{"179231":{"id":"179231","parent":"0","time":"1600072128","url":"http:\/\/www.bastamag.net\/Universites-LPPR-vacataires-budget-rentree-etudiants-investissements-prives","category":"documentaires","title":"Rude rentr\u00e9e pour les universit\u00e9s : abandonn\u00e9es par l'état, pouss\u00e9es \u00e0 chercher de l'argent priv\u00e9","lead_image_url":"http:\/\/newsnet.fr\/img\/newsnet_179231_c1b4c2.png","hub":"newsnet","url-explicit":"rude-rentree-pour-les-universites-abandonnees-par-l-eacutetat-poussees-a-chercher-de-l-argent-prive","admin":"newsnet","views":"20","priority":"2","length":"18098","lang":"","content":"\u003Cp\u003Epar \u003Ca href=\"https:\/\/www.bastamag.net\/Rachel-Knaebel\"\u003ERachel Knaebel\u003C\/a\u003E 14 septembre 2020\u003C\/p\u003E\u003Cimg src=\"http:\/\/newsnet.fr\/\/img\/newsnet_179231_7b39ff.jpg\" \/\u003E\u003Cp\u003ELa nouvelle loi sur l'universit\u00e9 et la recherche, la LPPR, marque une \u00e9tape suppl\u00e9mentaire dans le d\u00e9sengagement de l'\u00c9tat vis-\u00e0-vis de l'enseignement sup\u00e9rieur public. Cons\u00e9quences : gels de postes, conditions d'enseignement d\u00e9grad\u00e9es et augmentation des frais d'inscription.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELes universit\u00e9s fran\u00e7aises s'appr\u00eatent \u00e0 faire leur rentr\u00e9e sous une double menace : la Covid-19, qui risque encore d'emp\u00eacher la pleine reprise des cours en pr\u00e9sentiel, et une nouvelle loi, la LPPR, pour \u00ab loi pluriannuelle de programmation de la recherche \u00bb. Elle a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e en Conseil des ministres en plein \u00e9t\u00e9 et doit arriver \u00e0 l'Assembl\u00e9e nationale le 21 septembre. Derri\u00e8re les belles promesses de la ministre de l'Enseignement sup\u00e9rieur Fr\u00e9d\u00e9rique Vidal annon\u00e7ant \u00ab 25 milliards d'euros \u00bb pour la recherche, ce texte cache des perspectives beaucoup moins r\u00e9jouissantes pour les chercheurs et les personnels des universit\u00e9s.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ECette nouvelle loi ouvre grand la voie au recrutement d'enseignants-chercheurs sur des contrats de quelques ann\u00e9es seulement. Ce sont les fameux \u00ab contrats de projet \u00bb. Ceux-ci se terminent \u00e0 la fin du financement d'un projet de recherche. La loi de Fr\u00e9d\u00e9rique Vidal veut aussi mettre en place des \u00ab \u003Ci\u003Etenure track\u003C\/i\u003E \u00bb, comprenez des recrutements en CDD de trois \u00e0 six ans, avec une possible - mais pas du tout certaine - titularisation \u00e0 la fin.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EAu lieu de donner aux universit\u00e9s les moyens d'embaucher des enseignants-chercheurs titulaires, sur des postes de fonctionnaires, la LPPR mise principalement sur le financement par \u00ab projets \u00bb. Ce qui s'inscrit dans la continuit\u00e9 des \u00ab initiatives d'excellence \u00bb et autres \u00ab programmes d'investissements d'avenir \u00bb qui visent depuis des ann\u00e9es \u00e0 financer au coup par coup certains \u00e9tablissements plut\u00f4t que de p\u00e9renniser l'enseignement sup\u00e9rieur public et la recherche fondamentale sur le long terme. La LPPR est une pierre de plus dans cette s\u00e9rie de r\u00e9formes de l'universit\u00e9, depuis la loi \u00ab LRU \u00bb (loi \u00ab libert\u00e9s et responsabilit\u00e9s des universit\u00e9s \u00bb), adopt\u00e9e en 2007, sous Sarkozy.