{"175247":{"id":"175247","parent":"156821","time":"1591879633","url":"http:\/\/www.legrandsoir.info\/julian-assange-dans-les-limbes-london-review-of-books.html","category":"documentaires","title":"Julian Assange dans les limbes (London Review of Books)","lead_image_url":"http:\/\/newsnet.fr\/img\/newsnet_175247_925e07.jpg","hub":"newsnet","url-explicit":"julian-assange-dans-les-limbes-london-review-of-books","admin":"newsnet","views":"46","priority":"3","length":"19708","lang":"en","content":"\u003Cimg style=\" width:350px;\" src=\"http:\/\/newsnet.fr\/\/img\/newsnet_175247_925e07.jpg\" \/\u003E\u003Cp\u003EPatrick COCKBURN\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EJulian Assange dirigeait WikiLeaks en 2010 lorsque l'organisation a publi\u00e9 une vaste collection de documents du gouvernement am\u00e9ricain r\u00e9v\u00e9lant des d\u00e9tails sur les op\u00e9rations politiques, militaires et diplomatiques am\u00e9ricaines. Avec des extraits publi\u00e9s par le \u003Ci\u003ENew York Times\u003C\/i\u003E, le \u003Ci\u003EGuardian\u003C\/i\u003E, \u003Ci\u003EDer Spiegel\u003C\/i\u003E, \u003Ci\u003ELe Monde\u003C\/i\u003E et \u003Ci\u003EEl Pa\u00eds\u003C\/i\u003E, les archives ont fourni un aper\u00e7u plus approfondi du fonctionnement international de l'\u00c9tat am\u00e9ricain que tout ce qui a \u00e9t\u00e9 vu depuis que Daniel Ellsberg a remis les \u003Ci\u003EPentagon Papers\u003C\/i\u003E aux m\u00e9dias en 1971. Mais aujourd'hui, Ellsberg est c\u00e9l\u00e9br\u00e9 comme le saint patron des lanceurs d'alerte, tandis qu'Assange est enferm\u00e9 dans une cellule de la prison de haute s\u00e9curit\u00e9 de Belmarsh \u00e0 Londres pendant 23 heures et demie par jour. Dans cette derni\u00e8re phase de la poursuite d'Assange par les autorit\u00e9s am\u00e9ricaines depuis dix ans, il lutte contre son extradition vers les \u00c9tats-Unis. Les audiences du tribunal visant \u00e0 d\u00e9terminer si la demande d'extradition sera accept\u00e9e ont \u00e9t\u00e9 report\u00e9es \u00e0 septembre en raison de la pand\u00e9mie de Covid-19. Aux \u00c9tats-Unis, il fait face \u00e0 une accusation de piratage informatique et \u00e0 17 chefs d'accusation en vertu de la loi sur l'espionnage de 1917. S'il est reconnu coupable, il pourrait \u00eatre condamn\u00e9 \u00e0 une peine de prison de 175 ans.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EJ'\u00e9tais \u00e0 Kaboul lorsque j'ai entendu parler pour la premi\u00e8re fois des r\u00e9v\u00e9lations de WikiLeaks, qui ont confirm\u00e9 une grande partie de ce que moi-m\u00eame et d'autres journalistes soup\u00e7onnaient, ou savaient mais ne pouvaient pas prouver, au sujet des activit\u00e9s am\u00e9ricaines en Afghanistan et en Irak. Le tr\u00e9sor \u00e9tait immense : quelque 251 287 c\u00e2bles diplomatiques, plus de 400 000 rapports classifi\u00e9s de l'arm\u00e9e sur la guerre en Irak et 90 000 sur la guerre en Afghanistan. En relisant ces documents, je suis \u00e0 nouveau frapp\u00e9 par la prose militaro-bureaucratique coinc\u00e9e, avec ses acronymes sinistres et d\u00e9shumanisants. Tuer des gens est appel\u00e9 EOF (\"Escalade de la force\"), ce qui se produit fr\u00e9quemment aux postes de contr\u00f4le militaires am\u00e9ricains lorsque des soldats am\u00e9ricains nerveux ordonnent aux conducteurs irakiens de s'arr\u00eater ou de partir avec des signaux manuels complexes que personne ne comprend. Ce que cela pourrait signifier pour les Irakiens est illustr\u00e9 par de brefs rapports militaires tels que celui intitul\u00e9 \"Escalade de la force par 3\/8 