{"176757":{"id":"176757","parent":"174903","time":"1594719612","url":"http:\/\/www.wsws.org\/fr\/articles\/2020\/07\/14\/dick-j14.html","category":"documentaires","title":"La campagne de diffamation qui tente de faire de Charles Dickens un raciste","image":"http:\/\/newsnet.fr\/img\/newsnet_176757_6b91d5.jpg","hub":"newsnet","url-explicit":"la-campagne-de-diffamation-qui-tente-de-faire-de-charles-dickens-un-raciste","admin":"newsnet","views":"164","priority":"3","length":"24297","lang":"fr","content":"\u003Cp\u003EPar David Walsh\u003Cbr \/\u003E\n14 juillet 2020\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ECharles Dickens (1812-1870) est l'un des plus grands romanciers du XIXe si\u00e8cle et une figure litt\u00e9raire et culturelle de l'histoire mondiale. En langue anglaise, il est peut-\u00eatre le deuxi\u00e8me plus grand romancier apr\u00e8s William Shakespeare en termes de popularit\u00e9 et d'importance.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EParmi ses œuvres imp\u00e9rissables, citons \u003Ci\u003EThe Pickwick Papers\u003C\/i\u003E, \u003Ci\u003EOliver Twist\u003C\/i\u003E, \u003Ci\u003ENicholas Nickleby\u003C\/i\u003E, \u003Ci\u003EMartin Chuzzlewit\u003C\/i\u003E, \u003Ci\u003EDombey and Son\u003C\/i\u003E, \u003Ci\u003EDavid Copperfield\u003C\/i\u003E, \u003Ci\u003EBleak House\u003C\/i\u003E, \u003Ci\u003EHard Times\u003C\/i\u003E, \u003Ci\u003ELittle Dorrit\u003C\/i\u003E, \u003Ci\u003EA Tale of Two Cities\u003C\/i\u003E, \u003Ci\u003EGreat Expectations\u003C\/i\u003E, \u003Ci\u003EOur Mutual Friend\u003C\/i\u003E et, bien s\u00fbr, la nouvelle qui a fait d\u00e9couvrir au public Ebenezer Scrooge, \u003Ci\u003EA Christmas Carol\u003C\/i\u003E.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cimg src=\"http:\/\/newsnet.fr\/img\/newsnet_176757_fdb3cb.png\" \/\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EDickens \u00e0 son bureau, 1858\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EFin juin, le mus\u00e9e de la maison de Dickens \u00e0 Broadstairs, dans l'est du Kent, en Angleterre, a \u00e9t\u00e9 vandalis\u00e9 par un individu qui a inscrit \u00abDickens Racist\u00bb sur le b\u00e2timent. L'auteur, Ian Driver, est un ancien conseiller du Parti vert.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EImp\u00e9nitent, Driver a par la suite indiqu\u00e9 qu'il avait cibl\u00e9 le mus\u00e9e parce qu'il repr\u00e9sentait \u00able racisme institutionnel profond\u00e9ment enracin\u00e9 des conseils municipaux de Broadstairs Town et du district de Thanet\u00bb. Dans une d\u00e9claration, il a d\u00e9plor\u00e9 la c\u00e9l\u00e9bration de \u00abracistes g\u00e9nocidaires tels que Charles Dickens et le roi L\u00e9opold de Belgique\u00bb.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EDriver est peut-\u00eatre un individu excentrique ou instable, mais ses actions s'inscrivent dans un sch\u00e9ma g\u00e9n\u00e9ral. Aux \u00c9tats-Unis, les statues de Thomas Jefferson, George Washington, Abraham Lincoln et Ulysses S. Grant ont \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9es, d\u00e9grad\u00e9es ou menac\u00e9es.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EEn outre, une campagne contre Dickens en tant que d\u00e9fenseur misogyne, imp\u00e9rialiste, antis\u00e9mite et r\u00e9actionnaire de l'ordre public est en cours depuis des d\u00e9cennies dans les milieux universitaires f\u00e9ministes, postmodernes et de la pseudo-gauche.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EInspir\u00e9 par le postmoderniste Michel Foucault en particulier, D.A. Miller, un universitaire am\u00e9ricain, affirmait par exemple dans \u003Ci\u003EThe Novel and the Police\u003C\/i\u003E (1988) que \u00abPeu de gens contesteraient [!] que, avec Dickens, le roman anglais pr\u00e9sente pour la premi\u00e8re fois une th\u00e9matisation massive de la discipline sociale\u00bb. En mai dernier, le \u003Ci\u003EDaily Mail\u003C\/i\u003E titrait \u00abCharles Dickens, le misogyne\u00bb, avec un sous-titre qui poursuivait: \u00abIl d\u00e9fend les valeurs familiales - mais le romancier est cruel envers sa femme, d\u00e9teste sa m\u00e8re, a une liaison...