{"167455":{"id":"167455","parent":"0","time":"1578997874","url":"http:\/\/www.les-crises.fr\/?p=235860","category":"documentaires","title":"Puissance et impasse de l'europ\u00e9isme en France - Par \u00c9ric Juillot","lead_image_url":"http:\/\/newsnet.fr\/img\/newsnet_167455_9967cd.jpg","hub":"newsnet","url-explicit":"puissance-et-impasse-de-l-europeisme-en-france-par-eric-juillot","admin":"newsnet","views":"130","priority":"3","length":"19755","lang":"fr","content":"\u003Cp\u003ESource : \u003Ca href=\"http:\/\/www.les-crises.fr\"\u003ELes Crises, Éric Juillot\u003C\/a\u003E, 23-12-2019\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EDans l'ordre id\u00e9ologique, la situation actuelle de la France relève d'un paradoxe : l'europ\u00e9isme domine de manière h\u00e9g\u00e9monique les mondes politique, m\u00e9diatique et acad\u00e9mique, il creuse depuis plus de trente ans un profond sillon dans la vie politique nationale - jusqu'\u00e0 en d\u00e9terminer au grand jour le cours et même la finalit\u00e9 -, alors même qu'il est minoritaire au sein du corps \u00e9lectoral et que les choix politiques auxquels il a conduit se sont tous r\u00e9v\u00e9l\u00e9s n\u00e9fastes, sinon catastrophiques pour notre pays [1].\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EÀ quoi tient donc la force de l'europ\u00e9isme, pourquoi est-il encore l'id\u00e9ologie dominante, largement imperm\u00e9able \u00e0 ses \u00e9checs ?\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003EUn noyau dur : «L'Europe» salvatrice et r\u00e9demptrice\u003C\/b\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EComme toutes les id\u00e9ologies, l'europ\u00e9isme repose sur un certain nombre de croyances, \u00e9rig\u00e9es en certitudes absolues et rationnellement \u00e9tay\u00e9es par des arguments suppos\u00e9ment objectifs. L'ensemble ne produit pas vraiment un système, où chaque id\u00e9e s'agencerait dans un tout coh\u00e9rent et hi\u00e9rarchis\u00e9, mais ce n'est pas l\u00e0 une exigence indispensable \u00e0 la solidit\u00e9 de l'\u00e9difice id\u00e9ologique. En fait, le flou des contours et l'incertitude quant aux tenants et aboutissants du discours id\u00e9ologique contribuent \u00e0 le renforcer ; il prospère bien plus sur des \u00e9l\u00e9ments de croyance que sur des arguments pass\u00e9s au feu de l'examen critique distanci\u00e9.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELa domination actuelle de l'europ\u00e9isme en constitue un exemple flagrant : depuis trente ans, la rh\u00e9torique pro-Union Europ\u00e9enne n'a jamais d\u00e9pass\u00e9 le stade du lieu commun g\u00e9n\u00e9raliste ; les mêmes arguments tournent en boucle en d\u00e9pit de leur indigence ; ils sont repris sans sourciller par chaque nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de militants, convaincus - \u00e0 raison apparemment - que l'exaltation et la ferveur rendent superflue l'\u00e9paisseur argumentaire [2].\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ECela permet \u00e0 ce discours de s'\u00e9tendre \u00e0 grande \u00e9chelle plus efficacement que ne le ferait un système, dont la nettet\u00e9 rationnelle susciterait facilement des prises de position tranch\u00e9es susceptibles d'alimenter un d\u00e9bat de fond forc\u00e9ment pr\u00e9judiciable \u00e0 la cause. Quiconque observe l'europ\u00e9isme de loin, sans en distinguer les contours, peut y adh\u00e9rer mollement, sans trop y penser ; quiconque l'observe de près dans le cadre d'un examen critique est oblig\u00e9 de constater ses vices et ses failles.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EÀ la racine de l'europ\u00e9isme, donc, une croyance, aussi diffuse qu'in\u00e9branlable : c'est de l'Union Europ\u00e9enne (UE), syst\u00e9matiquement d\u00e9nomm\u00e9e « Europe » - selon une logique usurpatrice - que les Français et les autres peuples du continent obtiendront au cours de ce siècle la R\u00e9demption et le Salut. La R\u00e9demption pour nos crimes politiques du XXe siècle (guerres mondiales, guerres de d\u00e9colonisation avec leurs lots de massacres et d'atrocit\u00e9s, etc.), et le Salut, car le Mal est encore en nous et ne demande qu'\u00e0 renaître, \u00e0 moins, pr\u00e9cis\u00e9ment, que « l'Europe » nous en libère en le d\u00e9truisant.