{"176018":{"id":"176018","parent":"0","time":"1593243664","url":"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/article.asp?reference=29215","category":"philosophie","title":"Des col\u00e8res en cascade Ma fantasie de Covid-19","lead_image_url":"http:\/\/newsnet.fr\/img\/newsnet_176018_6a6d3f.jpg","hub":"newsnet","url-explicit":"des-coleres-en-cascade-ma-fantasie-de-covid-19","admin":"newsnet","views":"30","priority":"3","length":"10383","lang":"","content":"\u003Cp\u003E\u003Ca href=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/biographie.asp?ref_aut=7296&lg_pp=fr\"\u003EJohn Holloway\u003C\/a\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELes portes s'ouvrent. Vous pouvez sentir l'\u00e9nergie refoul\u00e9e avant m\u00eame que les visages n'apparaissent. Le confinement est termin\u00e9. Un barrage est rompu. Un torrent de col\u00e8re, d'anxi\u00e9t\u00e9, de frustration, de r\u00eave, d'espoir, de peur se d\u00e9verse. C'est comme si nous ne pouvions plus respirer.\u003C\/p\u003E\u003Cimg src=\"http:\/\/newsnet.fr\/\/img\/newsnet_176018_c9faa8.jpg\" \/\u003E\u003Cp\u003EViral, par Stuart Bracewell, 2009\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ENous avons tous \u00e9t\u00e9 enferm\u00e9s. Coup\u00e9s physiquement du monde ext\u00e9rieur, nous avons essay\u00e9 de comprendre ce qui se passe. Un \u00e9trange virus a chang\u00e9 notre vie, mais d'o\u00f9 venait-il ? Il est apparu pour la premi\u00e8re fois \u00e0 Wuhan, en Chine, mais plus on lit, plus on se rend compte qu'il pourrait \u00eatre n'importe o\u00f9. Depuis des ann\u00e9es, les experts mettent en garde contre la probabilit\u00e9 d'une pand\u00e9mie, m\u00eame s'ils ne comprennent pas \u00e0 quelle vitesse elle pourrait se propager. Ce n'est pas qu'elle vienne d'un endroit particulier, elle provient plut\u00f4t de la destruction de notre relation avec l'environnement naturel. De l'industrialisation de l'agriculture, de la destruction de la paysannerie dans le monde entier, de la croissance des villes, de la destruction des habitats des animaux sauvages, de la commercialisation de ces animaux pour le profit. Et les experts nous apprennent que si notre relation avec les autres formes de vie ne change pas radicalement, il est fort probable que d'autres pand\u00e9mies suivront. C'est un avertissement : d\u00e9barrassez-vous du capitalisme ou avancez sur la voie de l'extinction. Se d\u00e9barrasser du capitalisme : un fantasme en effet. Et il grandit en nous une peur et une col\u00e8re et peut-\u00eatre m\u00eame un espoir qu'il y aura un moyen d'y parvenir.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EEt au fur et \u00e0 mesure que le confinement se poursuit, notre attention se d\u00e9place, va au-del\u00e0 de la maladie pour s'int\u00e9resser aux cons\u00e9quences \u00e9conomiques, comme on nous le dit. Nous nous dirigeons vers la pire crise \u00e9conomique depuis au moins les ann\u00e9es 1930, la pire depuis 300 ans en Grande-Bretagne, disent-ils. Plus de cent millions de personnes vont basculer dans l'extr\u00eame pauvret\u00e9, nous dit la Banque mondiale. Une autre d\u00e9cennie perdue pour l'Am\u00e9rique latine. Des millions et des millions de personnes sans emploi dans le monde entier. Des gens qui meurent de faim, des gens qui mendient, plus de criminalit\u00e9, plus de violence, des espoirs