{"174278":{"id":"174278","parent":"0","time":"1590188508","url":"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/article.asp?reference=28989","category":"documentaires","title":"Europe : les patrons cherchent le choc","lead_image_url":"http:\/\/newsnet.fr\/img\/newsnet_174278_a3c2f5.jpg","hub":"newsnet","url-explicit":"europe-les-patrons-cherchent-le-choc","admin":"newsnet","views":"3","priority":"2","length":"17886","lang":"","content":"\u003Cp\u003E\u003Ca href=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/biographie.asp?ref_aut=2080&lg_pp=fr\"\u003EAntonio Negri\u003C\/a\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EL'Europe a \u00e9t\u00e9 coup\u00e9e en deux par le coronavirus et le sera encore plus par ses cons\u00e9quences \u00e9conomiques et sociales : cette perception est incontestable lorsque l'on regarde les bulletins de pand\u00e9mie, et se traduit clairement par les diff\u00e9rences dans l'ampleur de la crise du produit int\u00e9rieur et\/ou de la dette publique des diff\u00e9rents pays. L'arr\u00eat de la Cour de Karlsruhe du 5 mai 2020 a dramatis\u00e9 ces dualismes en intimant l'ordre \u00e0 la Banque centrale europ\u00e9enne de ne pas mutualiser, de quelque mani\u00e8re que ce soit, ses interventions de soutien aux \u00c9tats membres de l'UE, et a donc ordonn\u00e9 \u00e0 la Banque centrale allemande de ne pas coop\u00e9rer au travail de la Banque centrale europ\u00e9enne, au cas o\u00f9 le \u00ab crime de mutualisation \u00bb serait \u00e9tabli.\u003C\/p\u003E\u003Cimg src=\"http:\/\/newsnet.fr\/\/img\/newsnet_174278_4257c8.jpg\" \/\u003E\u003Cp\u003ELes juges du second s\u00e9nat de la Cour constitutionnelle f\u00e9d\u00e9rale, seulement cinq pour des raisons coronavirales, annoncent leur verdict le 5 mai \u00e0 Karlsruhe. Photo : Sebastian Gollnow\/dpa\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELe probl\u00e8me que nous voulons examiner ici n'est pas d'ordre juridictionnel : la Cour de justice de l'Union europ\u00e9enne a imm\u00e9diatement r\u00e9pondu \u00e0 l'injonction de la Cour de justice allemande et l'a d\u00e9clar\u00e9e incomp\u00e9tente quant au fond.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EIl ne s'agit pas non plus de la question de fond. D'\u00e9minents \u00e9conomistes ont soulign\u00e9 l'affection s\u00e9nile de la Cour allemande pour la th\u00e9orie mon\u00e9taire de Milton Friedman et l'incompr\u00e9hension totale des strat\u00e9gies mon\u00e9taires contracycliques, concluant que l'arr\u00eat de Karlsruhe pourrait avoir des effets n\u00e9gatifs sur la m\u00eame valeur des \u003Ci\u003EBunds\u003C\/i\u003E (obligations du Tr\u00e9sor) allemands.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EEnfin, ce n'est m\u00eame pas d'un point de vue id\u00e9ologique que la question se pose lorsqu'on per\u00e7oit le pr\u00e9jug\u00e9 normatif que les institutions allemandes expriment souvent, \u003Ci\u003Eultra vires\u003C\/i\u003E [\u00ab au-del\u00e0 des pouvoirs \u00bb], sur les syst\u00e8mes juridiques, politiques et sociaux des autres pays de l'Union - comme si, donc, le dernier arr\u00eat de Karlsruhe \u00e9tait un rappel \u00e0 l'ordre (pour ainsi dire \u00ab historique-id\u00e9al \u00bb) de la propagation de la puissance allemande sur l'Union.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELe probl\u00e8me que nous posons ici est d'ordre politique. C'est-\u00e0-dire que nous nous demandons pourquoi ce jugement a \u00e9t\u00e9 rendu aujourd'hui, alors que le d\u00e9bat sur la n\u00e9cessaire solidarit\u00e9 commune des Europ\u00e9ens face \u00e0 la pand\u00e9mie \u00e9tait au centre des int\u00e9r\u00eats politiques. Or, il nous semble que la signification de cet arr\u00eat n'a pas grand-chose \u00e0 voir avec la d\u00e9fense du citoyen germanique, mais est enti\u00e8rement con\u00e7ue comme un moyen de d\u00e9fense et de perp\u00e9tuation du n\u00e9olib\u00e9ralisme. La Cour constitutionnelle allemande n'est pas seulement la repr\u00e9sentante de la classe capitaliste allemande, mais est, \u00e0 cette occasion, l'agent politique de la classe capitaliste europ\u00e9enne.