{"164158":{"id":"164158","parent":"163339","time":"1573404627","url":"http:\/\/www.mondialisation.ca\/bolivie-la-longue-campagne-du-tout-sauf-evo\/5638757","category":"Latina","title":"Bolivie - La longue campagne du \u00abTout sauf Evo\u00bb","lead_image_url":"http:\/\/newsnet.fr\/img\/newsnet_164158_dd32b3.jpg","hub":"newsnet","url-explicit":"bolivie-la-longue-campagne-du-tout-sauf-evo","admin":"newsnet","views":"207","priority":"4","length":"51092","lang":"fr","content":"\u003Cimg src=\"http:\/\/newsnet.fr\/\/img\/newsnet_164158_dd32b3.jpg\" \/\u003E\u003Cp\u003ELe pr\u00e9sident aymara, paysan et syndicaliste, symbole d'une Bolivie nouvelle, appuy\u00e9 depuis janvier 2006 sur une base \u003Ci\u003E\u00ab indig\u00e8ne et pl\u00e9b\u00e9ienne \u00bb\u003C\/i\u003E (pour reprendre les termes de son vice-pr\u00e9sident \u00c1lvaro Garc\u00eda Linera), Evo Morales se repr\u00e9sentait le 20 octobre pour un troisi\u00e8me mandat cons\u00e9cutif. Pour \u00eatre \u00e9lu au premier tour, tout candidat devait obtenir au moins 50 % des suffrages ou recueillir 40 % des voix avec une avance de 10 points sur le deuxi\u00e8me (article 167 de la Constitution), un second tour \u00e9tant pr\u00e9vu le 15 d\u00e9cembre en cas de n\u00e9cessit\u00e9.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EDans une Am\u00e9rique latine bouscul\u00e9e par une s\u00e9rie de crises politiques et \u00e9conomiques parfois aigu\u00ebs, le pays, de l'avis des observateurs de tous bords, se porte exceptionnellement bien. La nationalisation des ressources strat\u00e9giques (\u003Ca href=\"#nb1\" name=\"nh1\"\u003E1\u003C\/a\u003E)et la redistribution des recettes de l'Etat ont permis une stabilit\u00e9 politique in\u00e9dite (si l'on excepte quelques \u00e9pisodes de tensions et de contestations) gr\u00e2ce \u00e0 la mise en place de programmes d'acc\u00e8s au travail, \u00e0 l'\u00e9ducation et \u00e0 la sant\u00e9. Dans un contexte de croissance soutenue, le PIB a bondi de 9 milliards de dollars \u00e0 plus de 40 milliards, les r\u00e9serves de change se maintiennent \u00e0 la hausse, l'inflation est maintenue sous contr\u00f4le, le salaire r\u00e9el a augment\u00e9 et, de 59,9 % en 2005, le taux de pauvret\u00e9 \u00e9tait descendu \u00e0 36,4 % fin 2017 (l'extr\u00eame pauvret\u00e9 passant de 38 % \u00e0 15 %, soit une baisse de 23 points). On \u00e9vitera le mot \u00ab miracle \u00bb, beaucoup restant \u00e0 faire, mais l'appr\u00e9ciation positive de tels r\u00e9sultats dans le pays consid\u00e9r\u00e9 depuis des lustres comme \u00ab le plus pauvre d'Am\u00e9rique latine \u00bb n'a rien d'une vue de l'esprit.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EMalgr\u00e9 un tel bilan, cette derni\u00e8re \u00e9lection se pr\u00e9sente sous un jour moins favorable que les pr\u00e9c\u00e9dentes, remport\u00e9es haut la main par Morales au premier tour, avec une confortable majorit\u00e9. Apr\u00e8s treize ann\u00e9es de pouvoir, la tr\u00e8s classique \u00ab usure \u00bb a fait son apparition. Des pans de population sortis de la pauvret\u00e9 ne s'identifient plus au Mouvement vers le socialisme (MAS) qui leur a permis une telle ascension ; pour des raisons inverses, tout en bas de l'\u00e9chelle, ceux qui ont le moins progress\u00e9 expriment leur d\u00e9ception ; d'une fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale, \u00e0 l'\u00e9lan initial d'une \u00ab refondation plurinationale \u00bb mettant le pays cul par dessus t\u00eate se sont substitu\u00e9s des progr\u00e8s d\u00e9sormais plus lents et, avec leurs in\u00e9vitables scories, de moins enthousiasmantes \u00ab bureaucraties \u00bb, \u00ab gouvernance \u00bb et \u00ab normalit\u00e9 \u00bb.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EEn soi, et s'il doit \u00eatre pris en compte, ce nouveau panorama n'a rien de catastrophique pour la mouvance progressiste \u00e0 la veille du scrutin, Evo Morales demeurant largement en t\u00eate de toutes les projections. N\u00e9anmoins, il appara\u00eet tout aussi clairement qu'une victoire au premier tour est hautement souhaitable pour lui. Tr\u00e8s divis\u00e9e, la droite part perdante, mais serait susceptible, dans un \u00e9ventuel second tour, malgr\u00e9 ses divergences et ses rivalit\u00e9s, de se regrouper autour d'un vote dur \u00ab Tout sauf Evo \u00bb.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EDans ce contexte, Morales affronte au tout premier chef le postulant conservateur le mieux plac\u00e9 dans son camp, \u00e0 la t\u00eate de l'alliance Communaut\u00e9 citoyenne (CC), Carlos Mesa. Journaliste ais\u00e9, historien, ce candidat (centriste d'apr\u00e8s \u003Ci\u003EL'Obs,\u003C\/i\u003E de \u00ab centre droit \u00bb, selon \u003Ci\u003ECourrier International\u003C\/i\u003E !) a \u00e9t\u00e9 vice-pr\u00e9sident de... l'ultralib\u00e9ral Gonzalo S\u00e1nchez de Lozada - dit \u00ab Goni \u00bb - \u00e9lu en 2002 apr\u00e8s avoir battu \u003Ci\u003E\u00ab el Indio \u00bb\u003C\/i\u003EMorales avec une diff\u00e9rence minime, mais accept\u00e9e par ce dernier, de 1,41 % des voix (\u003Ca href=\"#nb2\" name=\"nh2\"\u003E2\u003C\/a\u003E). Chiens de garde de George W. Bush, Otto Reich (secr\u00e9taire d'Etat assistant pour l'h\u00e9misph\u00e8re occidental) et Roger Noriega (ambassadeur devant l'Organisation des Etats am\u00e9ricains (OEA)), avaient menac\u00e9 d'imposer des sanctions \u00e0 la Bolivie si \u00ab Evo \u00bb \u00e9tait \u00e9lu.\u003Cbr \/\u003E\nCorruption, ouverture \u00e9conomique, privatisations, projet d'imp\u00f4t nouveau sur les salaires, \u00e9radication forc\u00e9e et brutale de la coca... D\u00e9bord\u00e9 apr\u00e8s des semaines de manifestations et malgr\u00e9 une r\u00e9pression f\u00e9roce se soldant par plus de 70 morts et des centaines de bless\u00e9s, S\u00e1nchez de Lozada s'enfuit \u00e0 Miami le 17 octobre 2003. Dot\u00e9 d'un certain sens de l'opportunit\u00e9 politique, le premier de ses collaborateurs, Mesa, lui succ\u00e8de, comme le lui permet la Constitution, plut\u00f4t que de d\u00e9missionner. Il gouvernera jusqu'en mai 2005, chahut\u00e9 par une contestation sociale permanente men\u00e9e, entre autres, par Evo Morales, son principal opposant. Lequel, le 28 ao\u00fbt suivant, mettant en \u00e9chec et la droite et Washington, appuy\u00e9 sur une base majoritairement indig\u00e8ne, mais aussi sur des secteurs urbains, les corporations, les coop\u00e9ratives, les retrait\u00e9s et des cohortes de m\u00e9tis professant un discours \u00e0 l'accent \u00ab national \u00bb, sera \u00e9lu une premi\u00e8re fois avec 53,74 % des voix.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ESans surprise, au soir du scrutin du 20 octobre dernier, les premiers r\u00e9sultats du comptage pr\u00e9liminaire du Tribunal supr\u00eame \u00e9lectoral (TSE) donnent le bin\u00f4me Morales-Garc\u00eda Linera (vice-pr\u00e9sident) en t\u00eate. Toutefois alors que 83 % des votes ont \u00e9t\u00e9 comptabilis\u00e9s, ce duo ne dispose toujours pas des 10 points de diff\u00e9rence n\u00e9cessaires \u00e0 un succ\u00e8s imm\u00e9diat (45,28 % - 38,16 %). Si Mesa et ses soutiens crient imm\u00e9diatement victoire, dans la perspective d'un second tour in\u00e9dit qu'ils annoncent absolument certain, le camp du chef de l'Etat sortant ne s'\u00e9meut pas pour autant. Les 17 % de votes encore non pris en compte correspondent aux zones paysannes et indig\u00e8nes les plus lointaines, \u00e9parpill\u00e9es et isol\u00e9es, d\u00e9pourvues d'Internet (pour l'envoi des PDF des proc\u00e8s verbaux) et de modernes voies de communication. Des espaces tr\u00e8s majoritairement favorables \u00e0 \u00ab Evo \u00bb, dont ils constituent la base sociale et une importante r\u00e9serve de voix.