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EUne telle perspective pourrait ais\u00e9ment être qualifi\u00e9e d'eschatologique - « L'Europe » ou la mort ! - si notre \u00e9poque d\u00e9senchant\u00e9e n'empêchait pas l'expression de ce type d'absolu. Il faut plutôt parler, \u00e0 son sujet, d'une eschatologie \u00e0 la mode bourgeoise. La formule est vide de sens a priori, mais elle exprime l'id\u00e9e d'un vague imp\u00e9ratif cat\u00e9gorique, d'une exigence morale pour l'avenir conf\u00e9rant \u00e0 l'europ\u00e9isme juste ce qu'il lui faut d'id\u00e9alisme pour que ses partisans s'accommodent sans effort des injustices et des crises que son d\u00e9ploiement provoque en cascade dans l'imm\u00e9diat.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E« L'Europe » est ainsi \u00e9rig\u00e9e, depuis la fin des ann\u00e9es 1980, comme une \u003Ci\u003Efin en soi\u003C\/i\u003E, quand la construction europ\u00e9enne n'\u00e9tait jusque-l\u00e0 qu'un \u003Ci\u003Emoyen\u003C\/i\u003E au service des États. C'est de ce renversement de perspective qu'est n\u00e9 l'europ\u00e9isme [3], dont la formalisation conceptuelle a \u00e9t\u00e9 ensuite r\u00e9alis\u00e9e au cours des ann\u00e9es 1990, selon les vues id\u00e9ologiques alors \u00e0 la mode [4] : fin du politique et même fin de l'Histoire par le d\u00e9passement de l'État, de la nation, de la souverainet\u00e9, du territoire... autant de piliers de l'univers politique moderne r\u00e9duits \u00e0 n\u00e9ant par le triomphe de l'individu, du droit et du march\u00e9, etc. « L'Europe » comme accomplissement final du genre humain, stade ultime de son \u00e9volution [5].\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EL'europ\u00e9isme doit donc en partie son succès \u00e0 ce qu'il semble en mesure de concr\u00e9tiser, \u00e0 court ou moyen terme, les id\u00e9es et les espoirs politiques brièvement port\u00e9s au pinacle de la vie intellectuelle \u00e0 la fin du XXe siècle. Il constitue un \u00e9nième avatar du mythe du progrès, mythe en crise depuis plus d'un siècle, mais dont la version molle a trouv\u00e9 dans l'UE un r\u00e9ceptacle commode.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELe paradoxe veut que sa mollesse lui confère une ind\u00e9niable r\u00e9sistance : on y croit, mais pas trop (personne ne mourra pour lui) et cette croyance confère \u00e0 ceux qui y adhèrent une assise temporelle agr\u00e9able, du fait d'un ancrage l\u00e9ger dans un avenir radieux, ainsi que le confort d'appartenir, pour le pr\u00e9sent, au camp du Bien. De la tribu gauloise \u00e0 « l'Europe » incarn\u00e9e, l'\u00e9vidence d'une \u00e9volution lin\u00e9aire et graduelle vers un degr\u00e9 de civilisation toujours plus \u00e9lev\u00e9, la certitude d'une arriv\u00e9e prochaine \u00e0 cet aboutissement incite \u00e0 se d\u00e9barrasser au plus vite des derniers vestiges politiques du XXe siècle, \u00e0 commencer par l'appartenance nationale.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EL'europ\u00e9isme se d\u00e9ploie en effet, dans certains milieux, d'autant plus facilement qu'il n'y rencontre plus l'obstacle que l'id\u00e9e nationale repr\u00e9sentait historiquement face \u00e0 lui. Des ann\u00e9es 1950 aux ann\u00e9es 1980, cette id\u00e9e \u00e9tait encore assez forte pour r\u00e9sister avec succès \u00e0 la mont\u00e9e en puissance du projet communautaire. Le grand basculement qui rend possible la naissance de l'UE a pour condition foncière le d\u00e9clin de la nation dans son sens politique. Il est d\u00e9sormais possible de lui ôter sa substance - en l'espèce, sa souverainet\u00e9 - dans l'espoir d'en habiller la d\u00e9esse « Europe » nouvellement sortie des eaux.