{"179218":{"id":"179218","parent":"0","time":"1600069876","url":"http:\/\/cadtm.org\/De-Wolfowitz-2005-2007-a-David-Malpass-2019-les-hommes-du-president-des-Etats","category":"USA","title":"De Wolfowitz (2005-2007) \u00e0 David Malpass (2019) : les hommes du pr\u00e9sident des \u00c9tats-Unis sont rest\u00e9s \u00e0 la t\u00eate de la Banque mondiale","lead_image_url":"http:\/\/newsnet.fr\/img\/newsnet_179218_2aed68.jpg","hub":"newsnet","url-explicit":"de-wolfowitz-2005-2007-a-david-malpass-2019-les-hommes-du-president-des-etats-unis-sont-restes-a-la-tete-de-la-banque-mondiale","admin":"newsnet","views":"63","priority":"3","length":"20503","lang":"","content":"\u003Cimg src=\"http:\/\/newsnet.fr\/\/img\/newsnet_179218_2aed68.jpg\" \/\u003E\u003Cp\u003EThe World Bank HQ Main Complex Atrium (wikimedia)\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EEn 2020, la Banque mondiale (BM) et le FMI atteignent l'\u00e2ge de 76 ans. Ces deux institutions financi\u00e8res internationales (IFI), cr\u00e9\u00e9es en 1944, sont domin\u00e9es par les \u00c9tats-Unis et quelques grandes puissances alli\u00e9es qui agissent pour g\u00e9n\u00e9raliser des politiques contraires aux int\u00e9r\u00eats des peuples.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELa BM et le FMI ont syst\u00e9matiquement pr\u00eat\u00e9 \u00e0 des \u00c9tats afin d'influencer leur politique. L'endettement ext\u00e9rieur a \u00e9t\u00e9 et est encore utilis\u00e9 comme un instrument de subordination des d\u00e9biteurs. Depuis leur cr\u00e9ation, le FMI et la BM ont viol\u00e9 les pactes internationaux sur les droits humains et n'h\u00e9sitent pas \u00e0 soutenir des dictatures.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EUne nouvelle forme de d\u00e9colonisation s'impose pour sortir de l'impasse dans laquelle les IFI et leurs principaux actionnaires ont enferm\u00e9 le monde en g\u00e9n\u00e9ral. De nouvelles institutions internationales doivent \u00eatre construites. Nous publions une s\u00e9rie d'articles d'\u00c9ric Toussaint qui retrace l'\u00e9volution de la BM et du FMI depuis leur cr\u00e9ation en 1944. Ces articles sont tir\u00e9s du livre \u003Ca href=\"http:\/\/cadtm.org\/Banque-mondiale-le-coup-d-Etat-permanent\"\u003EBanque mondiale : le coup d'\u00c9tat permanent\u003C\/a\u003E, publi\u00e9 en 2006, aujourd'hui \u00e9puis\u00e9 et disponible gratuitement en pdf.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cbig\u003EPaul Wolfowitz (2005-2007)\u003C\/big\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cfigure\u003E\u003Cimg style=\" width:250px;\" src=\"http:\/\/newsnet.fr\/\/img\/newsnet_179218_51050b.jpg\" \/\u003E\u003Cfigcaption\u003EGeorge W. Bush & Paul Wolfowitz (wikipedia).\u003C\/figcaption\u003E\u003C\/figure\u003E\u003Cp\u003ELa d\u00e9cision du pr\u00e9sident George W. Bush de nommer \u00e0 la pr\u00e9sidence de la Banque mondiale Paul Wolfowitz, sous-secr\u00e9taire d'\u00c9tat \u00e0 la D\u00e9fense et un des principaux architectes de l'invasion de l'Afghanistan en 2001 et de l'Iraq en 2003, a fait couler beaucoup d'encre en mars 2005. Avant cette d\u00e9cision, certains m\u00e9dias, tel que le quotidien financier britannique \u003Ci\u003EFinancial Time\u003C\/i\u003Es, avaient men\u00e9 campagne pour que le dixi\u00e8me pr\u00e9sident de la Banque soit choisi pour ses comp\u00e9tences en mati\u00e8re de d\u00e9veloppement, de pr\u00e9f\u00e9rence parmi des citoyens du Sud. Le \u003Ci\u003EFinancial Times avan\u00e7ait la candidature de Ernesto Zedillo qui a pr\u00e9sid\u00e9 le Mexique \u00e0 la fin de ann\u00e9es 1990. Le choix sans appel de George W. Bush en faveur de Paul Wolfowitz indique clairemen\u003C\/i\u003Et qui dirige la Banque mondiale. Les 24 gouverneurs de la Banque ont ent\u00e9rin\u00e9 cette d\u00e9cision.