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cbig\u003EDes plans d'aust\u00e9rit\u00e9 pour les universit\u00e9s en d\u00e9ficit\u003C\/big\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ESous couvert d'\u00ab autonomie \u00bb et de \u00ab responsabilit\u00e9 \u00bb des universit\u00e9s, l'\u00c9tat d\u00e9pense en fait toujours moins pour l'enseignement sup\u00e9rieur. R\u00e9sultat : les \u00e9tablissements se retrouvent r\u00e9guli\u00e8rement dans des situations budg\u00e9taires difficiles, g\u00e8lent les embauches et vont jusqu'\u00e0 r\u00e9duire le nombre d'heures de cours. \u003Ci\u003E\u00ab Auparavant, on avait \u00e0 peu pr\u00e8s vingt postes de ma\u00eetres de conf\u00e9rence ouverts chaque ann\u00e9e, suites aux d\u00e9parts en retraites et aux mutations. Aujourd'hui, on est pass\u00e9 \u00e0 trois ! \u00bb,\u003C\/i\u003E illustrent Florent Calvayrac, enseignant-chercheur en physique \u00e0 l'universit\u00e9 du Mans, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 syndical du Snesup-FSU.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EL'universit\u00e9 du Mans a connu des \u00ab exercices budg\u00e9taires d\u00e9ficitaires \u00bb en 2017 et 2018. En cons\u00e9quence, la pr\u00e9sidence de l'universit\u00e9 a annonc\u00e9 \u00ab un plan de retour \u00e0 l'\u00e9quilibre \u00bb. Bref, un plan d'aust\u00e9rit\u00e9. Comme l'a constat\u00e9 l'enseignant en physique : \u003Ci\u003E\u00ab On nous demande sans arr\u00eat de r\u00e9duire la voilure. Il n'y a m\u00eame plus tout \u00e0 fait assez d'argent pour payer les heures suppl\u00e9mentaires. Donc, on nous a fait diminuer de quelques pour cent les volumes horaires de cours dans chaque formation. \u00bb\u003C\/i\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EChaque ann\u00e9e, des universit\u00e9s se retrouvent dans le rouge. La Cour des comptes alerte r\u00e9guli\u00e8rement sur ce ph\u00e9nom\u00e8ne, \u00e0 l'œuvre d\u00e8s la mise en route de la loi LRU. Avec l'autonomie budg\u00e9taire, les universit\u00e9s se sont retrouv\u00e9es \u00e0 devoir g\u00e9rer seules le personnel. Or, la dotation que leur attribue l'\u00c9tat fait abstraction de l'\u00e9volution du co\u00fbt de la masse salariale, ce qu'on appelle le \u00ab glissement vieillesse technicit\u00e9 \u00bb. Les personnels fonctionnaires des universit\u00e9s gagnent en \u00e9chelon en vieillissant. Ils \u00ab co\u00fbtent \u00bb donc plus cher au fur et \u00e0 mesure des ann\u00e9es. L'\u00c9tat ne compense plus ces frais en augmentation. Ce qui provoque m\u00e9caniquement un trou dans les finances des \u00e9tablissements.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cbig\u003E\u003Ci\u003E\u00ab D\u00e9brouillez-vous \u00bb\u003C\/i\u003E\u003C\/big\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ECela s'est produit \u00e0 l'universit\u00e9 de Bretagne Sud, dont les campus sont \u00e0 Lorient, Vannes et Pontivy (Morbihan), d\u00e9sign\u00e9e par la Cour des comptes comme pr\u00e9sentant une situation budg\u00e9taire \u00ab tr\u00e8s d\u00e9grad\u00e9e \u00bb. \u003Ci\u003E\u00ab \u00c0 cause de la pyramide des \u00e2ges des enseignants-chercheurs, nous avons fait face \u00e0 un glissement vieillesse-technicit\u00e9 qui a p\u00e9nalis\u00e9 l'universit\u00e9\u003C\/i\u003E, explique Fran\u00e7ois Merciol, enseignant-chercheur en informatique \u00e0 l'universit\u00e9 bretonne, lui aussi d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 du Snesup. \u003Ci\u003EOn a commenc\u00e9 \u00e0 parler des universit\u00e9s en faillite juste apr\u00e8s la loi LRU. \u00c0 partir de l\u00e0, l'\u00c9tat a dit aux universit\u00e9s \"d\u00e9brouillez-vous\". On parle d'autonomie et de responsabilit\u00e9, mais, en fait, cela veut dire que l'universit\u00e9 doit g\u00e9rer