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EUne telle op\u00e9ration n'a pu être concevable qu'\u00e0 la faveur d'un changement profond de la culture politique de notre pays : l'\u00e9tiolement, en quelques d\u00e9cennies, du sentiment d'appartenance \u00e0 la nation. Ce sentiment a fait l'objet d'une \u003Ci\u003Ed\u00e9sacralisation\u003C\/i\u003E, de 1918 \u00e0 la Seconde Guerre mondiale, puis d'une \u003Ci\u003Ed\u00e9mythification\u003C\/i\u003E de 1945 aux ann\u00e9es 1970 pour atteindre enfin le stade du \u003Ci\u003Ed\u00e9ni\u003C\/i\u003E \u00e0 partir des ann\u00e9es 1980 [6]. C'est l'abaissement de la r\u00e9f\u00e9rence nationale, particulièrement net au sein des \u00e9lites culturelles du pays, qui permet le passage \u00e0 « l'Europe ». La nation n'est plus, au choix, qu'une forme ancienne et dangereuse, ou une forme vide, sans contenu autre qu'artificiel et superflu. Bref : une illusion trompeuse dont il est temps de se d\u00e9barrasser.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELa croyance en l'« Europe » salvatrice correspond donc \u00e0 un moment très particulier de notre histoire nationale. On l'observe tout particulièrement dans les couches sup\u00e9rieures de la population, où elle fait office de marqueur identitaire et où elle d\u00e9termine des convictions aussi vagues qu'in\u00e9branlables.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003ECaract\u00e9ristiques sociologiques du bloc \u00e9litaire\u003C\/b\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E« Bloc \u00e9litaire » [7] ou « bloc bourgeois » [8] : quelle que soit l'expression retenue, elle d\u00e9signe cette fraction du peuple français qui regroupe l'immense majorit\u00e9 des personnes disposant d'un niveau d'instruction, de qualification et de revenus sensiblement sup\u00e9rieur \u00e0 la moyenne. Si ces contours sont flous, les dernières \u00e9lections permettent n\u00e9anmoins d'estimer qu'il repr\u00e9sente entre 20 et 30 % du corps \u00e9lectoral.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ES'il pr\u00e9sente \u00e9videmment une h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 politico-id\u00e9ologique interne, l'europ\u00e9isme concourt puissamment \u00e0 son homog\u00e9n\u00e9it\u00e9. Il en constitue le ciment et la force politique, puisqu'il explique presque \u00e0 lui seul le succès du champion que le bloc s'est trouv\u00e9, \u00e0 l'occasion des dernières \u00e9lections pr\u00e9sidentielles. « L'Europe » a constitu\u00e9 en effet le thème f\u00e9d\u00e9rateur de son programme, ainsi qu'un efficace paravent id\u00e9aliste, utile pour cacher l'entreprise n\u00e9olib\u00e9rale de r\u00e9gression sociale port\u00e9e par le nouveau pr\u00e9sident.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ESociologiquement, le bloc est compos\u00e9 des groupes suivants : les « 1 % » les plus riches du pays en font int\u00e9gralement partie. Leur soutien \u00e0 l'UE va de soi puisqu'elle est l'un des garants les plus solides \u00e0 l'\u00e9chelle plan\u00e9taire d'un capitalisme financier dont ils tirent leur immense fortune. Num\u00e9riquement très faibles, ils disposent d'une force de frappe financière qui leur confère une r\u00e9elle influence politique (notamment par leurs poids dans le monde de la presse \u00e9crite).\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EÀ ce petit groupe s'ajoute celui, beaucoup plus vaste, des cadres sup\u00e9rieures du secteur priv\u00e9, r\u00e9sidents au cœur des grandes m\u00e9tropoles, maîtrisant l'anglais, appel\u00e9s \u00e0 se d\u00e9placer fr\u00e9quemment \u00e0 l'\u00e9tranger dans le cadre de leur m\u00e9tier, mais aussi \u00e0 l'occasion des vacances. Ce groupe constitue les gros bataillons des \u00e9lites nomades, d\u00e9territorialis\u00e9es, qui croient vivre « l'Europe » au quotidien par leur ouverture sur le monde, pour qui le patriotisme est une valeur d\u00e9suète et le d\u00e9centrement que procure l'expatriation une fin morale sup\u00e9rieure. « L'Europe » est dans ces milieux une \u00e9vidence inquestionn\u00e9e, d'autant plus ais\u00e9ment que leur retranchement au cœur des m\u00e9tropoles les dispense d'en constater les effets d\u00e9l\u00e9tères ailleurs dans le pays.