{"179069":{"id":"179069","parent":"0","time":"1599727530","url":"http:\/\/reporterre.net\/La-detresse-paysanne-dans-un-monde-agricole-qui-degringole","category":"R\u00e9seau social","title":"La d\u00e9tresse paysanne dans un monde agricole qui d\u00e9gringole","lead_image_url":"http:\/\/newsnet.fr\/img\/newsnet_179069_11d507.jpg","hub":"newsnet","url-explicit":"la-detresse-paysanne-dans-un-monde-agricole-qui-degringole","admin":"newsnet","views":"9","priority":"2","length":"15578","lang":"","content":"\u003Cp\u003ELe monde paysan souffre d'un syst\u00e8me \u00e9conomique qui broie le quotidien des hommes et des femmes. Dans ce milieu dur au mal et taiseux, comment parler des difficult\u00e9s ? Et comment montrer la r\u00e9alit\u00e9 tragique des suicides ? La photographe Karoll Petit l'a tent\u00e9 par l'image durant plusieurs ann\u00e9es d'enqu\u00eate. Un reportage saisissant.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELe monde paysan m'a toujours attir\u00e9.
 \u00c0 mes yeux, se nourrir est l'essentiel de la vie. Sans tous nos paysans, nous ne serions pas grand-chose. Je voulais photographier des fermes pour honorer leur labeur, la beaut\u00e9 de leur geste.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EDe reportage en reportage, de ferme en ferme, le mot suicide r\u00e9sonne.
 La discr\u00e9tion est de rigueur, on en parle, mais peu. Les agriculteurs sont des taiseux.
 J'ai observ\u00e9 la duret\u00e9 du milieu. Cet univers m'a plu. Des gens passionn\u00e9s, vrais et simples.
 Mais ces suicides m'ont choqu\u00e9e, touch\u00e9e. Comment en parler ? M'est venue l'id\u00e9e de la chaise vide pour symboliser l'absence. J'en ai parl\u00e9 \u00e0 un ami paysan, qui m'a dit : \u003Ci\u003E\u00ab Ouh l\u00e0, c'est raide... Non, c'est trop dur. \u00bb\u003C\/i\u003E Alors, j'ai mis mon projet en attente. Et puis, en octobre 2018, j'ai rencontr\u00e9 Patrick Maurin \u003Ca href=\"https:\/\/www.patrickmaurin.com\"\u003Ependant sa marche contre le suicide\u003C\/a\u003E (il a parcouru 500 km en tout). Il m'a dit : \u003Ci\u003E\u00ab Si tu veux le faire, fonce, fais-le ! \u00bb\u003C\/i\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EMais, je ne voulais pas seulement des chaises vides, abstraites. Je voulais les relier \u00e0 quelque chose de concret, de r\u00e9el. J'ai alors d\u00e9cid\u00e9 de rencontrer les familles endeuill\u00e9es et de photographier la chaise vide dans l'endroit qui symbolisait le mieux le paysan disparu. J'ai \u00e9cout\u00e9 le t\u00e9moignage des familles pour le retranscrire ensuite par \u00e9crit.
 Mon travail, cette aventure, a \u00e9t\u00e9 d'une richesse humaine incroyable. J'ai creus\u00e9 plus encore et j'ai parl\u00e9 \u00e0 ceux qui ont failli passer \u00e0 l'acte ou qui en ont eu marre de ce syst\u00e8me. Ils se sont assis sur la chaise pour dire : \u003Ci\u003E\u00ab On est l\u00e0, mais on gal\u00e8re. \u00bb\u003C\/i\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EApr\u00e8s un an et demi et plusieurs t\u00e9moignages recueillis, que puis-je en dire ?
 La nature, c'est beau, mais travailler vraiment en son sein, c'est dur. Les paysans sont tributaires du temps et du vivant. Et en ce monde, ces deux param\u00e8tres sont difficiles \u00e0 associer avec rentabilit\u00e9 et cotation en Bourse. Peut-\u00eatre m\u00eame est-ce une aberration ? 
