{"170002":{"id":"170002","parent":"169752","time":"1583569774","url":"http:\/\/www.wsws.org\/fr\/articles\/2020\/03\/07\/syri-m07.html","category":"War","title":"Poutine et Erdogan conviennent d'un nouveau cessez-le-feu \u00e0 Idlib au sommet de Moscou sur la Syrie","lead_image_url":"http:\/\/newsnet.fr\/img\/newsnet_170002_b90a4f.jpg","hub":"newsnet","url-explicit":"poutine-et-erdogan-conviennent-d-un-nouveau-cessez-le-feu-a-idlib-au-sommet-de-moscou-sur-la-syrie","admin":"newsnet","views":"186","priority":"2","length":"9338","lang":"","content":"\u003Cp\u003EPar Jordan Shilton\u003Cbr \/\u003E\n7 mars 2020\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELe pr\u00e9sident russe Vladimir Poutine et le pr\u00e9sident turc Recep Tayyip Erdogan ont annonc\u00e9 un nouveau cessez-le-feu pour la province syrienne d'Idlib apr\u00e8s une r\u00e9union de six heures au Kremlin jeudi. Malgr\u00e9 les efforts des deux parties pour arranger les choses, le cessez-le-feu ne r\u00e9sout pas les conflits plus larges entre l'OTAN et la Russie qui sous-tendent les r\u00e9cents affrontements turco-russes en Syrie.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EErdogan s'est rendu \u00e0 Moscou pour des entretiens d'urgence apr\u00e8s l'\u00e9clatement de combats intenses au cours du mois dernier entre les troupes turques et les forces syriennes soutenues par la Russie. Ces derniers tentent de reconqu\u00e9rir la derni\u00e8re r\u00e9gion de Syrie d\u00e9tenue par les milices d'opposition islamistes parrain\u00e9es par Washington et les puissances imp\u00e9rialistes europ\u00e9ennes depuis le d\u00e9but de la guerre par procuration de l'OTAN pour le changement de r\u00e9gime en Syrie en 2011.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EAu moins 58 soldats turcs ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s \u00e0 Idlib depuis d\u00e9but f\u00e9vrier, dont 36 lors d'une attaque lanc\u00e9e avec l'approbation de la Russie le 27 f\u00e9vrier. La Turquie a ripost\u00e9 avec une nouvelle offensive contre les positions du gouvernement syrien dimanche, tuant par drones et bombardements des dizaines de membres des forces pro-Assad.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EL'accord conclu \u00e0 Moscou pr\u00e9voit un cessez-le-feu d\u00e8s minuit dans la province du nord-ouest de la Syrie. Poutine et Erdogan ont \u00e9galement convenu de la cr\u00e9ation d'un couloir de s\u00e9curit\u00e9 pour les civils fuyant les affrontements militaires devant \u00eatre patrouill\u00e9s conjointement par les troupes turques et russes \u00e0 partir de la mi-mars. La zone de s\u00e9curit\u00e9 s'\u00e9tendra sur six kilom\u00e8tres de part et d'autre de l'autoroute est-ouest M4.\u003C\/p\u003E\u003Cimg src=\"http:\/\/newsnet.fr\/\/img\/newsnet_170002_b90a4f.jpg\" \/\u003E\u003Cp\u003EVladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan pendant la conf\u00e9rence de presse apr\u00e8s leurs pourparlers (source : en.kremlin.ru)\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELes deux dirigeants ont mis l'accent sur les int\u00e9r\u00eats communs et les relations bilat\u00e9rales. Poutine a commenc\u00e9 la r\u00e9union en exprimant sa tristesse devant la mort de soldats turcs, ajoutant que les forces syriennes n'avaient pas connaissance de la position des soldats turcs lorsqu'elles ont lanc\u00e9 l'attaque. Cela revenait toutefois \u00e0 un aveu tacite de complicit\u00e9 russe, car les avions russes contr\u00f4lent l'espace a\u00e9rien au-dessus d'Idlib.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EErdogan, pour sa part, a d\u00e9crit les relations turco-russes comme \u00e9tant \u00abau beau fixe\u00bb, affirmant qu'il \u00e9tait heureux de se rendre \u00e0 Moscou afin d'\u00e9pargner \u00e0 Poutine la peine de voyager au milieu des efforts du pr\u00e9sident russe pour faire passer des r\u00e9formes constitutionnelles.