{"175631":{"id":"175631","parent":"0","time":"1592561126","url":"http:\/\/reporterre.net\/Face-au-risque-d-epidemie-un-village-pyreneen-se-bat-contre-une-porcherie-industrielle","category":"R\u00e9seau social","title":"Face au risque d'\u00e9pid\u00e9mie, un village pyr\u00e9n\u00e9en se bat contre une porcherie industrielle","lead_image_url":"http:\/\/newsnet.fr\/img\/newsnet_175631_ff865a.jpg","hub":"newsnet","url-explicit":"face-au-risque-d-epidemie-un-village-pyreneen-se-bat-contre-une-porcherie-industrielle","admin":"newsnet","views":"21","priority":"1","length":"9838","lang":"","content":"\u003Cp\u003EL'\u00e9nergique association No porcharan se bat depuis 2018 contre un projet de porcherie industrielle sur les terres de la commune d'Ossun. Elle pointe un risque \u00e9pid\u00e9mique, caus\u00e9 par des \u00e9levages de canards \u00e0 proximit\u00e9, balay\u00e9 par la pr\u00e9fecture des Hautes-Pyr\u00e9n\u00e9es.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cul\u003E\u003Cli\u003E\u003Ci\u003EOssun (Hautes-Pyr\u00e9n\u00e9es), reportage\u003C\/i\u003E\u003C\/li\u003E\u003C\/ul\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EEn cette journ\u00e9e de juin, le plateau de Ger, qui domine la commune d'Ossun, est baign\u00e9 par un soleil humide. C'est l\u00e0 qu'une porcherie abandonn\u00e9e depuis plusieurs d\u00e9cennies finit de s'effondrer. Fipso Industrie, groupe agro-industriel du Sud-Ouest sp\u00e9cialis\u00e9 dans le porc, a pr\u00e9vu \u00e0 travers une soci\u00e9t\u00e9 baptis\u00e9e So'porc de d\u00e9truire l'ancien b\u00e2ti pour y construire une usine d'engraissement de porcs neuve, capable de sortir 6.500 b\u00eates par an.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EQuand des habitants ont d\u00e9couvert le projet au hasard d'une page du journal local \u003Ci\u003ELa D\u00e9p\u00eache du midi\u003C\/i\u003E \u00e0 l'automne 2018, ils n'ont pas h\u00e9sit\u00e9 : ils ont cr\u00e9\u00e9 l'association \u003Ca href=\"https:\/\/www.facebook.com\/pages\/category\/Community\/No-Porcharan-2290771321156622\"\u003ENo porcharan\u003C\/a\u003E en quelques semaines. Aujourd'hui encore, en d\u00e9ambulant dans les rues de la bourgade, on croise des banderoles et des slogans contre le projet qui s'accrochent aux hautes grilles des maisons. 600 personnes ont adh\u00e9r\u00e9 \u00e0 l'association dans une ville qui compte 2.000 habitants. Le vent de r\u00e9volte a fait le tour de la ville, depuis le boucher du bourg jusqu'aux mouvements v\u00e9ganes.\u003C\/p\u003E\u003Cfigure\u003E\u003Cimg src=\"http:\/\/newsnet.fr\/img\/newsnet_175631_09a986.jpg\" \/\u003E\u003Cfigcaption\u003E\u003Cb\u003E600 personnes ont adh\u00e9r\u00e9 \u00e0 l'association dans une ville qui compte 2.000 habitants.\u003C\/b\u003E \u003C\/figcaption\u003E\u003C\/figure\u003E\u003Cp\u003EJose Astorga, pr\u00e9sident de l'association, Thierry Hourn\u00e9 et David Sarres, membres du conseil d'administration, tous trois attabl\u00e9s \u00e0 l'unique restaurant de la petite ville, le Tire-bouchon, ont l'intention de reprendre le combat apr\u00e8s la longue parenth\u00e8se du confinement. Thierry Hourn\u00e9 d\u00e9signe en souriant le patron des lieux, un homme jovial aux cheveux blancs dont le sourire est dissimul\u00e9 derri\u00e8re un masque, Covid-19 oblige : \u003Ci\u003E\u00ab Quand on a d\u00e9marr\u00e9 l'association, il s'est inqui\u00e9t\u00e9 de savoir d'o\u00f9 venait le jambon