les probl\u00e8mes sans qu'on lui donne plus d'argent. L'universit\u00e9 de Bretagne Sud a essay\u00e9 d'\u00eatre bonne \u00e9l\u00e8ve. Finalement, nous servons plut\u00f4t de ballon d'essai et nous subissons tout autant les gels de postes. \u00bb\u003C\/i\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EEssayer d'\u00eatre bon \u00e9l\u00e8ve, pour les universit\u00e9s, signifie aussi prendre la charge de leurs b\u00e2timents et terrains. C'est l'\u00e9tape suivante des \u00ab responsabilit\u00e9s et comp\u00e9tences \u00e9largies \u00bb dans le cadre de l'autonomie. \u003Ci\u003E\u00ab Une fois que l'universit\u00e9 arrive \u00e0 g\u00e9rer sa masse salariale, on lui propose aussi de g\u00e9rer son patrimoine immobilier \u00bb\u003C\/i\u003E, pr\u00e9cise Hugo Harari-Kermadec, ma\u00eetre de conf\u00e9rences en \u00e9conomie \u00e0 l'\u00c9cole normale sup\u00e9rieure de Paris-Saclay et membre du collectif \u003Ca href=\"https:\/\/universiteouverte.org\"\u003EUniversit\u00e9 ouverte\u003C\/a\u003E. L'\u00c9tat pr\u00e9sente cette d\u00e9volution du patrimoine immobilier comme un avantage pour les universit\u00e9s, qui peuvent ensuite le monnayer en louant les locaux par exemple.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELa contrepartie est qu'elles doivent ensuite financer elles-m\u00eames la modernisation des campus. Devront-elles \u00e0 terme recourir \u00e0 l'emprunt et s'endetter pour maintenir leurs b\u00e2timents en \u00e9tat, comme l'ont fait les h\u00f4pitaux au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 ? \u003Ci\u003E\u00ab Sciences po s'est endett\u00e9 pour construire des campus en province et \u00e9largir son campus parisien. On peut s'attendre \u00e0 ce que des facs suivent \u00bb\u003C\/i\u003E, r\u00e9pond l'\u00e9conomiste [\u003Ca href=\"#nb1\" name=\"nh1\"\u003E1\u003C\/a\u003E].\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cbig\u003EPlus d'\u00e9tudiants ne signifient pas plus de budget\u003C\/big\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EDeux ans apr\u00e8s l'adoption de la loi LRU, en 2009, le mode de calcul du budget des universit\u00e9s a aussi chang\u00e9. L'ancien syst\u00e8me, appel\u00e9 \u00ab San Remo \u00bb, \u00e9tablissait les budgets allou\u00e9s principalement en fonction du nombre d'\u00e9tudiants inscrits et du nombre de personnels. Le nouveau syst\u00e8me, d\u00e9nomm\u00e9 \u00ab Sympa \u00bb pour \u00ab Syst\u00e8me de r\u00e9partition des moyens \u00e0 la performance et \u00e0 l'activit\u00e9 \u00bb, prend davantage en compte la \u00ab performance \u00bb : taux de r\u00e9ussite en licence, nombre de masters et doctorats d\u00e9livr\u00e9s, nombre de publications des enseignants-chercheurs...\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EDepuis, une augmentation du nombre d'\u00e9tudiants inscrits dans une fac ne fait pas forc\u00e9ment augmenter son budget. Florent Calvayrac indique par exemple qu'au Mans, l'universit\u00e9 a accueilli 3000 \u00e9tudiants en plus depuis quelques ann\u00e9es, \u003Ci\u003E\u00ab mais notre budget n'a quasiment pas boug\u00e9, \u00e0 part quelques avances au coup par coup \u00bb,\u003C\/i\u003E dit-il. \u003Ci\u003E\u00ab L'enveloppe peut \u00eatre revue \u00e0 la baisse en cas de baisse des effectifs. Mais s'il y a des effectifs suppl\u00e9mentaires, c'est tr\u00e8s difficile de n\u00e9gocier une hausse, ou alors seulement sur des projets. M\u00eame dans ce cas, c'est la plupart du temps insuffisant. Alors, il faut aller chercher des contrats ailleurs, louer les locaux, devenir prestataire aupr\u00e8s des entreprises. Les formations en alternance nous rapportent par exemple des fonds. On re\u00e7oit de l'argent de la r\u00e9gion Pays de la Loire pour cela. \u00bb\u003C\/i\u003E De son c\u00f4t\u00e9, l'universit\u00e9 de Bretagne Sud a cr\u00e9\u00e9 une fondation notamment pour pouvoir faire des formations hors service public qui ram\u00e8nent de l'argent [\u003Ca href=\"#nb2\" name=\"nh2\"\u003E2\u003C\/a\u003E].