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EIl faut ajouter \u00e0 ce groupe la majorit\u00e9 des cadres sup\u00e9rieurs de la fonction publique. S'ils ne disposent pas d'un niveau de revenus comparables \u00e0 leurs homologues du secteur priv\u00e9, ils ont en revanche le sentiment de former une \u00e9lite culturelle dont le principal marqueur r\u00e9side dans un cosmopolitisme de bon aloi, un universalisme vide et, par cons\u00e9quent, une adh\u00e9sion profonde \u00e0 un « id\u00e9al » europ\u00e9en permettant de surmonter l'\u00e9troitesse et l'\u00e9goïsme d'une appartenance nationale identitairement pesante.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EIl faut par ailleurs souligner la dimension sacrificielle de leur europ\u00e9isme, dans la mesure où ce dernier induit une politique \u00e9conomique objectivement d\u00e9favorable \u00e0 leurs int\u00e9rêts : tous, dans leur milieu professionnel respectif, constatent depuis des d\u00e9cennies la d\u00e9gradation continue de leurs conditions de travail, ainsi que leur sous-r\u00e9mun\u00e9ration, dans un contexte global de recul de l'État impos\u00e9 par le n\u00e9olib\u00e9ralisme bruxellois. Leur attachement \u00e0 la cause europ\u00e9iste n'en est que plus \u00e9tonnant, même si la s\u00e9curit\u00e9 de l'emploi dont ils b\u00e9n\u00e9ficient contribue beaucoup \u00e0 son maintien. Il s'agit, enfin, de la fraction du bloc \u00e9litaire la plus encline \u00e0 d\u00e9velopper un discours critique \u00e0 l'\u00e9gard de l'UE, limit\u00e9 toutefois \u00e0 quelques impr\u00e9cations g\u00e9n\u00e9rales sur la n\u00e9cessit\u00e9 d'une autre « Europe ».\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EAu quotidien, la coh\u00e9sion du bloc est assur\u00e9e par les m\u00e9dias id\u00e9ologiquement conformes. Les citoyens appartenant \u00e0 ce bloc lisent les mêmes journaux, les mêmes magazines ; tous \u00e9coutent les mêmes radios et regardent les mêmes \u00e9missions politiques, dont le spectre id\u00e9ologique s'est r\u00e9duit comme une peau de chagrin au fil des d\u00e9cennies.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ESi quelques nuances de d\u00e9tails permettent encore de les diff\u00e9rencier, tous sont d'accord sur l'essentiel. Les r\u00e9dactions de ces m\u00e9dias \u00e9tant toutes peupl\u00e9es de journalistes issus sociologiquement du bloc et acquis inconditionnellement \u00e0 l'europ\u00e9isme, le maintien des croyances et des convictions qui lui sont propres relève de la pure routine intellectuelle, d'un conformisme de tous les instants, d'une hygiène mentale \u00e9l\u00e9mentaire au nom de laquelle toute critique un peu v\u00e9h\u00e9mente de l'UE est imm\u00e9diatement balay\u00e9e comme relevant d'un populisme grossier. L'europ\u00e9isme m\u00e9diatique vaut donc validation institutionnelle et quotidienne de cette id\u00e9ologie ; elle est une part essentielle de sa force de r\u00e9sistance au r\u00e9el.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ECe bloc \u00e9litaire est aujourd'hui fort de sa coh\u00e9sion id\u00e9ologique, de sa position sociale et de son contrôle h\u00e9g\u00e9monique de l'univers m\u00e9diatique. S'il domine politiquement, bien qu'il soit minoritaire, c'est \u00e0 sa position centrale sur l'\u00e9chiquier politique qu'il le doit. En 2017, \u00e0 l'occasion de l'\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, les \u00e9lecteurs du bloc ont form\u00e9 le carr\u00e9 autour de leur champion, pour assurer la victoire de leur cause. Mais l'\u00e9chec catastrophique du projet europ\u00e9iste et les premières convulsions sociales et politiques qui en d\u00e9coulent en France constituent \u00e0 court terme une menace mortelle pour le bastion « centriste » [9].