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ECet \u00e9l\u00e9ment incontestable (car constat\u00e9 lors des \u00e9lections pr\u00e9c\u00e9dentes) aura \u00e9t\u00e9 soit oubli\u00e9 soit gomm\u00e9 lorsque, le 21, apr\u00e8s une nuit de silence de la page Web du TSE jug\u00e9e \u003Ci\u003E\u00ab suspecte \u00bb\u003C\/i\u003E voire \u003Ci\u003E\u00ab sc\u00e9l\u00e9rate \u00bb\u003C\/i\u003E par l'opposition, tombe le bilan quasiment d\u00e9finitif, mais d\u00e9j\u00e0 contest\u00e9 : \u00ab Evo Morales l'emporte au premier tour \u00bb. Une information confirm\u00e9e le 24 vers 18 heures, apr\u00e8s d\u00e9pouillement de 99,81 % des bulletins, lorsque le TSE indiquera que le chef de l'Etat socialiste b\u00e9n\u00e9ficie de 47,06 % des suffrages contre 36,52 % \u00e0 Mesa (\u003Ca href=\"#nb3\" name=\"nh3\"\u003E3\u003C\/a\u003E). Un \u00e9cart sup\u00e9rieur aux fameux 10 points de pourcentage et qui, portant sur plus de 600 000 voix, se r\u00e9v\u00e8le irrattrapable pour l'opposant.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ED\u00e8s le lundi 21, Mesa a d\u00e9nonc\u00e9 \u003Ci\u003E\u00ab une fraude scandaleuse \u00bb\u003C\/i\u003E et accus\u00e9 le TSE d'\u00eatre \u003Ci\u003E\u00ab une honte pour le pays \u00bb.\u003C\/i\u003E L'appuyant implicitement, le chef de la d\u00e9l\u00e9gation de l'OEA, l'ex-ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res du Costa Rica, Manuel Gonz\u00e1lez Sanz, a de son c\u00f4t\u00e9 critiqu\u00e9 l'interruption du comptage rapide intervenue dans la nuit du 20 au 21 et manifest\u00e9 sa \u003Ci\u003E\u00ab profonde pr\u00e9occupation et surprise pour le changement de tendance \u00bb\u003C\/i\u003Econstat\u00e9 le lundi matin. Alors que, \u00e0 l'appel de Mesa, se produisent les premi\u00e8res mobilisations et violences \u00e0 Potos\u00ed, Oruro, Tarija et Chuquisaca, l'OEA va plus que vite en besogne : d\u00e8s le mercredi 23, alors que le TSJ n'a pas encore rendu public le r\u00e9sultat d\u00e9finitif, la mission d'observation \u00e9lectorale de l'organisation interam\u00e9ricaine estime que la \u003Ci\u003E\u00ab meilleure solution \u00bb\u003C\/i\u003E serait de d\u00e9clarer un ballottage entre les deux candidats. L'Union europ\u00e9enne fait encore plus fort en appelant le 24 \u00e0 \u003Ci\u003E\u00ab mettre un terme au processus de d\u00e9pouillement en cours \u00bb\u003C\/i\u003E et \u00e0 organiser directement un second tour \u003Ci\u003E\u00ab pour r\u00e9tablir la confiance et s'assurer du respect du choix d\u00e9mocratique du peuple bolivien \u00bb.\u003C\/i\u003E Les Etats-Unis et leurs comparses du Br\u00e9sil, de l'Argentine et de la Colombie ne disent pas autre chose. L'Eglise catholique bolivienne abonde dans leur sens.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EIl n'en faut pas plus pour que les professionnels de la plume, de la cam\u00e9ra et du micro se mettent de la partie. Dans le registre absurde, s'agissant de \u003Ci\u003ERadio France Internationale\u003C\/i\u003E (\u003Ci\u003ERFI\u003C\/i\u003E) qui titre le 22 avril, \u00e9voquant les injonctions de Fernando Camacho, pr\u00e9sident fascisant du Comit\u00e9 Pro-Santa-Cruz (la plus grande et plus riche ville du pays) : \u00ab Pr\u00e9sidentielle en Bolivie : la soci\u00e9t\u00e9 civile appelle \u00e0 une gr\u00e8ve de 24 heures (\u003Ca href=\"#nb4\" name=\"nh4\"\u003E4\u003C\/a\u003E) \u00bb. Est-ce \u00e0 dire que les 2 889 359 \u00e9lecteurs qui ont port\u00e9 Evo Morales en t\u00eate du scrutin (contre 2 240 920 \u00e0 Mesa) n'appartiennent pas \u00e0 la dite \u00ab soci\u00e9t\u00e9 civile \u00bb ? Peut-\u00eatre s'agit-il d'extraterrestres ! A moins, bien entendu, qu'il ne s'agisse d'\u003Ci\u003E\u00ab Indios de mierda \u00bb\u003C\/i\u003E - expression fr\u00e9quemment employ\u00e9e par l' \u00ab \u00e9lite \u00bb raciste blanche de Sucre (la capitale) et Santa Cruz, et que nous traduirons pudiquement par \u00ab mis\u00e9rables Indiens \u00bb...\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EChacun dans son style, de la presse conservatrice \u00e0 la gauche \u00ab pens\u00e9e conforme \u00bb (et en particulier Attac, pour ne citer avec accablement que cette organisation (\u003Ca href=\"#nb5\" name=\"nh5\"\u003E5\u003C\/a\u003E)), une tendance se d\u00e9gage - \u00e9merg\u00e9e en r\u00e9alit\u00e9 depuis d\u00e9j\u00e0 de longs mois : Evo Morales se pr\u00e9sente alors que les Boliviens lui ont dit \u00ab non \u00bb en 2016 \u00e0 l'occasion d'un r\u00e9f\u00e9rendum portant sur la possibilit\u00e9 d'un troisi\u00e8me mandat cons\u00e9cutif, alors que la Constitution (article 168) n'en autorisait que deux ; il est donc, en s' \u00ab accrochant au pouvoir \u00bb, \u00e0 la mani\u00e8re d'un \u003Ci\u003E\u00ab caudillo \u00bb,\u003C\/i\u003E pour ne pas dire d'un \u003Ci\u003E\u00ab dictateur en puissance \u00bb,\u003C\/i\u003E le responsable de la situation (\u003Ca href=\"#nb6\" name=\"nh6\"\u003E6\u003C\/a\u003E).\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ESauf bien s\u00fbr \u00e0 rappeler dans quelles conditions a eu lieu, en 2016, le r\u00e9f\u00e9rendum en question.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EDeux ans auparavant (le 12 octobre 2014), Morales avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9lu avec 61,36 % des voix, son parti, le MAS, obtenant les deux tiers des si\u00e8ges de l'Assembl\u00e9e l\u00e9gislative. Depuis, les forces conservatrices continentales \u00e9taient repass\u00e9es \u00e0 l'offensive. En t\u00e9moignait la violente tentative de d\u00e9stabilisation de Nicol\u00e1s Maduro au Venezuela. En Bolivie, d'aucuns au sein du parti au pouvoir - \u003Ci\u003E\u00ab el oficialismo \u00bb\u003C\/i\u003E - envisageaient l'avenir avec circonspection. De par sa personnalit\u00e9, Evo Morales constitue le pivot central de l'archipel des mouvements sociaux. Sans lui, les forces du changement peineraient \u00e0 demeurer unies. Il n'y a qu'un fou pour changer de cheval au milieu du gu\u00e9 ! Les \u003Ci\u003E\u00ab masistas \u00bb\u003C\/i\u003E (militants du MAS) firent tr\u00e8s t\u00f4t pression pour l'organisation d'un r\u00e9f\u00e9rendum permettant une r\u00e9\u00e9lection de leur leader, alors non autoris\u00e9e. Loin des d\u00e9bats abstraits sur la d\u00e9mocratie, les militants et citoyens font ceci ou cela en fonction du contexte : ni bien ni mal, c'est pragmatique et opportun. L'alternance \u00ab obligatoire \u00bb ne garantit en tant que telle ni la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale ni la stabilit\u00e9 politique, encore moins le maintien des programmes sociaux. Or, \u00e0 l'exception de quelques points noirs, dont l'affaire de corruption ayant permis \u00e0 une vingtaine de mandataires et \u00e9lus du MAS de piller le Fonds indig\u00e8ne (une institution de d\u00e9veloppement rural), y laissant un trou \u00e9valu\u00e9 \u00e0 14,6 millions de dollars, le bilan \u00e9conomique et social du chef de l'Etat \u00e9tait largement positif. M\u00eame si, dans le cadre d'un r\u00e9f\u00e9rendum, le choix entre de simples \u00ab oui \u00bb et \u00ab non \u00bb devait unir tous ses adversaires, \u00ab Evo \u00bb avait toutes les chances de l'emporter. Les \u003Ci\u003E\u00ab masistas \u00bb\u003C\/i\u003E le savaient. L'opposition aussi.