Les paysans nous nourrissent, ils devraient \u00eatre respect\u00e9s et pourtant trop de paysans vivent mal de leur m\u00e9tier. Ils travaillent des heures et des heures, ils triment, ils gal\u00e8rent. Le repos existe peu, ou pas. Ces fameux suicides, si nombreux - deux par jour, d'apr\u00e8s les \u003Ca href=\"https:\/\/reporterre.net\/Un-rapport-devoile-que-605-suicides-ont-eu-lieu-dans-le-monde-agricole-en-2015\"\u003Ederniers chiffres de la Mutualit\u00e9 sociale agricole (MSA) de juillet 2019\u003C\/a\u003E - sont \u00e0 80 % des hommes qui croulent sous les dettes et\/ou sont ext\u00e9nu\u00e9s par les heures de labeur. Parfois
, les banques ne veulent pas modifier l'\u00e9ch\u00e9ancier de remboursement des emprunts, la MSA applique des p\u00e9nalit\u00e9s si les cotisations sociales ne sont pas pay\u00e9es en temps et en heure, le prix du lait 
ou des c\u00e9r\u00e9ales peut chuter... et c'est l'effet boule de neige. Le paysan, pour s'en sortir, cravache deux fois plus. Il s'\u00e9puise et son moral s'\u00e9croule ; il ne voit plus d'issue. 
Et puis, il y a les veuves de ces agriculteurs, qui endurent le deuil et la gestion de toute la paperasse et de la ferme, dont l'activit\u00e9 ne peut pas s'arr\u00eater du jour au lendemain. Dans certains cas, cela peut prendre quatre \u00e0 cinq ans aux veuves pour r\u00e9gler la question de la ferme. C'est une double peine, tr\u00e8s dure \u00e0 surmonter.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EFace aux difficult\u00e9s qu'ils rencontrent, les paysans doivent se r\u00e9approprier leur ferme mais les \u003Cspan id=\"bt07f669\"\u003E\u003Ca onclick=\"togglebub('app__07f669_wiki_call_https(ddot)(slash)(slash)fr(dot)wikipedia(dot)org(slash)wiki(slash)Organisation*professionnelle*agricole*en*France_1')\"\u003E\u003Cspan class=\"philum ic-wiki2\"\u003E\u003C\/span\u003E\u003C\/a\u003E\u003C\/span\u003E \u003Ca href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Organisation_professionnelle_agricole_en_France\"\u003Eorganisations professionnelles agricoles (OPA)\u003C\/a\u003E ne leur sont pas forc\u00e9ment d'un grand secours. Pour sortir de cette spirale, l'entraide peut \u00eatre une bonne solution.
\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ENos soci\u00e9t\u00e9s n\u00e9olib\u00e9rales ne prennent pas en compte le facteur humain, le vivant. Les paysans en sont un exemple de taille. Cela ne peut plus durer et les suicides en sont une preuve flagrante. Le productivisme broie les agriculteurs.\u003C\/p\u003E\u003Chr \/\u003E\u003Cbig\u003EJean-Pierre Le Guelvout\u003C\/big\u003E\u003Cfigure\u003E\u003Cimg src=\"http:\/\/newsnet.fr\/\/img\/newsnet_179069_78dedf.jpg\" \/\u003E\u003Cfigcaption\u003E\u003Cb\u003EJean-Pierre Le Guelvout avait un chien, qui est toujours bien pr\u00e9sent dans la ferme. Il s'appelle Lost. Kerlego, golfe du Morbihan, France.