\u00bb.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELa banni\u00e8re anti-Dickens a attir\u00e9 quelques personnalit\u00e9s d\u00e9testables. Le d\u00e9funt journaliste Christopher Hitchens - avec toute la grandeur morale de quelqu'un qui a gravit\u00e9 de la politique de \u00abgauche\u00bb de la classe moyenne sup\u00e9rieure du groupe des International Socialists en Grande-Bretagne jusqu'au camp de guerre de Bush au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, applaudissant avec enthousiasme l'invasion criminelle et meurtri\u00e8re de l'Irak - a inform\u00e9 ses lecteurs en 2010 que Dickens \u00e9tait \u00able pire des hommes\u00bb.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ETout cela est extr\u00eamement r\u00e9actionnaire et stupide, la pire sorte de moralisation myope et anhistorique, et, dans la mesure o\u00f9 un tel effort a gagn\u00e9 en force, il r\u00e9v\u00e8le ou confirme la pourriture intellectuelle et morale de ces couches de la petite-bourgeoisie ais\u00e9e.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cimg src=\"http:\/\/newsnet.fr\/img\/newsnet_176757_bcbac7.jpg\" \/\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EDessin d'artiste de Charles Dickens, contraint de travailler dans une usine lorsque son p\u00e8re a \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 \u00e0 la prison Marshalsea (prison pourgens endett\u00e9s)\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EDickens est un personnage bien-aim\u00e9, tout d'abord en raison de la profonde compassion qu'il \u00e9prouve dans ses romans pour les personnes maltrait\u00e9es et opprim\u00e9es par la soci\u00e9t\u00e9 officielle et respectable, en particulier les enfants. Il est difficile de penser \u00e0 un autre \u00e9crivain qui ait transmis une telle empathie dans une fiction importante, \u00e0 l'exception peut-\u00eatre de L\u00e9on Tolsto\u00ef, le grand romancier russe. Dickens, bien s\u00fbr, a eu l'\u00abavantage\u00bb d'avoir souffert de la pauvret\u00e9 et des abus dans son enfance, y compris, \u00e0 12 ans, en travaillant dix heures par jour dans une usine de noircissement (cirage de bottes) alors que son p\u00e8re \u00e9tait enferm\u00e9 dans une prison pour dettes.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EDeuxi\u00e8mement, et dans le m\u00eame ordre d'id\u00e9es, Dickens \u00e9tait sans \u00e9gal pour cr\u00e9er des portraits cinglants d'hypocrites et de sophistes, en particulier de ceux qui prosp\u00e8rent gr\u00e2ce \u00e0 la mis\u00e8re des autres, tout en offrant des conseils avis\u00e9s aux personnes d\u00e9munies sur leurs pr\u00e9tendues obligations morales et religieuses. Karl Marx a inclus Dickens dans la \u00absplendide confr\u00e9rie actuelle des \u00e9crivains de fiction en Angleterre\u00bb qui d\u00e9peignaient les diff\u00e9rentes couches de la classe moyenne anglaise comme \u00e9tant \u00abpleines de pr\u00e9somption, d'apparences, de tyrannie mesquine et d'ignorance\u00bb.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELa satire du romancier - comme l'\u00e9crivain britannique George Gissing l'a not\u00e9, dans une \u00e9tude perspicace de 1898, \u00e0 propos de \u003Ci\u003EBleak House\u003C\/i\u003E, l'un des chefs-d'œuvre de Dickens - avait \u00abune application tr\u00e8s large; elle implique tout ce syst\u00e8me de pr\u00e9c\u00e9dent pompeux qui, \u00e0 l'\u00e9poque de Dickens, \u00e9tait responsable de tant de cruaut\u00e9 et d'hypocrisie, de tant de gaspillage de vie dans la crasse, la morosit\u00e9 et la mis\u00e8re\u00bb.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELe \u003Ci\u003ENorthern Star\u003C\/i\u003E, le journal du mouvement chartiste, le mouvement r\u00e9volutionnaire des travailleurs britanniques de l'\u00e9poque, a salu\u00e9 Dickens comme \u00able champion des opprim\u00e9s\u00bb. Edwin Pugh, dans \u003Ci\u003ECharles Dickens, Ap\u00f4tre du peuple\u003C\/i\u003E (1908), a (par erreur) affirm\u00e9 que Dickens appartenait \u00e0 la classe ouvri\u00e8re, \u00e9tant un \u00absocialiste inconscient\u00bb. George Bernard Shaw a affirm\u00e9 que non seulement \u003Ci\u003ELittle Dorrit\u003C\/i\u003E de Dickens \u00e9tait l'un des plus grands livres jamais \u00e9crits en anglais, ce qui est vrai, mais qu'il \u00e9tait \u00abplus s\u00e9ditieux que Das Kapital\u00bb, ce qui est faux. Tolsto\u00ef, qui admirait beaucoup Dickens, a dit de lui \u00abIl aime les faibles et les pauvres et m\u00e9prise toujours les riches.