bris\u00e9s, des r\u00eaves an\u00e9antis. Il n'y aura pas de reprise rapide, toute reprise risque d'\u00eatre fragile et faible. Et nous pensons : tout cela parce que nous avons d\u00fb rester chez nous pendant quelques mois ? Et nous savons qu'il ne peut en \u00eatre ainsi. Bien s\u00fbr, nous serons un peu plus pauvres si les gens arr\u00eatent de travailler pendant quelques mois, mais des millions et des millions de ch\u00f4meurs, des gens qui meurent de faim ? S\u00fbrement pas. Une pause de quelques mois ne peut pas avoir cet effet. Bien au contraire, nous devrions repartir frais et dispos pour faire tout ce qui doit \u00eatre fait. Et nous r\u00e9fl\u00e9chissons un peu plus et nous r\u00e9alisons que, bien s\u00fbr, la crise \u00e9conomique n'est pas la cons\u00e9quence du virus, m\u00eame si elle a pu \u00eatre d\u00e9clench\u00e9e par celui-ci. De la m\u00eame mani\u00e8re que la pand\u00e9mie a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9dite, la crise \u00e9conomique a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9dite encore plus clairement.\u003C\/p\u003E\u003Cimg src=\"http:\/\/newsnet.fr\/\/img\/newsnet_176018_d46f53.jpg\" \/\u003E\u003Cp\u003EJours de rage, par Stuart Bracewell, 2009\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EDepuis trente ans ou plus, l'\u00e9conomie capitaliste vit litt\u00e9ralement d'argent emprunt\u00e9 : son expansion repose sur le cr\u00e9dit. Un ch\u00e2teau de cartes pr\u00eat \u00e0 s'effondrer. Il a failli s'effondrer, avec les effets les plus terribles, en 2008, mais une nouvelle et \u00e9norme expansion du cr\u00e9dit l'a soutenu \u00e0 nouveau. Les commentateurs \u00e9conomiques savaient qu'elle ne pouvait pas durer. \u00ab Dieu donna \u00e0 No\u00e9 le signe arc-en-ciel, plus d'eau, le feu la prochaine fois ! \u00bb : la crise financi\u00e8re de 2008 \u00e9tait le d\u00e9luge, mais la prochaine fois, qui ne tarderait pas, ce serait le feu. \u003Ca href=\"#nb1\" name=\"nh1\"\u003E1\u003C\/a\u003EC'est ce que nous vivons : le feu de la crise capitaliste. Tant de mis\u00e8re, de faim, d'espoirs bris\u00e9s, non pas \u00e0 cause d'un virus, mais pour redonner au capitalisme sa rentabilit\u00e9. Et si nous nous d\u00e9barrassions du syst\u00e8me bas\u00e9 sur le profit ? Et si nous sortions avec notre \u00e9nergie renouvel\u00e9e et faisions ce qui doit \u00eatre fait sans nous soucier du profit : nettoyer les rues, construire des h\u00f4pitaux, fabriquer des v\u00e9los, \u00e9crire des livres, planter des l\u00e9gumes, jouer de la musique, peu importe. Pas de ch\u00f4mage, pas de famine, pas de r\u00eaves bris\u00e9s. Et les capitalistes ? Soit on les pend au r\u00e9verb\u00e8re le plus proche (toujours une tentation), soit on les oublie tout simplement. Mieux vaut les oublier. Un autre fantasme, mais plus qu'un fantasme : une n\u00e9cessit\u00e9 urgente. Et nos peurs, nos col\u00e8res et nos espoirs grandissent en nous.