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EMais qui est Paul Wolfowitz ? Il est un pur produit de l'appareil d'\u00c9tat des \u00c9tats-Unis. Il ajoute \u00e0 une tr\u00e8s longue exp\u00e9rience dans les sph\u00e8res du pouvoir une courte carri\u00e8re universitaire. Dipl\u00f4m\u00e9 en math\u00e9matiques, il travaille, d\u00e8s l'\u00e2ge de 23 ans, pour le gouvernement au bureau du budget (1966-1967). En 1969, il travaille pour une commission du Congr\u00e8s avec l'objectif de convaincre le S\u00e9nat de la n\u00e9cessit\u00e9 de doter les \u00c9tats-Unis d'un parapluie anti-missile face aux Sovi\u00e9tiques. Il y r\u00e9ussit. D\u00e8s ce moment, Paul Wolfowitz s'engage \u00e0 fond dans les questions de strat\u00e9gie militaire. Un fil rouge dans sa r\u00e9flexion strat\u00e9gique : identifier des adversaires (URSS, Chine, Irak...) et d\u00e9montrer qu'ils sont plus dangereux que ce que l'on imagine afin de justifier un effort suppl\u00e9mentaire de d\u00e9fense (augmentation du budget, fabrication de nouvelles armes, d\u00e9ploiement plus important de troupes \u00e0 l'\u00e9tranger) allant jusqu'au d\u00e9clenchement d'attaques ou de guerres pr\u00e9ventives. Des guerres lanc\u00e9es pour contrer des menaces potentielles et non pas pour r\u00e9pondre \u00e0 des attaques av\u00e9r\u00e9es et r\u00e9elles.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EIl enseigne deux ans \u00e0 l'universit\u00e9 de Yale et obtient le titre de docteur en sciences politiques \u00e0 l'universit\u00e9 de Chicago en 1972, un des centres intellectuels de la r\u00e9action conservatrice [\u003Ca href=\"#nb1\" name=\"nh1\"\u003E1\u003C\/a\u003E]. Ensuite, durant quatre ans, il travaille \u00e0 l'agence du contr\u00f4le des armes et du d\u00e9sarmement (1973-1977) en relation directe avec Bush p\u00e8re qui, \u00e0 ce moment-l\u00e0, dirige la CIA. Puis il entre directement au Pentagone en 1977 et y reste jusqu'en 1980 au service du pr\u00e9sident d\u00e9mocrate Jimmy Carter. Il monte un dossier pour d\u00e9montrer que les Sovi\u00e9tiques se dotent d'armes nucl\u00e9aires nouvelles. Par la suite, il s'av\u00e8re que les armes nouvelles suppos\u00e9es aux mains des Sovi\u00e9tiques sont largement des affabulations. Alors qu'il a travaill\u00e9 pour un pr\u00e9sident d\u00e9mocrate, apr\u00e8s avoir accompli un an de purgatoire comme professeur \u00e0 l'Universit\u00e9 John Hopkins, il r\u00e9ussit la gageure d'entrer au service du pr\u00e9sident Ronald Reagan en 1981. Il devient directeur du d\u00e9partement de la planification au D\u00e9partement d'\u00c9tat. De 1983 \u00e0 1986, il dirige le secteur Asie de l'Est et Pacifique du d\u00e9partement d'\u00c9tat sous Reagan. De 1986 \u00e0 1989, il est ambassadeur des \u00c9tats-Unis en Indon\u00e9sie. De 1989 \u00e0 1993, il dirige la strat\u00e9gie du secr\u00e9taire d'\u00c9tat \u00e0 la D\u00e9fense, Dick Cheney, dans l'administration de Bush p\u00e8re (1\u003Csup\u003Ere\u003C\/sup\u003E guerre du Golfe) pour devenir, apr\u00e8s les deux mandats de Clinton, le sous-secr\u00e9taire d'\u00c9tat \u00e0 la D\u00e9fense