qu'il servait. Il a appel\u00e9 tous ses fournisseurs, pour s'assurer que c'\u00e9tait bien de l'\u00e9levage de plein air. \u00bb\u003C\/i\u003E Pour Jose Astorga, c'est l\u00e0 leur force : \u003Ci\u003E\u00ab Notre conviction c'est qu'\u00e0 chaque fois qu'il y a un projet comme \u00e7a, il faut \u00eatre port\u00e9 par les locaux pour lutter. \u00bb\u003C\/i\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cbig\u003E\u00ab Le risque d'une \u00e9pid\u00e9mie est le m\u00eame que celui d'une m\u00e9t\u00e9orite qui s'abattrait sur Ossun \u00bb\u003C\/big\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EL'un des arguments sur lequel ils alertent depuis le d\u00e9but de leur lutte est le risque d'une \u00e9pid\u00e9mie. D\u00e9but 2020, le pr\u00e9fet des Hautes-Pyr\u00e9n\u00e9es, Brice Blondel, et l'expert v\u00e9t\u00e9rinaire qu'il avait nomm\u00e9 leur avaient r\u00e9pondu, selon les propos qu'ils rapportent : \u003Ci\u003E\u00ab Le risque d'une \u00e9pid\u00e9mie est le m\u00eame que celui d'une m\u00e9t\u00e9orite qui s'abattrait sur Ossun. \u00bb\u003C\/i\u003E Une pand\u00e9mie d'ampleur in\u00e9dite et deux mois de confinement plus tard, l'inqui\u00e9tude s'est accrue et la phrase de l'expert et du pr\u00e9fet fait rire jaune les trois amis.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EC'est un autre membre de l'association, par ailleurs m\u00e9decin urgentiste \u00e0 l'h\u00f4pital de Lannemezan, Benjamin Millet, qui avait d\u00e8s les d\u00e9buts de l'association, relev\u00e9 le risque d'une cha\u00eene de transmission virale en cas de construction d'un \u00e9levage porcin industriel \u00e0 proximit\u00e9 imm\u00e9diate d'\u00e9levages aviaires. Absent lors de notre venue \u00e0 Ossun, il \u00e9crit dans une lettre r\u00e9dig\u00e9e \u00e0 l'intention de \u003Ci\u003EReporterre\u003C\/i\u003E : \u003Ci\u003E\u00ab Si l'origine du Covid-19 n'est pas formellement \u00e9tablie, il y a une forte suspicion de recombinaison g\u00e9n\u00e9tique et de transfert inter-esp\u00e8ces.... Depuis le d\u00e9but de notre lutte, nous d\u00e9non\u00e7ons la proximit\u00e9 d'\u00e9levages de canards avec cette future porcherie et donc un risque important de pr\u00e9sence sur ce site de virus aviaire (type H5N1) et de virus porcins pouvant aboutir \u00e0 un virus mutant mosa\u00efque pouvant se transmettre \u00e0 l'humain.... Malgr\u00e9 plusieurs courriers et rencontres aupr\u00e8s du pr\u00e9fet, de la ministre de la Sant\u00e9 (M\u003Csup\u003Eme\u003C\/sup\u003E Buzyn\u003C\/i\u003E [ex-ministre]\u003Ci\u003E), aucune \u00e9tude de risque n'a \u00e9t\u00e9 demand\u00e9e\u003C\/i\u003E [par eux] \u003Ci\u003Eaupr\u00e8s des instances comp\u00e9tentes. \u00bb\u003C\/i\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EJose Astorga compl\u00e8te : \u003Ci\u003E\u00ab L'un des quatre \u00e9levages du plateau a \u00e9t\u00e9 infect\u00e9 par la grippe aviaire en 2015 avec un p\u00e9rim\u00e8tre de s\u00e9curit\u00e9 de dix kilom\u00e8tres et d\u00e9clar\u00e9 foyer hautement pathog\u00e8ne. \u00bb\u003C\/i\u003E Alors que l'\u00e9levage industriel et la pr\u00e9dation humaine sur l'environnement ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9cemment \u003Ca href=\"https:\/\/reporterre.net\/En-Chine-et-en-France-les-elevages-industriels-de-porcs-sont-une-source-de-pandemies\"\u003Epoint\u00e9s du doigt dans le d\u00e9veloppement des \u00e9pid\u00e9mies\u003C\/a\u003E, les membres de No porcharan appellent de leurs vœux qu'une \u00e9tude d'impact environnemental soit faite sur les risques sanitaires qu'un tel \u00e9levage pourrait faire peser sur la population.