NE Fallujah\" : I CIV KIA, 4 CIV WIA\". D\u00e9cod\u00e9, il d\u00e9crit le moment o\u00f9 une femme dans une voiture a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9e et son mari et ses trois filles bless\u00e9s \u00e0 un poste de contr\u00f4le dans la banlieue de Falloujah, \u00e0 60 km \u00e0 l'ouest de Bagdad. Le marine am\u00e9ricain de service a ouvert le feu parce qu'il \u00e9tait \"incapable de d\u00e9terminer les occupants du v\u00e9hicule en raison de la r\u00e9flexion du soleil sur le pare-brise\". Un autre rapport marque le moment o\u00f9 les soldats am\u00e9ricains ont abattu un homme qui \"se glissait derri\u00e8re leur position de tireur d'\u00e9lite\", pour apprendre plus tard qu'il \u00e9tait l'interpr\u00e8te de leur propre unit\u00e9.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ECes rapports sont les petits d\u00e9tails de la guerre. Mais, collectivement, ils en restituent la r\u00e9alit\u00e9 bien mieux que les comptes-rendus journalistiques les mieux inform\u00e9s. Ces deux fusillades ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9p\u00e9t\u00e9es mille fois, bien que les reportages aient rarement admis que les victimes \u00e9taient des civils. Le plus souvent, les morts \u00e9taient identifi\u00e9s syst\u00e9matiquement comme des \"terroristes\" pris sur le fait, sans qu'aucune preuve du contraire ne soit apport\u00e9e. La plus c\u00e9l\u00e8bre des d\u00e9couvertes de WikiLeaks concerne un \u00e9v\u00e9nement survenu \u00e0 Bagdad le 12 juillet 2007, au cours duquel l'arm\u00e9e am\u00e9ricaine a affirm\u00e9 avoir tu\u00e9 une douzaine de terroristes. Mais l'incident avait \u00e9t\u00e9 film\u00e9 par la cam\u00e9ra de l'h\u00e9licopt\u00e8re am\u00e9ricain Apache qui avait effectu\u00e9 les tirs, et les personnes vis\u00e9es \u00e9taient toutes des civils. On en savait beaucoup sur ces meurtres car parmi les morts se trouvaient deux journalistes locaux travaillant pour Reuters. On savait aussi qu'une telle vid\u00e9o existait, mais le Pentagone a refus\u00e9 de la diffuser malgr\u00e9 une demande en vertu de la loi sur la libert\u00e9 de l'information. Constern\u00e9e par ce que la vid\u00e9o r\u00e9v\u00e9lait sur la fa\u00e7on dont les \u00c9tats-Unis menaient leur guerre contre le terrorisme, et constern\u00e9e par le contenu des milliers de rapports et de c\u00e2bles qu'elle contenait, un jeune analyste des services de renseignement am\u00e9ricains, Bradley Manning, qui a ensuite chang\u00e9 de sexe et est devenu Chelsea Manning, a transmis l'ensemble des archives \u00e0 WikiLeaks.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELa vid\u00e9o a encore le pouvoir de choquer. Les deux pilotes d'h\u00e9licopt\u00e8re \u00e9changent des plaisanteries sur le massacre dans la rue en bas : \"Ha, ha, je les ai touch\u00e9s\", dit l'un d'eux. \"Oh oui, regardez ces salauds morts\", dit l'autre. Ils ont confondu la cam\u00e9ra tenue par l'un des journalistes avec un lance-grenades, alors qu'il \u00e9tait peu probable que des insurg\u00e9s arm\u00e9s se tiennent \u00e0 d\u00e9couvert \u00e0 Bagdad avec un h\u00e9licopt\u00e8re am\u00e9ricain en vol stationnaire. Ils tirent \u00e0 nouveau sur les bless\u00e9s alors que l'un d'entre eux, probablement l'assistant de Reuters Saeed Chmagh, rampe vers une camionnette qui s'est arr\u00eat\u00e9e pour les secourir. Lorsque les pilotes apprennent \u00e0 la radio qu'ils ont tu\u00e9 plusieurs civils irakiens et bless\u00e9 deux enfants, l'un d'entre eux dit : \"C'est de leur faute s'ils am\u00e8nent leurs enfants dans la bataille\".