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EEt il y a plus, beaucoup plus, pour nourrir nos col\u00e8res dans le confinement. Tout l'\u00e9v\u00e9nement du coronavirus a \u00e9t\u00e9 une \u00e9norme mise \u00e0 poil du capitalisme. Il est expos\u00e9 comme rarement auparavant. De bien des fa\u00e7ons. L'\u00e9norme diff\u00e9rence dans l'exp\u00e9rience du confinement, pour commencer, d\u00e9pend de l'espace dont vous disposez, si vous avez un jardin, si vous avez une r\u00e9sidence secondaire o\u00f9 vous pouvez vous retirer. Dans le m\u00eame ordre d'id\u00e9es, l'impact tr\u00e8s diff\u00e9rent du virus sur les riches et les pauvres, ce qui est devenu de plus en plus \u00e9vident avec la progression de la maladie. En lien avec cela, la grande diff\u00e9rence dans les taux d'infection et de mortalit\u00e9 entre les blancs et les noirs. Et l'effroyable inad\u00e9quation des services m\u00e9dicaux apr\u00e8s trente ans de n\u00e9gligence. Et la terrible incomp\u00e9tence de tant d'\u00c9tats. Et l'expansion flagrante de la surveillance et des pouvoirs policiers et militaires dans presque tous les pays. Et la discrimination dans l'offre \u00e9ducative entre ceux qui ont acc\u00e8s \u00e0 Internet et ceux qui n'y ont pas acc\u00e8s, sans parler de l'isolation compl\u00e8te des syst\u00e8mes \u00e9ducatifs par rapport aux changements qui se produisent dans le monde dans lequel vivent les enfants. Et l'exposition de tant de femmes \u00e0 des situations de terrible violence. Tout cela, et bien plus encore, alors que les propri\u00e9taires d'Amazon et de Zoom et de tant d'autres entreprises technologiques engrangent des b\u00e9n\u00e9fices \u00e9tonnants et que la bourse, soutenue par l'action des banques centrales, continue de transf\u00e9rer sans vergogne la richesse des pauvres vers les riches. Et nos col\u00e8res grandissent, nos craintes, notre d\u00e9sespoir et notre d\u00e9termination \u00e0 faire en sorte qu'il n'en soit pas ainsi, que nous ne devions pas laisser cette nuit devenir r\u00e9alit\u00e9.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EEt puis les portes s'ouvrent et le barrage est rompu. Nos col\u00e8res et nos espoirs \u00e9clatent dans les rues. Nous entendons parler de George Floyd, nous entendons ses derniers mots : \u00ab Je ne peux pas respirer \u00bb. Les mots tournent en rond dans nos t\u00eates. Nous n'avons pas le genou d'un policier meurtrier sur le cou, mais nous ne pouvons pas respirer non plus. Nous ne pouvons pas respirer parce que le capitalisme est en train de nous tuer. Nous sentons la \u003Ci\u003Evialence\u003C\/i\u003E, la \u003Ci\u003Evialence\u003C\/i\u003E \u00e9clater en nous. \u003Ca href=\"#nb2\" name=\"nh2\"\u003E2\u003C\/a\u003E Mais ce n'est pas notre fa\u00e7on de faire, c'est la leur. Pourtant, nos col\u00e8res - espoirs, nos espoirs - rages doivent respirer, doivent respirer. Et elles le font, dans les manifestations massives contre la brutalit\u00e9 polici\u00e8re et le racisme dans le monde entier, dans le jet de la statue du marchand d'esclaves, Edward Colston, dans la rivi\u00e8re \u00e0 Bristol, dans la cr\u00e9ation de la zone autonome de Capital Hill \u00e0 Seattle, dans l'incendie du commissariat de police \u00e0 Minneapolis, dans tant de poings lev\u00e9s vers le ciel.