\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cbig\u003E\u00ab Les universit\u00e9s n'ont d\u00e9j\u00e0 pas assez d'argent pour le chauffage, donc elles embauchent des vacataires \u00bb\u003C\/big\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EDepuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 2010, le nombre d'\u00e9tudiants n'a cess\u00e9 d'augmenter dans les universit\u00e9s fran\u00e7aises. En 2018, elles accueillaient plus d'1,6 million d'\u00e9tudiants - 60 % de l'ensemble des inscriptions dans l'enseignement sup\u00e9rieur. C'est 200 000 \u00e9tudiants de plus qu'en 2010 [\u003Ca href=\"#nb3\" name=\"nh3\"\u003E3\u003C\/a\u003E]. Dans le m\u00eame temps, le nombre d'enseignants-chercheurs a diminu\u00e9 : 90 870 postes en 2018 contre 91 100 six ans plus t\u00f4t. Les effectifs de professeurs et de ma\u00eetres de conf\u00e9rence ont baiss\u00e9 au total de pr\u00e8s de 4000 postes [\u003Ca href=\"#nb4\" name=\"nh4\"\u003E4\u003C\/a\u003E]. Les universit\u00e9s recrutent deux fois moins qu'en 2010 (1700 postes ouverts en 2018 contre 3600 huit ans plus t\u00f4t).\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Ci\u003E\u00ab Si le gouvernement voulait qu'il y ait plus de recrutements, il y en aurait plus. Dans les faits, chaque ann\u00e9e, l'\u00c9tat dit au universit\u00e9s \"vous avez droit \u00e0 tant de postes, vous aurez plus si vous arrivez \u00e0 obtenir quelques appels d'offre\". Mais dans le cas d'appels d'offre, ce ne sont pas des postes p\u00e9rennes\u003C\/i\u003E, d\u00e9taille Hugo Harari-Kermadec, de Paris-Saclay. \u003Ci\u003EDans la majorit\u00e9 des \u00e9tablissements, les universit\u00e9s ne recrutent pas au maximum du plafond \u00e9tabli par l'\u00c9tat car elles n'ont d\u00e9j\u00e0 pas assez d'argent pour le chauffage ou pour remplacer les fen\u00eatres cass\u00e9es... Donc, elles embauchent plut\u00f4t des vacataires pay\u00e9s \u00e0 l'heure. Les vacataires r\u00e9alisent aujourd'hui environ un tiers des heures de cours des universit\u00e9s. \u00bb\u003C\/i\u003E Le recours aux enseignants vacataires est devenu massif. Selon des estimations, ils seraient plus de 130 000, contre quelque 35 000 ma\u00eetres de conf\u00e9rences et 20 000 professeurs d'universit\u00e9 !\u003C\/p\u003E\u003Ctable\u003E\u003Ctbody\u003E\u003Ctr\u003E\u003Ctd\u003ELire aussi : \u003Ca href=\"https:\/\/www.bastamag.net\/Enseignants-vacataires-universites-precarite-chercheurs-auto-entrepreneur-parcoursup\"\u003EPay\u00e9s des mois apr\u00e8s avoir enseign\u00e9, et sans protection sociale : le scandale des vacataires \u00e0 l'universit\u00e9\u003C\/a\u003E\u003C\/td\u003E\u003C\/tr\u003E\u003C\/tbody\u003E\u003C\/table\u003E\u003Cp\u003E\u003Ci\u003E\u00ab Dans de nombreuses situations, les pr\u00e9sidents d'universit\u00e9 n'ont pas le choix. Si un pr\u00e9sident d\u00e9cide qu'il n'aura pas de de recours aux vacataires, il faut qu'il ferme la moiti\u00e9 de ses licences \u00bb\u003C\/i\u003E, ajoute l'\u00e9conomiste de Saclay. En f\u00e9vrier 2020, l'universit\u00e9 de Paris-8 a ainsi d\u00e9cid\u00e9 de renoncer \u00e0 sa premi\u00e8re ann\u00e9e de licence d'informatique, faute de moyens suffisants. \u003Ci\u003E\u00ab Depuis des ann\u00e9es, l'\u00e9quipe p\u00e9dagogique n'est plus en mesure d'assurer correctement sa mission de service public d'enseignement sup\u00e9rieur. Les groupes d'\u00e9tudiant.es sont de plus en plus surcharg\u00e9s alors que le nombre d'enseignant.es diminue (non-remplacement des d\u00e9parts en retraite, etc.) \u00bb\u003C\/i\u003E, ont d\u00e9plor\u00e9 les enseignants du cursus dans un courrier [\u003Ca href=\"#nb5\" name=\"nh5\"\u003E5\u003C\/a\u003E].