partageant avec Donald Rumsfeld la direction des guerres contre l'Afghanistan et l'Irak. Entre temps, pendant la pr\u00e9sidence de William Clinton, de 1993 \u00e0 2001, il reprend une carri\u00e8re universitaire en tant que doyen de la Paul Nitze School of Advanced International Studies (750 \u00e9tudiants), partie prenante de l'Universit\u00e9 John Hopkins. Il fait merveille en r\u00e9coltant 75 millions de dollars pour financer la Paul Nitze School et travaille comme consultant d'une des principales firmes militaires au niveau mondial, la Northrop Grumman. En 1997, il participe \u00e0 la fondation d'un groupe de pression n\u00e9oconservateur appel\u00e9 PNAC (Projet pour un nouveau si\u00e8cle am\u00e9ricain - \u003Ci\u003EProjet for a New American Century\u003C\/i\u003E). En font \u00e9galement partie Donald Rumsfeld (secr\u00e9taire d'\u00c9tat \u00e0 la D\u00e9fense en 2001), Dick Cheney (patron d'Halliburton \u00e0 cette \u00e9poque puis vice-pr\u00e9sident des \u00c9tats-Unis en 2001), Jeb Bush (fr\u00e8re de George W. Bush), Richard Perle, Robert Kagan. D\u00e8s 1998, le PNAC m\u00e8ne campagne pour que William Clinton lance une attaque pr\u00e9ventive contre l'Irak et contre les \u00c9tats potentiellement agresseurs.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EPendant la p\u00e9riode 1983-1989, o\u00f9 Paul Wolfowitz est engag\u00e9 dans la politique des \u00c9tats-Unis en Asie de l'Est, il soutient activement les r\u00e9gimes dictatoriaux. En effet, contrairement \u00e0 l'image qu'il souhaite donner, Paul Wolfowitz a soutenu les dictatures militaires de Ferdinand Marcos aux Philippines, de Chun Doo Hwan en Cor\u00e9e du Sud et de Suharto en Indon\u00e9sie.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EAu d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, il a essay\u00e9 de sauver la mise \u00e0 Ferdinand Marcos en le convainquant de r\u00e9aliser certaines r\u00e9formes d\u00e9mocratiques. \u00c0 cette \u00e9poque, aux Philippines, la combinaison entre une puissante gu\u00e9rilla r\u00e9volutionnaire et une forte opposition bourgeoise anti-dictatoriale (dirig\u00e9e par Aquino) risquait d'entra\u00eener une nouvelle d\u00e9faite des \u00c9tats-Unis \u00e0 l'image de ce qui s'\u00e9tait pass\u00e9 en 1979 au Nicaragua, lorsque les r\u00e9volutionnaires sandinistes avaient fait front avec l'opposition bourgeoise dirig\u00e9e par Violetta Chamorro. Ce n'est pas Paul Wolfowitz qui a fait partir Ferdinand Marcos, c'est la mobilisation populaire qui l'a chass\u00e9 en 1986, les \u00c9tats-Unis assurant la fuite du dictateur vers Hawa\u00ef (50\u003Csup\u003Ee\u003C\/sup\u003E \u00c9tat des \u00c9tats-Unis) [\u003Ca href=\"#nb2\" name=\"nh2\"\u003E2\u003C\/a\u003E].\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EEn ce qui concerne la Cor\u00e9e du Sud, Paul Wolfowitz pr\u00e9tend qu'il a r\u00e9ussi \u00e0 convaincre le dictateur Chun Doo Hwan (responsable de massacres pendant la r\u00e9bellion de 1980) de se retirer en 1987. En r\u00e9alit\u00e9, ce sont les millions d'\u00e9tudiants, d'ouvriers et de citoyens qui, par leur mobilisation, ont forc\u00e9 le dictateur \u00e0 quitter le pouvoir.