\u003C\/b\u003E\u003C\/figcaption\u003E\u003C\/figure\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003EJean-Pierre Le Guelvout\u003C\/b\u003E est mort ici, d'une balle dans le cœur, \u00e0 l'\u00e2ge de 46 ans. Jean-Pierre poss\u00e9dait avec son fr\u00e8re une ferme de vaches laiti\u00e8res. La \u003Ca href=\"https:\/\/reporterre.net\/La-fin-des-quotas-laitiers-un-maelstrom-pour-les-petits-paysans\"\u003Efin des quotas laitiers\u003C\/a\u003E, en avril 2015, leur a impos\u00e9 une tr\u00e8s grande difficult\u00e9 financi\u00e8re. Jean-Pierre a demand\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises d'\u00e9chelonner ses emprunts ; la banque n'a rien voulu savoir. Ne trouvant pas d'issue, Jean-Pierre s'est suicid\u00e9.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Ci\u003EAnecdote photo -\u003C\/i\u003E Lors de la prise de vue, Lost, le chien Jean-Pierre Le Guelvout, \u00e9tait allong\u00e9. J'ai plac\u00e9 la chaise \u00e0 3 ou 4 m\u00e8tres derri\u00e8re lui pour qu'il occupe le premier plan. Le temps que je me mette en place pour faire l'image, Lost s'\u00e9tait lev\u00e9. Je me suis dit mince, c'est rat\u00e9... Et en fait, il est all\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la chaise et s'est assis face \u00e0 moi. Cette image, Lost me l'a offerte.\u003Cbr \/\u003E\n\u003Ci\u003EKerlego, golfe du Morbihan, France\u003C\/i\u003E\u003C\/p\u003E\u003Chr \/\u003E\u003Cbig\u003EJean-Fran\u00e7ois\u003C\/big\u003E\u003Cfigure\u003E\u003Cimg src=\"http:\/\/newsnet.fr\/\/img\/newsnet_179069_ee6606.jpg\" \/\u003E\u003Cfigcaption\u003E\u003Cb\u003EJean-Fran\u00e7ois \u00e9tait un amoureux inconditionnel de ses vaches. France.\u003C\/b\u003E \u003C\/figcaption\u003E\u003C\/figure\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003EJean-Fran\u00e7ois\u003C\/b\u003E s'est pendu devant la porte du b\u00e2timent de la Safer [\u003Ca href=\"#nb1\" name=\"nh1\"\u003E1\u003C\/a\u003E] \u00e0 l'\u00e2ge de 61 ans. Il avait une ferme de 315 hectares. Il \u00e9tait \u00e9leveur de vaches allaitantes et \u00e9tait autosuffisant pour la nourriture de ses b\u00eates. Ses terres \u00e9taient divis\u00e9es entre deux fermes, dont une de 65 hectares, \u00e0 10 km de la plus grande. En 2012, Jean-Fran\u00e7ois a voulu acheter une ferme de 61 hectares \u00e0 proximit\u00e9 de sa ferme principale et revendre celle de 65 hectares. Il a vendu sa ferme, mais la Safer a accord\u00e9 celle qu'il convoitait \u00e0 un autre agriculteur. Jean-Fran\u00e7ois s'est battu jusqu'en cassation, o\u00f9 il a encore perdu. Il ne l'a pas support\u00e9. Jean-Fran\u00e7ois adorait ses vaches et elles le lui rendaient bien : elles \u00e9taient tr\u00e8s affectueuses avec lui. Un tiers de son cheptel s'est retrouv\u00e9 sans abri pour l'hiver d\u00fb \u00e0 la vente et au \u003Ci\u003E\u00ab non-achat \u00bb\u003C\/i\u003E de l'autre ferme.\u003Cbr \/\u003E\n\u003Ci\u003ELimousin, France\u003C\/i\u003E\u003C\/p\u003E\u003Chr \/\u003E\u003Cbig\u003EPierric\u003C\/big\u003E\u003Cfigure\u003E\u003Cimg src=\"http:\/\/newsnet.fr\/\/img\/newsnet_179069_d42947.jpg\" \/\u003E\u003Cfigcaption\u003E\u003Cb\u003EPierric s'asseyait dans la cuisine pour faire ses papiers. Il n'utilisait pas son bureau, il pr\u00e9f\u00e9rait \u00eatre dans la pi\u00e8ce de vie. La Chevroli\u00e8re, Loire-Atlantique, France.