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EMais de telles manifestations de solidarit\u00e9 ne peuvent pas cacher le fait que Moscou et Ankara poursuivent des int\u00e9r\u00eats rivaux en Syrie, o\u00f9 le soutien de l'OTAN \u00e0 diverses milices islamistes a conduit \u00e0 un conflit de neuf ans qui a co\u00fbt\u00e9 la vie \u00e0 des centaines de milliers de personnes et forc\u00e9 des dizaines de millions \u00e0 fuir. Maintenant, la guerre imp\u00e9rialiste d\u00e9clench\u00e9e par les \u00c9tats-Unis pour le changement de r\u00e9gime \u00e0 Damas se transforme en une guerre plus large, impliquant p\u00eale-m\u00eale des puissances r\u00e9gionales et mondiales.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EAlors que Moscou soutient le r\u00e9gime d'Assad, qui accorde \u00e0 la Russie une pr\u00e9sence militaire sur la M\u00e9diterran\u00e9e avec deux bases militaires c\u00f4ti\u00e8res, le gouvernement d'Ankara s'oppose \u00e0 la reconqu\u00eate du territoire par le gouvernement syrien. Premi\u00e8rement, il craint une nouvelle vague de r\u00e9fugi\u00e9s \u00e0 travers sa fronti\u00e8re sud dans des conditions o\u00f9 3,7 millions de r\u00e9fugi\u00e9s vivent d\u00e9j\u00e0 en Turquie. Deuxi\u00e8mement, il craint que si les forces turques perdent le contr\u00f4le du nord de la Syrie, les milices kurdes des YPG pourraient consolider un \u00c9tat kurde de fait \u00e0 la fronti\u00e8re sud d'Ankara, ce qui pourrait \u00e9tendre la guerre en Turquie m\u00eame.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ECes conflits sont exacerb\u00e9s par les efforts agressifs des puissances imp\u00e9rialistes, emmen\u00e9es par les \u00c9tats-Unis, pour exercer leur contr\u00f4le g\u00e9opolitique et \u00e9conomique sur la Syrie et le Moyen-Orient en g\u00e9n\u00e9ral. L'abandon par le pr\u00e9sident Trump de la milice kurde des YPG et le retrait des troupes am\u00e9ricaines du nord de la Syrie, qui ont d\u00e9clench\u00e9 cette derni\u00e8re invasion turque en octobre dernier, ne repr\u00e9sentaient en aucun cas une retraite de Washington de la r\u00e9gion. Au contraire, le Pentagone, qui a maintenu la pr\u00e9sence de quelque 500 soldats pour occuper les champs p\u00e9trolif\u00e8res syriens, concentre ses efforts sur le renforcement de sa coalition anti-iranienne \u00e0 travers le Moyen-Orient afin de consolider la campagne \u00e9conomique de Washington de \u00abpression maximale\u00bb sur T\u00e9h\u00e9ran par des pr\u00e9paratifs \u00e0 la guerre.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EDes discussions sont en cours au sein du gouvernement Trump sur l'opportunit\u00e9 d'offrir une aide militaire \u00e0 la Turquie. \u00abNous croyons fermement que notre partenaire de l'OTAN, la Turquie, a le droit de se d\u00e9fendre contre le risque cr\u00e9\u00e9 par ce que font Assad, les Russes et les Iraniens \u00e0 l'int\u00e9rieur de la Syrie\u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 hier le secr\u00e9taire d'\u00c9tat Mike Pompeo au d\u00e9partement d'\u00c9tat. \u00abLe gouvernement turc nous a demand\u00e9 certaines choses. Nous \u00e9valuons toutes ces demandes.\u00bb\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EDe leur c\u00f4t\u00e9, les puissances europ\u00e9ennes ne sont pas moins d\u00e9termin\u00e9es \u00e0 obtenir leur part du pillage du nouveau partage du Moyen-Orient. La chanceli\u00e8re allemande Angela Merkel s'est entretenue avec Erdogan et Poutine avant la r\u00e9union de jeudi pour exiger qu'ils acceptent un cessez-le-feu et la cr\u00e9ation d'une \u00abzone de s\u00e9curit\u00e9\u00bb \u00e0 Idlib. La ministre allemande de la d\u00e9fense, Annegret Kramp-Karrenbauer, a \u00e9voqu\u00e9 mercredi la possibilit\u00e9 d'imposer des sanctions \u00e0 la Russie si elle refusait d'arr\u00eater les combats, tout en exhortant Erdogan \u00e0 reconna\u00eetre que les puissances occidentales peuvent \u00eatre des partenaires plus fiables que Moscou.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ESi les puissances europ\u00e9ennes n'ont pas d\u00e9voil\u00e9 de plans pour une intervention imm\u00e9diate, c'est uniquement en raison de leur faible position militaire actuelle en Syrie, qu'elles s'efforcent de d\u00e9velopper et de renforcer. Comme l'a d\u00e9clar\u00e9 le haut repr\u00e9sentant de la politique \u00e9trang\u00e8re de l'UE, Josep Borrell, dans des commentaires soutenant la cr\u00e9ation d'une zone d'exclusion a\u00e9rienne pour les avions syriens au-dessus d'Idlib, \u00abL'Union europ\u00e9enne ne peut pas d\u00e9cider d'avoir une zone tampon en Syrie. Nous aimerions \u00eatre en mesure de parler le langage de la force, mais pour le moment nous ne pouvons pas d\u00e9cider cela tout seul.