{"179262":{"id":"179262","parent":"0","time":"1600154531","url":"http:\/\/www.bastamag.net\/Universites-etudes-superieures-precarite-etudiante-gratuite-frais-inscription-salaire-etudiant-aurelien-casta","category":"R\u00e9seau social","title":"Un salaire \u00e9tudiant pour « refuser que les \u00e9tudes sup\u00e9rieures soient ferm\u00e9es \u00e0 certains groupes sociaux »","lead_image_url":"http:\/\/newsnet.fr\/img\/newsnet_179262_d737e3.jpg","hub":"newsnet","url-explicit":"un-salaire-etudiant-pour-laquo-refuser-que-les-etudes-superieures-soient-fermees-a-certains-groupes-sociaux-raquo","admin":"newsnet","views":"29","priority":"3","length":"16778","lang":"","content":"\u003Cp\u003Epar \u003Ca href=\"https:\/\/www.bastamag.net\/Rachel-Knaebel\"\u003ERachel Knaebel\u003C\/a\u003E 15 septembre 2020\u003C\/p\u003E\u003Cimg src=\"http:\/\/newsnet.fr\/\/img\/newsnet_179262_d737e3.jpg\" \/\u003E\u003Cp\u003ELes \u00e9tudiants \u00e9trangers non-europ\u00e9ens devront d\u00e9sormais d\u00e9bourser plusieurs milliers d'euros pour \u00e9tudier en France. C'est la premi\u00e8re \u00e9tape d'une hausse g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e pour tous les \u00e9tudiants, comme le montre l'exp\u00e9rience britannique. La revendication d'un acc\u00e8s gratuit \u00e0 l'universit\u00e9, voire d'un salaire \u00e9tudiant, reste d'actualit\u00e9 pour contrer ces in\u00e9galit\u00e9s. Entretien avec le sociologue Aur\u00e9lien Casta.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003E\u003Ci\u003EBasta !\u003C\/i\u003E : Cette rentr\u00e9e universitaire inaugure les nouveau frais d'inscription d\u00e9cupl\u00e9s pour les \u00e9tudiants \u00e9trangers non-europ\u00e9ens - 2770 pour la licence, 3770 euros en master, contre 170 euros et 243 euros pour les \u00e9tudiants fran\u00e7ais et de l'Union europ\u00e9enne. Comment l'id\u00e9e d'augmenter les frais d'inscription a-t-elle r\u00e9ussi \u00e0 s'imposer ?\u003C\/b\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cfigure\u003E\u003Cimg style=\" width:175px;\" src=\"http:\/\/newsnet.fr\/\/img\/newsnet_179262_48483e.jpg\" \/\u003E\u003Cfigcaption\u003E\u003Ci\u003E\u00a9DR\u003C\/i\u003E\u003C\/figcaption\u003E\u003C\/figure\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003EAur\u00e9lien Casta\u003C\/b\u003E [\u003Ca href=\"#nb1\" name=\"nh1\"\u003E1\u003C\/a\u003E] : Il y avait d\u00e9j\u00e0 le projet de loi Devaquet dans les ann\u00e9es 1980 [le projet de loi de 1986 d'Alain Devaquet, ministre de l'Enseignement sup\u00e9rieur du gouvernement de Jacques Chirac, voulait introduire la s\u00e9lection \u00e0 l'entr\u00e9e des universit\u00e9s et leur donner la possibilit\u00e9 de fixer elles-m\u00eames leurs droits d'inscriptions, ndlr]. Il a \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9 suite \u00e0 un mouvement social massif. Ensuite, jusqu'\u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990, seuls des acteurs class\u00e9s \u00e0 droite ou \u00e0 l'extr\u00eame droite continuaient \u00e0 d\u00e9fendre une hausse des droits d'inscriptions. Puis, les directeurs d'\u00e9tablissements ont repris l'id\u00e9e, qu'il s'agisse de pr\u00e9sidents d'universit\u00e9s publiques ou de directeurs de grandes \u00e9coles publiques et priv\u00e9es. La Conf\u00e9rence des grandes \u00e9coles et celle des pr\u00e9sidents d'universit\u00e9s publiques ont commenc\u00e9 \u00e0 travailler sur la hausse des frais d'inscription. \u00c0 la fin des ann\u00e9es 2000, des groupes de r\u00e9flexion de droite comme de gauche, l'Institut Montaigne, Terra Nova, et des groupes patronaux comme l'Institut de l'entreprise, ont appuy\u00e9 cette demande.