\u00bb\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cimg src=\"http:\/\/newsnet.fr\/img\/newsnet_176757_482a7e.jpg\" \/\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EGeorge Gissing\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EDickens a fait tout cela, et bien plus encore, de la mani\u00e8re la plus vivante et souvent la plus comique. Il a cr\u00e9\u00e9 un univers de personnages et de personnalit\u00e9s, l\u00e0 encore, en anglais, \u00e0 la seconde place seulement apr\u00e8s Shakespeare. Les noms remarquables de ses personnages en disent souvent long: Henrietta Boffin, Vincent Crummles et sa famille, Affery Flintwinch, Tom Gradgrind, M. et Mme Gulpidge (invit\u00e9s), M. M'Choakumchild (instituteur), Newman Noggs, \u00abThe Infant Phenomenon\u00bb, Herbert Pocket, Jonas Chuzzlewit, M. Pumblechook, M. Smallweed (pr\u00eateur d'argent), Wackford Squeers, Paul Sweedlepipe, Montague Tigg, Nathaniel Winkle et M. Wopsie, pour n'en citer que quelques-uns.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EDans son brillant essai, \u003Ci\u003EDickens: The Two Scrooges\u003C\/i\u003E (1939), le critique am\u00e9ricain Edmund Wilson note que le romancier est \u00abpresque toujours contre les institutions\u00bb. En d\u00e9pit des belles paroles de Dickens sur \u00abl'\u00c9glise et l'\u00c9tat\u00bb, Wilson affirme que chaque fois qu'il aborde concr\u00e8tement dans son art \u00ables lois, les tribunaux et les fonctionnaires ainsi que les croyances des dissidents protestants et de l'\u00c9glise d'Angleterre, il les rend soit ridicules, soit cruels, ou les deux \u00e0 la fois\u00bb.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EDickens, poursuit Wilson, faisait partie du \u00abtr\u00e8s petit groupe d'intellectuels britanniques \u00e0 qui l'opportunit\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 offerte d'\u00eatre repris par la classe dirigeante et qui ont en fait d\u00e9clin\u00e9 cet honneur\u00bb.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELes affirmations de Dickens sur le racisme d\u00e9coulent des observations qu'il a faites \u00e0 diverses reprises sur l'Inde, l'Afrique, la Chine et l'Irlande, et sur les op\u00e9rations coloniales britanniques dans ces r\u00e9gions. Certains de ces commentaires sont r\u00e9actionnaires et exag\u00e9r\u00e9s. Les pires ont \u00e9t\u00e9 faits pendant la r\u00e9bellion indienne de 1857, \u00e9galement connue sous le nom de mutinerie des Sepoy, apr\u00e8s que 120 femmes et enfants britanniques aient \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s par les forces rebelles.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EComme l'explique Grace Moore, dans son livre sens\u00e9, \u003Ci\u003EDickens and Empire\u003C\/i\u003E, \u00abBien que l'on ait beaucoup parl\u00e9 des appels d\u00e9sagr\u00e9ables et sanguinaires de Dickens \u00e0 la vengeance dans la p\u00e9riode qui a suivi imm\u00e9diatement le massacre, ces demandes ont en fait \u00e9t\u00e9 limit\u00e9es \u00e0 une p\u00e9riode de six mois. Lorsqu'il est apparu que les actions horribles des sepoys \u00e9taient accompagn\u00e9es d'un comportement tout aussi r\u00e9pugnant de la part des Britanniques, les explosions de Dickens ont cess\u00e9 brusquement\u00bb.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cimg src=\"http:\/\/newsnet.fr\/img\/newsnet_176757_ce6682.png\" \/\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EPortrait daguerr\u00e9otype de Charles Dickens par Antoine Claudet, 1852\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EIl est int\u00e9ressant de noter que Moore poursuit en affirmant que dans \u003Ci\u003EA Tale of Two Cities\u003C\/i\u003E (1859), \u00abDickens a r\u00e9vis\u00e9 son attitude envers les soldats sepoys et les rebelles qui les ont rejoints, en les alignant avec empathie sur le tiers-\u00e9tat fran\u00e7ais de 1789 et les classes ouvri\u00e8res anglaises. En effet, apr\u00e8s son explosion de 1857, par la suite, Dickens \u00e9tait certainement plus prudent quant \u00e0 la prise de parole sur les questions de race \u00bb.