\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELes documents de WikiLeaks ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 la fa\u00e7on dont les \u00c9tats-Unis, seule superpuissance mondiale, ont r\u00e9ellement men\u00e9 leurs guerres - ce que les institutions militaires et politiques ont consid\u00e9r\u00e9 comme un coup port\u00e9 \u00e0 leur cr\u00e9dibilit\u00e9 et \u00e0 leur l\u00e9gitimit\u00e9. Il y a eu quelques r\u00e9v\u00e9lations d\u00e9vastatrices, dont la vid\u00e9o de l'h\u00e9licopt\u00e8re, mais beaucoup des secrets d\u00e9couverts n'\u00e9taient pas particuli\u00e8rement importants ni m\u00eame vraiment secrets. En soi, ils n'expliquent pas le sentiment de rage que WikiLeaks a provoqu\u00e9 au sein du gouvernement am\u00e9ricain et de ses alli\u00e9s. C'\u00e9tait une r\u00e9ponse \u00e0 l'attaque d'Assange contre leur monopole sur les informations sensibles de l'\u00c9tat, qu'ils consid\u00e9raient comme un \u00e9l\u00e9ment essentiel de leur autorit\u00e9. Le fait de rendre ces informations publiques, comme l'avaient fait Assange et WikiLeaks, a militaris\u00e9 la libert\u00e9 d'expression : si des divulgations de ce type restaient impunies et devenaient la norme, cela modifierait radicalement l'\u00e9quilibre des pouvoirs entre le gouvernement et la soci\u00e9t\u00e9 - et en particulier les m\u00e9dias - en faveur de cette derni\u00e8re. C'est la d\u00e9termination du gouvernement am\u00e9ricain \u00e0 d\u00e9fendre son monopole actuel, plut\u00f4t que les dommages suppos\u00e9s caus\u00e9s par la divulgation des secrets eux-m\u00eames, qui l'a motiv\u00e9 \u00e0 poursuivre Assange et \u00e0 chercher \u00e0 discr\u00e9diter \u00e0 la fois lui et WikiLeaks.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ECette campagne a \u00e9t\u00e9 implacable et a eu un succ\u00e8s certain, malgr\u00e9 le fait que la plupart des accusations port\u00e9es contre Assange sont manifestement fausses. En ce qui concerne la divulgation de documents, il y a eu deux lignes d'attaque. Tout d'abord, Assange et WikiLeaks ont \u00e9t\u00e9 accus\u00e9s d'avoir r\u00e9v\u00e9l\u00e9 des informations qui ont mis en danger ou entra\u00een\u00e9 la mort d'Am\u00e9ricains ou de leurs alli\u00e9s en Irak et en Afghanistan. Deuxi\u00e8mement, ils ont \u00e9t\u00e9 accus\u00e9s d'avoir port\u00e9 atteinte \u00e0 l'\u00c9tat am\u00e9ricain en g\u00e9n\u00e9ral par des activit\u00e9s \u00e9quivalant \u00e0 de l'espionnage, ce qui devrait \u00eatre puni en tant que tel. Mais les all\u00e9gations de viol port\u00e9es contre Assange en Su\u00e8de, \u00e9galement en 2010, ont \u00e9t\u00e9 beaucoup plus dommageables pour lui et pour l'ensemble du projet WikiLeaks. Cela a conduit \u00e0 une enqu\u00eate judiciaire de pr\u00e8s de dix ans, qui a \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9e \u00e0 trois reprises et reprise \u00e0 trois reprises avant d'\u00eatre finalement abandonn\u00e9e en novembre dernier \u00e0 l'approche de la prescription, au-del\u00e0 de laquelle aucune accusation ne pouvait \u00eatre port\u00e9e.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELe r\u00e9sultat est qu'Assange est devenu un paria. Il a perdu le fait que lui et WikiLeaks ont fait ce que tous les journalistes devraient faire, c'est-\u00e0-dire mettre des informations importantes \u00e0 la disposition du public, permettant aux gens de porter des jugements fond\u00e9s sur des preuves concernant le monde qui les entoure et, en particulier, les actions de leurs gouvernements. \u00c9tant donn\u00e9 le battement de tambour constant des attaques contre Assange provenant de toutes parts, il peut \u00eatre difficile de se rappeler qu'en 2010, WikiLeaks a remport\u00e9 une grande victoire pour la libert\u00e9 d'expression et contre le secret d'\u00c9tat, et que le gouvernement am\u00e9ricain et ses alli\u00e9s ont fait tout leur possible pour l'inverser.