\u003C\/b\u003E \u003C\/figcaption\u003E\u003C\/figure\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003EPierric\u003C\/b\u003E \u00e9tait en voiture et s'est jet\u00e9 dans la mare, en face de son habitation, \u00e0 l'\u00e2ge de 53 ans. Il avait une ferme de 165 hectares, transmise de p\u00e8re en fils, o\u00f9 il produisait des c\u00e9r\u00e9ales (bl\u00e9, ma\u00efs, colza), des haricots verts, des haricots beurres et des vignes. Pierric n'avait pas de probl\u00e8me de tr\u00e9sorerie, mais il travaillait \u00e9norm\u00e9ment. Il faisait au minimum 14 heures par jour et pendant la p\u00e9riode des semis, c'\u00e9tait plut\u00f4t 17 h. Cette fatigue chronique a eu pour cons\u00e9quence des accidents de travail et une d\u00e9pression. Il en avait marre de n'avoir aucune reconnaissance pour tout le travail effectu\u00e9. Il s'asseyait toujours \u00e0 la table de la cuisine pour faire ses papiers : il en avait beaucoup \u00e0 faire ! Sa femme a trouv\u00e9 tr\u00e8s important de photographier la chaise dans cette pi\u00e8ce, pour montrer que les agriculteurs d'aujourd'hui doivent savoir tout faire alors qu'ils travaillent d\u00e9j\u00e0 trop dans les champs. Pour elle, ce n'est pas normal.\u003Cbr \/\u003E\n\u003Ci\u003ELa Chevroli\u00e8re, Loire-Atlantique, France\u003C\/i\u003E.\u003C\/p\u003E\u003Chr \/\u003E\u003Cbig\u003ECatherine\u003C\/big\u003E\u003Cfigure\u003E\u003Cimg src=\"http:\/\/newsnet.fr\/\/img\/newsnet_179069_71e0e9.jpg\" \/\u003E\u003Cfigcaption\u003E\u003Cb\u003EC'est l'endroit o\u00f9 Catherine jouait avec son fr\u00e8re et sa sœur apr\u00e8s le suicide de leur m\u00e8re, c'\u00e9tait leur havre de paix. F\u00e9gr\u00e9ac, golfe du Morbihan, France.\u003C\/b\u003E \u003C\/figcaption\u003E\u003C\/figure\u003E\u003Cp\u003ELa grand-m\u00e8re de \u003Cb\u003ECatherine\u003C\/b\u003E s'est noy\u00e9e, sa m\u00e8re \u00e9galement. Toutes les deux \u00e9taient femmes de paysans, donc paysannes elles-m\u00eames. La grand-m\u00e8re de Catherine a subi le m\u00e9tier et la duret\u00e9 de son mari, pour ne pas dire sa violence. \u00c0 l'\u00e9poque, divorcer \u00e9tait inconcevable. La m\u00e8re de Catherine a subi elle aussi le m\u00e9tier. Elle ne voulait pas devenir fermi\u00e8re, ce n'\u00e9tait pas son r\u00eave. Pourtant, elle a d\u00fb travailler \u00e0 la ferme, tous les jours. Elle ne d\u00e9cidait de rien. Un jour, elle en a eu marre et elle s'est noy\u00e9e. Elle avait 37 ans, Catherine en avait 12. Le soutien familial a \u00e9t\u00e9 incroyable : Catherine, son fr\u00e8re et sa sœur se sont serr\u00e9 les coudes. Ils ont grandi et ont fait des \u00e9tudes. Catherine ne voulait surtout pas \u00eatre agricultrice. Elle a pourtant \u00e9pous\u00e9 un agriculteur. Au d\u00e9but, elle travaillait comme secr\u00e9taire comptable dans une entreprise. Quand elle a eu ses enfants, elle est rest\u00e9e \u00e0 la ferme. Elle a alors commenc\u00e9 \u00e0 aider un peu son mari, puis \u00e0 travailler de plus en plus. En 1991, elle s'est syndiqu\u00e9e. En 