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EPour clarifier cette affirmation, nous devons tout d'abord nous rappeler que le projet n\u00e9olib\u00e9ral en tant que cadre dans lequel l'Union europ\u00e9enne doit se d\u00e9velopper, a \u00e9t\u00e9 impos\u00e9 non seulement par l'\u00c9tat-nation le plus puissant (l'Allemagne) mais aussi par le consensus des classes dirigeantes de tous les autres pays europ\u00e9ens - un accord qui a globalement impliqu\u00e9, et organis\u00e9 au fil du temps, les centres de pouvoir du capitalisme europ\u00e9en. L'accord a \u00e9t\u00e9 conclu sur l'engagement de construire des institutions \u00e9conomiques et sociales consolid\u00e9es autour d'une dette publique d\u00e9croissante et d'une inflation proche de z\u00e9ro. Et surtout dans l'invariance et la continuit\u00e9 - \u00ab quoiqu'il en co\u00fbte \u00bb, a dit Draghi, \u00ab \u003Ci\u003Ewhatever it takes \u00bb\u003C\/i\u003E - du mod\u00e8le d'accumulation et de d\u00e9veloppement n\u00e9olib\u00e9ral. Cet accord (et le consensus pr\u00e9alable) est la marque de la d\u00e9cision de la classe entrepreneuriale europ\u00e9enne de se d\u00e9sengager d\u00e9finitivement des vestiges du lib\u00e9ralisme interventionniste et keyn\u00e9sien de l'apr\u00e8s-guerre. Et donc de construire une soci\u00e9t\u00e9 pleinement ouverte \u00e0 l'initiative entrepreneuriale repr\u00e9sent\u00e9e par un individualisme extr\u00eame. La construction de la Banque centrale europ\u00e9enne, garantie radicale de son ind\u00e9pendance, a \u00e9t\u00e9 le chef-d'œuvre de ce projet.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EQu'est-ce qui pousse aujourd'hui la Cour de Karlsruhe \u00e0 tirer sur cette institution cardinale du capitalisme europ\u00e9en n\u00e9olib\u00e9ral ? Et le faire au nom des \u00ab droits de l'homme \u00bb, sanctifi\u00e9s comme \u00ab \u003Ci\u003Eewige\u003C\/i\u003E \u00bb - \u00ab \u00e9ternels \u00bb - dans la Constitution allemande ? Une \u00ab \u00e9ternit\u00e9 \u00bb en r\u00e9alit\u00e9 r\u00e9duite \u00e0 l'\u00e9ternit\u00e9 de l'apologie de la possession et de la d\u00e9fense de la propri\u00e9t\u00e9 ? [En tant que vieil h\u00e9g\u00e9lien, je me souviens d'un passage de Hegel, encore jeune mais d\u00e9j\u00e0 bien vers\u00e9 dans le droit allemand : \u00ab Dans ses fondements originels, le droit public allemand est proprement un droit priv\u00e9 et les droits politiques sont une possession l\u00e9galis\u00e9e, une propri\u00e9t\u00e9 \u00bb. En sommes-nous toujours l\u00e0 ?]. Enfin, posons-nous encore une fois la question suivante : est-ce un int\u00e9r\u00eat national que Karlsruhe d\u00e9fend ? Nous avons d\u00e9j\u00e0 soulign\u00e9 la fragilit\u00e9 de cette r\u00e9ponse qui, prise au s\u00e9rieux, semblerait profond\u00e9ment contradictoire. Cela signifierait que la Cour allemande va \u00e0 l'encontre des int\u00e9r\u00eats des capitalistes allemands eux-m\u00eames, qui ont trouv\u00e9 dans le fonctionnement du march\u00e9 europ\u00e9en et la force de l'euro qui en r\u00e9sulte (ainsi que sa stabilit\u00e9) une arme d'expansion exceptionnelle. Bien au-del\u00e0 de toute r\u00e9serve sur l'action de la Banque, le capitalisme allemand appelle \u00e0 un renforcement de l'euro en tant que monnaie d'\u00e9change internationale et au maintien du consensus europ\u00e9en sur ce projet - comme garantie de la capacit\u00e9 de l'Allemagne et de l'Europe \u00e0 conqu\u00e9rir les march\u00e9s mondiaux. Il insiste \u00e9galement sur la n\u00e9cessit\u00e9 d'\u00e9tablir, dans un monde en pleine tourmente, une position internationale plus \u00e9quilibr\u00e9e et plus active pour l'Allemagne\/l'Europe dans le cadre de la fameuse \u00ab d\u00e9-mondialisation \u00bb (c'est-\u00e0-dire la perte de la souverainet\u00e9 imp\u00e9riale et mon\u00e9taire des USA).