\u00bb\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EL'accord de jeudi ne concilie pas les int\u00e9r\u00eats diam\u00e9tralement oppos\u00e9s de la Turquie et de la Russie en Syrie, mais semble constituer un bref r\u00e9pit avant la reprise des hostilit\u00e9s. Que cela puisse arriver plus t\u00f4t que tard a \u00e9t\u00e9 signal\u00e9 par la remarque d'Erdogan lors de la conf\u00e9rence de presse conjointe avec Poutine jeudi selon laquelle les forces turques conservent le droit de frapper les troupes syriennes en cas d'attaque.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EL'accord de cessez-le-feu pr\u00e9c\u00e9dent, l'accord de Sotchi de 2018, n'a jamais \u00e9t\u00e9 pleinement mis en œuvre et a \u00e9t\u00e9 rompu au cours des derniers mois. L'accord pr\u00e9voyait la cr\u00e9ation d'une zone tampon \u00e0 Idlib tant que les troupes turques s\u00e9paraient les milices islamistes radicales associ\u00e9es \u00e0 Al-Qa\u00efda des rebelles dits \u00abmod\u00e9r\u00e9s\u00bb, et la Russie emp\u00eachait une offensive des forces d'Assad pour reprendre la province.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EEn fait, les milices li\u00e9es \u00e0 Al-Qa\u00efda dominent les rebelles islamistes \u00e0 Idlib avec lesquels la Turquie est alli\u00e9e, ce qui rend impossible la cr\u00e9ation de forces de combat compos\u00e9es uniquement de \u00abmod\u00e9r\u00e9s\u00bb. Ankara a non seulement refus\u00e9 de tenter de s\u00e9parer les milices, mais a \u00e9galement commenc\u00e9 \u00e0 en envoyer des contingents en Libye pour se battre pour le compte du gouvernement libyen de Fayez al-Sarraj. Alors que la Turquie s'est align\u00e9e sur le gouvernement al-Sarraj dans la guerre civile d\u00e9clench\u00e9e par l'OTAN dans ce pays d'Afrique du Nord, avec le double objectif de garantir les investissements turcs dans le pays et de renforcer les revendications d'Ankara sur les gisements de gaz naturel d\u00e9couverts en M\u00e9diterran\u00e9e orientale, la Russie a soutenu l'opposition men\u00e9e par le g\u00e9n\u00e9ral Khalifa Haftar.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EDans ces conditions, la Russie a valid\u00e9 et soutenu l'offensive pr\u00e9vue depuis longtemps sur Idlib par Damas, dont la victoire entra\u00eenerait la d\u00e9faite des rebelles islamistes qui m\u00e8nent la guerre contre le r\u00e9gime d'Assad depuis 2011 en \u00e9tant soutenus par les \u00c9tats-Unis. Depuis le d\u00e9but de l'offensive de d\u00e9cembre, pr\u00e8s d'un million de personnes ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9es et quelque 300 civils tu\u00e9s.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EAlors que le conflit menace de d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer en un affrontement militaire direct avec la Russie, Erdogan a lanc\u00e9 un appel \u00e0 la solidarit\u00e9 de l'OTAN la semaine derni\u00e8re avant d'ouvrir les fronti\u00e8res turques aux r\u00e9fugi\u00e9s qui cherchent \u00e0 fuir en Europe, dans le but de forcer les puissances europ\u00e9ennes \u00e0 soutenir ses objectifs de guerre. Jeudi, le ministre turc de l'int\u00e9rieur, Suleyman Soylu, est all\u00e9 plus loin en annon\u00e7ant le d\u00e9ploiement de 1000 policiers lourdement arm\u00e9s \u00e0 la fronti\u00e8re turco-grecque pour emp\u00eacher les gardes-fronti\u00e8res grecs de repousser les r\u00e9fugi\u00e9s en fuite vers la Turquie. L'arm\u00e9e et la police grecques ont eu recours aux gaz lacrymog\u00e8nes et aux tirs \u00e0 balles r\u00e9elles contre des r\u00e9fugi\u00e9s sans d\u00e9fense, mesures pleinement approuv\u00e9es par l'UE. Au moins un r\u00e9fugi\u00e9 est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 d'une balle dans la t\u00eate.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E(Article paru en anglais le 6 mars 2020)\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Ca href=\"http:\/\/www.wsws.org\/fr\/articles\/2020\/03\/07\/syri-m07.html\"\u003Ewsws.org\u003C\/a\u003E\u003C\/p\u003E"}}