1996, elle est devenue cheffe d'exploitation dans la ferme de son mari. Cela lui a procur\u00e9 un vrai statut professionnel. Surtout, cela lui a donn\u00e9 \u003Ca href=\"https:\/\/reporterre.net\/Les-paysannes-se-levent-contre-le-sexisme\"\u003Eun droit de parole au sein de la ferme\u003C\/a\u003E. Catherine en \u00e9prouve une grande fiert\u00e9 et une grande r\u00e9ussite. Au moins, elle ne subit pas, elle ne vit pas ce que sa m\u00e8re et sa grand-m\u00e8re ont v\u00e9cu.\u003Cbr \/\u003E\n\u003Ci\u003EF\u00e9gr\u00e9ac, golfe du Morbihan.\u003C\/i\u003E\u003C\/p\u003E\u003Chr \/\u003E\u003Cbig\u003EAngela\u003C\/big\u003E\u003Cfigure\u003E\u003Cimg src=\"http:\/\/newsnet.fr\/\/img\/newsnet_179069_d61525.jpg\" \/\u003E\u003Cfigcaption\u003E\u003Cb\u003EAngela a voulu \u00eatre photographi\u00e9e parmi ses ch\u00e8vres. La douleur de l'\u00e9chec de sa ferme \u00e9tant encore bien pr\u00e9sente, elle n'a pas voulu affronter l'objectif. Loire-Atlantique, France.\u003C\/b\u003E \u003C\/figcaption\u003E\u003C\/figure\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003EAngela\u003C\/b\u003E est \u00e9leveuse de ch\u00e8vres. Elle a failli passer \u00e0 l'acte en 2015, \u00e0 l'\u00e2ge de 35 ans. Angela n'\u00e9tait pas issue du milieu agricole. Elle s'est install\u00e9e en 2011 avec plein de r\u00eaves en t\u00eate. Elle avait en tout 25 hectares, dont 7 non attenants. Elle a trouv\u00e9 tr\u00e8s compliqu\u00e9 d'obtenir des terres. Ce qui l'a mise en grande difficult\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9part, ce sont les cotisations \u00e0 la Mutualit\u00e9 sociale agricole (MSA). Jusqu'en 2016, les cotisations se calculaient de fa\u00e7on forfaitaire, en fonction du nombre d'hectares. Alors, Angela s'est rapidement retrouv\u00e9e endett\u00e9e. Sa seule solution \u00e9tait de r\u00e9\u00e9chelonner son cr\u00e9dit, ce que la banque a refus\u00e9. La seule chose qu'on a propos\u00e9 \u00e0 Angela \u00e9tait de produire davantage. Elle a refus\u00e9. Elle s'est sentie d\u00e9munie, seule, sans une quelconque aide. Angela travaillait tous les jours, seule. Elle perdait son \u00e9nergie. Un jour, ses ch\u00e8vres ont attrap\u00e9 une maladie. Sur 47 b\u00eates, 31 ont \u00e9t\u00e9 touch\u00e9es. Le v\u00e9t\u00e9rinaire en a tu\u00e9 deux mais il n'a pas voulu faire davantage : il n'\u00e9tait pas habitu\u00e9. Angela a tu\u00e9 elle-m\u00eame les autres ch\u00e8vres malades. Ce fut un grand traumatisme. \u003Ci\u003E\u00ab Quand on fait les choses, qu'on travaille tous les jours, on se dit qu'il faut travailler encore plus, que cela va s'arranger... Sauf que le moral s'\u00e9croule. On est de plus en plus fatigu\u00e9e, c'est un cercle vicieux. C'est l\u00e0 qu'on se dit :\u003C\/i\u003E \"Il n'y a pas d'issue.\" \u003Ci\u003EOn s'en veut, alors, on y pense... ce vide nous attire pour que tout s'arr\u00eate enfin. \u00bb\u003C\/i\u003E Heureusement, Angela a \u00e9t\u00e9 voir Solidarit\u00e9 Paysans 44 [\u003Ca href=\"#nb2\" name=\"nh2\"\u003E2\u003C\/a\u003E] et ce fut le d\u00e9but d'un renouveau. Difficile, long, mais un vrai rebondissement.