\u003C\/p\u003E\u003Cfigure\u003E\u003Cimg src=\"http:\/\/newsnet.fr\/img\/newsnet_175631_7f3d43.jpg\" \/\u003E\u003Cfigcaption\u003E\u003Cb\u003EL'ancien b\u00e2ti sera d\u00e9truit et la nouvelle usine d'engraissement de porcs sera capable de sortir 6.500 b\u00eates par an.\u003C\/b\u003E \u003C\/figcaption\u003E\u003C\/figure\u003E\u003Cp\u003EAu-del\u00e0 de cette inqui\u00e9tude sanitaire, les habitants s'opposent au syst\u00e8me agricole - obsol\u00e8te et \u00e0 l'encontre des aspirations actuelles - symbolis\u00e9 par cette usine d'engraissement de porcs. Ils d\u00e9fendent une ruralit\u00e9 plus r\u00e9siliente, une agriculture plus locale. L'un des points du dossier qui les fait bondir est qu'aucun agriculteur n'est derri\u00e8re le projet : seule la soci\u00e9t\u00e9 So'Porc investit et elle embauchera des salari\u00e9s pour le poste et demi \u00e0 pourvoir. Pour Thierry Hourn\u00e9, ce syst\u00e8me qui se passe d'agriculteurs, de paysans, est aberrant : \u003Ci\u003E\u00ab Si la porcherie avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vue avec du plein air et tenue par un agriculteur qui fait vivre une famille, il n'y aurait pas eu cette lev\u00e9e de boucliers. \u00bb\u003C\/i\u003E Le pr\u00e9sident de l'association compl\u00e8te : \u003Ci\u003E\u00ab Cette crise a montr\u00e9 que l'on manquait de r\u00e9silience dans nos modes de consommation et d'approvisionnement. Si on avait des \u00e9levages locaux on am\u00e9liorerait notre autonomie et notre r\u00e9silience face \u00e0 des crises futures. Mais une porcherie comme \u00e7a \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de nous ne servira \u00e0 rien. \u00bb\u003C\/i\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EFipso Industrie poss\u00e8de des maternit\u00e9s porcines dans le Sud-Ouest et un abattoir \u00e0 Lahontan dans le d\u00e9partement voisin des Pyr\u00e9n\u00e9es-Atlantiques (64). Entre les deux, il leur manque le maillon des engraisseurs, d'o\u00f9 le projet d'Ossun. Dans le m\u00eame temps, le groupe a d\u00e9but\u00e9 l'agrandissement d'une porcherie \u00e0 Escoub\u00e8s (Pyr\u00e9n\u00e9es-Atlantiques) et les habitants d'Anoye, dans le m\u00eame d\u00e9partement, se sont inqui\u00e9t\u00e9s en apprenant que la soci\u00e9t\u00e9 s'int\u00e9ressait \u00e0 des terres situ\u00e9es sur leur commune. Dans sa d\u00e9fense du projet, le groupe a argu\u00e9 de la n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9velopper la fili\u00e8re jambon de Bayonne. Sa production n'est pas destin\u00e9e seulement au march\u00e9 fran\u00e7ais, d\u00e9j\u00e0 presque satur\u00e9, mais au march\u00e9 international, avec en ligne de mire, la Chine.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cbig\u003EManifestations et recours juridiques\u003C\/big\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EFace \u00e0 ses adversaires, l'association a investi le terrain technique et a d\u00e9velopp\u00e9 des arguments sur le fond du dossier : \u003Ci\u003E\u00ab On sait que les nuisances olfactives et les d\u00e9sagr\u00e9ments interpellent les gens, mais on ne gagne pas avec ces arguments-l\u00e0 \u00bb\u003C\/i\u003E dit David Sarres. Sans aide juridique, avec le recours de bonnes volont\u00e9s, ils ont