\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cbig\u003ELa tyrannie de l'\u00e9valuation\u003C\/big\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EDans cette vaste transformation, l'\u00e9valuation est appel\u00e9e \u00e0 jouer un r\u00f4le grandissant. En 2007, l'\u00c9tat cr\u00e9e l'Agence d'\u00e9valuation de la recherche et de l'enseignement sup\u00e9rieur, charg\u00e9e d'\u00e9valuer la mani\u00e8re dont les universit\u00e9s assurent leurs missions d'enseignement (nombre de dipl\u00f4m\u00e9s, taux de r\u00e9ussite...) et de recherches (en mesurant notamment la \u00ab production \u00bb des chercheurs). Sous Hollande, cette agence change de nom, elle devient le Haut Conseil de l'\u00e9valuation de la recherche et de l'enseignement sup\u00e9rieur (Hceres). Elle perd aussi alors en importance, avec l'abandon de la notation stricte, remplac\u00e9e par des appr\u00e9ciations g\u00e9n\u00e9rales. Puis arrive Macron. Le nouveau pr\u00e9sident de la R\u00e9publique prend pour conseiller \u00e0 l'enseignement sup\u00e9rieur un certain Thierry Coulhon, ancien pr\u00e9sident de l'universit\u00e9 de Cergy-Pontoise, pass\u00e9 par le cabinet de Val\u00e9rie P\u00e9cresse quand celle-ci \u00e9tait ministre de l'Enseignement sup\u00e9rieur sous Sarkozy. C'est elle qui avait fait passer la loi LRU.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EThierry Coulhon annonce vouloir \u003Ci\u003E\u00ab reconstruire le lien entre l'\u00e9valuation et l'allocation des moyens \u00bb\u003C\/i\u003E, c'est-\u00e0-dire mettre en place un financement variable selon les bonnes, ou mauvaises, \u00e9valuations des \u00e9tablissements [\u003Ca href=\"#nb6\" name=\"nh6\"\u003E6\u003C\/a\u003E]. Et brigue donc depuis huit mois la pr\u00e9sidence du Haut Conseil \u00e0 l'\u00e9valuation. En vain pour l'instant : sa candidature est fortement contest\u00e9e par les chercheurs et les universitaires [\u003Ca href=\"#nb7\" name=\"nh7\"\u003E7\u003C\/a\u003E].\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Ci\u003E\u00ab Si Coulhon est candidat au Haut Conseil \u00e0 l'\u00e9valuation, c'est l\u00e0 qu'est le vrai minist\u00e8re. Le gouvernement va peut-\u00eatre l\u00e9gif\u00e9rer par d\u00e9crets s'il veut avoir plus de moyens pour renforcer les pouvoirs de cette instance,\u003C\/i\u003E analyse Bruno Andreotti, professeur de physique \u00e0 l'universit\u00e9 Paris-Diderot, membre du collectif \u003Ca href=\"http:\/\/rogueesr.fr\"\u003ERogue ESR\u003C\/a\u003E qui s'oppose \u00e0 la politique d'enseignement et de recherche du gouvernement actuel. Cela s'inscrit dans les seize ann\u00e9es de r\u00e9formes que l'on vient de vivre, qui visent toutes \u00e0 mettre en concurrence les structures d'enseignement et de recherche les unes avec les autres. Pour cela, il faut qu'elles soient diff\u00e9renci\u00e9es par les normes et les proc\u00e9dures d'\u00e9valuation, avec toute la panoplie des outils du n\u00e9o-management, les \u003Ci\u003Ebest practice\u003C\/i\u003E, le \u003Ci\u003Eranking\u003C\/i\u003E, l'\u00e9valuation quantitative... \u00bb Contre ces outils du n\u00e9o-management, Rogue ESR veut reprendre le contr\u00f4le sur les normes d'\u00e9valuation. Le collectif propose par exemple d'\u00e9valuer le poids de la pr\u00e9carit\u00e9 dans les universit\u00e9s : une norme pourrait d\u00e9valoriser les pr\u00e9sidences qui ont trop recours aux vacataires.