\u003Cbr \/\u003E\n\u003Ci\u003ELoire-Atlantique, France\u003C\/i\u003E\u003C\/p\u003E\u003Chr \/\u003E\u003Cbig\u003EGuillaume\u003C\/big\u003E\u003Cfigure\u003E\u003Cimg src=\"http:\/\/newsnet.fr\/\/img\/newsnet_179069_8aacbd.jpg\" \/\u003E\u003Cfigcaption\u003E\u003Cb\u003EGuillaume, avec une de ses ch\u00e8vres. Son troupeau s'amenuise au fur et \u00e0 mesure des ann\u00e9es. Surin, Vienne, France.\u003C\/b\u003E \u003C\/figcaption\u003E\u003C\/figure\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003EGuillaume\u003C\/b\u003E a 48 ans, il est \u00e9leveur de ch\u00e8vres dans le Poitou. Il a commenc\u00e9 en 2006. Il a repris la ferme de ses parents. Il avait 600 ch\u00e8vres \u00e0 ses d\u00e9buts. Malheureusement, il a subi la fameuse chute des prix du lait de ch\u00e8vre de 2007. \u00c0 partir de l\u00e0, ce fut la d\u00e9gringolade. Guillaume n'a jamais r\u00e9ussi \u00e0 remonter la pente. Il est en redressement judiciaire depuis 2015. Guillaume y a \u003Ci\u003E\u00ab pens\u00e9 \u00bb\u003C\/i\u003E comme il dit... \u003Ci\u003E\u00ab Le suicide, \u00e7a nous passe tous par la t\u00eate, on travaille, on travaille, mais il n'y a pas d'issue. \u00bb\u003C\/i\u003E Heureusement, Guillaume a d\u00e9cid\u00e9 de se battre, pour lui et sa famille.\u003Cbr \/\u003E\n\u003Ci\u003ESurin, Vienne, France\u003C\/i\u003E\u003C\/p\u003E\u003Chr \/\u003E\u003Cbig\u003EDominique\u003C\/big\u003E\u003Cfigure\u003E\u003Cimg src=\"http:\/\/newsnet.fr\/\/img\/newsnet_179069_821f53.jpg\" \/\u003E\u003Cfigcaption\u003E\u003Cb\u003EDominique au milieu de ses vaches dans son nouveau b\u00e2timent, il est tr\u00e8s fier de ses vaches, elles sont heureuses. Surin, Vienne, France.\u003C\/b\u003E \u003C\/figcaption\u003E\u003C\/figure\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003EDominique\u003C\/b\u003E est \u00e9leveur de vaches \u00e0 viande dans le Poitou. Il a 80 vaches. Il avait une ferme en conventionnel et il a commenc\u00e9 \u00e0 s'endetter. Il achetait \u00e0 l'\u00e9poque la nourriture pour ses vaches car il n'avait pas assez de terres pour \u00eatre autonome. Plus son endettement grossissait, plus il travaillait. Le cercle vicieux se mettait en place. Dominique \u00e9tait fatigu\u00e9, physiquement et mentalement. Alors, pour ne pas sombrer, il a d\u00e9cid\u00e9 de devenir le plus possible autonome. Au fur et \u00e0 mesure, il y est parvenu. Aujourd'hui, si Dominique a r\u00e9ussi \u00e0 redresser sa ferme \u00e9conomiquement, son salaire reste maigre compar\u00e9 au travail fourni. Il pense qu'il est grand temps de revaloriser le prix de la viande.\u003Cbr \/\u003E\n\u003Ci\u003ESurin, Vienne, France.\u003C\/i\u003E\u003C\/p\u003E\u003Chr \/\u003E\u003Cbig\u003EJ\u00e9r\u00f4me\u003C\/big\u003E\u003Cfigure\u003E\u003Cimg src=\"http:\/\/newsnet.fr\/\/img\/newsnet_179069_11d507.jpg\" \/\u003E\u003Cfigcaption\u003E\u003Cb\u003EJ\u00e9r\u00f4me se trouve dans l'un des b\u00e2timents de son ancienne ferme. Les souvenirs sont amers. Pont-Saint-Martin, Loire-Atlantique, France.