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EDepuis 2014, le charg\u00e9 d'affaires Peter Brennan est le diplomate de plus haut rang pr\u00e9sent dans l'ambassade des Etats-Unis en Bolivie. En 2008, l'ambassadeur Phillip Goldberg a \u00e9t\u00e9 expuls\u00e9 pour son implication dans la tentative de renversement d'Evo Morales \u00e0 laquelle a particip\u00e9 en tout premier lieu le Comit\u00e9 civique pro-Santa Cruz, dirig\u00e9 alors par l'homme d'affaires extr\u00e9miste bolivo-croate Branko Marinkovic (en cavale depuis 2010 au Br\u00e9sil, apr\u00e8s un passage par les Etats-Unis). En poste au Nicaragua entre 2005 et 2007, Brennan s'y est fait remarquer par ses liens \u00e9troits avec les groupes et partis antisandinistes. Apr\u00e8s un passage par le Costa Rica, il prend en charge la coordination des Affaires cubaines du D\u00e9partement d'Etat. Arrive en Bolivie en 2014. S'y lie ouvertement avec l'alpha et l'om\u00e9ga de l'opposition. Y rencontre, le 11 d\u00e9cembre 2015, dans le luxueux h\u00f4tel \u00ab cinq \u00e9toiles \u00bb Los Tabijos, de Santa Cruz, un certain Carlos Valverde. Journaliste de son \u00e9tat. Mais aussi ex-chef des services de renseignements boliviens entre 1989 et 1993, en pleine \u00e8re n\u00e9olib\u00e9rale, sous la pr\u00e9sidence de Jaime Paz Zamora.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EPar le plus grand des hasards, l' \u00ab affaire \u00bb \u00e9clate peu de temps apr\u00e8s, en pleine campagne pour le r\u00e9f\u00e9rendum du 21 f\u00e9vrier. Et alors que, cr\u00e9ant un sentiment d'\u00e9chec et de reflux g\u00e9n\u00e9ral, les gauches continentales \u00ab amies \u00bb du MAS se trouvent en difficult\u00e9. Au Venezuela, en s'appuyant sur une f\u00e9roce \u00ab guerre \u00e9conomique \u00bb, la droite a remport\u00e9 les \u00e9lections l\u00e9gislatives. L'Argentine a pour nouveau chef de l'Etat le n\u00e9olib\u00e9ral Mauricio Macri. Au Br\u00e9sil, vient d'\u00eatre lanc\u00e9e une proc\u00e9dure d'\u003Ci\u003E\u00ab impeachment \u00bb\u003C\/i\u003E contre la pr\u00e9sidente Dilma Rousseff.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELes vents m\u00e9diatiques ne demandent qu'\u00e0 accompagner le mouvement en l'\u00e9tendant \u00e0 la Bolivie : pour n'\u00e9voquer que lui, car il exerce une influence certaine, le quotidien espagnol \u003Ci\u003EEl Pa\u00eds\u003C\/i\u003E a d\u00e9j\u00e0 titr\u00e9 (4 janvier) : \u00ab Evo Morales transgresse les normes \u00e0 la recherche d'une r\u00e9\u00e9lection \u00bb.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELe 5 f\u00e9vrier, dans son \u00e9mission \u00ab \u003Ci\u003ETodo por Hoy \u00bb (\u00ab Tout pour aujourd'hui \u00bb)\u003C\/i\u003E diffus\u00e9e depuis Santa Cruz par \u003Ci\u003EActiva TV\u003C\/i\u003E, Carlos Valverde lance l' \u00ab op\u00e9ration \u00bb en d\u00e9voilant l'acte de naissance du fils qu'aurait eu en 2007 Evo Morales avec une petite amie secr\u00e8te, une militante du MAS de 28 ans sa cadette, Gabriela Zapata. Jusque-l\u00e0, rien de v\u00e9ritablement scandaleux (sauf pour les grenouilles de b\u00e9nitier). Toutefois, sans comp\u00e9tences particuli\u00e8res, Zapata est devenue en 2013 g\u00e9rante d'une firme de BTP chinoise, CAMC Engineering Co (CAMCE), qui a conclu, gr\u00e2ce \u00e0 la proximit\u00e9 de cette cadre sup\u00e9rieure avec le pr\u00e9sident, des contrats de l'ordre de 566 millions de dollars avec l'Etat. Un trafic d'influence aussi scandaleux qu'\u00e9vident !\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ED\u00e8s le lendemain, en conf\u00e9rence de presse, Morales donne sa version des faits. En r\u00e9sum\u00e9 : oui, il a bien eu une liaison avec la jeune femme entre 2005 et 2007, ann\u00e9e au cours de laquelle ils ont eu un enfant, qu'il n'a jamais vu, le b\u00e9b\u00e9 \u00e9tant malheureusement d\u00e9c\u00e9d\u00e9 tr\u00e8s rapidement ; le couple s'est s\u00e9par\u00e9 imm\u00e9diatement apr\u00e8s et a rompu tout contact ; Morales ignorait que son \u00ab ex \u00bb travaillait pour CAMCE.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EUn bon scandale doit comporter une image en laquelle l'imagination du public puisse s'investir. Les m\u00e9dias boliviens d\u00e9goulinent de photos et de commentaires sur la vie luxueuse (bien r\u00e9elle) de \u00ab la ma\u00eetresse d'Evo \u00bb. Les r\u00e9seaux sociaux d\u00e9bagoulent, d\u00e9goulinent, racontent n'importe quoi, pass\u00e9s ma\u00eetres dans l'art de blesser et de faire suppurer la plaie. L'int\u00e9grit\u00e9 du chef de l'Etat - jusque-l\u00e0 sa force principale - est plus qu'\u00e9corn\u00e9e. La presse internationale s'en donne \u00e0 cœur joie avec ce qui devient une passionnante \u003Ci\u003E\u00ab telenovela \u00bb.\u003C\/i\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EUne telle \u00ab indignit\u00e9 \u00bb provoque un fort sentiment de r\u00e9probation au sein des classes moyennes et dans les secteurs urbains. La campagne de presse atteint son paroxysme. \u00ab Les intentions de vote pour le non augmentent en raison du scandale qui affecte Gabriela Zapata et Evo \u00bb : d'apr\u00e8s les quotidiens \u003Ci\u003EP\u00e1gina Siete, Los Tiempos\u003C\/i\u003E et \u003Ci\u003ECorreo del Sur\u003C\/i\u003E, qui ont commandit\u00e9 une enqu\u00eate, le \u00ab non \u00bb s'impose d\u00e9sormais tr\u00e8s largement sur le \u00ab oui \u00bb - 47 % contre 28 % (\u003Ca href=\"#nb7\" name=\"nh7\"\u003E7\u003C\/a\u003E).\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EDeux jours avant l'\u00e9ch\u00e9ance, des groupes d'\u00e9tudiants de l'Universit\u00e9 publique d'El Alto, immense urbanisation qui surplombe La Paz, paralyseront le centre de cette derni\u00e8re aux cris de \u003Ci\u003E\u00ab Evo, Zapata, rendez l'argent ! \u00bb...\u003C\/i\u003E Tous les opposants ne forment alors qu'une seule et belle famille, depuis l'ex-pr\u00e9sident Carlos Mesa (droite), les gouverneurs de Santa Cruz, Rub\u00e9n Costas (droite extr\u00eame), et de La Paz, F\u00e9lix Patzi (autoproclam\u00e9 \u00ab indig\u00e8ne lettr\u00e9 \u00bb), en passant par l'ancienne ministre de la D\u00e9fense Cecilia Chac\u00f3n (d\u00e9missionnaire en 2011 apr\u00e8s une r\u00e9pression de manifestants), l'indig\u00e9nisme radical et communautariste (hostile depuis toujours \u00e0 \u00ab Evo \u00bb) et l'ultragauchiste Parti ouvrier r\u00e9volutionnaire (POR). Rebaptis\u00e9e \u00ab mobilisation citoyenne \u00bb, cette sainte alliance d\u00e9nonce fort classiquement, et \u00e0 l'avance, une \u00ab fraude \u00bb \u00e0 venir lors du r\u00e9f\u00e9rendum - le Tribunal \u00e9lectoral \u00e9tant compos\u00e9 de \u003Ci\u003E\u00ab sympathisants du MAS \u00bb,\u003C\/i\u003E on l'aura compris.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EMalgr\u00e9 cette fraude annonc\u00e9e (au cas o\u00f9 !), le chef de l'Etat perd une bataille \u00e9lectorale pour la premi\u00e8re fois en dix ans. Avec une participation de 84,47 %, 51,3 % des Boliviens se prononcent contre la r\u00e9forme de la Constitution lui permettant de briguer un nouveau mandat. D\u00e9tail dont on pourrait dire qu'il a son importance : ponctu\u00e9e de d\u00e9nonciations de tricheries et d'irr\u00e9gularit\u00e9s, la tension fut \u00e9norme durant les deux jours qui suivirent le scrutin. C'est en effet le laps de temps qui fut n\u00e9cessaire pour l'annonce d'une tendance irr\u00e9versible par le TSE. Comme cette ann\u00e9e...\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ESoixante mille voix de diff\u00e9rence sur un corps \u00e9lectoral de 6,2 millions de personnes. La \u003Ci\u003E\u00ab fake news \u00bb\u003C\/i\u003E a atteint son objectif de tr\u00e8s peu. Mais elle l'a atteint. Lorsque la v\u00e9rit\u00e9 va se faire jour, r\u00e9v\u00e9lant l'ampleur de la manipulation, il sera malheureusement trop tard... La d\u00e9faite d'Evo est consomm\u00e9e.