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EEn Indon\u00e9sie o\u00f9 les mobilisations anti-dictatoriales \u00e9taient moins puissantes (et pour cause, Suharto pour prendre le pouvoir en 1965 avait organis\u00e9 le massacre de 500 000 civils), les \u00c9tats-Unis ont soutenu le dictateur jusqu'au d\u00e9but 1998. Paul Wolfowitz qui, rappelons-le, a \u00e9t\u00e9 ambassadeur \u00e0 Djakarta de 1986 \u00e0 1989, d\u00e9clarait encore en mai 1997 au Congr\u00e8s que : \u00ab Tout jugement \u00e9quilibr\u00e9 concernant la situation de l'Indon\u00e9sie aujourd'hui y compris le sujet tr\u00e8s important et sensible des droits humains doit prendre en compte les progr\u00e8s importants d\u00e9j\u00e0 accomplis par l'Indon\u00e9sie et il convient de reconna\u00eetre que beaucoup de ces progr\u00e8s sont \u00e0 mettre au compte du leadership \u00e0 la fois fort et remarquable du pr\u00e9sident Suharto \u00bb [\u003Ca href=\"#nb3\" name=\"nh3\"\u003E3\u003C\/a\u003E].\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELe pass\u00e9 r\u00e9cent de Paul Wolfowitz est mieux connu : il est un des concepteurs de la strat\u00e9gie de guerre \u00ab pr\u00e9ventive \u00bb mise en application en Afghanistan et en Irak \u00e0 partir d'octobre 2001. Paul Wolfowitz est un des principaux cr\u00e9ateurs des mensonges concernant le danger constitu\u00e9 par Saddam Hussein pour la communaut\u00e9 internationale. Il est un des inventeurs de l'existence d'armes de destruction massive et du suppos\u00e9 soutien de Saddam Hussein \u00e0 Al Qaida et au terrorisme international en g\u00e9n\u00e9ral. Au d\u00e9but de la guerre, Paul Wolfowitz avait affirm\u00e9 que les soldats \u00e9tats-uniens seraient toujours consid\u00e9r\u00e9s comme des lib\u00e9rateurs de l'Irak et choy\u00e9s comme tels par les Irakiens. Il affirmait que l'Irak paierait lui-m\u00eame le co\u00fbt de sa lib\u00e9ration gr\u00e2ce au p\u00e9trole. Donald Rumfeld, Paul Wolfowitz, George W. Bush et Dick Cheney ont utilis\u00e9 et utilisent l'occupation et la \u00ab reconstruction \u00bb de l'Iraq au profit des transnationales \u00e9tats-uniennes. Le risque est donc grand que Paul Wolfowitz utilise l'aide \u00ab li\u00e9e \u00bb de la Banque mondiale aux m\u00eames fins.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cbig\u003EL'offensive de Washington \u00e0 l'\u00e9gard des organisations multilat\u00e9rales\u003C\/big\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELa d\u00e9signation de Paul Wolfowitz est \u00e0 mettre en relation avec l'offensive des \u00c9tats-Unis \u00e0 l'\u00e9gard de plusieurs institutions multilat\u00e9rales.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EActe 1 : le 18 janvier 2005, Kofi Annan, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l'Organisation des Nations unies (ONU), d\u00e9cide de nommer Ann Veneman, ministre de l'Agriculture de l'Administration Bush, au poste de Directrice ex\u00e9cutive de l'UNICEF. Or les \u00c9tats-Unis et la Somalie sont les deux seuls pays qui ont refus\u00e9 de ratifi\u00e9 la Convention des Nations unies sur les Droits de l'Enfant (189 pays l'ont ratifi\u00e9e). On imagine les pressions auxquelles Kofi Annan a \u00e9t\u00e9 soumis de la part de Washington pour adopter une telle d\u00e9cision.