\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ESi telle est la position du patronat allemand, g\u00e9n\u00e9ralement bien servi par ses gouvernements, nous devons conclure que la position r\u00e9cente de la Cour supr\u00eame allemande, loin de toute autre raison, est fondamentalement motiv\u00e9e par la pr\u00e9diction de la crise sociale que la pand\u00e9mie a provoqu\u00e9e et qui affectera l'Europe sur une longue p\u00e9riode. Par sa position, la Cour incite \u00e0 r\u00e9agir \u00e0 la crise sociale de la mani\u00e8re \u00ab aust\u00e9ritaire \u00bb habituelle et \u00e0 proposer, pour la sortie de crise, le renouvellement pur et simple du r\u00e9gime ordo-lib\u00e9ral. Mieux encore, l'ach\u00e8vement du projet ordo-lib\u00e9ral jusqu'ici inachev\u00e9. L'arr\u00eat de la Cour est un appel visant \u00e0 supprimer tout changement dans le rapport de force entre les classes qui pourrait survenir \u00e0 la sortie de la crise et dans la longue p\u00e9riode d'ajustement social et politique qui suivra. Il s'agit donc purement et simplement d'une sentence politique, d'un dispositif r\u00e9actionnaire.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ESi nous tirons cette premi\u00e8re conclusion, nous pouvons imm\u00e9diatement en d\u00e9duire quelques cons\u00e9quences. Premi\u00e8rement, que cet arr\u00eat n'est pas dirig\u00e9 contre les d\u00e9cisions actuelles de la Banque centrale europ\u00e9enne, ni contre la r\u00e9affirmation (imm\u00e9diatement exprim\u00e9e) de la supr\u00e9matie de la Cour de justice europ\u00e9enne sur chaque \u00c9tat participant. Celle-ci et toute nouvelle contradiction entre ces institutions, pourront coexister au sein d'une hi\u00e9rarchie et d'une gradation politique de la gouvernance europ\u00e9enne. Le chemin sera difficile mais ne fera certainement pas obstacle \u00e0 la coh\u00e9rence de la gouvernance europ\u00e9enne, qui est aujourd'hui enti\u00e8rement concentr\u00e9e - et de mani\u00e8re unitaire - sur la r\u00e9cup\u00e9ration et l'am\u00e9lioration de la machine d'accumulation construite au cours des cinquante derni\u00e8res ann\u00e9es. Deuxi\u00e8mement, l'arr\u00eat de Karlsruhe op\u00e8re dans le sens d'une acc\u00e9l\u00e9ration du processus de transformation du capitalisme europ\u00e9en, en fixant son objectif au-del\u00e0 de la premi\u00e8re phase de recomposition de la couche politique du capital. Il n'y a donc pas seulement une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l'ordre et \u00e0 la norme capitaliste \u00e0 lire dans son initiative - il n'y a pas seulement, \u00e9ventuellement, une allusion sournoise \u00e0 la devise de la conservation \u00ab tout doit changer, pour que rien ne change \u00bb : il y a surtout l'engagement \u00e0 renouveler - avec les forces propres du capital - tout le monde de la production, de la reproduction et de la circulation des marchandises, selon des crit\u00e8res de commandement de plus en plus utiles, rentables et coercitifs. Ici, en effet, on passe de la longue phase ordonn\u00e9e d'extraction de la plus-value absolue et relative \u00e0 une autre phase de d\u00e9veloppement caract\u00e9ris\u00e9e par l'extraction du commun. Par le biais du tribunal allemand, la classe capitaliste europ\u00e9enne nous indique que ce passage sera men\u00e9 avec un maximum de force, hors de toute illusion r\u00e9formiste. Le capital agira \u00e0 la premi\u00e8re personne - l'intendance, y compris juridictionnelle, suivra.