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EQuoi qu'il en soit, toute une industrie, modeste mais sans doute lucrative, a vu le jour et s'est consacr\u00e9e \u00e0 d\u00e9noncer Dickens pour le m\u00e9chant raciste et misogyne qu'il \u00e9tait.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EPeu de figures litt\u00e9raires ou artistiques durables sont \u00e0 l'abri de tels efforts. Shakespeare a \u00e9t\u00e9 victime d'abus idiots dans l'ouvrage de Roland Emmerich, \u003Ci\u003EAnonymous\u003C\/i\u003E (2011). Le dramaturge y est d\u00e9peint comme un vantard, un ivrogne et un meurtrier semi-illettr\u00e9 qui s'attribue le m\u00e9rite d'œuvres r\u00e9ellement \u00e9crites par le comte d'Oxford.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ETolsto\u00ef a subi un certain degr\u00e9 de falsification et de banalisation, bien que jamais aussi malveillantes, dans \u003Ci\u003EThe Last Station\u003C\/i\u003E (2009), et Percy Shelley et Lord Byron ont subi un peu le m\u00eame sort dans \u003Ci\u003EMary Shelley\u003C\/i\u003E (2017). Dans \u003Ci\u003EPapa: Hemingway in Cuba\u003C\/i\u003E (2015), Ernest Hemingway et son art ont tous deux \u00e9t\u00e9 horriblement banalis\u00e9s. \u00c0 plus petite \u00e9chelle, Orson Welles a \u00e9t\u00e9 minimis\u00e9 et \u00e9cart\u00e9 dans \u003Ci\u003EMe and Orson Welles\u003C\/i\u003E (2008) et \u003Ci\u003ERKO 281\u003C\/i\u003E (1999). Divers livres ont \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9s \u00e0 la d\u00e9molition de la r\u00e9putation du dramaturge-po\u00e8te allemand Bertolt Brecht, dont \u003Ci\u003EBrecht & Co\u003C\/i\u003E de John Fuegi. (1994).\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cimg src=\"http:\/\/newsnet.fr\/img\/newsnet_176757_963ad0.jpg\" \/\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EL\u00e9on Tolsto\u00ef en 1897\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EDickens, bien s\u00fbr, a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9 dans \u003Ci\u003EThe Invisible Woman\u003C\/i\u003E (2013) de Ralph Fiennes, sur la relation extraconjugale de 13 ans de l'\u00e9crivain avec l'actrice Ellen Ternan, beaucoup plus jeune.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELes cin\u00e9astes ont exprim\u00e9 leur d\u00e9sapprobation quant \u00e0 la fa\u00e7on dont Dickens a trait\u00e9 sa femme et sa ma\u00eetresse, ignorant la r\u00e9alit\u00e9, a \u00e9crit le WSWS, selon laquelle l'\u00e9crivain \u00e9tait \u00abun produit de son \u00e9poque et des circonstances sociales (qui rendaient le divorce impensable)\u00bb.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ENous avons ajout\u00e9: \u00abFranchement, le d\u00e9vouement du romancier \u00e0 pr\u00e9senter la vie dans ses romans est mille fois plus important et durable que les peccadilles dont on l'accuse. Qui a fait de ces critiques de la classe moyenne les arbitres de la morale qui s'\u00e9tend dans l'histoire? De quoi peuvent-ils se vanter? Il est \u00e0 noter que le film a \u00e9t\u00e9 sc\u00e9naris\u00e9 par Abi Morgan, qui a \u00e9crit l'hommage honteux \u00e0 Margaret Thatcher, \u003Ci\u003EThe Iron Lady\u003C\/i\u003E\u00bb.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EEn partie, tout ce processus n'est qu'une indication suppl\u00e9mentaire d'un tr\u00e8s mauvais climat artistique et social. \u00c0 une \u00e9poque o\u00f9 le g\u00e9nie artistique du type de ceux qu'incarnent Shakespeare, Dickens, Tolsto\u00ef, Balzac et d'autres - ou tout ce qui lui ressemble, m\u00eame de loin - fait tristement d\u00e9faut, de fa\u00e7on flagrante, les m\u00e9diocres estiment qu'il est vital de r\u00e9pudier l'id\u00e9e que le g\u00e9nie n'a \u003Ci\u003Ejamais\u003C\/i\u003E exist\u00e9. L'artiste du pass\u00e9 doit \u00eatre r\u00e9duit \u00e0 sa plus simple expression pour que les moins-que-rien d'aujourd'hui se sentent mieux dans leur peau. \u00abEh bien, ils n'\u00e9taient pas si diff\u00e9rents de nous, apr\u00e8s tout, mesquins, \u00e9go\u00efstes, cruels...