{"159117":{"id":"159117","parent":"0","time":"1563031901","url":"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/article.asp?reference=26510","category":"Afrique","title":"Les \u00c9tats-Unis d'Afrique, c'est pour quand ?","lead_image_url":"http:\/\/newsnet.fr\/img\/newsnet_159117_6d7d04.jpg","hub":"newsnet","url-explicit":"les-etats-unis-d-afrique-c-est-pour-quand","admin":"newsnet","views":"461","priority":"3","length":"21729","lang":"fr","content":"\u003Cp\u003E\u003Ca href=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/biographie.asp?ref_aut=6824&lg_pp=fr\"\u003EBeno\u00eet Hervieu\u003C\/a\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EAlors que la Zone de libre-\u00e9change continentale africaine (Zlec) a \u00e9t\u00e9 officiellement cr\u00e9\u00e9e dimanche 7 juillet, nous publions ici le long article en forme d'utopie sur les \u00c9tats-Unis d'Afrique publi\u00e9 par Usbek & Rica dans son num\u00e9ro d'avril 2019.\u003C\/p\u003E\u003Cimg src=\"http:\/\/newsnet.fr\/\/img\/newsnet_159117_daef97.jpg\" \/\u003E\u003Cp\u003E\u00ab L'Afrique doit s'unir en vue de r\u00e9aliser sa renaissance. \u00bb La phrase figure en toutes lettres dans le pr\u00e9ambule de l'Agenda 2063, l'Afrique que nous voulons. Sign\u00e9 en janvier 2015 \u00e0 Addis-Abeba par les chefs d'\u00c9tat et de gouvernement du continent, ce vaste plan d'action affiche l'ambition de faire du XXIe si\u00e8cle \u00ab le si\u00e8cle de l'Afrique \u00bb. Cent ans apr\u00e8s la fondation en 1963 de l'Organisation de l'unit\u00e9 africaine (OUA), le \u00ab berceau de l'humanit\u00e9 \u00bb aura-t-il r\u00e9alis\u00e9 l'unit\u00e9 ch\u00e8re aux inspirateurs du panafricanisme ? Plusieurs facteurs incitent \u00e0 parier sur un essor continental, notamment un potentiel \u00e9conomique g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par une d\u00e9mographie exponentielle. Mais la constitution d'un grand march\u00e9 africain ne signifie pas forc\u00e9ment l'av\u00e8nement des \u00c9tats-Unis d'Afrique, utopie travers\u00e9e depuis toujours par les tensions internes au mouvement panafricain.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u00ab Qu'il serait bon et plaisant \u003Ci\u003EAvant Dieu et l'homme\u003C\/i\u003E\u003Cbr \/\u003E\n\u003Ci\u003EDe voir l'unification de tous les Africains\u003C\/i\u003E\u003Cbr \/\u003E\n\u003Ci\u003EAfrique, unis-toi, car les enfants veulent rentrer \u00e0 la maison. \u00bb\u003C\/i\u003E\u003Cbr \/\u003E\n(Bob Marley, \u00ab Africa Unite \u00bb)\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EQu'elle serait \u00ab bonne et plaisante \u00bb l'unification africaine invoqu\u00e9e par Bob Marley en 1979, deux ans avant sa mort. L'album Survival, qui contient la chanson \u00ab Africa Unite \u00bb, est \u00e0 l'image de la longue marche de l'Afrique en direction d'elle-m\u00eame : tendue, incertaine et parfois contradictoire. Qui scande ici l'unit\u00e9 ? Non pas un Africain mais un Jama\u00efcain. Esp\u00e8re-t-il une Afrique sans fronti\u00e8res internes ? Il c\u00e9l\u00e8bre sur le m\u00eame disque la naissance annonc\u00e9e d'un nouvel \u00c9tat, le Zimbabwe (ex-Rhod\u00e9sie), toujours tributaire des fronti\u00e8res h\u00e9rit\u00e9es des tutelles europ\u00e9ennes.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EParadoxe de la p\u00e9riode postcoloniale, l'Afrique se cherche jusqu'\u00e0 aujourd'hui dans les nouveaux noms de sa fragmentation. Le Dahomey est devenu le B\u00e9nin en 1975, la Haute-Volta se renomme Burkina Faso en 1984, la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo se fait Za\u00efre en 1971 avant de reprendre sa d\u00e9nomination initiale en 1997, le Swaziland se rebaptise Eswatini en 2018. Et c'est encore en Afrique qu'appara\u00eet le dernier des \u00c9tats si\u00e9geant \u00e0 l'Onu : le Soudan du Sud, qui a hiss\u00e9 son drapeau en 2011.