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EActe 2 : le 7 mars 2005, George W. Bush choisit John Bolton comme ambassadeur aupr\u00e8s des Nations unies. Cet ultraconservateur \u00e9prouve une haine r\u00e9elle envers l'ONU, n'h\u00e9sitant pas \u00e0 d\u00e9clarer : \u00ab L'immeuble du secr\u00e9tariat de l'ONU \u00e0 New York compte 38 \u00e9tages. S'il y en avait 10 de moins, \u00e7a ne ferait pas une grosse diff\u00e9rence. \u00bb. Il a tent\u00e9 de faire virer Mohamed El Baradei qui dirigeait l'institution des Nations unies charg\u00e9e du suivi du programme de d\u00e9sarmement de l'Iraq juste avant la guerre de 2003. C'est lui qui a obtenu que les \u00c9tats-Unis ne ratifient pas la Cour p\u00e9nale internationale et qui s'est retir\u00e9 de la conf\u00e9rence des Nations unies sur le racisme, tenue \u00e0 Durban en ao\u00fbt 2001. Pour lui, l'ONU ne doit surtout pas entraver la politique \u00e9trang\u00e8re des \u00c9tats-Unis. Il a m\u00eame os\u00e9 d\u00e9clarer : \u00ab Les Nations unies ne peuvent fonctionner que lorsque l'Am\u00e9rique les dirige \u00bb.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EActe 3 : le 10 mars 2005, George W. Bush annonce sa d\u00e9cision de proposer Paul Wolfowitz, comme candidat au poste de pr\u00e9sident de la Banque mondiale. Le 31 mars, le Conseil des gouverneurs de la BM \u00e9lit \u00e0 l'unanimit\u00e9 Paul Wolfowitz \u00e0 la pr\u00e9sidence de la Banque mondiale. George W. Bush a montr\u00e9 ainsi \u00e0 la communaut\u00e9 internationale et \u00e0 ses partisans qu'il a la volont\u00e9 et la capacit\u00e9 d'accro\u00eetre le leadership direct des \u00c9tats-Unis sur les institutions multilat\u00e9rales.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ED'une certaine mani\u00e8re, la d\u00e9signation de Paul Wolfowitz ressemble \u00e0 celle de Robert McNamara en 1968. Robert McNamara, secr\u00e9taire d'\u00c9tat \u00e0 la D\u00e9fense, avait \u00e9t\u00e9 retir\u00e9 de la direction de la guerre du Vietnam au d\u00e9but du marasme. Paul Wolfowitz est retir\u00e9 de son poste en plein \u00e9chec de la guerre en Iraq. Paul Wolfowitz, comme Robert McNamara, a l'exp\u00e9rience de direction d'une grande administration : le Pentagone. Il a aussi \u00e9t\u00e9, comme Robert McNamara, conseiller de la politique ext\u00e9rieure du pr\u00e9sident des \u00c9tats-Unis.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cbig\u003ELa d\u00e9mission pr\u00e9cipit\u00e9e de Paul Wolfowitz\u003C\/big\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EAccus\u00e9 de n\u00e9potisme, le pr\u00e9sident de la Banque mondiale, Paul Wolfowitz, a d\u00fb d\u00e9missionner en 2007. Il avait abus\u00e9 de son pouvoir comme pr\u00e9sident de cette institution pour augmenter de 45 % le salaire de sa compagne elle-m\u00eame fonctionnaire \u00e0 la Banque mondiale. Le personnel de la Banque ne l'avait pas support\u00e9 et avait fait un \u00e9norme raffut.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELes d\u00e9clarations se sont alors multipli\u00e9es pour r\u00e9clamer sa d\u00e9mission : l'association du personnel et d'anciens cadres de la Banque mondiale ; un des deux directeurs ex\u00e9cutifs, le N\u00e9o-Z\u00e9landais Graeme Wheeler ; de hauts responsables du Parti d\u00e9mocrate aux \u00c9tats-Unis comme John Kerry ; le Parlement europ\u00e9en, etc.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EFinalement Paul Wolfowitz n'a eu d'autre recours que de d\u00e9missionner.