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ENous sommes donc arriv\u00e9s au moment central de la lutte des classes qui s'\u00e9tait ouverte avant le covid-19 et qui aujourd'hui, dans le cadre de la crise et de l'\u00e9tat d'exception sanitaire, s'approfondit de mani\u00e8re fatale. Quand on dit que le monde, apr\u00e8s cette pand\u00e9mie, ne sera plus le m\u00eame, ce n'est pas un mensonge : la nouvelle fa\u00e7on de produire (internet, intelligence artificielle, robotisation, plateformes, etc.) attend, en profitant de cette crise comme d'une m\u00e9diation destructrice de l'ancien syst\u00e8me, l'\u00e9tablissement d'une nouvelle forme politique de soci\u00e9t\u00e9 productive.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ERappelons cependant qu'autour de cette \u00e9ch\u00e9ance, en Europe, la lutte des classes a commenc\u00e9 depuis quelques ann\u00e9es. La crise du coronavirus n'a fait que rapprocher le point d\u00e9finitif de la contradiction et de la confrontation. Une solution violente, car l'\u00e9l\u00e9ment d\u00e9cisif sera de r\u00e9soudre le dilemme qui caract\u00e9rise aujourd'hui son contenu central : quel avenir se construira-t-il ?\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EMaintenant, afin d'aller plus loin dans l'analyse du conflit, il est utile de donner \u00e0 ce contenu son nom propre : le nom du commun. S'agira-t-il d'une confirmation de la domination capitaliste sur le commun ou de la rupture de cette cha\u00eene et du d\u00e9but d'un processus de lib\u00e9ration du commun ? Le d\u00e9veloppement capitaliste en envahissant \u00ab absolument \u00bb la soci\u00e9t\u00e9 \u00ab subsomption r\u00e9elle \u00bb, dit Marx, \u00ab capitalisme absolu \u00bb, interpr\u00e8te Balibar) a \u00e9galement r\u00e9organis\u00e9 de fa\u00e7on radicale les rapports de production, de reproduction et de circulation. Ceux-ci sont \u00ab en r\u00e9seau \u00bb et, dans ces r\u00e9seaux, les conditions, les processus et les produits finaux d'un mode de production de plus en plus connect\u00e9 et commun sont reli\u00e9s, articul\u00e9s ou compact\u00e9s. Aujourd'hui, la richesse consiste en cette connexion commune. Le processus au rythme duquel, de l'exploitation par l'extraction de la plus-value relative, on passe \u00e0 l'extraction de la plus-value d\u00e9termin\u00e9e par l'association\/communaut\u00e9 (aussi grossi\u00e8re ou d\u00e9sorganis\u00e9e soit-elle) du travail social (de la force de travail, consid\u00e9r\u00e9e dans l'ensemble de ses relations sociales) r\u00e9v\u00e8le la puissance productive du commun, ainsi que la violence exprim\u00e9e par l'organisation du commandement. Sont en effet communes non seulement les grandes institutions de la circulation des biens qui reposent sur des plateformes ouvertes \u00e0 la consommation et bas\u00e9es sur l'analyse des \u003Ci\u003EBig Data\u003C\/i\u003E ; non seulement les figures de la reproduction, en particulier celles de la famille et du soin, qui pr\u00e9voient le \u003Ci\u003Ewelfare\u003C\/i\u003E (protection sociale) comme support et production ; et pas seulement non plus les structures productives qui ont d\u00e9sormais au cœur de leur conception et de leur ex\u00e9cution la valeur d'une force de travail construite dans les parcours communs de l'\u00e9ducation et de la connaissance. C'est sur ce terrain, dans ce paysage, que le th\u00e8me de l'Europe est repropos\u00e9 dans la crise actuelle, alors que l'\u00e9tat d'exception sanitaire touche \u00e0 sa fin mais que la lutte des classes est rouverte - et que les gouvernements sont fortement incit\u00e9s (\u00e9galement par de nombreuses instances faisant autorit\u00e9 comme la Cour de Karlsruhe) \u00e0 prendre une s\u00e9rie de d\u00e9cisions drastiques pour renforcer la continuit\u00e9 et d\u00e9velopper (si possible) les formes de commandement de production d'avant la crise, \u00e9tape pour passer \u00e0 la r\u00e9forme du syst\u00e8me.