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ED\u00e8s le 21 f\u00e9vrier, accus\u00e9e d' \u00ab enrichissement illicite et trafic d'influence \u00bb, Zapata est arr\u00eat\u00e9e et plac\u00e9e en d\u00e9tention pr\u00e9ventive. Une semaine plus tard, en conf\u00e9rence de presse, le vice-pr\u00e9sident Garc\u00eda Linera produit des photos de ses fr\u00e8re et sœur (Paola et Gabriel) en compagnie de politiciens d'opposition - les d\u00e9put\u00e9s Norma Pi\u00e9rola et Shirley Franco, l'ex-pr\u00e9sident Jorge \u00ab Tuto \u00bb Quiroga et Samuel Doria Medina (riche homme d'affaires, candidat \u00e0 la pr\u00e9sidence en 2005, 2009 et 2014). La connivence tombe fort heureusement dans les oubliettes quand, le lendemain, Pilar Guzm\u00e1n, la tante de Gabriela Zapata, provoque un tsunami. L'enfant du pr\u00e9sident, Ernesto Fidel, a 8 ou 9 ans et il est bien vivant. \u003Ci\u003E\u00ab Il est le fils de M. Evo Morales. Je ne sais pas pourquoi ils ont dit \u00e7a. Je ne sais pas ce qui les a pouss\u00e9s \u00e0 mentir \u00bb,\u003C\/i\u003Ed\u00e9clare-t-elle sur la cha\u00eene \u003Ci\u003EPAT TV\u003C\/i\u003E.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ETombant manifestement des nues, le pr\u00e9sident demande \u00e0 voir l'enfant, dont les avocats de Zapata ont confirm\u00e9 l'existence : \u003Ci\u003E\u00ab J'ai le droit de conna\u00eetre mon fils, c'est mon devoir de le soigner, de le prot\u00e9ger \u00bb,\u003C\/i\u003E d\u00e9clare-t-il le 29 f\u00e9vrier. Les proches de l'intrigante font durer le suspens tandis que surgissent des photos sur lesquelles cette derni\u00e8re appara\u00eet en compagnie d'un gamin. Il faudra que le pr\u00e9sident ait recours \u00e0 la justice pour qu'un gar\u00e7on de 11 ans soit pr\u00e9sent\u00e9 le 12 avril \u00e0 l'autorit\u00e9 comp\u00e9tente. Prenant l'initiative de se soumettre \u00e0 un test ADN de paternit\u00e9, Evo Morales se voit opposer le refus de Zapata quand il r\u00e9clame une d\u00e9marche similaire sur elle-m\u00eame et leur enfant suppos\u00e9.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EApr\u00e8s de nouvelles p\u00e9rip\u00e9ties, il s'av\u00e8rera que Zapata a menti lorsqu'elle a fait croire \u00e0 Morales en 2007 qu' \u00ab ils \u00bb avaient eu un b\u00e9b\u00e9 (puis qu'il \u00e9tait d\u00e9c\u00e9d\u00e9) ; que l'acte de naissance pr\u00e9sent\u00e9 au d\u00e9but de l'affaire par le \u00ab journaliste \u00bb Valverde \u00e9tait un faux (le nom du b\u00e9b\u00e9 ne figurant dans aucun registre de l'h\u00f4pital o\u00f9 il \u00e9tait cens\u00e9 avoir vu le jour) ; et que l'enfant pr\u00e9sent\u00e9 en cette ann\u00e9e 2016 \u00e0 la juge de la famille par Pilar Guzm\u00e1n, la tante de Zapata, n'\u00e9tait en aucun cas le fils de cette derni\u00e8re (et donc encore moins d' \u00ab Evo \u00bb).\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EL'ensemble des r\u00e9v\u00e9lations m\u00e8nera \u00e0 l'arrestation de Pilar Guzm\u00e1n ainsi qu'\u00e0 la d\u00e9tention des avocats Eduardo Le\u00f3n, William S\u00e1nchez et Walter Zuleta, accus\u00e9s d'avoir mont\u00e9 cette supercherie en sa compagnie. \u003Ci\u003E\u00ab Il a \u00e9t\u00e9 offert de payer la pension au coll\u00e8ge de l'enfant jusqu'\u00e0 son baccalaur\u00e9at et d'offrir un terrain et une somme, entre 5 000 et 15 000 dollars, aux parents de ce mineur \u00bb,\u003C\/i\u003E r\u00e9v\u00e9lera le procureur g\u00e9n\u00e9ral Ramiro Guerrero en juin. Sa propre m\u00e8re \u00e9tait charg\u00e9e d'apprendre ses \u00ab \u00e9l\u00e9ments de langage \u00bb au suppos\u00e9 fils du pr\u00e9sident. Ces r\u00e9v\u00e9lations feront, entre parenth\u00e8ses, une autre victime de poids : la cha\u00eene d'information en continu \u00e9tatsunienne \u003Ci\u003ECNN\u003C\/i\u003E qui venait d'exp\u00e9dier en urgence un \u00ab envoy\u00e9 sp\u00e9cial \u00bb \u00e0 La Paz pour obtenir un \u003Ci\u003E\u00ab scoop \u00bb\u003C\/i\u003E spectaculaire et politiquement int\u00e9ressant gr\u00e2ce \u00e0 l'autorisation d'interviewer l'enfant.\u003Cbr \/\u003E\nSentant le vent du boulet se rapprocher \u00e0 grande vitesse, l'initiateur de tout ce roman, le \u00ab journaliste \u00bb Valverde, avait lui, d\u00e8s le 18 avril, pris les devants : \u003Ci\u003E\u00ab J'ai eu acc\u00e8s \u00e0 une information s\u00e9rieuse\u003C\/i\u003E (sic !) \u003Ci\u003Equi confirme que le fils suppos\u00e9 de GZapata et du pr\u00e9sident Morales n'existe pas. \u00bb\u003C\/i\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EA ce volet \u003Ci\u003E\u00ab people \u00bb\u003C\/i\u003E du \u003Ci\u003E\u00ab Zapatagate \u00bb\u003C\/i\u003E qui combla les m\u00e9dias, s'ajoutera le d\u00e9montage, plus modestement couvert, du suppos\u00e9 \u00ab scandale de corruption \u00bb. Celui-ci eut pour cadre un bureau du Minist\u00e8re de la Pr\u00e9sidence destin\u00e9 par le pass\u00e9 \u00e0 la \u00ab Premi\u00e8re Dame \u00bb (figure \u00e9limin\u00e9e avec l'arriv\u00e9e du c\u00e9libataire Evo Morales au pouvoir). Avec la complicit\u00e9 de deux fonctionnaires du minist\u00e8re et de comparses ext\u00e9rieurs pour \u00e9tablir les contacts, dont l'avocat d'affaires Walter Zuleta, Gabriela Zapata y recevait des entrepreneurs. Arguant de son \u00ab intimit\u00e9 \u00bb avec le pr\u00e9sident et de d'une suppos\u00e9e proximit\u00e9 avec un certain nombre de ministres, elle signait au nom de l'Etat des \u00ab accords \u00bb et des \u00ab autorisations \u00bb (permettant, par exemple, d'ouvrir des maisons de jeux), moyennant d'importants pots de vin (ses transactions bancaires se mont\u00e8rent \u00e0 700 000 dollars l'ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dant son arrestation).\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ES'agissant des contrats sign\u00e9s avec CAMCE, l'enqu\u00eate d\u00e9montra qu'ils \u00e9taient ant\u00e9rieurs au recrutement de Zapata par la firme. Ils avaient pour raison majeure le fait qu'ils conditionnaient l'octroi d'un pr\u00eat par la Chine (pour la r\u00e9alisation des travaux dont CAMCE obtenait la responsabilit\u00e9). On apprit m\u00eame que l'entreprise avait \u00e9t\u00e9 soumise \u00e0 une amende de 21 millions de dollars et \u00e0 une interdiction de participation \u00e0 des licitations pendant trois ann\u00e9es pour ne pas avoir respect\u00e9 certaines de ses obligations. En d'autres termes, le pseudo scandale retomba comme un souffl\u00e9 (\u003Ca href=\"#nb8\" name=\"nh8\"\u003E8\u003C\/a\u003E).\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELe pouvoir et ses partisans ont depuis fait du 21 f\u00e9vrier (date du r\u00e9f\u00e9rendum de 2016) le \u00ab Jour du mensonge \u00bb. Une enqu\u00eate effectu\u00e9e par Market Opinion Research International (Mori) le confirma \u00e0 sa mani\u00e8re en r\u00e9v\u00e9lant ult\u00e9rieurement qu'\u00e0 la question \u00ab le cas Zapata vous a-t-il influenc\u00e9 au moment de voter ? \u00bb, 53 % des personnes interrog\u00e9es ont r\u00e9pondu \u00ab oui \u00bb. C'est donc \u00e0 juste titre que Juan Ram\u00f3n Quintana, ex (2006-2010 puis 2012-2017) et actuel ministre de la Pr\u00e9sidence, pouvait annoncer en d\u00e9cembre 2016 : \u003Ci\u003E\u00ab Oui, de fait, nous discutons avec les mouvements sociaux de la possibilit\u00e9 de remettre en question les r\u00e9sultats du 21 f\u00e9vrier.