-américain de la recolonisation globale du Sud. La mise sous tutelle trumpiste du Venezuela, le siège énergético-affameur de Cuba, les immixtions non dissimulées de Trump dans les processus électoraux sud-américains (Argentine, Brésil, Colombie, etc.) s'inscrivent dans cette logique de reconquête coloniale (Rubio a du reste affiché la couleur !), tout comme l'offensive néocoloniale menée contre l'Afrique francophone rebelle (du Sahel au Congo démocratique) prise entre les manœuvres des puissances occidentales, les guerres par procuration et la militarisation des crises régionales.

Face à ce Grand Rift Planétaire, qui dessine une guerre mondiale déjà largement engagée par Washington et relayée, voire fébrilement précipitée en Europe par l'UE-OTAN provoquant chaque jour la Russie dans la Baltique, l'urgence est à l'unité d'action des militants du mouvement ouvrier, populaire et progressiste. De cette mobilisation proprement vitale, il serait sot d'exclure les patriotes républicains qui comprennent qu'une guerre européenne généralisée signifierait à coup sûr la radiation sans restes de la France et de sa population. Les prochaines années, voire les prochains mois, seront décisifs pour la paix mondiale, pour la souveraineté des peuples, voire pour la survie de l'humanité au XXIème siècle.

II - DES RESISTANCES POPULAIRES APPELEES A SE MULTIPLIER

Pourtant, il ne faut pas céder aux intimidations de l'hégémon malfaisant car la peur et le repli sur soi qu'elle suscite ne feraient qu'accélérer la montée des périls. Cet empire de la guerre mondialisée qu'est le bloc USA-Israël-UE ne fissure pas seulement nombre d'ex-États souverains, dont la France ; il est avant tout tourné contre des pays qui, sous des formes diverses, se réclament encore du marxisme et du socialisme (Cuba, Chine, Corée du Nord) ou dans lesquels rougeoient toujours d'importantes braises prolétariennes (Russie, Brésil, Afrique du Sud...). En dernière analyse, l'hégémonisme euro-atlantique tente de prolonger artificiellement, en recourant au besoin à la guerre mondiale exterminatrice et au génocide, un mode de production capitaliste épuisé et épuisant que rejettent une grande partie des peuples, mais aussi un prolétariat mondial de plus en plus rétif et une jeunesse internationale qui refuse l'avenir de précarité, de casse environnementale, de contrôle policier et de militarisation généralisés que lui prépare le capitalisme-impérialisme-hégémonisme prenant tour à tour les figures d'un Biden sénile ou d'un Trump mégalomane. En dernière analyse la présente croisade de reconquête du Grand Sud et de l'Eurasie n'est qu'une politique de classe menée par d'autres moyens, ceux de la violence planétairement débridée, contre cette tendance sociohistorique de moins en moins dissimulable : le maintien de l'exploitation de l'homme par l'homme est devenu un luxe que le genre humain ne peut désormais plus se payer sans disparaître. Si avenir humain il doit y avoir, il ne peut qu'être porté par un socialisme-communisme de nouvelle génération tirant leçon, sans la renier, de la première expérience socialiste mondiale née d'Octobre 17 et qu'avaient tour à tour fortement relancée la victoire soviétique de 1945 suivie par les révolutions chinoise, tchèque, vietnamienne et cubaine. D'où la menace exterministe qu'appesantit sur l'humanité un capitalisme à bout de souffle refusant à tout prix de céder la place, pour commencer, à un monde multipolaire, mais aussi in fine, aux classes populaires et aux anciens peuples dominés.

Le court terme peut donc encore sembler appartenir au camp hégémoniste. Mais le moyen et le long termes appartiennent aux peuples souverains et aux prolétaires qui retrouvent en de nombreux pays (Inde, Québec, USA eux-mêmes, dernièrement Belgique, Italie, Grèce, Portugal, Corée du sud, sans parler de la Bolivie en insurrection...) le chemin de la grève de masse. Encore nous faut-il franchir l'épreuve immédiate : éviter la troisième guerre mondiale que la propagande de guerre occidentale tente de présenter comme une "réponse" aux menaces russe et chinoise.