\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003EEn attendant la prochaine vague\u003C\/b\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELe temps où l'on pouvait culpabiliser les masses r\u00e9tives \u00e0 coup d'arguments massue du type « L'Europe-c'est-la-paix » ou « L'union-fait-la-force », ce temps-l\u00e0 est r\u00e9volu [10]. Il n'est plus possible aujourd'hui de frapper ainsi d'interdit toute critique de l'UE dans son principe même, au motif que ce serait l\u00e0 une manière stupide et dangereuse de concevoir les choses. Mais l'aveuglement règne en maître \u00e0 l'int\u00e9rieur du bloc \u00e9litaire, où personne ne comprend que la colère populaire s'enracine dans les \u00e9checs en cascade du projet europ\u00e9iste, tout \u00e0 la fois porteur de d\u00e9vitalisation d\u00e9mocratique, de r\u00e9gression sociale et de d\u00e9clin \u00e9conomique pour notre pays.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EÀ mesure qu'il s'accroche \u00e0 son univers id\u00e9ologique failli, le bloc \u00e9litaire cloue son cercueil \u00e9lectoral, aussi sûrement que l'a fait avant lui le d\u00e9funt parti socialiste, dont l'europ\u00e9isme a \u00e9t\u00e9 le tombeau. S'il ne tenait pas la position centrale - celle des partisans de l'immobilisme -, il n'aurait aucune chance de se maintenir au terme de l'actuel mandat pr\u00e9sidentiel. Mais il ne peut rien esp\u00e9rer d'autre que de gagner du temps, au risque d'aggraver dans des proportions vertigineuses la crise politique qui secoue aujourd'hui la France, et en attendant d'être balay\u00e9 lorsque son positionnement politique sera clairement perçu par tous pour ce qu'il est, \u00e0 savoir un extr\u00e9misme d'un genre nouveau, d'autant plus dangereux qu'il est au pouvoir.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELa fracture id\u00e9ologique qui abîme aujourd'hui le pays doit être r\u00e9duite au plus vite ; le bloc au pouvoir ne peut pas continuer \u00e0 gouverner conform\u00e9ment \u00e0 ses convictions id\u00e9ologiques et \u00e0 ses int\u00e9rêts bien compris, car cela revient \u00e0 une usurpation si grave de l'int\u00e9rêt g\u00e9n\u00e9ral qu'elle mine la d\u00e9mocratie dans ses fondements.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EPour l'avenir, la subversion de l'ordre id\u00e9ologique en place peut suivre deux voies : celle du renouveau imm\u00e9diat, ou celle du renouveau diff\u00e9r\u00e9, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d'une phase de pourrissement et de convulsions. Le renouveau imm\u00e9diat ne peut venir que du sommet du bloc \u00e9litaire lui-même. Après le \u003Ci\u003Eraidissement\u003C\/i\u003E dans la d\u00e9fense d'un r\u00e9gime de domination id\u00e9ologique inique et \u00e0 bout de souffle, devrait logiquement venir le temps du \u003Ci\u003Erenoncement\u003C\/i\u003E aux croyances qui le structurent ; un renoncement li\u00e9 au constat de ses \u00e9checs, de son impasse et de son rejet par le plus grand nombre.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELe pouvoir en place est-il capable d'un tel aggiornamento id\u00e9ologique ? Nul ne peut le pr\u00e9voir, mais la claire conscience de son int\u00e9rêt imm\u00e9diat, coupl\u00e9e \u00e0 la volont\u00e9 de ses \u00e9lecteurs de maintenir leur position sociale dominante, pourrait agir dans ce sens - d'autant plus que même ceux qui ont historiquement b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 du système en place commencent \u00e0 souffrir de ses contradictions terminales [11].\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EAutre hypothèse, celle du renouveau diff\u00e9r\u00e9, autrement dit, dans l'imm\u00e9diat, du pourrissement : il peut r\u00e9sulter de la fuite en avant et de l'autoritarisme accru du pouvoir en place ; il peut être prolong\u00e9 par son \u00e9ventuelle victoire en 2022 aussi bien que par la victoire de son principal adversaire, le RN, les deux partis rivaux communiant dans la même nullit\u00e9 id\u00e9ologique. Tout au long de cette p\u00e9riode de pourrissement, l'ordre id\u00e9ologique en place pourrait être soudainement balay\u00e9 par une \u00e9motion populaire d'une ampleur plus grande encore que celle des Gilets-Jaunes en 2018-2019.