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u00ab La marche vers l'unit\u00e9 n'est pas toujours flagrante et une partie de la population s'est pli\u00e9e \u00e0 la logique des fronti\u00e8res \u00bb, constate l'agronome et ancien fonctionnaire du minist\u00e8re de la Coop\u00e9ration Henri Rouill\u00e9 d'Orfeuil. \u00ab En mati\u00e8re de panafricanisme, seule une classe intellectuelle pr\u00e9serve l'h\u00e9ritage. \u00bb Tout comme une autre a port\u00e9 le mouvement \u00e0 son origine. Hors du continent. Ce n'est pas le moindre de ses paradoxes. Le mouvement panafricain n'est pas n\u00e9 en Afrique mais parmi les consciences noires d'Europe, d'Am\u00e9rique du Nord et de la Cara\u00efbe, comme le rappelle l'historien Amzat Boukari-Yabara dans \u003Ci\u003EAfrica Unite ! Une histoire du panafricanisme\u003C\/i\u003E (La D\u00e9couverte, 2014).\u003C\/p\u003E\u003Cimg src=\"http:\/\/newsnet.fr\/\/img\/newsnet_159117_48bf4b.jpg\" \/\u003E\u003Cp\u003ENous sommes \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle quand \u00e9merge une mobilisation internationale en faveur de l'\u00e9mancipation des \u00ab peuples de couleur \u00bb. Le si\u00e8cle qui s'ach\u00e8ve a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 par la fondation de la premi\u00e8re R\u00e9publique noire en Ha\u00efti (1804) puis par l'abolition de l'esclavage (1848). Un peu plus t\u00f4t encore, avant le Liberia en 1847, la colonie britannique de la Sierra Leone a \u00e9t\u00e9 institu\u00e9e en 1787 avec le rapatriement d'esclaves affranchis. Pourtant, sur les continents am\u00e9ricain et europ\u00e9en, la fin du statut d'esclave ne signe en rien la fin des discriminations, qui se paient de th\u00e9ories pseudo-scientifiques sur les hi\u00e9rarchies raciales. L'Europe a abandonn\u00e9 la traite ? Elle ne cesse de croire en sa \u00ab mission civilisatrice \u00bb qu'ent\u00e9rine la conf\u00e9rence de Berlin des ann\u00e9es 1884-1885. Quatorze pays se r\u00e9unissent alors dans la capitale allemande et se partagent les zones d'influence. L'Afrique est d\u00e9soss\u00e9e en autant de territoires sous tutelle qui deviendront plus tard des \u00c9tats. Un seul a r\u00e9sist\u00e9 : l'\u00c9thiopie mill\u00e9naire, victorieuse des troupes italiennes lors de la bataille d'Adoua, le 1er mars 1896.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u00ab L'Afrique aux Africains \u00bb\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELe salut des peuples noirs opprim\u00e9s viendra de la reconqu\u00eate du berceau vol\u00e9. L'Am\u00e9ricain W. E. B. Du Bois est l'un des premiers \u00e0 poser l'enjeu d'une r\u00e9appropriation territoriale superpos\u00e9 \u00e0 celui de l'\u00e9mancipation. C'est \u00e0 son initiative que se tient la toute premi\u00e8re conf\u00e9rence panafricaine \u00e0 Londres, du 23 au 25 juillet 1900. La rencontre r\u00e9unit trente-sept d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s, tous ressortissants des Am\u00e9riques et d'Europe. Ce panafricanisme de la premi\u00e8re heure oscille n\u00e9anmoins entre l'horizon continental et la lutte pour les droits civiques \u00e0 l'ext\u00e9rieur.