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003ELes pr\u00e9sidents d'universit\u00e9s ont-ils ralli\u00e9 l'id\u00e9e d'une hausse des inscriptions parce que les financements publics des universit\u00e9s se r\u00e9duisaient ?\u003C\/b\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ECe qui est certain, c'est qu'\u00e0 partir du milieu des ann\u00e9es 1990, des rapports d'experts command\u00e9s par les minist\u00e8res annoncent que les subventions publiques aux \u00e9tablissements n'allaient pas pouvoir suivre la hausse des effectifs \u00e9tudiants, et qu'il y aurait un probl\u00e8me de financement. C'est notamment ce que dit le rapport Laurent d\u00e8s 1994 (du nom de Daniel Laurent, alors pr\u00e9sident de l'universit\u00e9 de Marne-la-Vall\u00e9e : \"Universit\u00e9s, relever les d\u00e9fis du nombre\" [\u003Ca href=\"#nb2\" name=\"nh2\"\u003E2\u003C\/a\u003E]). Ces rapports ont \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9s aux pr\u00e9sidents des universit\u00e9s pour les acclimater \u00e0 la situation.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003ELes universit\u00e9s britanniques n'ont pas toujours \u00e9t\u00e9 payantes et ch\u00e8res comme aujourd'hui. Comment cela s'est-il pass\u00e9 au Royaume-Uni ? La France suit-elle le m\u00eame processus ?\u003C\/b\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EApr\u00e8s-guerre, la Grande-Bretagne a d\u00e9mocratis\u00e9 l'enseignement sup\u00e9rieur. Cela a repos\u00e9 jusqu'en 1997 sur un syst\u00e8me qui garantissaient \u00e0 la fois la gratuit\u00e9 des \u00e9tudes pour les \u00e9tudiants \u00e0 temps plein, et le versement d'une prestation aux \u00e9tudiants. Celle-ci repr\u00e9sentait jusqu'\u00e0 deux fois l'\u00e9quivalent des bourses fran\u00e7aises sur crit\u00e8res sociaux, soit 6000 \u00e0 7000 euros par an pour les frais de vie courante pour les personnes issues des milieux les moins favoris\u00e9s.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELa premi\u00e8re mesure d\u00e9cisive a \u00e9t\u00e9 prise sous le gouvernement de Margaret Thatcher en 1982. Il s'agissait d'une d\u00e9r\u00e9glementation des frais d'inscription demand\u00e9s au \u00e9tudiants \u00e9trangers non-europ\u00e9ens. Ce qui r\u00e9sonne \u00e9videmment avec ce qui se passe en France aujourd'hui. De cette d\u00e9cision r\u00e9sulta une hausse consid\u00e9rable des frais pour cette cat\u00e9gorie d'\u00e9tudiants. Ensuite, le gouvernement Thatcher n'a pas r\u00e9ussi \u00e0 aller plus loin. Il n'a pas pu imposer la m\u00eame mesure aux ressortissants britanniques. La relance du projet a lieu \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980 et au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990. Ce sont l\u00e0-aussi les pr\u00e9sidents d'universit\u00e9s qui ont pris position publiquement pour la hausse des frais d'inscriptions et la mise en place en parall\u00e8le d'un syst\u00e8me de pr\u00eats. Ils ont \u00e9t\u00e9 suivis par le parti travailliste.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003EQuels \u00e9taient les arguments des travaillistes, la gauche britannique, pour soutenir cela ?\u003C\/b\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELe principal argument qui a pu susciter l'adh\u00e9sion venait du d\u00e9bat autour de la justice sociale. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de travaillistes, notamment Tony Blair et Gordon Brown, affirment que le syst\u00e8me de gratuit\u00e9 est injuste, car ce sont les personnes issues des milieux favoris\u00e9s qui vont \u00e0 l'universit\u00e9 et qui b\u00e9n\u00e9ficient donc de cette gratuit\u00e9. Celle-ci est financ\u00e9e par la collectivit\u00e9, y compris les m\u00e9nages populaires. Selon eux, il \u00e9tait temps de remettre en cause cette politique. Cet argument fait cependant l'impasse sur un fait incontestable : pendant les ann\u00e9es 1970 et 1980, les m\u00e9nages populaires, et les femmes, ont eu de plus en plus acc\u00e8s aux universit\u00e9s. Les travaillistes ont au contraire affirm\u00e9 que l'enseignement sup\u00e9rieur ne serait jamais ouvert \u00e0 toutes et \u00e0 tous, et qu'en cons\u00e9quence, il faut le faire payer \u00e0 ceux qui y ont acc\u00e8s car ils en ont les moyens. Voil\u00e0 le tournant id\u00e9ologique.