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EIl ne faut pas oublier, entre autres, qu'une partie du patronat europ\u00e9en (et fran\u00e7ais en particulier) a pu consid\u00e9rer la crise du covid-19 comme un cadeau tomb\u00e9 du ciel, pour interrompre un mouvement de luttes sur les salaires, pour une nouvelle d\u00e9mocratie et pour la reconnaissance institutionnelle du commun, qui depuis quelques ann\u00e9es avaient mis en difficult\u00e9 l'exercice de la gouvernance n\u00e9olib\u00e9rale. Les luttes du prol\u00e9tariat fran\u00e7ais repr\u00e9sentaient en effet, par les convergences de plus en plus larges qu'elles ont produit, un contre-pouvoir efficace, capable d'interrompre la gouvernance n\u00e9olib\u00e9rale. La rupture, provoqu\u00e9e par la pand\u00e9mie, dans la continuit\u00e9 quotidienne des luttes de classe n'avait cependant pas effac\u00e9 le souvenir de la puissance de la commune prol\u00e9tarienne qui s'\u00e9tait exprim\u00e9e. Ces luttes sont pr\u00eates \u00e0 recommencer !\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EMais revenons \u00e0 la centralit\u00e9 de l'affrontement qui se pr\u00e9sente \u00e0 la fin de la crise sanitaire et des instruments exceptionnels mis en place pour la r\u00e9soudre. Nous connaissons d\u00e9j\u00e0 largement les outils patronaux : les r\u00e8gles aust\u00e9ritaires dans la gestion du \u00ab public \u00bb et les normes de sa privatisation. S'y ajoute aujourd'hui la tentative de pr\u00e9figurer concr\u00e8tement un nouveau \u00ab droit du travail \u00bb qui se pr\u00e9sente comme un dispositif de transformation radicale de la journ\u00e9e sociale de travail en une journ\u00e9e de grande mobilit\u00e9 et flexibilit\u00e9 du travail (avec une augmentation des heures de travail). \u00c0 cette politique du travail et \u00e0 la forte pression financi\u00e8re (et de privatisation) sur les \u00e9tablissements de soins (h\u00f4pitaux, maisons de retraite, etc. - pr\u00e9cis\u00e9ment ceux qui ont \u00e9t\u00e9 les plus massacr\u00e9s au cours des trente derni\u00e8res ann\u00e9es), s'ajoute une tentative muscl\u00e9e de briser le syst\u00e8me de \u003Ci\u003Ewelfare\u003C\/i\u003E, contre sa n\u00e9cessaire universalisation, souvent hypocritement proclam\u00e9e aussi par les capitalistes pendant la crise du covid-19. Le plus effrayant, dans ce cas, est le fait d'\u00eatre confront\u00e9 \u00e0 une initiative capitaliste affaiblie par la perception de la crise du mod\u00e8le n\u00e9olib\u00e9ral mais en m\u00eame temps effray\u00e9e par cette faiblesse : capable, donc, d'exasp\u00e9rer ses r\u00e9actions dans un sens fascisto\u00efde.