\u003C\/p\u003E\u003Cimg src=\"http:\/\/newsnet.fr\/\/img\/newsnet_159117_2d19e0.jpg\" \/\u003E\u003Cp\u003EW.E.B. Du Bois \/ \u00a9 Paul Paetzel\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EAu Liberia, les tensions entre \u00ab autochtones \u00bb et anciens de la diaspora soulignent d\u00e9j\u00e0 les difficult\u00e9s de l'unification. La conception progressiste qu'en donne Du Bois est bient\u00f4t rattrap\u00e9e par celle, plus radicale, du Jama\u00efcain Marcus Garvey pour qui la restauration de l'unit\u00e9 perdue de l'Afrique se joue dans un vaste \u00e9lan populaire de solidarit\u00e9 raciale. \u00ab Afrique \u00bb, \u00ab Afrique noire \u00bb et \u00ab n\u00e9gritude \u00bb (m\u00eame si ce mot appara\u00eet plus tard) se confondent dans la promesse messianique du grand retour \u00e0 la Terre promise et son creuset \u00e9thiopien, d'o\u00f9 se concr\u00e9tisera le mot d'ordre : \u00ab L'Afrique aux Africains \u00bb.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EIl faut attendre le cinqui\u00e8me congr\u00e8s panafricain, \u00e0 la suite de la conf\u00e9rence de 1900, pour que ce mot d'ordre s'ins\u00e8re dans un projet politique. Tenu en octobre 1945 sous l'impulsion de George Padmore et Kwame Nkrumah, le congr\u00e8s de Manchester fait co\u00efncider la lutte pour l'\u00e9mancipation et la cause des ind\u00e9pendances. Or, s'agit-il d'asseoir l'\u00e9mancipation dans la construction de nouveaux \u00c9tats-nations, surgis des trac\u00e9s de l'ancien colonisateur ? Ou doit-on consid\u00e9rer la d\u00e9colonisation comme une \u00e9tape, pr\u00e9lude \u00e0 la fusion de ces \u00c9tats \u00e0 peine n\u00e9s dans une grande Afrique ?\u003C\/p\u003E\u003Cimg src=\"http:\/\/newsnet.fr\/\/img\/newsnet_159117_d8ded9.jpg\" \/\u003E\u003Cp\u003EKwame Nkrumah \/ \u00a9 Paul Paetzer\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ENkrumah incarne l'autre grande tension du panafricanisme. P\u00e8re de l'ind\u00e9pendance du Ghana, il est aussi le premier \u00e0 employer le terme d'\u00ab \u00c9tats-Unis d'Afrique \u00bb. \u00ab L'Afrique est reli\u00e9e au reste du monde (...) mais pas \u00e0 elle-m\u00eame \u00bb, \u00e9crit-il dans son ouvrage L'Afrique doit s'unir, publi\u00e9 en 1963, l'ann\u00e9e de la cr\u00e9ation de l'Organisation de l'unit\u00e9 africaine (OUA) devenue l'Union africaine (UA) en 2002. Dans son sillage, l'intellectuel s\u00e9n\u00e9galais Cheikh Anta Diop d\u00e9veloppe la perspective d'un \u00ab destin f\u00e9d\u00e9ral de l'Afrique \u00bb. Que reste-t-il aujourd'hui de cette promesse ? L'Afrique a-t-elle acquis l'assise suffisante pour se relier \u00e0 elle-m\u00eame dans un avenir proche et ne pas subir l'influence de l'Europe, des \u00c9tats-Unis ou de la Chine ?\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ETsunami industriel et num\u00e9rique\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ENombreux sont les facteurs \u00e0 conforter le poids futur du continent \u00e0 l'\u00e9chelle mondiale. Forte de ses 44 millions de km2, la superficie africaine se classe au deuxi\u00e8me rang plan\u00e9taire apr\u00e8s celle de l'Asie. En son sein se joue l'\u00e9closion d'un vivier \u00e9conomique soutenu par une in\u00e9galable croissance d\u00e9mographique. L'Afrique compte 1,2 milliard d'habitants et sa population devrait passer, selon les projections onusiennes, \u00e0 2,5 milliards d'individus en 2050 puis \u00e0 pr\u00e8s de 4 milliards en 2100 (\u00e0 croissance constante).