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELes premi\u00e8res tentatives pour discr\u00e9diter Assange se sont concentr\u00e9es sur la preuve que les r\u00e9v\u00e9lations de WikiLeaks avaient directement conduit \u00e0 la mort d'agents et d'informateurs am\u00e9ricains. Le Pentagone a d\u00e9ploy\u00e9 beaucoup d'efforts pour \u00e9tayer cette all\u00e9gation : il a mis sur pied un groupe de travail sur l'examen des informations, dirig\u00e9 par un officier sup\u00e9rieur du contre-espionnage, le brigadier g\u00e9n\u00e9ral Robert Carr, qui a \u00e9tudi\u00e9 l'impact des r\u00e9v\u00e9lations et a cherch\u00e9 \u00e0 produire une liste de personnes qui auraient pu \u00eatre tu\u00e9es \u00e0 cause des informations contenues dans les c\u00e2bles. Carr a ensuite d\u00e9crit l'ampleur de l'\u00e9chec de son groupe de travail, lors du t\u00e9moignage de Manning lors de l'audience de d\u00e9termination de la peine en juillet 2013. Apr\u00e8s de longues recherches, son \u00e9quipe de 120 agents de contre-espionnage n'avait pas r\u00e9ussi \u00e0 trouver une seule personne, parmi les milliers d'agents am\u00e9ricains et de sources secr\u00e8tes en Afghanistan et en Irak, dont on pouvait prouver qu'elle \u00e9tait morte \u00e0 cause des r\u00e9v\u00e9lations. Carr a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 la cour qu'\u00e0 un moment donn\u00e9, son groupe de travail semblait arriver \u00e0 quelque chose : les talibans pr\u00e9tendaient avoir tu\u00e9 un informateur am\u00e9ricain identifi\u00e9 dans les c\u00e2bles de WikiLeaks. C'\u00e9tait un signe de d\u00e9sespoir de la part des agents du contre-espionnage qu'en cherchant des preuves contre WikiLeaks, ils en \u00e9taient r\u00e9duits \u00e0 citer les talibans comme source. Et, comme Carr l'a admis lors du contre-interrogatoire de la d\u00e9fense, il s'est av\u00e9r\u00e9 que les talibans mentaient : \"Le nom de l'individu tu\u00e9 ne figurait pas dans les r\u00e9v\u00e9lations [de WikiLeaks]\". Malgr\u00e9 tout cela, l'avocat repr\u00e9sentant le gouvernement am\u00e9ricain lors des audiences d'extradition d'Assange \u00e0 Londres au d\u00e9but de l'ann\u00e9e a toujours soutenu qu'Assange avait mis en danger la vie de sources am\u00e9ricaines en Irak et en Afghanistan.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EA Kaboul en 2010, juste apr\u00e8s avoir vu pour la premi\u00e8re fois les c\u00e2bles diplomatiques que WikiLeaks avait publi\u00e9s, j'ai rencontr\u00e9 par hasard un fonctionnaire am\u00e9ricain pour un entretien officieux sur la situation en Afghanistan. Je lui ai demand\u00e9 son avis sur les c\u00e2bles ; il m'a r\u00e9pondu en me demandant quel code de classification apparaissait en haut des pages que j'avais vues. Lorsque je lui ai r\u00e9pondu, il n'a pas voulu savoir dans quelle mesure les documents contenaient r\u00e9ellement des secrets bien gard\u00e9s, aussi classifi\u00e9s soient-ils. Il a expliqu\u00e9 que le gouvernement am\u00e9ricain n'\u00e9tait pas na\u00eff au point de croire que les informations stock\u00e9es dans une base de donn\u00e9es \u00e0 laquelle jusqu'\u00e0 un demi-million de personnes avaient acc\u00e8s - dont l'un s'est av\u00e9r\u00e9 \u00eatre le soldat Manning - \u00e9taient