\u00bb Plusieurs g\u00e9n\u00e9rations d'intellectuels, qui ont largement bascul\u00e9 vers la droite, ne peuvent concevoir la grandeur artistique, avec tout le sacrifice et le travail mental exhaustif que cela implique, \u00e0 la hauteur d'un Dickens (travail qui a contribu\u00e9 \u00e0 sa mort \u00e0 l'\u00e2ge de 58 ans).\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EIls cherchent et d\u00e9couvrent partout des mesquineries et des motifs sordides parce que leur propre vie et activit\u00e9 sont domin\u00e9es par des mesquineries et des motifs sordides. Le scandale, les comm\u00e9rages et le reste d\u00e9finissent leur existence et ils imposent tout cela aux sujets de leurs recherches.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EDe plus, l'une des grandes faiblesses de Dickens du point de vue de l'universitaire contemporain est sa popularit\u00e9 continue. Ses œuvres ne sont jamais tomb\u00e9es en d\u00e9su\u00e9tude. On estime que \u003Ci\u003EA Tale of Two Cities\u003C\/i\u003E est l'un des romans les plus lus de tous les temps. Gr\u00e2ce aux \u00abversements mensuels pas chers, il [Dickens] gagne une toute nouvelle classe de gens en litt\u00e9rature, une classe de personnes qui n'avaient jamais lu de romans auparavant\u00bb, a affirm\u00e9 l'historien culturel Arnold Hauser.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ETout cela est une raison suffisante pour que le cynique universitaire contemporain, r\u00e9sign\u00e9 \u00e0 sa propre insignifiance et \u00e0 son impuissance, m\u00e9prise Dickens. Ce vers quoi la masse de la population est attir\u00e9e doit \u00eatre des idioties, car les masses sont des idiots arri\u00e9r\u00e9s. Il est appropri\u00e9 que l'attaque de la maison de Dickens \u00e0 Broadstairs ait \u00e9t\u00e9 men\u00e9e par un membre du parti des Verts, un mouvement petit-bourgeois, n\u00e9o-malthusien, profond\u00e9ment hostile \u00e0 la classe ouvri\u00e8re.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EEn ce qui concerne la partie saine de la vision acad\u00e9mique actuelle de Dickens, ce qui constitue un antagonisme profond et durable \u00e0 l'\u00e9gard de larges couches de la population est formul\u00e9 dans un langage \u00abde gauche\u00bb, comme il convient \u00e0 notre situation actuelle. On reproche \u00e0 Dickens, en fin de compte, de ne pas avoir de vues socialistes et internationalistes. Le fait qu'il ait v\u00e9cu 38 de ses 58 ans et \u00e9crit huit grands romans (\u003Ci\u003EThe Pickwick Papers, Oliver Twist, Nicholas Nickleby, The Old Curiosity Shop, Barnaby Rudge, Martin Chuzzlewit, Dombey and Son\u003C\/i\u003E et \u003Ci\u003EDavid Copperfield\u003C\/i\u003E) avant m\u00eame que l'internationalisme socialiste n'existe en tant que force organis\u00e9e (la premi\u00e8re \u00e9dition en langue anglaise du Manifeste communiste n'a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e que dans la seconde moiti\u00e9 de 1850) n'est pas un sujet qui pr\u00e9occupe les critiques.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EDickens est apparu au public au milieu des ann\u00e9es 1830 comme un auteur de fiction s\u00e9rieux et comme un chroniqueur de la vie urbaine, y compris de la vie urbaine pl\u00e9b\u00e9ienne. Il avait derri\u00e8re lui de nombreuses personnalit\u00e9s illustres en Grande-Bretagne, dont Daniel Defoe, Tobias Smollett, Laurence Sterne, Henry Fielding, Samuel Richardson, Fanny Burney et Walter Scott, mais il \u00e9crivait un nouveau type de roman social. Combien de guides a-t-il eus avant lui pour lui montrer le \u00abbon\u00bb chemin? Nos critiques contemporains ne se posent jamais cette question.