\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Ci\u003E\u003Cb\u003E\u00ab La proportion de citadins africains repr\u00e9sentera la moiti\u00e9 de la population totale du continent en 2030, avant d'atteindre 60 % en 2050 \u00bb\u003C\/b\u003E\u003C\/i\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELe continent brille \u00e9galement par sa jeunesse, avec 200 millions de personnes issues de la tranche d'\u00e2ge 15-24 ans. Jeune, la population africaine s'urbanise. De 36 % actuellement, la proportion de citadins africains repr\u00e9sentera la moiti\u00e9 de la population totale du continent en 2030, avant d'atteindre 60 % en 2050, toujours selon l'Onu. Rien de tel pour stimuler un march\u00e9 int\u00e9rieur avec, \u00e0 la cl\u00e9, une demande de produits alimentaires appel\u00e9e \u00e0 tripler au milieu de ce si\u00e8cle. \u00c0 raison d'une croissance de 5 % au cours de la prochaine d\u00e9cennie, l'Afrique devrait afficher un PIB cumul\u00e9 de 2 500 milliards de dollars gr\u00e2ce \u00e0 la zone de libre-\u00e9change continentale dont elle s'est dot\u00e9e dimanche 7 juillet.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ETous ces indicateurs conduisent l'ancien Premier ministre franco-b\u00e9ninois Lionel Zinsou \u00e0 pr\u00e9dire pour l'Afrique trois vagues synonymes de \u00ab tsunami industriel \u00bb, comme il le confiait \u00e0 RFI en 2014. La premi\u00e8re tient \u00e0 l'int\u00e9gration en cours de certaines industries africaines dans les cha\u00eenes de valeur mondiales. La deuxi\u00e8me \u00ab viendra de la satisfaction des besoins africains : automobiles, ciment, agroalimentaire, etc. \u00bb. Enfin, la troisi\u00e8me vague sera suscit\u00e9e par les d\u00e9localisations et les avantages comp\u00e9titifs du continent qui, alors, \u00ab se substituera \u00e0 l'Asie \u00bb.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EAu tsunami industriel annonc\u00e9 se conjugue une r\u00e9volution num\u00e9rique. En 2017, l'Afrique est devenue la r\u00e9gion du monde \u00e0 avoir enregistr\u00e9 la plus forte progression en mati\u00e8re d'acc\u00e8s \u00e0 Internet (+ 20 %), totalisant 400 millions d'utilisateurs, selon le fonds Partech Africa. Certains pays caressent d\u00e9j\u00e0 le r\u00eave d'abriter les Silicon Valley de demain. En t\u00eate, le Rwanda a inaugur\u00e9 en novembre 2018 la Kigali Innovation City. Complexe universitaire et technologique d'envergure \u00ab panafricaine \u00bb, selon le vœu du pr\u00e9sident rwandais Paul Kagame, cette structure implant\u00e9e sur 70 hectares pr\u00e9voit de cr\u00e9er plus de 50 000 emplois, de former chaque ann\u00e9e 2 600 dipl\u00f4m\u00e9s, et de g\u00e9n\u00e9rer 150 millions de dollars annuels en exportations de produits et services dans les nouvelles technologies.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Ca href=\"http:\/\/youtube.com\/watch?v=iM0Y4EiCvGE\" target=\"_blank\"\u003E\u003Cspan class=\"philum ic-chain\"\u003E\u003C\/span\u003E youtube\u003C\/a\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EDe quoi combler les d\u00e9s\u00e9quilibres connectiques d'un continent o\u00f9 quatre habitants sur cinq n'ont toujours pas acc\u00e8s au Web ? \u00ab Les Europ\u00e9ens flattent les start-up mais les jeunes Africains r\u00eavent surtout d'un ailleurs \u00bb, temp\u00e8re Henri Rouill\u00e9 d'Orfeuil. Quant au panafricanisme revendiqu\u00e9 \u00e0 l'aune des meilleurs indices \u00e9conomiques, il rel\u00e8ve plus d'un \u00ab afrolib\u00e9ralisme \u00bb, que d\u00e9plore l'\u00e9conomiste dakarois Ndongo Samba Sylla. \u00ab On lib\u00e8re les march\u00e9s et rien d'autre, puis on s'imagine que le projet politique en d\u00e9coulera. \u00bb \u00ab On \u00bb, c'est-\u00e0-dire les \u00c9tats et une Union africaine plut\u00f4t \u00e0 la peine.