susceptibles de rester confidentielles tr\u00e8s longtemps. Connue sous le nom de Siprnet (Secret Internet Protocol Router Network), la base de donn\u00e9es \u00e9tait \u00e0 l'origine la propri\u00e9t\u00e9 exclusive du Pentagone, mais elle a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e plus largement au lendemain du 11 septembre, lorsqu'il est apparu clairement que certaines parties de la bureaucratie am\u00e9ricaine disposaient d'informations pr\u00e9cieuses dont d'autres parties n'avaient pas connaissance. Siprnet \u00e9tait la r\u00e9ponse au probl\u00e8me de l'insuffisance du partage : des archives \u00e9lectroniques auxquelles de nombreuses personnes de diff\u00e9rents secteurs du gouvernement pouvaient acc\u00e9der, des diplomates des ambassades am\u00e9ricaines dans le monde entier aux humbles militaires comme Manning. En th\u00e9orie, au moins trois millions de personnes avaient une autorisation de s\u00e9curit\u00e9 pour utiliser Siprnet : il suffisait d'un mot de passe. Les mesures de s\u00e9curit\u00e9 \u00e9taient limit\u00e9es et pouvaient \u00eatre facilement p\u00e9n\u00e9tr\u00e9es. Pour la transmission de donn\u00e9es vraiment secr\u00e8tes, comme la communication entre les attach\u00e9s militaires am\u00e9ricains, au moins quatre autres syst\u00e8mes plus sophistiqu\u00e9s \u00e9taient disponibles. Le fait que le groupe de travail du g\u00e9n\u00e9ral Carr, qui a pu faire appel \u00e0 toutes les ressources du Pentagone, n'ait pu trouver, dans tous les oc\u00e9ans de faits publi\u00e9s par WikiLeaks, le nom d'un seul individu qui avait effectivement \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 par les talibans, Al-Qaida ou un autre ennemi des \u00c9tats-Unis, montre que la suppression des informations d\u00e9taill\u00e9es de Siprnet \u00e9tait efficace.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELes charges qui p\u00e8seront sur Assange aux \u00c9tats-Unis s'il est extrad\u00e9 ont toutes trait \u00e0 la mise en danger des \u00c9tats-Unis et de ses informateurs. Mais la perception que le public a de lui est largement influenc\u00e9e, d'une mani\u00e8re ou d'une autre, par son statut de suspect de viol. Certains rejettent les accusations, qu'ils estiment concoct\u00e9es ou injustes. D'autres pensent qu'il aurait d\u00fb \u00eatre jug\u00e9 pour agression sexuelle et qu'une exception ne peut \u00eatre faite simplement parce qu'Assange est un ic\u00f4ne de la libert\u00e9 de la presse. Parmi ceux qui l'ont soutenu, on trouve Katrin Axelsson et Lisa Longstaff, deux porte-parole de \u003Ci\u003EWomen against Rape\u003C\/i\u003E, qui \u003Ca href=\"https:\/\/www.legrandsoir.info\/nous-sommes-women-against-rape-et-nous-ne-voulons-pas-que-julian-assange-soit-extrade-the-guardian.html\"\u003Eont publi\u00e9 en 2012 un article\u003C\/a\u003E s'opposant \u00e0 son extradition vers la Su\u00e8de au motif que le processus judiciaire avait \u00e9t\u00e9 \"corrompu\" et que la justice \"avait \u00e9t\u00e9 refus\u00e9e tant aux accusateurs qu'aux accus\u00e9es\" : les femmes impliqu\u00e9es avaient \u00e9t\u00e9 \"tra\u00een\u00e9es dans la boue\" sur Internet parce que les procureurs su\u00e9dois n'avaient pas prot\u00e9g\u00e9 leur anonymat ; Assange \u00e9tait \"trait\u00e9 par la plupart des m\u00e9dias comme s'il \u00e9tait coupable, bien qu'il n'ait m\u00eame pas \u00e9t\u00e9 accus\u00e9\".