\u003C\/p\u003E\u003Cimg src=\"http:\/\/newsnet.fr\/\/img\/newsnet_176018_fdd727.jpg\" \/\u003E\u003Cp\u003EEt le torrent de col\u00e8res, d'espoirs, de peurs, de fi\u00e8vres, de r\u00eaves et de frustrations s'\u00e9coule en cascade, d'une col\u00e8re \u00e0 l'autre, vivant chaque col\u00e8re, respectant chaque col\u00e8re et d\u00e9bordant sur la suivante. Les col\u00e8res qui br\u00fblent en nous ne sont pas seulement contre la brutalit\u00e9 polici\u00e8re, pas seulement contre le racisme, pas seulement contre l'esclavage qui a cr\u00e9\u00e9 la base du capitalisme, mais aussi contre la violence contre les femmes et toutes les formes de sexisme, et c'est ainsi que les \u00e9normes marches du 8 Mars d\u00e9ferlent \u00e0 nouveau en chantant. Les Chilien\u00b7nes sortent \u00e0 nouveau dans la rue et poursuivent leur r\u00e9volution. Et le peuple du Kurdistan repousse les \u00c9tats qui ne peuvent tol\u00e9rer l'id\u00e9e d'une soci\u00e9t\u00e9 sans \u00c9tat. Et les habitants de Hong Kong inspirent tous\u00b7tes les Chinois\u00b7es dans leur r\u00e9pudiation de cette parodie de communisme : plus de communisme, crient-ils, communisons. Et les zapatistes cr\u00e9ent le monde contenant plusieurs mondes. Et les paysans quittent leurs bidonvilles et retournent \u00e0 la terre et commencent \u00e0 gu\u00e9rir la relation avec d'autres formes de vie. Et les chauves-souris et les animaux sauvages retournent \u00e0 leur habitat. Et les capitalistes rampent vers leurs habitats naturels, sous les escaliers. Et le travail, le travail capitaliste, cette horrible machine qui g\u00e9n\u00e8re la richesse et la pauvret\u00e9 et qui d\u00e9truit nos vies, prend fin et nous commen\u00e7ons \u00e0 faire ce que nous voulons faire, nous commen\u00e7ons \u00e0 cr\u00e9er un monde diff\u00e9rent bas\u00e9 sur la reconnaissance mutuelle des dignit\u00e9s. Et alors, il n'y aura plus de d\u00e9cennie perdue, plus de ch\u00f4meurs, plus de centaines de millions de personnes pouss\u00e9es \u00e0 l'extr\u00eame pauvret\u00e9 et plus personne ne mourra de faim. Et alors, oui, alors nous pourrons respirer.\u003C\/p\u003E\u003Cimg src=\"http:\/\/newsnet.fr\/\/img\/newsnet_176018_6a6d3f.jpg\" \/\u003E\u003Cp\u003E\"Le capitalisme tue l'amour\"- Jeremy Hunsinger\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ENotes\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Ca href=\"#nb1\" name=\"nh1\"\u003E1\u003C\/a\u003E Voir le dernier chapitre de l'ouvrage de Martin Wolf, The Shifts and the Shocks, Penguin Press, New York, 2014 : \"Conclusion : Fire Next Time\".\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Ca href=\"#nb2\" name=\"nh2\"\u003E2\u003C\/a\u003E V. Linton Kwesi Johnson, \"Time Come\" : \"now yu si fire burning in mi eye\/ smell badness pan mi breat\/ feel vialence, vialence, \/burstin outta mi;\/ look out!\" (\u00ab Maintenant, tu vois le feu br\u00fbler dans mon œil, tu sens la m\u00e9chancet\u00e9 dans mon souffle, sens la violence, la violence, qui explose hors de moi, attention ! \u00bb Dread Beat and Blood, Bogle-L'Ouverture Publications, Londres, 1975.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Ca href=\"http:\/\/youtube.com\/watch?v=chIHgTqX3Dk\" target=\"_blank\"\u003E\u003Cspan class=\"philum ic-chain\"\u003E\u003C\/span\u003E youtube\u003C\/a\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ECourtesy of \u003Ca href=\"http:\/\/tlaxcala-int.org\"\u003ETlaxcala\u003C\/a\u003E\u003Cbr \/\u003E\nSource: \u003Ca href=\"https:\/\/www.pmpress.org\/blog\/2020\/06\/20\/a-cascade-of-angers-by-john-holloway\"\u003Epmpress.org\u003C\/a\u003E\u003Cbr \/\u003E\nPublication date of original article: 22\/06\/2020\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Ca href=\"http:\/\/www.tlaxcala-int.org\/article.asp?reference=29215\"\u003Etlaxcala-int.org\u003C\/a\u003E\u003C\/p\u003E"}}