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EL'int\u00e9gration en trompe-l'œil\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u00ab Il n'y a pas d'id\u00e9e plus puissante en Afrique que le panafricanisme \u00bb, assure l'\u00e9conomiste et sociologue Martial Ze Belinga. \u00ab Candidats en campagne ou dirigeants la mentionnent r\u00e9guli\u00e8rement dans leurs discours. Mais brandir l'id\u00e9e quand on est dans l'opposition est une chose, et l'assumer une fois au pouvoir en est une autre. \u00bb Tout aussi circonspect, l'historien Amzat Boukari-Yabara critique \u00ab ce d\u00e9calage entre une id\u00e9e f\u00e9d\u00e9ratrice et l'agenda propre d'\u00c9tats qui disent la d\u00e9fendre \u00bb. Un d\u00e9calage r\u00e9v\u00e9l\u00e9, selon lui, par l'actuelle situation de l'UA \u00ab o\u00f9 sont rassembl\u00e9s les 55 \u00c9tats du continent sans que tous aient int\u00e9r\u00eat \u00e0 en faire partie \u00bb, et qui explique pour beaucoup les difficult\u00e9s \u00e0 recharger le grand dessein commun.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EConduit sous l'\u00e9gide de Paul Kagame, le dernier sommet de l'UA \u00e0 Addis-Abeba, en f\u00e9vrier 2019, laisse derri\u00e8re lui un bilan bancal. Le pr\u00e9sident rwandais a certes obtenu la cr\u00e9ation d'un fonds pour la paix - bien que dot\u00e9 de 80 millions de dollars, loin des 400 pr\u00e9vus au d\u00e9part - destin\u00e9 \u00e0 soutenir le r\u00e8glement des conflits continentaux. L'accord de Khartoum pour la paix en Centrafrique, sign\u00e9 le 6 f\u00e9vrier 2019, a confort\u00e9 l'initiative. Or, la paix demeure fragile et la nouvelle pr\u00e9sidence annuelle de l'UA confi\u00e9e \u00e0 l'\u00c9gypte ne laisse pas forc\u00e9ment pr\u00e9sager le m\u00eame r\u00e9sultat en Libye.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Ci\u003E\u003Cb\u003E\u00ab L'Union Africaine continue d'incarner, avec d'autres, les institutions de la colonialit\u00e9 \u00bb\u003C\/b\u003E\u003C\/i\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EPlus embarrassant, le financement de l'UA d\u00e9pend \u00e0 plus de 70 % des apports ext\u00e9rieurs, et l'Afrique du Sud a rejet\u00e9 la proposition d'une taxation des importations des pays membres pour parvenir \u00e0 un autofinancement. \u00ab L'UA continue d'incarner, avec d'autres, les institutions de la colonialit\u00e9 \u00bb, constate Martial Ze Belinga. Et cette \u00ab colonialit\u00e9 \u00bb n'est pas sans incidence sur l'autre grand chantier que repr\u00e9sente la Zone de libre \u00e9change continentale africaine (Zlec), lanc\u00e9e lors du dernier sommet de l'UA \u00e0 Niamey, le 7 juillet 2019.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELa m\u00e9canique a tard\u00e9 \u00e0 prendre corps du fait des r\u00e9ticences d'un autre poids lourd de la r\u00e9gion : le Nigeria, dont le PIB repr\u00e9sente \u00e0 lui seul 70 % de celui de la Communaut\u00e9 \u00e9conomique des \u00c9tats d'Afrique de l'Ouest (Cedeao). Le pays est en passe de devenir en 2050 la troisi\u00e8me puissance d\u00e9mographique mondiale apr\u00e8s l'Inde et la Chine, avec 400 millions d'habitants. \u00ab Il y a l\u00e0 un s\u00e9rieux risque de d\u00e9sint\u00e9gration \u00e9conomique \u00bb, pr\u00e9vient Ndongo Samba Sylla. La r\u00e9duction de 90 % des barri\u00e8res douani\u00e8res pr\u00e9vue par la Zlec se t\u00e9lescope, dans les pays de la Cedeao, avec des dispositifs similaires pr\u00e9vus par les accords de partenariat \u00e9conomique (APE) conclus avec l'Union europ\u00e9enne (et \u00e9galement refus\u00e9s par le Nigeria). \u00ab Comme la finalisation des APE en Afrique de l'Ouest n'\u00e9tait pas possible sans le Nigeria, l'Union europ\u00e9enne a sign\u00e9 des APE int\u00e9rimaires en 2007 avec les deux autres pays les plus avanc\u00e9s de la r\u00e9gion \u00bb, poursuit Ndongo Samba Sylla. En l'occurrence, la C\u00f4te d'Ivoire et le Ghana.