Il n'empêche : les peuples agressés tiennent bon. L'Iran fait corps contre l'agression, Gaza et le peuple libanais ne désarment pas face à l'envahisseur. Le David yéménite a déjà prouvé qu'il savait fronder le Goliath étasunien. Quant au peuple ouvrier du Donbass antifasciste, il a résisté pendant huit ans sous le feu des brigades néonazies de Kiev avant que la Russie postsoviétique de Poutine ne consente à le secourir. Malgré l'armement massif de Kiev par l'OTAN, la Russie avance dans le Donbass tandis que l'armée ukrainienne est méthodiquement érodée par cette guerre par procuration de l'UE-OTAN déjà en conflit semi-ouvert avec Moscou. Cette résistance est déjà une victoire morale et politique parce qu'elle inspire et inspirera d'autres peuples humiliés ou paralysés. Le peuple vénézuélien humilié, mais organisé en Communes armées, manifeste massivement pour le retour de Maduro. À Cuba, le Premier Mai 2026 a montré la vitalité d'un peuple créatif et majoritairement uni derrière ses preux dirigeants communistes Miguel et Raùl. Du reste, aux USA comme en Inde, le mouvement ouvrier recourt à nouveau à la grève de masse, signe que la crise capitaliste aggravée par les guerres pousse à nouveau les exploités vers la lutte. Ainsi en est-il du Québec où le combat social et l'aspiration indépendantiste de ce pays francophone investi par l'arrogant environnement anglo-saxon tendent salutairement à fusionner.

Même la jeunesse populaire du monde, il y a peu encore séduite par le néolibéralisme, change déjà ici et là d'état d'esprit. L'engagement de jeunes militants comme Greta Thunberg, passée de l'écologie institutionnelle à la solidarité, physiquement risquée, avec Cuba et Gaza, symbolise ce possible basculement. Pour en revenir aux États-Unis, des millions de personnes y ont manifesté récemment contre la monarchisation du pouvoir, la guerre et la répression des migrants : c'en est au point que le mot "socialisme", longtemps tabou au pays de MacCarthy, redevient audible, et que New-York peut élire un maire se réclamant de la solidarité avec la Palestine.

III - UNE GAUCHE POPULAIRE PLACEE DEVANT SES RESPONSABILITES

En France, la scène politique reste dominée par le face-à-face entre européisme belliciste et national-suprémacisme lepéniste. Pourtant l'électorat populaire refuse la criminalisation médiatique systématique de la France insoumise, comme l'ont montré les municipales. Ce refus est positif, même si l'état-major de LFI, soumis aux pressions de son aile euro-atlantiste (Manon Aubry notamment), refuse de mener une campagne claire contre l'UE-OTAN et le surarmement.

Il faut ici être net : le problème n'est pas seulement la droite, ni seulement le macronisme. Le problème est aussi l'européisme "de gauche", c'est-à-dire la tendance à accepter l'UE comme cadre indiscutable, à relativiser la nocivité de l'OTAN, ou à accepter l'idée d'une "défense" européenne compatible avec la logique de guerre et avec la construction d'une Europe fédérale antinomique de paix continentale et d'indépendance française. Sur ce point, LFI, mais aussi le PCF doivent être interpellés sans détour, car une gauche qui abandonne la souveraineté nationale et qui refuse de débattre du Frexit progressiste finira tôt ou tard par s'aligner sur les diktats de l'ordre euro-atlantique, comme l'a fait Alexis Tsipras, le représentant félon de la prétendue gauche radicale grecque.

Certes il faut se réjouir qu'en janvier 2026, LFI ait déposé une résolution pour sortir la France de l'OTAN. Mais cela ne mène à rien si l'on continue de cultiver au mieux l'entre-deux sur l'économie de guerre macroniste, l'Europe de la défense, le fédéralisme militariste et l'acceptation du cadre néolibéral de la prétendue "construction européenne" indissociable de l'OTAN et ancrée sur l'"économie de marché ouverte où la concurrence est libre et non faussée". Une gauche vraiment populaire ne peut s'accommoder d'une politique extérieure qui ménage l'OTAN, qui refuse de voir qu'elle est indissociable de l'UE et qui, de la sorte, se ment à elle-même quand elle prétend défendre la paix et engager une "révolution citoyenne".