\u003C\/i\u003E (...) \u003Ci\u003ECela a \u00e9t\u00e9 un coup\u003C\/i\u003E (au sens de coup d'Etat) \u003Ci\u003Epolitico-m\u00e9diatique. L'une des preuves les plus fortes est la relation entre l'auteur de la d\u00e9nonciation sur le suppos\u00e9 fils d'Evo et l'ambassade nord-am\u00e9ricaine. Et ce qu'a signifi\u00e9 la triangulation politique de l'ambassade des Etats-Unis\u003C\/i\u003E (...) \u003Ci\u003Eavec le comportement des m\u00e9dias, des analystes et des laboratoires d'opinion publique qui fonctionnent \u00e0 travers les r\u00e9seaux sociaux. Il y a des preuves tangibles, irr\u00e9futables, qu'il s'est agi d'une conspiration\u003C\/i\u003E (\u003Ca href=\"#nb9\" name=\"nh9\"\u003E9\u003C\/a\u003E). \u003Ci\u003E\u00bb\u003C\/i\u003E\u003Cbr \/\u003E\nEtait-il donc d\u00e8s lors ill\u00e9gitime de remettre en cause cet attentat \u00e0 la d\u00e9mocratie ? Envol\u00e9s les grands principes : il semblerait que, pour les acteurs du formatage de l'opinion, la r\u00e9ponse est \u00ab oui \u00bb.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELorsqu'elle d\u00e9fend une cause qui lui para\u00eet juste, la gauche latino-am\u00e9ricaine, elle, n'a pas l'habitude de la reddition. Dans le cadre d'intenses cogitations sur des solutions alternatives l\u00e9gales, le MAS met d\u00e8s lors quatre options sur la table, toutes compatibles avec la Constitution politique de l'Etat (CPE) : la r\u00e9alisation d'un nouveau r\u00e9f\u00e9rendum, cette fois d'initiative citoyenne (\u003Ca href=\"#nb10\" name=\"nh10\"\u003E10\u003C\/a\u003E) ; une r\u00e9forme de la Constitution en utilisant la majorit\u00e9 des deux tiers au sein de l'Assembl\u00e9e l\u00e9gislative ; une d\u00e9mission du pr\u00e9sident, lui permettant de se repr\u00e9senter de fa\u00e7on \u00ab non cons\u00e9cutive \u00bb (le vice-pr\u00e9sident terminant le mandat) ; un recours au Tribunal constitutionnel plurinational (TCP) bas\u00e9 sur l'article 256 de la Constitution, lequel consid\u00e8re que les trait\u00e9s internationaux sign\u00e9s ou ratifi\u00e9s par la Bolivie et comportant des droits \u00ab sup\u00e9rieurs \u00bb pr\u00e9valent sur la dite Constitution.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EIl se trouve que l'article 23 de la Convention am\u00e9ricaine relative aux droits de l'Homme (CADH), adopt\u00e9e \u00e0 San Jos\u00e9 (Costa Rica), le 22 novembre 1969, mentionne explicitement, s'agissant des droits politiques des citoyens, que ces derniers doivent pouvoir : \u003Ci\u003E\u00ab participer \u00e0 la direction des affaires publiques, directement ou par l'interm\u00e9diaire de repr\u00e9sentants librement \u00e9lus ; d'\u00e9lire ou d'\u00eatre \u00e9lus\u003C\/i\u003E (...). \u00bb Seules exceptions \u00e0 cette possibilit\u00e9 \u00ab d'\u00e9lire ou d'\u00eatre \u00e9lus \u00bb : \u00ab (...) \u003Ci\u003Edes motifs d'\u00e2ge, de nationalit\u00e9, de r\u00e9sidence, de langue, de capacit\u00e9 de lire et d'\u00e9crire, de capacit\u00e9 civile ou mentale, ou dans le cas d'une condamnation au criminel prononc\u00e9e par un juge comp\u00e9tent.\u003C\/i\u003E \u00bb Aucune mention d'une \u00e9ventuelle limitation du droit des citoyens \u00e0 choisir un candidat et, pour ceux-ci, \u00e0 se pr\u00e9senter pour plusieurs mandats populaires, cons\u00e9cutifs ou non.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EEn se basant sur cet argument, la Cour constitutionnelle du Costa Rica a permis en 2006 la r\u00e9\u00e9lection, interdite jusque-l\u00e0, du social-d\u00e9mocrate \u00d3scar Arias (sans un haussement de sourcils de la \u00ab communaut\u00e9 internationale \u00bb), son \u00e9quivalente colombienne a fait de m\u00eame pour le maintien au pouvoir, la m\u00eame ann\u00e9e, du plus que droitier \u00c1lvaro Uribe (avec juste quelques signes de d\u00e9sapprobation) et la d\u00e9cision de la Cour de justice nicaraguayenne a autoris\u00e9 la candidature et la r\u00e9\u00e9lection du sandiniste Daniel Ortega en 2016 (soulevant cette fois, comme pour \u00ab Evo \u00bb, un hourvari d'indignation).\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELe 28 novembre 2017, r\u00e9pondant \u00e0 un recours d\u00e9pos\u00e9 par plusieurs parlementaires du MAS, le Tribunal constitutionnel invalide le r\u00e9sultat du r\u00e9f\u00e9rendum, au motif que la campagne des partisans du \u00ab non \u00bb a \u00e9t\u00e9 diffamatoire et donc ill\u00e9gale. Le lendemain, la reconnaissance de la primaut\u00e9 de l'article 23 de la CADH supprime la limite d'un seul renouvellement cons\u00e9cutif visant la fonction de chef de l'Etat (mais aussi celles de vice-pr\u00e9sident, de gouverneur et de maire). A ceux qui acceptent sans barguigner que Jean-Claude Junker ou Angela Merkel puissent respectivement gouverner le Luxembourg et l'Allemagne pendant vingt ann\u00e9es, mais paniquent en voyant le \u00ab maintien perp\u00e9tuel \u00bb au pouvoir d'un pr\u00e9sident latino (surtout quand il est de gauche), le pr\u00e9sident du Tribunal rappelle que, en tout \u00e9tat de cause, c'est l'\u00e9lectorat bolivien qui conservera \u003Ci\u003E\u00ab le dernier mot \u00bb\u003C\/i\u003E Par son vote \u00e0 l'occasion des prochains scrutins.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ECe genre d'argument raisonnablement acceptable ne convainc pas tout le monde (\u00e7a se sent ces choses-l\u00e0 !). Vingt-quatre heures ne se sont pas \u00e9coul\u00e9es que l'administration de Donald Trump demande au pr\u00e9sident bolivien de respecter et la Constitution et le r\u00e9f\u00e9rendum de 2016, et de renoncer \u00e0 se pr\u00e9senter. Le S\u00e9nat am\u00e9ricain en fait autant. Leur petit soldat Luis Almagro, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l'OEA, rench\u00e9rit. Apr\u00e8s avoir nou\u00e9 sa plus belle cravate, Carlos Mesa s'envole pour Washington. Lorsqu'il revient, apr\u00e8s une s\u00e9rie de r\u00e9unions avec hauts fonctionnaires et s\u00e9nateurs am\u00e9ricains, il annonce qu'il va r\u00e9tablir les relations diplomatiques au plus haut niveau. Certes, il n'est pas encore pr\u00e9sident, mais la campagne \u00ab La Bolivie a dit non \u00bb vient de prendre son \u00e9lan.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EIci, l'inventaire sera bref des multiples modalit\u00e9s de son d\u00e9veloppement. On se contentera de quelques \u00e9pisodes significatifs. Fin juillet 2018, Jorge \u00ab Tuto \u00bb Quiroga et Carlos Mesa d\u00e9clarent que le th\u00e8me de la r\u00e9\u00e9lection va g\u00e9n\u00e9rer une tension qui m\u00e8nera l'opposition \u003Ci\u003E\u00ab \u00e0 une situation que nous ne d\u00e9sirons pas : la violence\u003C\/i\u003E (\u003Ca href=\"#nb11\" name=\"nh11\"\u003E11\u003C\/a\u003E) \u003Ci\u003E\u00bb.\u003C\/i\u003E Plus concr\u00e8tement, Mesa propose de d\u00e9terminer un \u00ab Jour D \u00bb, \u00e0 partir duquel sera mis en place un agenda concret pour emp\u00eacher Evo Morales de se pr\u00e9senter. Le 10 octobre, dans tous le pays, de multiples manifestations se d\u00e9ploient pour exiger le respect du \u00ab r\u00e9f\u00e9rendum \u00bb. Celle de La Paz, tr\u00e8s \u00ab classes moyenne et sup\u00e9rieure m\u00e9tisses et blanches \u00bb, \u00e0 laquelle participent Carlos Mesa et Samuel Doria Medina, a \u00e9t\u00e9 convoqu\u00e9e par une coalition baptis\u00e9e Comit\u00e9 national de d\u00e9fense de la d\u00e9mocratie (Conade) et par (cela devient un grand classique dans les crises internes latino-am\u00e9ricaines)... l'Assembl\u00e9e permanente des droits humains de Bolivie (APDHB). Correspondante des grandes multinationales du secteur - Amnesty International (AI), Human Right Watch (HRW), F\u00e9d\u00e9ration internationale des droits de l'homme (FIDH) -, l'APDHB a connu de fortes divisions et des ruptures internes du fait de son appui implicite et explicite \u00e0 l'opposition. Sa directrice Amparo Carvajal, une religieuse espagnole, n'h\u00e9site pas \u00e0 d\u00e9clarer qu'elle \u00e9tait mieux \u00e9cout\u00e9e par le pouvoir \u003Ci\u003E\u00ab du temps de la dictature\u003C\/i\u003E (1964-1982) \u003Ci\u003E\u00bb\u003C\/i\u003E (\u003Ca href=\"#nb12\" name=\"nh12\"\u003E12\u003C\/a\u003E).