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EIls ne se pr\u00e9occupent pas non plus des \u00e9normes pressions exerc\u00e9es sur un \u00e9crivain populaire de l'\u00e9poque. L\u00e9on Trotsky note quelque part le fait \u00e9tonnant que Tolsto\u00ef a r\u00e9\u00e9crit et retravaill\u00e9 \u003Ci\u003EGuerre et Paix\u003C\/i\u003E (un roman de 1200 pages) sept fois! Tout aussi \u00e9tonnant, cependant, est le fait que Tolsto\u00ef \u00e9tait libre de son temps pour mener \u00e0 bien de tels efforts titanesques. Dickens \u00e9crivait ses grands romans complexes par mensualit\u00e9s, en \u00abtemps r\u00e9el\u00bb pour ainsi dire. Une fois qu'un \u00e9pisode \u00e9tait rendu public, il n'y avait pas de retour en arri\u00e8re. Cette m\u00e9thode, comme l'a soulign\u00e9 George Gissing, \u00abo\u00f9 l'auteur est juste un peu en avance sur l'imprimeur, \u00e9tait... la pire qu'un romancier ait jamais \u00e9labor\u00e9e\u00bb.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cimg src=\"http:\/\/newsnet.fr\/img\/newsnet_176757_b6f120.jpg\" \/\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u00abLa r\u00e9volte des Sepoy \u00e0 Meerut\u00bb, extrait de l'Illustrated London News, 1857\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EDickens, l'homme, avait de nombreux d\u00e9fauts, certains presque in\u00e9vitables, d'autres relevant de sa propre responsabilit\u00e9. Il est presque impossible de trouver un artiste important sans fautes personnelles. La soci\u00e9t\u00e9 de classes endommage, d\u00e9forme ou entrave les personnes tr\u00e8s dou\u00e9es. Le g\u00e9nie artistique, d'une part, et l'idiosyncrasie personnelle, l'\u00e9go\u00efsme ou m\u00eame l'autodestruction, d'autre part, peuvent coexister au sein d'un m\u00eame \u00eatre humain.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELa projection dans le temps des valeurs dominantes de la classe moyenne, l'opinion selon laquelle \u00abil suffit d'attribuer au pass\u00e9 les pens\u00e9es, les sentiments et les motifs des hommes d'aujourd'hui\u00bb, selon la formule de Georg Lukacs, est l'un des efforts les plus d\u00e9bilitants et contre-productifs intellectuellement imaginables. La petite-bourgeoisie contemporaine, offens\u00e9e par le retard culturel et les pr\u00e9jug\u00e9s occasionnels de Dickens, dont une grande partie est exprim\u00e9e en priv\u00e9, reste immunis\u00e9e contre les profonds, profonds sentiments du romancier pour ceux qui sont an\u00e9antis et les opprim\u00e9s pr\u00e9sents dans ses romans, parce qu'il ou elle n'a pas de tels sentiments. Il ou elle a des sensibilit\u00e9s, des probl\u00e8mes d'identit\u00e9 et une \u00e9norme quantit\u00e9 d'\u00e9go\u00efsme et d'apitoiement sur soi-m\u00eame. Les probl\u00e8mes de la grande masse de la population ne sont pas d'un grand int\u00e9r\u00eat, et en fait, de tels probl\u00e8mes, d'une vaste ampleur, soulevant des questions de vie ou de mort, et les \u00eatres humains qu'ils font entrer en action, menacent de pousser la classe moyenne, qui ne pense qu'\u00e0 elle, hors des projecteurs et de la sc\u00e8ne sociale et intellectuelle.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EDans son essai de 1898, Gissing, \u00e9crivant \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 Dickens \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 attaqu\u00e9 par des esth\u00e8tes, des modernistes raffin\u00e9s et d'autres, a r\u00e9agi vivement \u00e0 l'approche anhistorique et anachronique de l'art. Il observe que le grand romancier \u00abouvre en v\u00e9rit\u00e9 une nouvelle \u00e8re de la fiction anglaise, et le critique de notre \u00e9poque qui perd cela de vue, qui compare Dickens \u00e0 son d\u00e9savantage avec des romanciers d'une \u00e9cole plus tardive, commet la pire des injustices! Dickens est l'un des grands ma\u00eetres de la fiction, qui, en allant droit \u00e0 la vie, a revitalis\u00e9 leur art. Qu'il n'ait pas vu la vie avec les yeux d'une g\u00e9n\u00e9ration ult\u00e9rieure ne peut gu\u00e8re \u00eatre retenu contre lui; que son individualit\u00e9 [c'est-\u00e0-dire ses conditions individuelles et sp\u00e9cifiques] ait affect\u00e9 sa vision est vrai pour tous les artistes qui ont v\u00e9cu\u00bb. Pr\u00e9cis\u00e9ment.