\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELe 12 septembre dernier, \u003Ca href=\"https:\/\/www.legrandsoir.info\/_melzer-nils_.html\"\u003ENils Melzer\u003C\/a\u003E, le rapporteur sp\u00e9cial des Nations unies sur la torture et autres traitements cruels, inhumains ou d\u00e9gradants, a envoy\u00e9 une lettre de 19 pages au gouvernement su\u00e9dois. Apr\u00e8s avoir entrepris un examen d\u00e9taill\u00e9 de la proc\u00e9dure judiciaire contre Assange, il a conclu que \"depuis 2010, le minist\u00e8re public su\u00e9dois semble avoir tout fait pour maintenir le r\u00e9cit sans r\u00e9serve du \"suspect de viol\"\" sans que des progr\u00e8s aient \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s ou que des accusations aient \u00e9t\u00e9 port\u00e9es : il s'agit d'une \"procrastination proc\u00e9durale\". Assange a refus\u00e9 de se rendre en Su\u00e8de pour \u00eatre interrog\u00e9 - il a fait valoir par l'interm\u00e9diaire de ses avocats que s'il quittait la protection de l'ambassade \u00e9quatorienne, il serait in\u00e9vitablement extrad\u00e9 vers les \u00c9tats-Unis - mais les procureurs, \u00e0 leur tour, ont pass\u00e9 six ans \u00e0 refuser de se rendre \u00e0 Londres pour l'interroger ou pour mener un interrogatoire par liaison vid\u00e9o. La lettre r\u00e9v\u00e8le \u00e9galement des \u00e9changes de courriels entre les procureurs su\u00e9dois et le minist\u00e8re public britannique, qui semblaient d\u00e9termin\u00e9s \u00e0 ce que la proc\u00e9dure su\u00e9doise se poursuive. Le 31 ao\u00fbt 2012, par exemple, suite \u00e0 des informations dans les m\u00e9dias selon lesquelles la Su\u00e8de envisageait d'abandonner l'enqu\u00eate pour la deuxi\u00e8me fois, le CPS a \u00e9crit au procureur g\u00e9n\u00e9ral de Su\u00e8de : \"Ne vous d\u00e9gonflez pas !\"\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EMelzer d\u00e9crit une enqu\u00eate qui a \u00e9t\u00e9 politis\u00e9e \u00e0 partir du moment o\u00f9, le 20 ao\u00fbt 2010, deux femmes, alors connues seulement comme AA et SW, se sont rendues dans un poste de police \u00e0 Stockholm \"pour demander si M. Assange pouvait \u00eatre contraint de passer un test VIH\". En quelques heures, \"le minist\u00e8re public su\u00e9dois a ordonn\u00e9 l'arrestation de M. Assange et a inform\u00e9 le tablo\u00efd \u003Ci\u003EExpressen\u003C\/i\u003E qu'il \u00e9tait soup\u00e7onn\u00e9 d'avoir viol\u00e9 deux femmes\". Au cours des neuf ann\u00e9es suivantes, l'enqu\u00eate ayant \u00e9t\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises close par un procureur pour \u00eatre ensuite rouverte par un autre, la Su\u00e8de a r\u00e9guli\u00e8rement indiqu\u00e9 qu'elle souhaitait interroger M. Assange, mais dans la pratique, elle a montr\u00e9 peu de volont\u00e9 de le faire ou de mener l'enqu\u00eate \u00e0 son terme. L'effet principal de cette proc\u00e9dure judiciaire a \u00e9t\u00e9 de maintenir la controverse sur ce qu'Assange a fait \u00e0 Stockholm en 2010. Le gouvernement su\u00e9dois a finalement r\u00e9pondu \u00e0 la lettre de M. Melzer en novembre et a d\u00e9clar\u00e9 qu'il n'avait \"aucune autre observation \u00e0 faire\" ; le lendemain, l'enqu\u00eate a \u00e9t\u00e9 officiellement close.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ERien de tout cela n'est susceptible de changer la fa\u00e7on dont Assange est per\u00e7u. Conform\u00e9ment \u00e0 l'exp\u00e9rience pass\u00e9e, presque aucun grand m\u00e9dia n'a pr\u00eat\u00e9 attention aux questions de M. Melzer sur la conduite de l'affaire. Les plus grands journaux du monde, qui avaient publi\u00e9 les r\u00e9v\u00e9lations de WikiLeaks en premi\u00e8re page en 2010, se sont distanc\u00e9s de M. Assange tr\u00e8s peu de temps apr\u00e8s, d\u00e9clarant souvent qu'il \u00e9tait une personne difficile \u00e0 traiter ou qu'il \u00e9tait n\u00e9gligent dans sa fa\u00e7on de traiter les c\u00e2bles et les rapports du gouvernement am\u00e9ricain. Il a \u00e9t\u00e9 accus\u00e9 d'\u00eatre \"narcissique\", comme s'il s'agissait de quelque chose de plus qu'un d\u00e9faut de caract\u00e8re, ou comme si ses d\u00e9fauts de caract\u00e8re - quels qu'ils soient - avaient une quelconque incidence sur les informations qui avaient \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9es.