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003EY-a-t-il eu des r\u00e9sistances de la part des \u00e9tudiants alors, ou cela est-il venu plus tard, quand les frais d'inscription ont atteint des niveaux extr\u00eamement \u00e9lev\u00e9s en 2010 avec un fort mouvement \u00e9tudiant ?\u003C\/b\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELa protestation a \u00e9t\u00e9 syst\u00e9matique. Aujourd'hui, une ann\u00e9e de licence co\u00fbte environ 10 000 euros en Grande Bretagne, mais cela s'est fait progressivement, en trois r\u00e9formes. Celles de 1997 et 2004 ont \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9es sous des gouvernements travaillistes, celle de 2010 avec au pouvoir les conservateurs et les lib\u00e9raux. \u00c0 chaque fois, il y a eu un mouvement \u00e9tudiant tr\u00e8s important, qui n'a pas \u00e9t\u00e9 facilit\u00e9 en 1997 et 2004 par le syndicat \u00e9tudiant unique et historique, le NUS [National Union of Students], qui a tendance \u00e0 jouer le jeu de la n\u00e9gociation avec les travaillistes. Les mobilisations ont \u00e9t\u00e9 plus fortes et violentes en 2010.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003EVous expliquez aussi dans votre livre, \u003Ci\u003EUn salaire \u00e9tudiant\u003C\/i\u003E, qu'en Grande-Bretagne, l'augmentation des frais d'inscription s'est accompagn\u00e9e de la mise en place de pr\u00eats \u00e9tudiants pris en charge par une agence d'\u00c9tat. Ne s'agit-il donc pas d'une certaine mani\u00e8re d'un simple biais comptable : l'\u00c9tat ne finance plus directement les universit\u00e9s, mais indirectement via des pr\u00eats, qui n'apparaissent pas de prime abord comme une d\u00e9pense publique ?\u003C\/b\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELe dispositif est en effet ambigu. En r\u00e9alit\u00e9, le syst\u00e8me de pr\u00eats \u00e9tudiants mobilise des sommes extr\u00eamement \u00e9lev\u00e9es, tout \u00e0 fait comparables aux sommes n\u00e9cessaires pour l'ancien syst\u00e8me, qui garantissait la gratuit\u00e9. L'endettement des \u00e9tudiants britanniques n'est pas assur\u00e9 par les banques commerciales, pour qui le risque est trop important. Donc, c'est l'\u00c9tat qui l'assume. Les pr\u00eats courent sur 30 ans. Sauf que beaucoup d'organismes publient des \u00e9tudes estimant que les pr\u00eats ne seront rembours\u00e9s, au grand maximum, qu'\u00e0 hauteur de la moiti\u00e9 des sommes engag\u00e9es. Le reste sera d\u00e9finitivement assum\u00e9 par les caisses de l'\u00c9tat.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003EQuel effet a eu l'augmentation des frais d'inscription sur l'acc\u00e8s des jeunes des classes populaires \u00e0 l'enseignement sup\u00e9rieur au Royaume-Uni ?\u003C\/b\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EContrairement \u00e0 ce que l'on pourrait penser, une s\u00e9rie d'\u00e9tudes converge pour dire qu'il n'y a pas de baisse drastique des inscriptions des jeunes des milieux populaires dans l'enseignement sup\u00e9rieur. Des in\u00e9galit\u00e9s se sont cependant d\u00e9velopp\u00e9es sur le d\u00e9part du foyer parental. Les d\u00e9parts se font plus tard. Les \u00e9tudiants des m\u00e9nages populaires limitent aussi leur choix d'\u00e9tablissements aux plus proches, m\u00eame pour ceux qui pourraient avoir acc\u00e8s \u00e0 des \u00e9tablissements plus prestigieux mais \u00e9loign\u00e9s. Un autre effet constat\u00e9 concerne l'emploi pendant les \u00e9tudes : les \u00e9tudiants des m\u00e9nages populaires travaillent en plus de leurs \u00e9tudes, et consacrent donc moins de temps \u00e0 celles-ci. Les \u00e9tudiants les moins favoris\u00e9s ont aussi tendance depuis ces r\u00e9formes \u00e0 souscrire des pr\u00eats compl\u00e9mentaires aupr\u00e8s de banques commerciales, en plus de l'endettement aupr\u00e8s de l'organisme d'\u00c9tat. Or, ces pr\u00eats commerciaux sont beaucoup plus co\u00fbteux.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003EEn France, alors que la question de l'augmentation des frais d'inscriptions est relanc\u00e9e par ce gouvernement, les organisations \u00e9tudiantes d\u00e9fendent toujours l'acc\u00e8s gratuit \u00e0 l'enseignement sup\u00e9rieur. Plusieurs portent m\u00eame l'id\u00e9e d'un salaire \u00e9tudiant : payer les \u00e9tudiants pour se former. Cette revendication est-elle ancienne ?\u003C\/b\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EElle date de l'apr\u00e8s-guerre. C'est l'Unef, la principale organisation \u00e9tudiante \u00e0 l'\u00e9poque, qui porte ce projet, avec le soutien de parlementaires. Les questions de l'acc\u00e8s aux \u00e9tudes et de leur d\u00e9mocratisation font partie des revendications de l'Unef d\u00e8s sa cr\u00e9ation. En 1948, le syndicat \u00e9tudiant adopte sa charte de Grenoble, qui \u00e9nonce des principes sur l'enseignement sup\u00e9rieur mais qui vont aussi au-del\u00e0. On a alors des \u00e9tudiants marqu\u00e9s par la guerre, par la pr\u00e9sence de l'occupant nazi et par l'action de la R\u00e9sistance dans laquelle de nombreux \u00e9tudiants se sont engag\u00e9s. Dans la charte de Grenoble, l'Unef parle de r\u00e9volution \u00e9conomique et sociale. L'organisation veut participer \u00e0 un changement, \u00e9conomique et social, g\u00e9n\u00e9ral et profond.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003EQuels sont alors leurs arguments pour un salaire \u00e9tudiant ?\u003C\/b\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EL'Unef d\u00e9fend d'abord un grand principe : que les \u00e9tudiantes et les \u00e9tudiants sont des travailleurs, produisent des choses utiles \u00e0 la collectivit\u00e9, et cela m\u00eame pendant leur formation. L'organisation m\u00e8ne un combat id\u00e9ologique pour faire des \u00e9tudiants des acteurs \u00e9conomiques l\u00e9gitimes : ce n'est pas parce que nous sommes en formation que nous ne sommes pas des acteurs \u00e9conomiques \u00e0 part enti\u00e8re. \u00c0 ce titre, notre travail doit \u00eatre valoris\u00e9 \u00e9conomiquement et financi\u00e8rement, et il est n\u00e9cessaire de nous verser un salaire.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003EPourquoi la mesure n'a finalement pas \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e ?\u003C\/b\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EOn est pass\u00e9 tout pr\u00e8s de l'adoption \u00e0 l'Assembl\u00e9e nationale en 1951. Les communistes, les chr\u00e9tiens-d\u00e9mocrates, dans une moindre mesure les socialistes, ont repris ce projet \u00e0 leur compte et formalis\u00e9 une proposition de loi. Les parlementaires l'ont d\u00e9fendue en s\u00e9ance pl\u00e9ni\u00e8re. Mais apr\u00e8s l'adoption d'un premier article, les ministres socialistes de l'\u00c9ducation nationale et des Comptes publics ont fait obstacle au projet, sur la base d'arguments techniques.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003EUn principe de r\u00e9mun\u00e9ration pendant les \u00e9tudes a pourtant \u00e9t\u00e9 mis en place pour les \u00e9tudiants de certaines grandes \u00e9coles, comme l'\u00c9cole normale sup\u00e9rieure, l'ENA, ou celle de la magistrature, avec des r\u00e9mun\u00e9rations pouvant avoisiner 1600 euros bruts par mois, en \u00e9change d'un engagement de service...