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cbig\u003ERobert Zoellick, le 11\u003Csup\u003Ee\u003C\/sup\u003E pr\u00e9sident de la Banque mondiale (2007-2012), un banquier et un repr\u00e9sentant de commerce des \u00c9tats-Unis\u003C\/big\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cfigure\u003E\u003Cimg style=\" width:220px;\" src=\"http:\/\/newsnet.fr\/\/img\/newsnet_179218_59405e.jpg\" \/\u003E\u003Cfigcaption\u003ERobert Zoellick (wikipedia)\u003C\/figcaption\u003E\u003C\/figure\u003E\u003Cp\u003EAlors que plusieurs pays membres de la Banque mondiale affirmaient qu'il \u00e9tait temps de mettre \u00e0 la t\u00eate de l'institution un citoyen ou une citoyenne du Sud, le pr\u00e9sident des \u00c9tats-Unis a d\u00e9sign\u00e9, pour la onzi\u00e8me fois, un citoyen \u00e9tats-unien pour la pr\u00e9sider, en la personne de Robert Zoellick.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ERobert Zoellick n'avait pourtant aucune qualification en mati\u00e8re de d\u00e9veloppement. Sous la pr\u00e9c\u00e9dente administration Bush, il avait \u00e9t\u00e9 le repr\u00e9sentant principal des \u00c9tats-Unis au sein de l'OMC et il avait mis en avant syst\u00e9matiquement les int\u00e9r\u00eats commerciaux de la principale puissance \u00e9conomique mondiale au m\u00e9pris des int\u00e9r\u00eats des pays en d\u00e9veloppement. Lors des pr\u00e9paratifs de la r\u00e9union de l'OMC \u00e0 Doha, en novembre 2001, il avait fait le tour des gouvernements africains afin d'acheter leur vote. Il s'agissait de faire adopter l'agenda de Doha qui heureusement \u00e9tait toujours en panne \u00e0 la fin 2007. Par la suite, il s'est sp\u00e9cialis\u00e9 dans la n\u00e9gociation des trait\u00e9s bilat\u00e9raux de libre-\u00e9change [\u003Ca href=\"#nb4\" name=\"nh4\"\u003E4\u003C\/a\u003E] sign\u00e9s entre les \u00c9tats-Unis et diff\u00e9rents PED (Chili, Maroc, Salvador, Guatemala, Honduras, Nicaragua, Costa Rica, R\u00e9publique dominicaine, Jordanie, etc.) qui favorisent les int\u00e9r\u00eats des transnationales nord-am\u00e9ricaines et limitent l'exercice de la souverainet\u00e9 des pays en d\u00e9veloppement, avant de devenir secr\u00e9taire d'\u00c9tat adjoint, aupr\u00e8s de Condoleezza Rice. \u00c0 partir de juillet 2006, Robert Zoellick a \u00e9t\u00e9 vice-pr\u00e9sident du conseil d'administration de la banque Goldman Sachs, charg\u00e9 des questions internationales. Il est important de noter que Goldman Sachs est une des principales banques d'affaires de Wall Street, nettement impliqu\u00e9e dans la crise de la dette priv\u00e9e qui a \u00e9clat\u00e9 aux \u00c9tats-Unis en ao\u00fbt 2007. Goldman Sachs a \u00e9galement particip\u00e9 tr\u00e8s activement \u00e0 la cr\u00e9ation d'un montage colossal de dettes priv\u00e9es \u00e0 partir de la bulle sp\u00e9culative du secteur immobilier. Robert Zoellick a quitt\u00e9 Wall Street pour prendre la place de Paul Wolfowitz \u00e0 la pr\u00e9sidence de la Banque mondiale en juillet 2007, juste \u00e0 temps pour ne pas \u00eatre directement impliqu\u00e9 dans la crise de 2007-2008. Il retournera ensuite \u00e0 Goldman Sachs en 2013.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EJim Yong Kim, \u00e9galement am\u00e9ricain, 12\u003Csup\u003Ee\u003C\/sup\u003E pr\u00e9sident de la Banque mondiale (2012-2019)\u003C\/p\u003E\u003Cfigure\u003E\u003Cimg style=\" width:220px;\" src=\"http:\/\/newsnet.fr\/\/img\/newsnet_179218_4dfd2e.jpg\" \/\u003E\u003Cfigcaption\u003EJim Yong Kim (wikipedia)\u003C\/figcaption\u003E\u003C\/figure\u003E\u003Cp\u003EEntre 2012 et 2019, Jim Yong Kim, \u00e9galement am\u00e9ricain, a dirig\u00e9 la Banque mondiale jusqu'\u00e0 ce qu'il d\u00e9missionne pour servir dans un fonds d'investissement priv\u00e9, sp\u00e9cialis\u00e9 dans le secteur des infrastructures. Le 7 janvier 2019, de mani\u00e8re subite, Jim Yong Kim, pr\u00e9sident de la Banque mondiale (BM), avait annonc\u00e9 sa d\u00e9mission. La direction int\u00e9rimaire a \u00e9t\u00e9 assur\u00e9e \u00e0 partir du 1\u003Csup\u003Eer\u003C\/sup\u003E f\u00e9vrier 2019 par Kristalina Georgieva, qui est devenue en octobre 2019 directrice g\u00e9n\u00e9rale du FMI en remplacement de Christine Lagarde, jusqu'\u00e0 ce que le pr\u00e9sident am\u00e9ricain Donald Trump nomme un de ses hommes de confiance \u00e0 la t\u00eate de la BM.