\u003C\/b\u003E \u003C\/figcaption\u003E\u003C\/figure\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003EJ\u00e9r\u00f4me\u003C\/b\u003E \u00e9tait \u00e9leveur de vaches allaitantes en Loire-Atlantique. Il avait 120 vaches. Il a commenc\u00e9 en 1984, associ\u00e9 avec son fr\u00e8re. Au d\u00e9but, les deux fr\u00e8res \u00e9taient en groupement agricole d'exploitation en commun (Gaec) [\u003Ca href=\"#nb3\" name=\"nh3\"\u003E3\u003C\/a\u003E] avec leurs parents. J\u00e9r\u00f4me est \u00e9cœur\u00e9 du syst\u00e8me agricole, il a travaill\u00e9 toute sa vie avec acharnement. J\u00e9r\u00f4me travaillait plus de 80 heures par semaine en moyenne, bien plus en p\u00e9riode de v\u00ealages. J\u00e9r\u00f4me a l'impression d'avoir engraiss\u00e9 tous ceux qui gravitent autour du paysan : les technico-commerciaux, les contr\u00f4leurs, etc. J\u00e9r\u00f4me trouve que les paysans sont press\u00e9s comme des citrons, qu'ils bossent tellement et qu'ils manquent tellement d'argent que se rebeller est impossible. J\u00e9r\u00f4me a la sensation d'avoir \u00e9t\u00e9 pris pour un pigeon. Comme beaucoup d'agriculteurs, il aurait aim\u00e9 \u00e9lever ses enfants, \u00eatre pr\u00e9sent pour eux le week-end, pendant les vacances. \u00c7a n'a jamais \u00e9t\u00e9 possible. Aujourd'hui, J\u00e9r\u00f4me est d\u00e9vast\u00e9 par ce syst\u00e8me qui l'a broy\u00e9 peu \u00e0 peu. Depuis qu'il est \u00e0 la retraite, il touche 850 euros par mois.\u003Cbr \/\u003E\n\u003Ci\u003EPont-Saint-Martin, Loire-Atlantique, France.\u003C\/i\u003E\u003C\/p\u003E\u003Chr \/\u003E[\u003Ca href=\"#nh1\" name=\"nb1\"\u003E1\u003C\/a\u003E] Les soci\u00e9t\u00e9s d'am\u00e9nagement foncier et d'\u00e9tablissement rural, Safer, \u003Ca href=\"https:\/\/reporterre.net\/Les-Safer-gerent-elles-bien-les-terres-agricoles\"\u003Er\u00e9gulent les transmissions de terres agricoles\u003C\/a\u003E.\u003Cp\u003E[\u003Ca href=\"#nh2\" name=\"nb2\"\u003E2\u003C\/a\u003E] Solidarit\u00e9 Paysans est un mouvement de lutte contre l'exclusion en milieu rural. Ces nombreuses antennes locales \u003Ca href=\"https:\/\/solidaritepaysans.org\"\u003Eaccompagnent les paysans et paysannes en difficult\u00e9\u003C\/a\u003E.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E[\u003Ca href=\"#nh3\" name=\"nb3\"\u003E3\u003C\/a\u003E] Le groupement agricole d'exploitation en commun, commun\u00e9ment appel\u00e9 Gaec, est, en France une des formes de soci\u00e9t\u00e9 agricole les plus r\u00e9pandues.\u003C\/p\u003E\u003Chr \/\u003E\u003Cb\u003ESource :\u003C\/b\u003E Karoll Petit pour \u003Ci\u003EReporterre\u003C\/i\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003EPhotos :\u003C\/b\u003E \u00a9 Karoll Petit\/\u003Ci\u003EReporterre\u003C\/i\u003E\u003Cbr \/\u003E\nchap\u00f4 : J\u00e9r\u00f4me, qui \u00e9tait \u00e9leveur de vaches allaitantes en Loire-Atlantique.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Ca href=\"http:\/\/reporterre.net\/La-detresse-paysanne-dans-un-monde-agricole-qui-degringole\"\u003Ereporterre.net\u003C\/a\u003E\u003C\/p\u003E"}}