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cbig\u003EConsultants priv\u00e9s et augmentation des frais d'inscription\u003C\/big\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u00c0 c\u00f4t\u00e9 de l'\u00e9valuation, un autre mantra des gouvernements successifs est l'ouverture aux investissements priv\u00e9s, cens\u00e9s remplacer l'argent public. Le dernier appel \u00e0 projets des programmes \u00ab d'investissement d'avenir \u00bb pousse ainsi les universit\u00e9s \u00e0 cr\u00e9er des \u00ab soci\u00e9t\u00e9s universitaires et de recherche \u00bb, des structures associant capitaux publics et priv\u00e9s. Ces soci\u00e9t\u00e9s auraient pour objectif de \u003Ci\u003E\u00ab d\u00e9velopper des activit\u00e9s offrant de r\u00e9elles perspectives de retour sur investissement \u00bb\u003C\/i\u003E, indique la convention sign\u00e9e entre l'\u00c9tat et la Caisse des d\u00e9p\u00f4ts et consignations (CDC), qui finance l'appel \u00e0 projets [\u003Ca href=\"#nb8\" name=\"nh8\"\u003E8\u003C\/a\u003E]. Les soci\u00e9t\u00e9s universitaires et de recherche doivent \u003Ci\u003E\u00ab permettre aux \u00e9tablissements de sortir d'une logique subventionnelle au profit d'une logique d'investisseur en d\u00e9veloppant de nouveau mod\u00e8les \u00e9conomiques \u00bb\u003C\/i\u003E, avance l'institution financi\u00e8re. Pour l'instant, aucune universit\u00e9 n'a encore \u00e9t\u00e9 s\u00e9lectionn\u00e9e, nous a indiqu\u00e9 la CDC. Elles ont jusqu'en 2023 pour d\u00e9poser un dossier.\u003C\/p\u003E\u003Cimg src=\"http:\/\/newsnet.fr\/\/img\/newsnet_179231_c1b4c2.png\" \/\u003E\u003Cp\u003E\u003Ci\u003E\u00ab Ce nouvel appel s'inscrit dans ladite \"politique d'excellence\" qui consiste \u00e0 \u00e9mettre des appels \u00e0 projets plus ou moins vaseux. En face, la technostructure des universit\u00e9s essaie de comprendre ce dont il s'agit, de se plier \u00e0 ce qui est demand\u00e9 et produit des r\u00e9ponses avec des cabinets de consultants priv\u00e9s qui ont pris un r\u00f4le d\u00e9mentiel dans la mani\u00e8re de gouverner les \u00e9tablissements\u003C\/i\u003E, r\u00e9agit Bruno Andreotti. \u003Ci\u003ELa politique dite d'excellence s'est d\u00e9velopp\u00e9e en plusieurs volets : l'autonomie de gestion des personnels, que la LPPR vient compl\u00e9ter ; puis l'autonomie p\u00e9dagogique amorc\u00e9e par Parcoursup, c'est-\u00e0-dire la mise en concurrence des formations entre elles, au lieu que deux licences d'histoire soient les m\u00eames partout. Le dernier volet, c'est l'autonomie de financement. C'est le plus dur, car \u00e0 terme, cela signifie augmenter les frais d'inscriptions. \u00bb\u003C\/i\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ECette rentr\u00e9e 2020 inaugure d\u00e9j\u00e0 les droits d'inscription d\u00e9cupl\u00e9s pour les \u00e9tudiants \u00e9trangers non-europ\u00e9ens : 2770 euros l'ann\u00e9e pour une inscription en licence, 3770 euros en master, contre 170 euros et 243 euros pour les \u00e9tudiants fran\u00e7ais et ressortissants de l'Union europ\u00e9enne. Une hausse contest\u00e9e par le Conseil constitutionnel mais finalement valid\u00e9e cet \u00e9t\u00e9 par le Conseil d'\u00c9tat. Mais les universit\u00e9s r\u00e9sistent. M\u00eame avec des budgets difficiles \u00e0 boucler, beaucoup ont refus\u00e9 de mettre en place ces droits discriminatoires par l'argent, qui risquent \u00e0 terme de s'\u00e9tendre \u00e0 toutes et tous.