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EEdmund Wilson a sugg\u00e9r\u00e9 que de tous les grands \u00e9crivains victoriens, Dickens \u00ab\u00e9tait probablement le plus antagoniste de l'\u00e9poque victorienne elle-m\u00eame\u00bb. Dans une contradiction apparente, Gissing a affirm\u00e9 que le romancier \u00e9tait, \u00aben tout sauf son g\u00e9nie, un Anglais repr\u00e9sentatif de la classe moyenne\u00bb.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EIl n'y a peut-\u00eatre pas de contradiction ici si la question est bien comprise. Si l'on parle de l'art de Dickens, surtout tel qu'il le pratique dans ses derniers romans plus sombres (\u003Ci\u003EMartin Chuzzlewit, Dombey and Son, Bleak House, Little Dorrit, Great Expectations\u003C\/i\u003E et \u003Ci\u003EOur Mutual Friend\u003C\/i\u003E), dans sa f\u00e9condit\u00e9 sans limites, son radicalisme moral implacable, sa haine instinctive pour tout ce qui est officiel, alors Wilson a sans aucun doute raison. Dickens l'artiste est en guerre avec son temps et sa culture.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EEn m\u00eame temps, en tant que membre tr\u00e8s respect\u00e9 et bien r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 britannique, la plus riche et la plus puissante du monde, Dickens \u00e9tait aussi un \u00abAnglais repr\u00e9sentatif de la classe moyenne\u00bb dans ses vues et sa conduite sociales. \u00c0 une \u00e9poque o\u00f9 les nations et la nationalit\u00e9 avaient un poids et une pression bien plus importants, Dickens attachait \u00abune importance primordiale\u00bb, comme le souligne Grace Moore, \u00abaux besoins britanniques\u00bb.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EDickens met un point d'honneur \u00e0 se moquer et \u00e0 ridiculiser les missionnaires et autres bienfaiteurs (par exemple, Mme Jellyby dans \u003Ci\u003EBleak House\u003C\/i\u003E) qui s'inqui\u00e8tent du sort des Africains et des autres alors qu'il y a tant de mis\u00e8re chez eux en Grande-Bretagne. Cependant, \u00e0 cet \u00e9gard, comme le d\u00e9montrent \u003Ci\u003EA Tale of Two Cities\u003C\/i\u003E et \u003Ci\u003EBarnaby Rudge\u003C\/i\u003E (roman historique, dans le style de Scott, qui se d\u00e9roule pendant les \u00e9meutes de Gordon de 1780), le romancier - comme l'a observ\u00e9 Wilson - \u00ab\u00e9prouve de la compassion pour la masse de la population, au pays et \u00e0 l'\u00e9tranger, mais la craint\u00bb.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cimg src=\"http:\/\/newsnet.fr\/img\/newsnet_176757_6b91d5.jpg\" \/\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EUne illustration tir\u00e9e de Our Mutual Friend\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EToutes les contradictions s'expriment de mani\u00e8re syst\u00e9matique et logique, y compris ses sentiments ambigus ou pires encore \u00e0 l'\u00e9gard des populations coloniales.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EDickens ressent une \u00abv\u00e9ritable aversion\u00bb pour l'esclavage (Moore) et la violence inflig\u00e9e aux esclaves, hommes et femmes, comme le montrent clairement ses \u003Ci\u003EAmerican Notes\u003C\/i\u003E (bas\u00e9es sur son voyage d\u00e9primant aux \u00c9tats-Unis en 1842). Moore \u00e9crit en outre que \u00abDickens \u00e9tait fortement engag\u00e9 dans l'\u00e9mancipation de tous les esclaves et croyait qu'ils pourraient finalement \u00eatre int\u00e9gr\u00e9s dans la soci\u00e9t\u00e9 sur un pied d'\u00e9galit\u00e9 avec les hommes blancs\u00bb.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EPourtant, lorsque la guerre de S\u00e9cession a \u00e9clat\u00e9, comme la majorit\u00e9 de la classe moyenne anglaise, qu'il a si souvent vant\u00e9e dans ses romans, Dickens a sympathis\u00e9 avec le Sud au nom du \u00ablibre-\u00e9change\u00bb, se justifiant dans une lettre par le fait que \u00able Nord d\u00e9teste le Noir, et que jusqu'\u00e0 ce qu'il soit commode de pr\u00e9tendre que sa compassion \u00e9tait la cause de la guerre, il d\u00e9testait les abolitionnistes et se moquait d'eux sur toute la ligne. Pour le reste, il n'y a rien \u00e0 choisir entre les deux parties. Elles vont toutes deux fulminer, mentir et se battre jusqu'\u00e0 ce qu'elles parviennent \u00e0 un compromis; et l'esclave peut \u00eatre jet\u00e9 dans ce compromis ou en \u00eatre exclu\u00bb.