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EPour d\u00e9fendre directement les int\u00e9r\u00eats de la plus grande puissance politique du monde, en mai 2017, JY Kim a accompagn\u00e9 Ivanka Trump, la fille du pr\u00e9sident millionnaire misogyne, dans un voyage d'affaires en Arabie Saoudite, alli\u00e9e historique des \u00c9tats-Unis. Gr\u00e2ce \u00e0 une promesse de dons au Fonds pour les femmes entrepreneures, cette visite visait \u00e0 permettre \u00e0 la monarchie saoudienne, ultra-r\u00e9actionnaire, de tenter de se forger une image progressiste alors qu'elle pi\u00e9tine en permanence les droits des femmes. En r\u00e9alit\u00e9, ce fonds, lanc\u00e9 sous l'\u00e9gide d'Ivanka Trump, JY Kim et Justin Trudeau, a pour but de participer \u00e0 l'accumulation de capital au niveau mondial, sous pr\u00e9texte de faire progresser l'\u00e9mancipation des femmes.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EContrairement au portrait flatteur peint par certains, JY Kim n'a rien fait pour contribuer \u00e0 la r\u00e9forme de la Banque mondiale, qui a toujours d\u00e9fendu les int\u00e9r\u00eats du capital et des pays les plus riches et les plus puissants (avec les \u00c9tats-Unis, le Canada, l'Europe occidentale et le Japon en t\u00eate), au d\u00e9triment des droits humains et de la pr\u00e9servation de la plan\u00e8te.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELe 7 janvier 2019, de mani\u00e8re subite, Jim Yong Kim, pr\u00e9sident de la Banque mondiale (BM), a annonc\u00e9 sa d\u00e9mission. Il a d\u00e9cid\u00e9 de poursuivre une carri\u00e8re plus r\u00e9mun\u00e9ratrice dans le secteur financier priv\u00e9 [\u003Ca href=\"#nb5\" name=\"nh5\"\u003E5\u003C\/a\u003E].\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cbig\u003EDavid Malpass, encore un ex-banquier et un homme de droite, 13\u003Csup\u003Ee\u003C\/sup\u003E pr\u00e9sident de la Banque mondiale (2019)\u003C\/big\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cfigure\u003E\u003Cimg style=\" width:220px;\" src=\"http:\/\/newsnet.fr\/\/img\/newsnet_179218_eddf71.jpg\" \/\u003E\u003Cfigcaption\u003EDavid Malpass (wikipedia)\u003C\/figcaption\u003E\u003C\/figure\u003E\u003Cp\u003EDavid Malpass, en avril 2019, est devenu le 13\u003Csup\u003Ee\u003C\/sup\u003E pr\u00e9sident de la Banque mondiale. Malpass avait travaill\u00e9 pour le Tr\u00e9sor am\u00e9ricain et les Affaires \u00e9trang\u00e8res pendant les mandats de Ronald Reagan et George H. W. Bush (1989-1993), puis comme \u00e9conomiste en chef pour Bear Stearns, une grande banque d'affaires... jusqu'\u00e0 sa faillite en 2008 en pleine crise des subprimes ! En ao\u00fbt 2007, Malpass a publi\u00e9 un article d'opinion dans le Wall Street Journal, dans lequel il invitait ses lecteurs \u00e0 ne pas s'inqui\u00e9ter de l'\u00e9tat des march\u00e9s financiers, allant jusqu'\u00e0 \u00e9crire que \u00ab les march\u00e9s de l'immobilier et de la dette ne repr\u00e9sentent pas une part significative de l'\u00e9conomie am\u00e9ricaine ou de la cr\u00e9ation d'emplois \u00bb [\u003Ca href=\"#nb6\" name=\"nh6\"\u003E6\u003C\/a\u003E]. Il rejoint l'\u00e9quipe de Donald Trump \u00e0 partir de mai 2016 o\u00f9 il a occup\u00e9 le poste de sous-secr\u00e9taire du Tr\u00e9sor aux affaires \u00e9trang\u00e8res avant de devenir pr\u00e9sident de la Banque mondiale.