\u003C\/b\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EOui, mais cela n'est pas li\u00e9 \u00e0 ce projet de salaire \u00e9tudiant. D\u00e8s 1948, certains \u00e9tudiants des \u00e9coles d'\u00c9tat prestigieuses b\u00e9n\u00e9ficient d'un syst\u00e8me de pr\u00e9-traitement. Le projet de l'Unef \u00e9tait d'une autre ampleur, le salaire \u00e9tait universel, il concernait toutes les \u00e9tudiantes et tous les \u00e9tudiants. C'est un projet de d\u00e9mocratisation. Ce n'est pas li\u00e9 \u00e0 la d\u00e9marche des \u00e9coles prestigieuses d'\u00c9tat qui est de s\u00e9lectionner une toute petite minorit\u00e9 de personnes.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003ELes organisations \u00e9tudiantes ont-elles ensuite continu\u00e9 \u00e0 porter cette revendication ?\u003C\/b\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EDans le mouvement \u00e9tudiant fran\u00e7ais, il y a toujours eu des syndicats et des groupes qui ont d\u00e9fendu la mesure. Aujourd'hui, Solidaires \u00e9tudiants continue \u00e0 d\u00e9fendre cela, les \u00e9tudiantes et \u00e9tudiants communistes aussi, et des minorit\u00e9s au sein de l'Unef.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003ECela peut-il prendre aujourd'hui la forme d'une allocation d'autonomie ?\u003C\/b\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EC'est ce qui est devenu officiellement le salaire \u00e9tudiant \u00e0 l'Unef. Mais quand on regarde le fond de cette mesure d'allocation d'autonomie, l'id\u00e9e s'est quand m\u00eame consid\u00e9rablement affadie. La r\u00e9f\u00e9rence au travail des \u00e9tudiant.es, au reste des travailleuses et travailleurs, est bien moins \u00e9vidente quand on lit les argumentaires actuels. Cela a perdu de sa force de frappe r\u00e9volutionnaire. L'allocation d'autonomie est de moins en moins d\u00e9fendue pour subvertir l'ordre \u00e9conomique et social dominant. Le terme cache aussi des d\u00e9bats internes \u00e0 l'Unef.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003EEn quoi le projet de salaire \u00e9tudiant est-il r\u00e9volutionnaire \u00e0 vos yeux ?\u003C\/b\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EIl l'est \u00e0 plusieurs niveaux. Ce projet est li\u00e9 \u00e0 une d\u00e9mocratisation g\u00e9n\u00e9rale des \u00e9tudes sup\u00e9rieures. Il porte toujours en lui la bataille pour l'acc\u00e8s aux \u00e9tudes des m\u00e9nages populaires, des femmes et des personnes \u00e9trang\u00e8res. D\u00e9fendre que l'acc\u00e8s aux \u00e9tudes sup\u00e9rieures doit \u00eatre total, refuser que les \u00e9tudes soient ferm\u00e9es \u00e0 certains groupes sociaux, c'est r\u00e9volutionnaire. De fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale, au niveau \u00e9conomique et social, c'est r\u00e9volutionnaire de questionner ce qu'est le travail.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EAvec le salaire \u00e9tudiant, une bataille est men\u00e9e sur cet aspect : \"Si aujourd'hui, en tant qu'\u00e9tudiant, on est pauvre et dans la pr\u00e9carit\u00e9, c'est parce qu'on ne nous reconna\u00eet pas l'utilit\u00e9 pr\u00e9sente de ce qu'on fait. On nous refuse l'utilit\u00e9, on nous refuse le travail, et donc on nous refuse le salaire\". Avec le salaire \u00e9tudiant comme programme et comme strat\u00e9gie politique, on souhaite collectivement combattre ce d\u00e9ni qui nous est impos\u00e9 et dont on souffre au quotidien. Il ne s'agit pas seulement d'id\u00e9ologie. Ce d\u00e9ni se traduit par une absence tr\u00e8s concr\u00e8te de r\u00e9mun\u00e9ration, avec des enjeux forts, notamment sur les stages, qui se sont banalis\u00e9s et pour lesquels on est loin d'avoir droit au salaire.