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELa grande contribution de Dickens est celle d'un artiste, et non d'un penseur social ou d'un philosophe politique. Ses livres contiennent un tas de pathos, de m\u00e9lodrame et de sentimentalit\u00e9 petits-bourgeois - et de nombreux angles morts sociaux - mais ils contiennent un nombre bien plus important de passages de la vie telle qu'elle est, y compris, bien s\u00fbr, comme l'\u00e9crit Gissing, \u00abLondres sombre, grouillante, pourrie\u00bb.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EL'artiste important ajoute au corps de la compr\u00e9hension et des sentiments humains, en particulier \u00e0 celui des classes sociales progressistes ou ascendantes. Des aspects de la r\u00e9alit\u00e9 sociale et psychique qui \u00e9taient en dehors des limites de la conscience humaine sont amen\u00e9s \u00e0 l'int\u00e9rieur de celle-ci. Le mot \u00abdickensien\u00bb est entr\u00e9 dans la langue anglaise pour une raison. Le romancier, \u00e0 travers ses exp\u00e9riences intenses et parfois d\u00e9vastatrices, sa compassion et sa grande intuition artistique, a montr\u00e9 un miroir de la mis\u00e8re et de la d\u00e9tresse que l'\u00e9lite dirigeante imposait \u00e0 la population, et de la r\u00e9ponse complexe, parfois explosive, de celle-ci. L'artiste, pour la plupart, ne fait pas avancer un programme politique; son radicalisme implique la profondeur de son engagement honn\u00eate avec la vie.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EAlexandre Voronsky, critique litt\u00e9raire sovi\u00e9tique, a insist\u00e9 dans son essai \u00abSur l'art\u00bb (1925) sur le fait que \u00able v\u00e9ritable scientifique d\u00e9couvre les lois de la nature, sinon il est un p\u00e9dant \u00e9troit, ou dans le meilleur des cas un rassembleur de faits... l'artiste, lui aussi, fait de telles d\u00e9couvertes\u00bb. Darwin, affirmait Voronsky, a mis en lumi\u00e8re et expliqu\u00e9 l'origine des esp\u00e8ces, mais Tolsto\u00ef a mis en lumi\u00e8re les types humains objectivement existants avec lesquels il a peupl\u00e9 \u003Ci\u003EGuerre et Paix\u003C\/i\u003E. De m\u00eame, Dickens \u00abd\u00e9couvrit\u00bb Scrooge, Oliver Twist, Uriah Heep, Seth Pecksniff, Estella Havisham et Sam Weller... et Jarndyce et Jarndyce (dans \u003Ci\u003EBleak House\u003C\/i\u003E), le mis\u00e9rable proc\u00e8s, destructeur d'\u00e2me et financi\u00e8rement \u00e9puisant, qui tra\u00eene depuis de nombreuses g\u00e9n\u00e9rations et \u00abdevient si compliqu\u00e9, qu'aucun homme vivant ne sait ce qu'il signifie. Ce sont les parties en pr\u00e9sence qui le comprennent le moins\u00bb.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u00abLe vrai artiste, comme le vrai scientifique, ajoute toujours \u00e0 ce qui existait avant lui, sinon il r\u00e9p\u00e8te ce qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli, ou il d\u00e9crit simplement les choses\u00bb, ajoute Voronsky.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ENous lisons Dickens aujourd'hui, non pas parce qu'il \u00e9tait un gentleman victorien respectable, avec une foule de pr\u00e9jug\u00e9s, mais largement en d\u00e9pit de ce fait. Il a fait ce que tout grand artiste fait, il a exprim\u00e9 ses opinions et ses humeurs de fa\u00e7on si large et si vivante qu'il les a \u00e9lev\u00e9es au-dessus des limites de son temps, de sa classe et de son milieu. Pour reprendre la phrase de Trotsky, il a \u00e9lev\u00e9 \u00abl'exp\u00e9rience de son \u00e9poque \u00e0 un niveau artistique extraordinaire\u00bb. Tout le reste est secondaire.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E(Article paru en anglais le 10 juillet 2020)\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Ca href=\"http:\/\/www.wsws.org\/fr\/articles\/2020\/07\/14\/dick-j14.html\"\u003Ewsws.org\u003C\/a\u003E\u003C\/p\u003E"}}