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ERachel Knaebel\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EPhoto de une : Blocage de l'Universit\u00e9 Paris-8 en d\u00e9cembre 2007, dans le cadre de la mobilisation \u00e9tudiante contre la loi LRU. \u003Ca onclick=\"SaveBf('photo_newsnet*179231*84049c(dot)jpg___')\"\u003E\u003Cspan class=\"philum ic-img\"\u003E\u003C\/span\u003E CC K'm via Wikimedia Commons\u003C\/a\u003E.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cbig\u003ENotes\u003C\/big\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E[\u003Ca href=\"#nh1\" name=\"nb1\"\u003E1\u003C\/a\u003E] Sciences Po a emprunt\u00e9 160 millions d'euros pour son projet de nouveau campus parisien Campus 2022. Voir la \u003Ca href=\"https:\/\/www.sciencespo.fr\/sites\/default\/files\/Dossier%20de%20presse%20-%20Campus%202022,%20un%20nouveau%20Sciences%20Po%20au%20coeur%20de%20Paris-web.pdf\" target=\"_blank\"\u003Ebrochure de pr\u00e9sentation\u003C\/a\u003E du projet.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E[\u003Ca href=\"#nh2\" name=\"nb2\"\u003E2\u003C\/a\u003E] Au sujet de cette fondation voir le \u003Ca href=\"https:\/\/www.univ-ubs.fr\/fr\/universite-bretagne-sud\/l-ubs-en-bref\/fondation-chaires.html\"\u003Esite\u003C\/a\u003E de l'Universit\u00e9 de Bretagne Sud.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E[\u003Ca href=\"#nh3\" name=\"nb3\"\u003E3\u003C\/a\u003E] Voir les \u003Ca href=\"https:\/\/cache.media.enseignementsup-recherche.gouv.fr\/file\/2020\/39\/4\/NI_2020-02_Effectifs_synthese_1235394.pdf\" target=\"_blank\"\u003Echiffres\u003C\/a\u003E.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E[\u003Ca href=\"#nh4\" name=\"nb4\"\u003E4\u003C\/a\u003E] Voir les chiffres de 2011-2012 \u003Ca href=\"https:\/\/cache.media.enseignementsup-recherche.gouv.fr\/file\/2013\/43\/6\/NI_MESR_13_07_3_266436.pdf\" target=\"_blank\"\u003Eici\u003C\/a\u003E et ceux de 2018 \u003Ca href=\"https:\/\/cache.media.enseignementsup-recherche.gouv.fr\/file\/statistiques\/81\/6\/Note_DGRH_n9_septembre_2019_Annee_2018_1183816.pdf\" target=\"_blank\"\u003Eici\u003C\/a\u003E.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E[\u003Ca href=\"#nh5\" name=\"nb5\"\u003E5\u003C\/a\u003E] Voir le \u003Ca href=\"https:\/\/academia.hypotheses.org\/11100\"\u003Ecourrier\u003C\/a\u003E.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E[\u003Ca href=\"#nh6\" name=\"nb6\"\u003E6\u003C\/a\u003E] Voir le \u003Ca href=\"https:\/\/www.hceres.fr\/sites\/default\/files\/media\/downloads\/191015_colloqueHceres_global_DEF.pdf\" target=\"_blank\"\u003Ecompte-rendu\u003C\/a\u003E du colloque du Haut Conseil de l'\u00e9valuation de la recherche et de l'enseignement sup\u00e9rieur, 17 et 18 septembre 2019.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E[\u003Ca href=\"#nh7\" name=\"nb7\"\u003E7\u003C\/a\u003E] En janvier, plusieurs milliers d'entre eux avaient pos\u00e9 une contre-candidature commune. Voir sur le \u003Ca href=\"http:\/\/rogueesr.fr\/hceres\"\u003Esite\u003C\/a\u003E de Rogue ESR.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E[\u003Ca href=\"#nh8\" name=\"nb8\"\u003E8\u003C\/a\u003E] Voir la \u003Ca href=\"https:\/\/www.legifrance.gouv.fr\/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000036339944&categorieLien=id\"\u003Econvention\u003C\/a\u003E.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Ca href=\"http:\/\/www.bastamag.net\/Universites-LPPR-vacataires-budget-rentree-etudiants-investissements-prives\"\u003Ebastamag.net\u003C\/a\u003E\u003C\/p\u003E"}}