\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ECons\u00e9quence directe... Quand, imm\u00e9diatement apr\u00e8s le scrutin du 20 octobre, l'opposition lancera ses premi\u00e8res actions, d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment violentes, sans qu'on ne d\u00e9tecte une quelconque apocalypse de violence polici\u00e8re, Amnesty sera d\u00e9j\u00e0 dans les \u003Ci\u003E\u00ab starting blocks \u00bb\u003C\/i\u003E (24 octobre), impatiente de mettre la Bolivie \u00e0 son tableau de chasse, apr\u00e8s le Venezuela et le Nicaragua : \u003Ci\u003E\u00ab Jusque-l\u00e0, la r\u00e9ponse des autorit\u00e9s boliviennes face aux manifestations a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s alarmante et d\u00e9montre un m\u00e9pris pour les droits humains. Nous surveillons leurs actions et les engageons \u00e0 ne pas avoir recours \u00e0 une force excessive\u003C\/i\u003E (\u003Ca href=\"#nb13\" name=\"nh13\"\u003E13\u003C\/a\u003E)\u003Ci\u003E. \u00bb\u003C\/i\u003EDe son c\u00f4t\u00e9, et alors qu'au Chili les militaires de Sebastian Pi\u00f1era r\u00e9priment sauvagement, gazent, \u00e9borgnent et tuent, Jos\u00e9 Miguel Vivanco, au nom de Human Right Washington (\u00e9galement connu sous le nom de Human Right Watch) \u00e9tablit une claire hi\u00e9rarchie dans ses priorit\u00e9s : il demande \u00e0 son comp\u00e8re Luis Almagro et \u00e0 l'OEA l'application de la Charte d\u00e9mocratique \u00e0... la Bolivie, en raison de la \u00ab fraude \u00bb constat\u00e9e lors de l'\u00e9lection.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ETout aura \u00e9t\u00e9 essay\u00e9. Pour emp\u00eacher Morales de se pr\u00e9senter, l'opposition en a appel\u00e9 \u00e0 la Cour interam\u00e9ricaine des droits de l'homme (CIDH), \u00e0 l'OEA, au Br\u00e9sil, \u00e0 la Colombie et m\u00eame directement \u00e0 Donald Trump. En interne, les tristement c\u00e9l\u00e8bres Comit\u00e9s civiques, \u00e0 la t\u00eate du combat lors de la tentative de d\u00e9stabilisation de 2008, ont fait leur r\u00e9apparition. Il s'agit d'instances \u00ab citoyennes \u00bb et de plateformes repr\u00e9sentant certains secteurs \u00e9conomiques et\/ou d'extr\u00eame droite, agissant en dehors des partis politiques (mais souvent en phases avec ceux-ci). Ils annoncent sans fioritures qu'ils ne reconna\u00eetront pas le r\u00e9sultat \u00e9lectoral si Morales l'emporte, traitent le gouvernement de \u00ab dictature \u00bb et proposent le \u00ab f\u00e9d\u00e9ralisme \u00bb comme moyen d'en finir avec l'Etat central (comme en 2008, pr\u00e9cis\u00e9ment).\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EAucune manœuvre, la plus agressive soit-elle, n'y a pu rien changer : jusqu'\u00e0 preuve du contraire, Evo Morales a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu (et, dans le cadre des l\u00e9gislatives, le MAS a obtenu la majorit\u00e9). L'opposition conteste le r\u00e9sultat de la pr\u00e9sidentielle. Sur quelle base ? Vice-pr\u00e9sident du Tribunal \u00e9lectoral, Antonio Costas a certes d\u00e9missionn\u00e9 en invoquant lui aussi l'arr\u00eat du flux des r\u00e9sultats le 20 au soir. \u003Ci\u003E\u00ab Il y a eu une alerte \u00e0 l'attaque informatique,\u003C\/i\u003E a-t-il ult\u00e9rieurement d\u00e9clar\u00e9, \u003Ci\u003Eg\u00e9r\u00e9e avec maladresse, mais la paga\u00efe technique\u003C\/i\u003E (d'o\u00f9 la raison de sa col\u00e8re) \u003Ci\u003En'a pas chang\u00e9 la v\u00e9racit\u00e9 des r\u00e9sultats\u003C\/i\u003E (\u003Ca href=\"#nb14\" name=\"nh14\"\u003E14\u003C\/a\u003E). \u003Ci\u003E\u00bb\u003C\/i\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EInsuffisant apparemment pour que l'OEA et l'Union europ\u00e9enne, par leurs d\u00e9clarations pr\u00e9cipit\u00e9es, n'encouragent et ne renforcent ouvertement les vell\u00e9it\u00e9s d'insurrection de l'opposition. Des prises de positions tr\u00e8s contestables pour le Mexique, dont la repr\u00e9sentante \u00e0 l'OEA, Luz Elena Ba\u00f1os, affirmait d\u00e8s le 23 octobre que la mission d'observateurs s'\u00e9tait \u00e9loign\u00e9e \u003Ci\u003E\u00ab des principes d'objectivit\u00e9 et de non intervention dans les affaires internes du pays \u00bb\u003C\/i\u003E et mettait en garde sur \u003Ci\u003E\u00ab le risque d'instrumentalisation politique des missions d'observation \u00e9lectorale\u003C\/i\u003E(MOE), \u003Ci\u003Eun outil technique devant \u00eatre utilis\u00e9 pour am\u00e9liorer la qualit\u00e9 des processus d\u00e9mocratique. \u00bb\u003C\/i\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EPas de second tour ! Mais, a pr\u00e9cis\u00e9 la pr\u00e9sidente du Tribunal \u00e9lectoral, l'institution n'a rien \u00e0 cacher : \u003Ci\u003E\u00ab\u003C\/i\u003E \u003Ci\u003ENous sommes dispos\u00e9s \u00e0 l'organisation d'un audit \u00e9lectoral, et nous allons le faire. Tout comme nous avons accueilli des observateurs \u00e9lectoraux.\u003C\/i\u003E \u00bb Les affrontements ont commenc\u00e9 entre la \u00ab mobilisation d\u00e9mocratique \u00bb, emmen\u00e9e par Mesa et les dirigeants des Comit\u00e9s civiques, et les \u00e9lecteurs du pr\u00e9sident mobilis\u00e9s pour d\u00e9fendre la... d\u00e9mocratie. Le Conade et les comit\u00e9s civiques de La Paz, Potos\u00ed, Chuquisaca, Cochabamba, Oruro, Tarija, Beni et Santa Cruz d\u00e9cr\u00e8tent une gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale pour obtenir \u00ab un second tour \u00bb. \u003Ci\u003E\u00ab O\u00f9 je vais en prison, o\u00f9 je vais \u00e0 la pr\u00e9sidence \u00bb,\u003C\/i\u003E a d\u00e9clar\u00e9 Mesa. Mais, alors qu'il soutient cette gr\u00e8ve, il refuse de participer \u00e0 l'audit des r\u00e9sultats \u00e9lectoraux, qui d\u00e9marrera le 28. Pourtant conforme \u00e0 ce qu'il pr\u00e9tend r\u00e9clamer puisque, apr\u00e8s accord entre le gouvernement et l'organisation, des experts de l'OEA le m\u00e8neront (de m\u00eame que des \u00ab pays amis \u00bb, le Mexique, le Paraguay, le P\u00e9rou et l'Espagne).\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EA partir de ce moment d\u00e9butent l'escalade. Les manifestations des \u00ab contre \u00bb et des \u00ab pour \u00bb se multiplient. Avec leur lot de chocs entre les deux camps. La police doit intervenir pour s\u00e9parer les manifestants pro et anti Morales \u00e0 Santa Cruz (le 28). Les anti-\u00ab Evo \u00bb paralysent le centre des villes ; les \u00ab pro \u00bb menacent d'utiliser les m\u00e9thodes de \u00ab blocus \u00bb d\u00e9j\u00e0 envisag\u00e9es en 2008.