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ECompte tenu de la gravit\u00e9 des enjeux, le silence des journalistes sur la d\u00e9tention d'Assange \u00e0 Belmarsh suite \u00e0 la r\u00e9vocation de son statut d'asile par l'Equateur est frappant. C'est la preuve d'un changement radical dans la politique de s\u00e9curit\u00e9 des Etats-Unis, vers la position adopt\u00e9e par des pays comme la Turquie et l'Egypte, qui ont cherch\u00e9 \u00e0 criminaliser la critique de l'Etat et \u00e0 confondre la publication de nouvelles qu'ils ne veulent pas que le public entende avec le terrorisme ou l'espionnage. La suppression progressive de la libert\u00e9 de la presse en Hongrie et en Inde est fr\u00e9quemment critiqu\u00e9e par les commentateurs occidentaux. Mais, comme l'a soulign\u00e9 Glenn Greenwald dans \u003Ci\u003EThe Intercept\u003C\/i\u003E, les m\u00e9dias occidentaux ont \"largement ignor\u00e9 ce qui est, de loin, la plus grande attaque du gouvernement am\u00e9ricain contre la libert\u00e9 de la presse depuis au moins dix ans : la poursuite et la tentative d'extradition de Julian Assange pour des crimes pr\u00e9sum\u00e9s d\u00e9coulant de la publication par WikiLeaks - en collaboration avec les plus grands journaux du monde - des journaux de guerre sur l'Irak et l'Afghanistan et des c\u00e2bles diplomatiques am\u00e9ricains\". Ils n'ont pas pu emprisonner le r\u00e9dacteur en chef du New York Times et ont donc poursuivi Assange \u00e0 la place.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EAssange et WikiLeaks ont plus que rempli le but premier de la collecte d'informations. \"Le premier devoir de la presse\", \u00e9crivait Robert Lowe dans le \u003Ci\u003ETimes\u003C\/i\u003E en 1852, \"est d'obtenir les renseignements les plus anciens et les plus exacts sur les \u00e9v\u00e9nements de l'\u00e9poque et, instantan\u00e9ment, en les divulguant, d'en faire la propri\u00e9t\u00e9 commune de la nation. L'homme d'\u00c9tat recueille ses informations en secret et par des moyens secrets ; il retient m\u00eame les renseignements actuels de l'\u00e9poque avec des pr\u00e9cautions ridicules\". La presse, en revanche, \"vit de r\u00e9v\u00e9lations\". Les r\u00e9v\u00e9lations d'Assange en 2010 ont suivi exactement cette prescription, c'est pourquoi il risque de passer le reste de sa vie en prison.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003EPatrick Cockburn\u003C\/b\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Ci\u003ETraduction \"les bons journalistes le d\u00e9fendent, les pseudo-journalistes l'insultent\" par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles\u003C\/i\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u00bb\u00bb \u003Ca href=\"https:\/\/www.lrb.co.uk\/the-paper\/v42\/n12\/patrick-cockburn\/julian-assange-in-limbo\"\u003Elrb.co.uk\u003C\/a\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Ca href=\"http:\/\/www.legrandsoir.info\/julian-assange-dans-les-limbes-london-review-of-books.html\"\u003Elegrandsoir.info\u003C\/a\u003E\u003C\/p\u003E"}}