\u003C\/p\u003E\u003Cimg src=\"http:\/\/newsnet.fr\/\/img\/newsnet_159117_5e7433.jpg\" \/\u003E\u003Cp\u003ELa skyline de Victoria Island \u00e0 Lagos, au Nigeria \/ OpenUpEd - CC BY 2.0\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EPlus grave, les autres pays de la Cedeao signataires de la Zlec ne pourront pas davantage taxer les produits correspondant \u00e0 90 % des importations du Ghana et de la C\u00f4te d'Ivoire en provenance de l'Union europ\u00e9enne. \u00ab Le Nigeria a eu raison d'\u00eatre prudent. Une int\u00e9gration \u00e9conomique continentale sans garantie fera des perdants. \u00bb Martial Ze Belinga le rappelle : \u00ab L'acc\u00e8s \u00e0 la souverainet\u00e9 est un processus long. L'histoire l'a montr\u00e9 sur le continent am\u00e9ricain. N'a-t-il pas fallu cent douze ans pour construire le dollar apr\u00e8s la p\u00e9riode britannique ? \u00bb Le r\u00e9veil panafricain par l'int\u00e9gration \u00e9conomique impliquerait-il l'alternative d'une monnaie commune ?\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EL'unit\u00e9 sans les \u00c9tats ?\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELe symbole mon\u00e9taire fait aujourd'hui l'objet d'attentions militantes, en particulier dans les quatorze pays de la zone franc CFA (tous les pays d'Afrique subsaharienne autrefois sous domination coloniale fran\u00e7aise, \u00e0 l'exception de la Guin\u00e9e, ndlr). La fin du fiduciaire postcolonial vient en \u00e9cho \u00e0 certains discours panafricanistes du moment. D\u00e9livrerait-elle du spectre des anciens empires ?\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EPourfendeur du CFA et coauteur en 2013 d'un Manifeste pour la construction des \u00c9tats-Unis d'Afrique, Ndongo Samba Sylla pr\u00e9conise un syst\u00e8me de monnaies nationales solidaires qui att\u00e9nuerait les \u00e9carts intracontinentaux et reposerait sur trois piliers : \u00ab Une unit\u00e9 de compte commun aux pays pour permettre les convertibilit\u00e9s, des chambres de compensation pour commercer entre Africains sans pression de l'euro ou du dollar, et enfin un syst\u00e8me de r\u00e9serve entre pays d\u00e9barrass\u00e9 de la \"garantie fran\u00e7aise\". \u00bb\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003E\u003Ci\u003E\u00ab L'Afrique de l'Ouest se mobilise beaucoup. L'Afrique centrale, moins, compte tenu de la persistance de \"vieux r\u00e9gimes\" et d'une \u00e9conomie renti\u00e8re \u00bb\u003C\/i\u003E\u003C\/b\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELe levier \u00e9conomique d'une int\u00e9gration r\u00e9elle est de plus en plus discut\u00e9 au sein de collectifs de la soci\u00e9t\u00e9 civile tels que Y'en a marre ! au S\u00e9n\u00e9gal, Balai Citoyen au Burkina Faso, Lutte pour le changement (Lucha) en R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo, ou encore les Economic Freedom Fighters en Afrique du Sud. \u00ab L'Afrique de l'Ouest se mobilise beaucoup. L'Afrique centrale, moins, compte tenu de la persistance de \"vieux r\u00e9gimes\" et d'une \u00e9conomie renti\u00e8re \u00bb, observe Martial Ze Belinga.\u003C\/p\u003E\u003Cimg src=\"http:\/\/newsnet.fr\/\/img\/newsnet_159117_be5ce6.jpg\" \/\u003E\u003Cp\u003EAmzat Boukari-Yabara s'inqui\u00e8te du manque de relais politique digne de ce nom \u00e0 tous ces mouvements. \u00ab La faillite des partis politiques africains n'aide pas \u00bb, regrette l'historien, pour qui Thomas Sankara a constitu\u00e9 la derni\u00e8re grande figure d'un leadership panafricain aujourd'hui introuvable : \u00ab Paul Kagame a pratiqu\u00e9 une approche top-down quand il faudrait faire le contraire. \u00bb Et le fameux passeport continental, que ce dernier a fait approuver en 2018 - mais pour l'instant r\u00e9serv\u00e9 aux chefs d'\u00c9tat et diplomates -, ne suffira gu\u00e8re \u00e0 promouvoir une conscience citoyenne \u00e0 la mesure de l'enjeu.