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EEn organisant un r\u00e9f\u00e9rendum ill\u00e9gal, Santa Cruz s'\u00e9tait alors d\u00e9clar\u00e9e \u00ab autonome \u00bb (comme les autres D\u00e9partements d'opposition, tous sur les basses terres : Beni, Pando et Tarija). Mais les putschistes avaient oubli\u00e9 un d\u00e9tail : \u003Ci\u003E\u00ab S'ils tiennent la ville, les banlieues et les zones rurales environnant Santa Cruz sont majoritairement habit\u00e9s par des paysans colonisateurs, Indig\u00e8nes immigr\u00e9s des hauts plateaux,\u003C\/i\u003E nous avait confi\u00e9 \u00e0 l'\u00e9poque, sur place, un partisan du pr\u00e9sident. \u003Ci\u003EIls peuvent crier \"autonomie, autonomie\", c'est nous qui contr\u00f4lons les acc\u00e8s \u00e0 la ville. S'il se passe quelque chose, il y aura une r\u00e9ponse imm\u00e9diate, ils sont encercl\u00e9s ! \u00bb\u003C\/i\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EDe fait, ces derniers jours, mineurs, syndicalistes et paysans, les secteurs qui historiquement ont appuy\u00e9 le pr\u00e9sident, marchent sur La Paz, Cochabamba, s'organisent \u00e0 Santa Cruz, et ont commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9tablir des barrages sur les routes qui relient Potosi \u00e0 Sucre (la \u00ab ville blanche \u00bb) et Cochabamba \u00e0 Santa Cruz (la cit\u00e9 au racisme \u00e0 fleur de peau).\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EAucun euph\u00e9misme n'y changera rien : il s'agit d\u00e9sormais d'une tentative de renversement d'Evo Morales. Alors que les experts de l'OEA sont \u00e0 l'œuvre, Mesa a chang\u00e9 son fusil d'\u00e9paule. Il r\u00e9clamait un second tour, il invoque maintenant la n\u00e9cessit\u00e9 d'une nouvelle \u00e9lection et, le traitant de \u003Ci\u003E\u00ab manœuvre destin\u00e9e \u00e0 maintenir Morales au pouvoir \u00bb...\u003C\/i\u003E rejette l'audit de son tr\u00e8s r\u00e9cent alli\u00e9, l'OEA. Exprimerait-il ainsi un doute sur la possibilit\u00e9 de d\u00e9couvrir les \u00ab fraudes massives \u00bb qu'il a d\u00e9nonc\u00e9es ? Il est vrai que Mesa se trouve sous pression, car maintenant d\u00e9bord\u00e9 sur son extr\u00eame droite. Le 2 novembre, apr\u00e8s r\u00e9union avec certains dirigeants du Conade, le pr\u00e9sident du Comit\u00e9 civique pro-Santa Cruz, Luis Camacho, a donn\u00e9 48 heures \u00e0 Evo Morales pour d\u00e9missionner. Outre les appels pressants et r\u00e9it\u00e9r\u00e9s aux militaires (comme au Venezuela et au Nicaragua) le mot d'ordre devient \u00ab nouvelles \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales sans Evo Morales \u00bb - r\u00e9plique exacte du scrutin r\u00e9clam\u00e9 dans la R\u00e9publique bolivarienne, \u00ab sans Nicol\u00e1s Maduro \u00bb. Et, pour marquer leur territoire, les plus factieux parmi les factieux ont fait monter les ench\u00e8res en pr\u00e9cisant : \u00ab Ni Morales ni Mesa \u00bb. Ce qui a au moins l'avantage de diviser la droite... Mais laisse une question en suspens : \u00e0 l'allure o\u00f9 vont les choses, qui sera le \u00ab Juan Guaido \u00bb des Andes, Mesa ou Camacho ?\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELa Paz, Cochabamba, Santa Cruz... Occupation des institutions publiques (\u003Ca href=\"#nb15\" name=\"nh15\"\u003E15\u003C\/a\u003E), menaces et agressions contre les \u003Ci\u003E\u00ab masistas \u00bb \u00ab Nous sommes \u00e0 un pas de commencer \u00e0 compter les morts par dizaine \u00bb,\u003C\/i\u003E a d\u00e9clar\u00e9 le 5 novembre le ministre de la D\u00e9fense Javier Zavaleta, en invitant Camacho \u00e0 contr\u00f4ler ses \u00ab groupe de choc \u00bb. Sans r\u00e9sultat probant. Le conflit prend une tr\u00e8s vilaine tournure. A Quillacollo, Feliciano Vegamonte, ex-dirigeant de la Conf\u00e9d\u00e9ration syndicale unique des travailleurs paysans de Bolivie (CSUTCB) est s\u00e9questr\u00e9. Des sc\u00e8nes obsc\u00e8nes v\u00e9cues en 2008 se r\u00e9p\u00e8tent. Le 6 novembre, dans le \u003Ci\u003E\u00ab municipio \u00bb\u003C\/i\u003E de Vinto (d\u00e9partement de Cochabamba) o\u00f9 il a br\u00fbl\u00e9 la mairie, un groupe de nervis a s\u00e9questr\u00e9 la mairesse Patricia Arce, membre du MAS, l'a tra\u00een\u00e9e dans la rue, pieds nus, sur plusieurs kilom\u00e8tres, avant de l'installer sur une tribune, devant une foule haineuse, pour la peindre en rouge et de lui couper les cheveux.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Ci\u003E\u00ab L'agression s\u00e9lective contre les citoyens et les forces de s\u00e9curit\u00e9, l'appel au soul\u00e8vement des Forces arm\u00e9es et de la Police nationale, et finalement l'injonction faite au pr\u00e9sident Evo Morales, sous la menace, de quitter le gouvernement sous 48 heures sont de claires \u00e9vidences qu'il y a en cours un coup d'Etat qui pr\u00e9tend briser la vie d\u00e9mocratique de la Bolivie \u00bb,\u003C\/i\u003E a d\u00e9nonc\u00e9 le 4 novembre, devant le Conseil permanent de l'OEA, le ministres des Affaires \u00e9trang\u00e8res Diego Pary. A-t-il \u00e9t\u00e9 entendu ? Et quand bien m\u00eame il le serait...\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EOn sera ici extr\u00eamement prudent sur les possibles d\u00e9veloppements de la crise \u00e0 tr\u00e8s court terme. Le 2 novembre, en affirmant qu'il respectera le rapport \u00e9labor\u00e9 par l'OEA au terme de l'audit de l'\u00e9lection, Evo Morales a ajout\u00e9 esp\u00e9rer qu'il s'agira d'un \u003Ci\u003E\u00ab travail technique et juridique, et pas politique \u00bb.\u003C\/i\u003E Une pr\u00e9occupation des plus compr\u00e9hensibles. Dans son \u00e9vidente certitude que les r\u00e9sultats du scrutin sont fiables, et pour prouver sa bonne foi, le pouvoir bolivien a accept\u00e9 que les conclusions de l'audit et les cons\u00e9quences qui en d\u00e9couleront soient \u00ab contraignants \u00bb. C'est le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l'OEA Luis Almagro qui recevra l'audit envoy\u00e9 par ses trente experts dans un premier temps, puis qui, par les canaux diplomatiques, les transmettra au gouvernement du pays andin. En d'autres termes : Almagro et l'OEA sont les ma\u00eetres d'un jeu dans lequel Evo Morales et les siens se sont li\u00e9s les mains.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ESans \u00e9carter l'hypoth\u00e8se que des anomalies r\u00e9elles soient d\u00e9tect\u00e9es - ce qui est apr\u00e8s tout du domaine du possible, m\u00eame pour un pouvoir ne les ayant pas volontairement provoqu\u00e9es -, l'OEA, par d\u00e9finition, ob\u00e9it en priorit\u00e9 \u00e0 Washington. Ses premi\u00e8res r\u00e9actions, le lendemain du scrutin, indiquent clairement dans quel sens souffle le vent.\u003Cbr \/\u003E\nIl se trouve qu'un fantastique bras de fer est engag\u00e9 en Am\u00e9rique latine o\u00f9 d'aucuns avaient un peu h\u00e2tivement annonc\u00e9 une \u00ab fin de cycle \u00bb. Les tenants du conservatisme sont sur les dents. Ils ont \u00ab perdu \u00bb en quelques mois le Mexique et l'Argentine. Le Venezuela, Cuba et le Nicaragua r\u00e9sistent. Une grave crise institutionnelle secoue le P\u00e9rou. Ha\u00efti br\u00fble, l'Equateur s'est embras\u00e9 (et il n'y r\u00e8gne qu'une relative accalmie), m\u00eame les heureux b\u00e9n\u00e9ficiaires de l' \u00ab oasis \u00bb chilienne sont en cours de soul\u00e8vement.\u003Cbr \/\u003E\nLe 24 octobre, Almagro, la bave aux l\u00e8vres, d\u00e9non\u00e7ait le r\u00f4le de Cuba et du Venezuela dans la vague de \u00ab d\u00e9stabilisations \u00bb affectant l'Equateur, la Colombie et le Chili : \u003Ci\u003E\u00ab Les brises du r\u00e9gime bolivarien impuls\u00e9es par le madurisme et le r\u00e9gime cubain portent de la violence, des saccages, de la destruction, et l'intention politique d'attaquer directement le syst\u00e8me d\u00e9mocratique et de forcer l'interruption des mandats constitutionnels. \u00bb\u003C\/i\u003E Cinq jours plus tard, lors de l'inauguration de la 7e R\u00e9union des ministres de l'Int\u00e9rieur des Am\u00e9riques, le m\u00eame Almagro f\u00e9licitait le pr\u00e9sident \u00e9quatorien Len\u00edn Moreno pour la fa\u00e7on dont il a jugul\u00e9 le mouvement social. Washington, suivi par ses principaux satellites Bogot\u00e1 et Brasilia veut plus que jamais en finir avec \u00ab l'axe du mal \u00bb, rebaptis\u00e9 \u00ab tro\u00efka de la tyrannie \u00bb (Cuba, Nicaragua, Venezuela). Et il faudrait laisser la Bolivie entre \u00ab les mains \u00bb d'Evo Morales ?