IV - CRISE DE L'HEGEMONIE CAPITALISTE... ET DU CONSENTEMENT POPULAIRE A L'OPPRESSION IMPERIALISTE

Le camp impérialiste-hégémoniste-exterministe est de plus en plus dangereux justement parce qu'il sait que le temps joue contre lui. Plus sa crise s'aggrave, plus il veut s'imposer par la violence. Cette fuite en avant se traduit par le mépris du droit international, la fragilisation de l'ONU, la censure politique et la militarisation des sociétés, bref, par une marche accélérée vers la fascisation des sociétés occidentales.

Mais cette agressivité est aussi un signe de faiblesse. Elle révèle une crise profonde de l'hégémonie culturelle capitaliste-impérialiste mondiale. En France, cela se voit dans l'incapacité des élites pro-UE et pro-OTAN à faire aimer la "construction" européenne, c'est-à-dire l'euro-démantèlement continu de la République française indivisible : on pense au Non de 2005 à la constitution européenne, à son contournement odieux par Sarkozy et Hollande (le traité de Lisbonne est un copié-collé de la Constitution rejetée par le suffrage universel), à la répression des Gilets jaunes en 2019, au rejet massif de la contre-réforme des retraites imposée à coup de 49/3 en foulant aux pieds l'opinion archi-majoritaire des salariés.

Soyons-en conscients : le capitalisme n'est plus aucunement porteur, s'il l'a jamais été, d'un avenir humain. Il produit à jet continu la guerre, la fascisation, la destruction sociale, l'appauvrissement des larges masses, l'uniformisation et l'aliénation linguistique et culturelle sans parler de la dégradation écologique stimulée par la quête suicidaire du tout-profit. Inutile d'être prophète pour prévoir ceci : plus les dirigeants du monde capitaliste-hégémoniste prétendront sauver la civilisation occidentale à coups de guerre, plus ils l'entraîneront vers la barbarie... et plus ils dresseront contre eux la majorité mondiale lasse des massacres et des génocides, des crises économiques à rebondissement, de l'absence totale de perspective mobilisatrice pour la jeunesse du monde.

V - RECONSTRUIRE L'(LES) AVANT-GARDES

La tâche principale n'est donc pas d'accuser les masses suspectées d'apathie, mais de reconstruire de véritables avant-gardes. Depuis des décennies, la social-démocratie ancienne et nouvelle ont désarmé idéologiquement le mouvement ouvrier. En France, elle a largement colonisé les directions syndicales et contribué à diluer la perspective de classe.

Le PCF lui-même, par son irréversible dérive de longue durée, a compromis le beau mot de communiste devenant pour certains synonyme de compromissions sans fin avec l'UE et avec son principal relais en France, le PS austéritaire et atlantiste. Il faut donc revenir à l'exigence qui présida à la fondation de l'Internationale communiste et du PCF lui-même : former des organisations capables d'analyse marxiste-léniniste, de stratégie de masse et d'unité antifasciste, anti-impérialiste et anticapitaliste, le tout axé sur le primat de la classe ouvrière et du monde du travail dans la construction de larges rassemblement antifascistes, pacifiques, populaires, patriotiques et écologistes.

Cette reconstruction implique d'associer, et non d'opposer, l'internationalisme prolétarien et le patriotisme populaire. Défendre le "produire en France" (et non le "made in France"), la souveraineté nationale, la langue française sacrifiée au tout-globish ainsi que les conquêtes sociales de 1936 et 1945 n'a rien de xénophobe ; c'est même un minimum pour se rendre digne auprès des masses de défendre la dignité populaire contre l'alignement atlantique et le démantèlement européen.