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EComment les mouvements sociaux des travailleurs pourront-ils soutenir l'impact de classe, la lutte sur\u003C\/p\u003E\u003Cimg style=\" width:239px;\" src=\"http:\/\/newsnet.fr\/\/img\/newsnet_174278_aaa8cd.jpg\" \/\u003E\u003Cp\u003Ele destin futur ? Tout d'abord, en construisant un discours capable de rassembler les luttes d\u00e9velopp\u00e9es avant le \u003Ci\u003Eblack-out\u003C\/i\u003E d'urgence (tout d'abord celles des Gilets Jaunes et celles du mouvement f\u00e9ministe), les nombreuses luttes singuli\u00e8res men\u00e9es pendant le confinement ces mois-ci, avec de nouvelles agitations fortes et des gr\u00e8ves dans la nouvelle phase, en particulier dans le secteur de la reproduction sociale. L'universalisation du \u003Ci\u003Ewelfare\u003C\/i\u003E et l'universalit\u00e9 d'un revenu social de base inconditionnel deviennent aujourd'hui le point central du programme des opprim\u00e9s. Ajoutez \u00e0 cela le th\u00e8me d'une d\u00e9mocratie reconstruite par le bas, d'un syst\u00e8me de \u003Ci\u003Ewelfare\u003C\/i\u003E g\u00e9r\u00e9 par le bas, bref la construction d'un programme offensif de luttes sur le terrain europ\u00e9en.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EEt pour conclure, revenons au constat que l'Europe est coup\u00e9e en deux, entre les pays du Sud et les pays de la nouvelle Ligue hans\u00e9atique, derri\u00e8re laquelle lorgne le patronat - pas seulement allemand mais europ\u00e9en dans son ensemble. Comment les mouvements pro-europ\u00e9ens et communistes, les mouvements du Sud, peuvent-ils \u00e9voluer dans cette situation ? Comment peuvent-ils agir dans le double sens o\u00f9 ils ont toujours men\u00e9 leur initiative au niveau europ\u00e9en : 1. pour donner une expression europ\u00e9enne aux luttes qui se d\u00e9veloppent dans les pays du Sud, et 2. pour affirmer le projet d'une Europe unie, au centre de leur programme ? La seule r\u00e9ponse que les mouvements peuvent donner \u00e0 ces questions sur la base de leurs exp\u00e9riences jusqu'\u00e0 pr\u00e9sent, est que nous devons unir nos forces, toutes les forces au niveau europ\u00e9en, pour d\u00e9sar\u00e7onner de leur poste de commandement les repr\u00e9sentants du capitalisme europ\u00e9en. Les mouvements ne croient pas \u00e0 la possibilit\u00e9 de d\u00e9tacher les capitalistes d'un pays europ\u00e9en de ceux d'un autre pays europ\u00e9en et d'unir le destin de chacun d'entre eux \u00e0 celui de la classe ouvri\u00e8re de son propre pays : l'histoire moderne nous a appris que ces voies ne sont pas viables, et, pire encore, que la social-d\u00e9mocratie - en les suivant - a permis \u00e0 deux reprises de monstrueuses guerres fratricides europ\u00e9ennes. Quand on ne parlait plus de guerre, les \u00e9go\u00efsmes nationaux n'ont pas \u00e9t\u00e9 moins pourvoyeurs de catastrophes \u00e9conomiques et sociales, sans oublier les contradictions d\u00e9sormais \u00e9normes de l'int\u00e9gration europ\u00e9enne. Nous sommes au contraire convaincus qu'un processus de coop\u00e9ration entre les forces prol\u00e9tariennes qui vivent et se d\u00e9veloppent dans tous les pays d'Europe peut \u00eatre mis en route et qu'une nouvelle initiative europ\u00e9enne peut \u00eatre construite avec elles. Pour une Europe unie mais d\u00e9mocratiquement construite d'en bas, productive mais rendue telle par une population qui jouit de l'universalit\u00e9 des revenus et du \u003Ci\u003Ewelfare\u003C\/i\u003E, aussi puissante que seule la d\u00e9fense de la paix peut rendre un pays... et jeune parce que ses citoyens n'auront pas peur de l'avenir.\u003C\/p\u003E\u003Cimg src=\"http:\/\/newsnet.fr\/\/img\/newsnet_174278_a3c2f5.jpg\" \/\u003E\u003Cp\u003ECourtesy of \u003Ca href=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\"\u003ETlaxcala\u003C\/a\u003E\u003Cbr \/\u003E\nSource: \u003Ca href=\"http:\/\/www.euronomade.info\/?p=13428\"\u003Eeuronomade.info\u003C\/a\u003E\u003Cbr \/\u003E\nPublication date of original article: 16\/05\/2020\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Ca href=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/article.asp?reference=28989\"\u003Etlaxcala-int.org\u003C\/a\u003E\u003C\/p\u003E"}}