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cbig\u003ENotes\u003C\/big\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E[\u003Ca href=\"#nh1\" name=\"nb1\"\u003E1\u003C\/a\u003E] Milton Friedman, un des pontes de l'universit\u00e9 de Chicago, et les Chicago boys vont conseiller le dictateur chilien, Augusto Pinochet, apr\u00e8s son coup d'\u00c9tat de septembre 1973. Voir Eric Toussaint. 2004. \u003Ci\u003ELa Finance contre les Peuples. La Bourse ou la Vie.\u003C\/i\u003E Chapitre 14, Id\u00e9ologie et politique n\u00e9olib\u00e9rales : mise en perspective historique, p. 341- 360.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E[\u003Ca href=\"#nh2\" name=\"nb2\"\u003E2\u003C\/a\u003E] Voir Walden Bello, \u003Ci\u003EUS Sponsored Low Intensity Confict in the Philippine\u003C\/i\u003Es, San Francisco, Institute for Food and Development Policy, 1987\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E[\u003Ca href=\"#nh3\" name=\"nb3\"\u003E3\u003C\/a\u003E] Tim Shorrock, Paul Wolfowitz, Reagan's Man in Indonesia, Is Back at the Pentagon, in \u003Ci\u003EForeign Policy in Focus\u003C\/i\u003E, f\u00e9vrier 2001, p. 3\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E[\u003Ca href=\"#nh4\" name=\"nb4\"\u003E4\u003C\/a\u003E] Pour Robert Zoellick, \u00ab les ALE sont un moyen d'\u00e9liminer compl\u00e8tement les barri\u00e8res commerciales, march\u00e9 par march\u00e9, et d'accro\u00eetre les occasions d'affaires pour les \u00c9tats-Unis tout en stimulant la croissance et le d\u00e9veloppement \u00bb. Voir \u003Ca href=\"http:\/\/www.er.uqam.ca\/nobel\/ieim\/IMG\/pdf\/Cahiercont_0403_polcom-US.pdf\" target=\"_blank\"\u003Eer.uqam.ca\u003C\/a\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E[\u003Ca href=\"#nh5\" name=\"nb5\"\u003E5\u003C\/a\u003E] La direction int\u00e9rimaire de la BM a \u00e9t\u00e9 assur\u00e9e de f\u00e9vrier \u00e0 avril 2019 par l'europ\u00e9enne Kristalina Georgieva jusqu'\u00e0 ce que le pr\u00e9sident am\u00e9ricain Donald Trump nomme un de ses hommes de confiance \u00e0 la t\u00eate de la BM en la personne de David Malpass. Kristalina Georgieva est devenue en octobre 2019 directrice g\u00e9n\u00e9rale du FMI en remplacement de Christine Lagarde.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E[\u003Ca href=\"#nh6\" name=\"nb6\"\u003E6\u003C\/a\u003E] \u00ab Housing and debt markets are not that big a part of the U.S. economy, or of job creation...the housing- and debt-market corrections will probably add to the length of the U.S. economic expansion. \u00bb Cit\u00e9 par Jordan Weissmann, \u00ab Trump Taps Bear Stearns Economist Who Said Not to Worry About Credit Crisis for Key Treasury Job \u00bb 5 Janvier 2017 \u003Ca href=\"https:\/\/slate.com\/business\/2017\/01\/trump-picks-ex-bear-stearns-economist-for-treasury-position.html\"\u003Eslate.com\u003C\/a\u003E consult\u00e9 le 8 ao\u00fbt 2020\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Ca href=\"http:\/\/cadtm.org\/De-Wolfowitz-2005-2007-a-David-Malpass-2019-les-hommes-du-president-des-Etats\"\u003Ecadtm.org\u003C\/a\u003E\u003C\/p\u003E"}}