\u003C\/p\u003E\u003Cimg src=\"http:\/\/newsnet.fr\/\/img\/newsnet_159117_6d7d04.jpg\" \/\u003E\u003Cp\u003EThomas Sankara \/ \u00a9 Paul Paetzel\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EUne telle conscience n\u00e9cessite de relever le d\u00e9fi majeur que posent tous les interlocuteurs ici sollicit\u00e9s : la d\u00e9mocratisation, tant des r\u00e9gimes que des institutions transnationales. \u00ab Y aura-t-il un jour un Parlement panafricain \u00e9lu ? Ce projet serait r\u00e9volutionnaire, et voil\u00e0 un projet que l'UA devrait soutenir si elle ne veut pas rester une enceinte de jeux de pouvoir \u00bb, plaide Amzat Boukari-Yabara. \u00ab Pour l'instant, l'UA mime l'Union europ\u00e9enne, mais mal \u00bb, abonde Ndongo Samba Sylla. Si personne ne songe \u00e0 supprimer les \u00c9tats - \u00ab m\u00eame s'il en existe de faillis, voire dissous, comme la Centrafrique et la Somalie \u00bb, rappelle Henri Rouill\u00e9 d'Orfeuil -, la r\u00e9surgence du panafricanisme pourrait bien passer \u00ab par-dessus \u00bb ces derniers.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Ci\u003E\u003Cb\u003E\u00ab Penser la mobilit\u00e9 \u00e0 l'int\u00e9rieur de l'Afrique, c'est l'enjeu du XXIe si\u00e8cle. Redessiner les fronti\u00e8res, mais aussi la carte du ciel africain \u00bb\u003C\/b\u003E\u003C\/i\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EC'est en tout cas l'hypoth\u00e8se que formule Martial Ze Belinga. Moins que des \u00ab \u00c9tats-Unis d'Afrique \u00bb, l'\u00e9conomiste et sociologue franco-camerounais voit poindre une Global Africa, \u00ab une forme de panafricanisme non \u00e9tatique, voire transgressant les \u00c9tats \u00bb. Sa force de frappe ? Une production culturelle instillant une identit\u00e9 commune : \u00ab Il n'y a pas un artiste africain, sur le continent ou au-dehors, qui n'ait chant\u00e9 l'Afrique \u00bb, fait valoir le sp\u00e9cialiste de l'\u00e9conomie de la culture.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EUn autre vecteur ram\u00e8ne, selon lui, aux sources du panafricanisme \u00ab du fait de la circulation, de plus en plus fr\u00e9quente, des afro-descendants de la diaspora sur le continent et des visites des lieux de m\u00e9moire \u00bb. La mobilit\u00e9 continentale constitue l'autre question centrale qu'Amzat Boukari-Yabara voudrait voir acc\u00e9der au rang de projet politique : \u00ab Penser la mobilit\u00e9 \u00e0 l'int\u00e9rieur de l'Afrique, c'est l'enjeu du XXIe si\u00e8cle. Redessiner les fronti\u00e8res, mais aussi la carte du ciel africain, affirme l'historien. Est-il normal de transiter encore par un a\u00e9roport europ\u00e9en pour aller d'une capitale africaine \u00e0 l'autre ? \u00bb Horizon autant que territoire, l'Afrique fait corps dans son propre mouvement.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ECourtesy of \u003Ca href=\"https:\/\/usbeketrica.com\"\u003EUsbek & Rica\u003C\/a\u003E\u003Cbr \/\u003E\nSource: \u003Ca href=\"https:\/\/usbeketrica.com\/article\/les-etats-unis-d-afrique-c-est-pour-quand\"\u003Eusbeketrica.com\u003C\/a\u003E\u003Cbr \/\u003E\nPublication date of original article: 13\/07\/2019\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Ca href=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/article.asp?reference=26510\"\u003Etlaxcala-int.org\u003C\/a\u003E\u003C\/p\u003E"}}