r\u00e9ussi \u00e0 mettre un caillou dans la machine bien huil\u00e9e de l'enregistrement du dossier. Ils sont d\u00e9j\u00e0 parvenus \u00e0 faire r\u00e9viser le plan d'\u00e9pandage qui n'\u00e9tait pas conforme. Ils attendent d\u00e9sormais la date de l'audience pour le recours contentieux contre l'arr\u00eat\u00e9 pr\u00e9fectoral qu'ils ont d\u00e9pos\u00e9 devant le tribunal administratif de Pau. D'autres structures oppos\u00e9es au projet, France nature environnement et la Conf\u00e9d\u00e9ration paysanne, ont aussi opt\u00e9 pour la voie juridique et d\u00e9pos\u00e9 des recours. Le prochain \u00e9pisode se jouera donc dans les couloirs du tribunal.\u003C\/p\u003E\u003Cimg src=\"http:\/\/newsnet.fr\/\/img\/newsnet_175631_ff865a.jpg\" \/\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003E\u00ab Si la porcherie avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vue avec du plein air et tenue par un agriculteur qui fait vivre une famille, il n'y aurait pas eu cette lev\u00e9e de boucliers. \u00bb\u003C\/b\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EEn d\u00e9cortiquant le dossier, l'association a d\u00e9couvert que le volet financier posait probl\u00e8me, ce sera l'un des points qu'ils d\u00e9velopperont devant la justice. So'porc, la soci\u00e9t\u00e9 qui porte le projet, est d\u00e9ficitaire depuis des ann\u00e9es. David Sarres explique : \u003Ci\u003E\u00ab Il est apparu que le porteur du projet n'\u00e9tait pas en capacit\u00e9 financi\u00e8re de le soutenir. \u00bb\u003C\/i\u003E Thierry Hourn\u00e9 ajoute : \u003Ci\u003E\u00ab Le jour o\u00f9 il y aura une pollution environnementale, ils devront rembourser le capital social de leur soci\u00e9t\u00e9 mais tout le reste, les r\u00e9parations, c'est le contribuable qui devra les payer. \u00bb\u003C\/i\u003E Fipso Industrie, actionnaire \u00e0 99 % de So'Porc, n'est selon l'association pas tenue l\u00e9galement de faire face \u00e0 d'\u00e9ventuels d\u00e9boires de sa filiale. \u003Ci\u003E\u00ab On accepte que se soit la collectivit\u00e9 qui porte les risques, donc on les sociabilise, tandis qu'on privatise les b\u00e9n\u00e9fices \u00bb\u003C\/i\u003E, r\u00e9sume Jose Astorga.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EOutre le terrain juridique, les adh\u00e9rents de l'association occupent aussi le terrain m\u00e9diatique et le bitume. Plusieurs manifestations ont d\u00e9j\u00e0 eu lieu dont une qui nourrit une fiert\u00e9 particuli\u00e8re : le 20 juillet 2019, ils \u00e9taient parvenus \u00e0 retarder le d\u00e9part du Tour de France lors de l'\u00e9tape du Tourmalet \u00e0 laquelle assistait Emmanuel Macron. En \u00e9voquant le souvenir de ce coup d'\u00e9clat, ils jubilent et pr\u00e9viennent : tant que le projet sera sur la table, No porcharan ne d\u00e9sarmera pas.\u003C\/p\u003E\u003Chr \/\u003E\u003Cb\u003ESource :\u003C\/b\u003E Chlo\u00e9 Rebillard pour \u003Ci\u003EReporterre\u003C\/i\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003EPhotos :\u003C\/b\u003E\u003Cbr \/\u003E\nPorc, photo d'illustration. \u003Ca href=\"https:\/\/c.pxhere.com\/photos\/34\/97\/pig_farm_pork_agriculture_swine_livestock_piglet_snout-236401.jpg!d\"\u003EPxhere\u003C\/a\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Ca href=\"http:\/\/reporterre.net\/Face-au-risque-d-epidemie-un-village-pyreneen-se-bat-contre-une-porcherie-industrielle\"\u003Ereporterre.net\u003C\/a\u003E\u003C\/p\u003E"}}