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EQuoi qu'il en soit, \u00e0 court ou \u00e0 moyen terme, la destruction de l'europ\u00e9isme comme id\u00e9ologie dominante est devant nous : elle ne pourra pas survivre \u00e9ternellement \u00e0 la faillite de toutes ses tentatives de concr\u00e9tisation et \u00e0 la colère montante du peuple. Seule la reconstruction d'un ordre \u00e9conomique souverain permettra de r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer la vie politique et de restaurer la prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e9conomique dans notre pays.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EÉric Juillot\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003ESources :\u003C\/b\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E[1] Est-il n\u00e9cessaire de les rappeler ? Au plan \u00e9conomique, la construction europ\u00e9enne, qui devait nous rendre plus forts, n'a pas r\u00e9duit (elle les a plutôt renforc\u00e9s) ces maux que sont le chômage de masse, la d\u00e9sindustrialisation, le d\u00e9ficit commercial, la remise en cause de la protection sociale et du droit du travail... Au plan g\u00e9opolitique, l'UE est rest\u00e9e un nain, mais l'espoir de la voir grandir a \u00e9t\u00e9 un des ressorts du retour de la France dans l'OTAN en 2008, vingt ans après la fin de la Guerre froide (il fallait donner des gages d'atlantisme \u00e0 nos partenaires europ\u00e9ens pour en obtenir l'adh\u00e9sion \u00e0 l'id\u00e9e d'une d\u00e9fense europ\u00e9enne) ! [2] Cela même si le cœur militant - en l'espèce, les intellectuels organiques qui dominent l'espace m\u00e9diatique - aime \u00e0 se persuader du contraire. Pour reprendre la formule d'Alain Besançon, si les fidèles d'une religion « savent qu'ils croient », les id\u00e9ologues, eux, « croient qu'ils savent ». [3] Consacr\u00e9 institutionnellement par le passage de la CEE \u00e0 l'UE en 1992. [4] Voir notamment les travaux de Fukuyama et Hobsbawm, embl\u00e9matiques de cette p\u00e9riode. [5] Le recours massif au pr\u00e9fixe « post » traduit toutefois une incertitude et la difficult\u00e9 \u00e0 penser en dehors du cadre ancien : post-national, post-politique, post-d\u00e9mocratique etc. [6] Pour un d\u00e9veloppement argument\u00e9, voir E. JUILLOT\u003Ci\u003E, La d\u00e9construction europ\u00e9enne\u003C\/i\u003E, 2011, \u00e9ditions X\u00e9nia. [7] Expression employ\u00e9e par J\u00e9rôme Sainte-Marie, dont les lignes suivantes s'inspirent. Voir notamment : \u003Ca href=\"https:\/\/www.marianne.net\/debattons\/entretiens\/jerome-sainte-marie-la-dynamique-elitaire-du-macronisme-prepare-l-ascension-du\"\u003Emarianne.net\u003C\/a\u003E [8] B. AMABLE et S. PALOMBARINI, \u003Ci\u003EL'illusion du bloc bourgeois\u003C\/i\u003E, Raisons d'Agir, Paris, 2018. [9] C'est d'ailleurs la cause foncière du raidissement autoritaire de l'appareil politico-m\u00e9diatique dans le traitement de la r\u00e9volte des Gilets-jaunes : chacun sent au sommet que la fin approche, sauf peut-être \u00e0 recourir \u00e0 la violence pour contenir les hordes barbares. [10] Depuis une quinzaine d'ann\u00e9es en fait. La faible port\u00e9e concrète de ces arguments \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 observable \u00e0 l'occasion de la campagne r\u00e9f\u00e9rendaire de 2005 pour ou contre la « constitution » de l'UE. [11] Notamment par la baisse du rendement du capital rentier de l'assurance-vie sous l'effet destructeur des taux n\u00e9gatifs des obligations d'État.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ESource : \u003Ca href=\"http:\/\/www.les-crises.fr\"\u003ELes Crises, Éric Juillot\u003C\/a\u003E, 23-12-2019\u003C\/p\u003E\u003Cimg src=\"http:\/\/newsnet.fr\/\/img\/newsnet_167455_9967cd.jpg\" \/\u003E\u003Cp\u003E\u003Ca href=\"http:\/\/www.les-crises.fr\/?p=235860\"\u003Eles-crises.fr\u003C\/a\u003E\u003C\/p\u003E"}}