La reconstruction des avant-gardes implique aussi de défendre en France et à l'international, insistons-y, un socialisme-communisme de nouvelle génération : un socialisme qui ne renierait ni l'héritage léniniste, ni la nécessité de la conquête du pouvoir d'État et de la socialisation des grands moyens de production, mais qui sache répondre aux tâches anti-exterministes actuelles de l'humanité, notamment la construction vitale de la paix mondiale, la coopération égalitaire entre pays souverains, la défense des Lumières et l'usage rationnel des sciences, la reconstruction des forces productives (que le capitalisme actuel pourrit du dedans !) sur des bases humanistes, en un mot la préservation, voire la reconstitution des bases environnementales et anthropologiques de la vie humaine en tant qu'humaine.

VI - BRISER L'UNION SACREE BELLICISTE ET FASCISANTE

C'est pourquoi les militants franchement communistes, les syndicalistes de lutte et les citoyens véritablement insoumis doivent débattre, converger et agir ensemble sans crainte d'affronter les fauteurs d'union sacrée au sein du mouvement populaire. Il ne suffit pas de dénoncer l'extrême droite ; il faut aussi combattre les compromissions européistes et militaristes qui contaminent et neutralisent gravement une grande partie de la gauche politico-syndicale ! Et pour cela, pas d'autre méthode que de mettre en pratique le mot de Jaurès : "le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire", une devise à laquelle fait écho la parole de R. Luxemburg : "il n'y a rien de plus révolutionnaire que de dire ce qui est".

Le danger est réel dans le contexte actuel. Une partie de la gauche, PS, Verts et "Place publique" en tête, y compris certains secteurs droitiers de la gauche "radicale", est tentée par l'euro-surarmement, par la "défense" européenne, ou par toutes sortes de formules ambiguës qui finissent par normaliser l'ordre atlantique et par valider par avance l'entrée officielle de la France dans une guerre suicidaire avec la Russie. À l'inverse, les organisations qui veulent réellement rompre avec la guerre doivent porter des mots d'ordre clairs tels que les a proposés largement le PRCF : "l'argent pour les salaires, pas pour la guerre !" ; "brisons les chaînes de l'Union européenne !" ; "Europe atlantique ou monde pacifique, il faut choisir !" ; "l'UE-OTAN, si on n'en sort pas, on y restera !".

Le mouvement populaire ne pourra tenir, puis gagner, que s'il refuse les divisions et le sectarisme organisationnel. Dans les luttes sociales comme dans les luttes anti-impérialistes, il faut choisir : les peuples comme les prolétaires gagneront ensemble ou perdront séparément vaincus par la tactique capitaliste et impérialiste appliquée aux résistances qui est celle des Horaces affrontant et vaincant les Curiaces séparément et successivement, soit on tient bon et on contre-attaque "tous ensemble et en même temps".

Conclusion - Communistes, syndicalistes de lutte, insoumis, patriotes clairement antifascistes et antiracistes, dialoguons. Organisons des comités de lutte antifascistes, pacifiques, patriotiques et populaires. Et surtout, ne laissons pas la gauche, y compris et surtout la gauche censément radicale, être entraînée pas à pas dans une union sacrée belliciste autour de l'UE-OTAN. Car l'urgence est de fracturer le bloc euro-belliciste avant qu'il n'entraîne les peuples vers une catastrophe historique potentiellement définitive pour la France et pour toute l'humanité. Si nous savons nous unir à temps comme ce fut trop brièvement le cas en 1936 ou à l'époque du CNR, nous pouvons au contraire rouvrir le chemin des luttes, des révolutions populaires et d'une coopération internationale égalitaire entre peuples libres, égaux et solidaires.

Ce travail de reconstruction de l'avant-garde n'est donc pas un luxe ou une incantation. Il est objectivement devenu une nécessité historique.

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Georges Gastaud : philosophe, dirigeant du secteur théorique et géopolitique du PRCF. Derniers livres parus chez Delga : "Mondialisation capitaliste et projet communiste" et "Dialectique de la nature : vers un grand rebond ?".

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