\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EUn examen rationnel de la situation laisse peu d'espace pour l'hypoth\u00e8se d'une \u00e9volution positive sur le tr\u00e8s court terme. En t\u00e9moigne un premier \u00e9pisode r\u00e9v\u00e9lateur. Le 1er novembre, au lendemain du d\u00e9but de sa mission, le chef des experts de l'OEA Arturo Espinosa a annonc\u00e9 sa d\u00e9mission. \u00ab \u003Ci\u003EJ'ai d\u00e9cid\u00e9 de me retirer de l'audit pour ne pas compromettre son impartialit\u00e9\u003C\/i\u003E \u00bb, a-t-il d\u00fb twitter. Mexicain, avocat, Espinosa avait publi\u00e9 une semaine auparavant un article d'opinion tr\u00e8s critique accusant le pr\u00e9sident Morales \u003Ci\u003E\u00ab de vouloir se maintenir au pouvoir \u00e0 tout prix \u00bb.\u003C\/i\u003E Un article malheureusement d\u00e9nich\u00e9 par quelques m\u00e9dias boliviens...\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ERestent deux \u00e9l\u00e9ments \u00e0 prendre en compte... L'existence, parmi les experts, de ceux envoy\u00e9s par les \u00ab pays amis \u00bb - Mexique, Paraguay, Espagne et P\u00e9rou. Difficile en leur pr\u00e9sence de se livrer \u00e0 une trop voyante manipulation. D'un autre c\u00f4t\u00e9, peut-\u00eatre plus futile, mais existant, Almagro a un \u00ab ego \u00bb surdimensionn\u00e9. Comme l'OEA en g\u00e9n\u00e9ral, il n'appr\u00e9cie gu\u00e8re qu'on lui tienne t\u00eate. Et si l'opposition bolivienne s'\u00e9tait tir\u00e9e une balle dans le pied en refusant l'audit de l'organisation interam\u00e9ricaine et en la traitant avec autant de m\u00e9pris ? On n'en fera pas le pari. Mais la possibilit\u00e9 existe. La pression va \u00eatre \u00e9norme sur tous les protagonistes, ces jours-ci.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003EMaurice Lemoine\u003C\/b\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EIllustration : Evo Morales en 2017 - \u003Ca href=\"https:\/\/www.flickr.com\/photos\/cancilleriadeperu\/36962597345\"\u003EFlickr CC\u003C\/a\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cblockquote\u003E\u003Cb\u003ENotes :\u003C\/b\u003E\u003Cp\u003E(\u003Ca href=\"#nh1\" name=\"nb1\"\u003E1\u003C\/a\u003E)Le pays d\u00e9tient les 2e r\u00e9serves de gaz du sous-continent (derri\u00e8re le Venezuela), les premi\u00e8res r\u00e9serves de lithium du monde (35 %) et d'importantes ressources mini\u00e8res (fer, cuivre, \u00e9tain, etc.).\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E(\u003Ca href=\"#nh2\" name=\"nb2\"\u003E2\u003C\/a\u003E)Multimillionnaire, parlant mieux l'anglais que l'espagnol, Gonzalo S\u00e1nchez de Lozada avait effectu\u00e9 un premier mandat entre 1993 et 1997.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E(\u003Ca href=\"#nh3\" name=\"nb3\"\u003E3\u003C\/a\u003E)Une fois les bulletins totalement d\u00e9pouill\u00e9s, le r\u00e9sultat d\u00e9finitif s'\u00e9tablira \u00e0 47,08 % pour Evo Morales et 35,51% pour Mesa.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E(\u003Ca href=\"#nh4\" name=\"nb4\"\u003E4\u003C\/a\u003E)\u003Ca href=\"http:\/\/www.rfi.fr\/ameriques\/20191022-presidentielle-bolivie-societe-civile-appelle-une-greve-24-heures-0\"\u003Erfi.fr\u003C\/a\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E(\u003Ca href=\"#nh5\" name=\"nb5\"\u003E5\u003C\/a\u003E)Pablo Solon, \u00ab Lettre ouverte au mouvement altermondialiste sur la situation en Bolivie \u00bb, Paris, 24 octobre 2019.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E(\u003Ca href=\"#nh6\" name=\"nb6\"\u003E6\u003C\/a\u003E)Avant les trois mandats dont il est question, Evo Morales en a effectu\u00e9 un quatri\u00e8me, non pris en compte car effectu\u00e9 dans le cadre de l'ancienne Constitution (r\u00e9form\u00e9e en 2009).\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E(\u003Ca href=\"#nh7\" name=\"nb7\"\u003E7\u003C\/a\u003E)\u003Ca href=\"https:\/\/www.noticiasfides.com\/nacional\/politica\/aumenta-intencion-de-voto-por-el-no-debido-al-escandalo-que-involucra-a-gabriela-zapata-y-evo-362645-362573\"\u003Enoticiasfides.com\u003C\/a\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E(\u003Ca href=\"#nh8\" name=\"nb8\"\u003E8\u003C\/a\u003E En f\u00e9vrier 2017, peu avant le proc\u00e8s au cours duquel elle fut condamn\u00e9e \u00e0 10 ans de prison, Zapata a accus\u00e9 le dirigeant d'opposition Samuel Doria Medina de l'avoir \u00ab utilis\u00e9e \u00bb et \u00ab manipul\u00e9e \u00bb par l'interm\u00e9diaire d'un de ses avocats, Eduardo Le\u00f3n, pour monter toute cette affaire et mettre Evo Morales en difficult\u00e9. Tout en la jugeant potentiellement cr\u00e9dible, on prendra cette affirmation avec la plus extr\u00eame prudence, tant la jeune femme a menti et chang\u00e9 de versions tout au long des \u00e9v\u00e9nements. \u00ab Pers\u00e9cut\u00e9s politiques \u00bb, le \u00ab journaliste \u00bb Valverde s'est exil\u00e9 en Argentine, deux des avocats de Zapata au P\u00e9rou.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E(\u003Ca href=\"#nh9\" name=\"nb9\"\u003E9\u003C\/a\u003E)\u003Ci\u003EPagina\/12,\u003C\/i\u003E Buenos Aires, 27 d\u00e9cembre 2016.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E(\u003Ca href=\"#nh10\" name=\"nb10\"\u003E10\u003C\/a\u003E)Celui de f\u00e9vrier r\u00e9sulte d'un vote majoritaire de l'Assembl\u00e9e l\u00e9gislative.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E(\u003Ca href=\"#nh11\" name=\"nb11\"\u003E11\u003C\/a\u003E)\u003Ci\u003EEl Alte\u00f1o,\u003C\/i\u003E La Paz, 27 juillet 2018.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E(\u003Ca href=\"#nh12\" name=\"nb12\"\u003E12\u003C\/a\u003E) \u003Ci\u003EIglesia Viva\u003C\/i\u003E (organe de la Conf\u00e9rence \u00e9piscopale bolivienne)\u003Ci\u003E,\u003C\/i\u003E 19 septembre 2019.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E(\u003Ca href=\"#nh13\" name=\"nb13\"\u003E13\u003C\/a\u003E)Amnesty International, \u00ab Bolivie. Les autorit\u00e9s doivent respecter l'exercice du droit de manifestation pacifique \u00bb, 24 octobre 2019.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E(\u003Ca href=\"#nh14\" name=\"nb14\"\u003E14\u003C\/a\u003E)\u003Ca href=\"https:\/\/listinsemanal.com\/en-que-se-basan-las-acusaciones-de-fraude-que-sacuden-bolivia\"\u003Elistinsemanal.com\u003C\/a\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E(\u003Ca href=\"#nh15\" name=\"nb15\"\u003E15\u003C\/a\u003E)A Sucre (la capitale), le Tribunal d\u00e9partemental de justice, le Tribunal constitutionnel plurinational, la Direction d\u00e9partementale de l'\u00e9ducation, le Tribunal agro-environnemental, le Parquet g\u00e9n\u00e9ral, le Tribunal de justice, le Service des Imp\u00f4ts national, etc...\u003C\/blockquote\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELa source originale de cet article est \u003Ca href=\"http:\/\/www.medelu.org\/La-longue-campagne-du-Tout-sauf-Evo\"\u003EM\u00e9moire des luttes\u003C\/a\u003E\u003Cbr \/\u003E\nCopyright \u00a9 \u003Ca href=\"https:\/\/www.mondialisation.ca\/author\/maurice-lemoine\"\u003EMaurice Lemoine\u003C\/a\u003E, \u003Ca href=\"http:\/\/www.medelu.org\/La-longue-campagne-du-Tout-sauf-Evo\"\u003EM\u00e9moire des luttes\u003C\/a\u003E, 2019\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Ca href=\"http:\/\/www.mondialisation.ca\/bolivie-la-longue-campagne-du-tout-sauf-evo\/5638757\"\u003Emondialisation.ca\u003C\/a\u003E\u003C\/p\u003E"}}