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003ECe sont deux mod\u00e8les de la valeur des \u00e9tudes qui s'opposent ? Celui des \u00e9tudes gratuites, consid\u00e9r\u00e9es comme du travail, contre celui, capitaliste, des \u00e9tudes payantes, consid\u00e9r\u00e9es comme un investissement financ\u00e9 par des pr\u00eats ?\u003C\/b\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ECela va au-del\u00e0. Nous faisons face \u00e0 plusieurs oppressions. Le capitalisme en fait partie, le patriarcat et le racisme aussi. Ces derni\u00e8res oppressions jouent aussi \u00e9norm\u00e9ment dans le refus de salaire fait aux \u00e9tudiantes et \u00e9tudiants. Le projet et la strat\u00e9gie du salaire \u00e9tudiant ont \u00e9t\u00e9 repris au Qu\u00e9bec ces derni\u00e8res ann\u00e9es, avec les Comit\u00e9s unitaires sur le travail \u00e9tudiant, les Cute. Leurs membres mettent en avant que le refus de salaire fait aux \u00e9tudiant.es s'impose davantage aux femmes qu'aux hommes, de la m\u00eame mani\u00e8re qu'il s'impose plus aux classes populaires et aux personnes issues de l'immigration. Par exemple, au Qu\u00e9bec, les stages sont syst\u00e9matiquement r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s dans les fili\u00e8res d'\u00e9tudes o\u00f9 les hommes sont majoritaires et pas dans les fili\u00e8res d'\u00e9tudes en majorit\u00e9 f\u00e9minines, comme le travail social ou l'\u00e9ducation [\u003Ca href=\"#nb3\" name=\"nh3\"\u003E3\u003C\/a\u003E]\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELe diagnostic m\u00e9riterait d'\u00eatre men\u00e9 en France. Nous avons ici des \u00e9tudes r\u00e9mun\u00e9r\u00e9es, comme dans les grandes \u00e9coles prestigieuses d'\u00c9tat. Ces fili\u00e8res ne sont-elles pas l'apanage de certaines couches sociales ? N'accueillent-elles pas plus des hommes, et n'excluent-elles pas davantage les personnes qui sont issues de l'immigration, les personnes \u00e9trang\u00e8res ? \u00c0 chaque fois que le salaire \u00e9tudiant est d\u00e9fendu dans une lutte, la discussion d\u00e9passe largement le cadre de l'universit\u00e9. Des militantes et des militants se saisissent de la question du salaire \u00e9tudiant pour politiser collectivement les enjeux du travail et de sa d\u00e9finition.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ERecueilli par Rachel Knaebel.\u003C\/p\u003E\u003Cimg style=\" width:150px;\" src=\"http:\/\/newsnet.fr\/\/img\/newsnet_179262_5381a7.png\" \/\u003E\u003Cp\u003E\u003Ci\u003EUn salaire \u00e9tudiant. Financement et d\u00e9mocratisation des \u00e9tudes\u003C\/i\u003E, Aur\u00e9lien Casta, \u003Ca href=\"https:\/\/ladispute.atheles.org\/economietravail\/unsalaireetudiant\"\u003ELa Dispute\u003C\/a\u003E, 2017.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EPhoto : Une manifestation contre la loi Devaquet en 1986. \u003Ca onclick=\"SaveBf('photo_newsnet*179262*5d7806(dot)jpg___')\"\u003E\u003Cspan class=\"philum ic-img\"\u003E\u003C\/span\u003E CC Franck.schneider via Wikimedia Commons\u003C\/a\u003E.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cbig\u003ENotes\u003C\/big\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E[\u003Ca href=\"#nh1\" name=\"nb1\"\u003E1\u003C\/a\u003E] Aur\u00e9lien Casta est docteur en sociologie, chercheur associ\u00e9 \u00e0 l'universit\u00e9 Paris-Nanterre et \u00e0 l'universit\u00e9 de Lille. Il est l'auteur de \u003Ca href=\"https:\/\/ladispute.atheles.org\/economietravail\/unsalaireetudiant\"\u003EUn salaire \u00e9tudiant. Financement et d\u00e9mocratisation des \u00e9tudes\u003C\/a\u003E, La Dispute, 2017 et a codirig\u00e9 l'ouvrage \u003Ca href=\"https:\/\/www.syllepse.net\/l-autonomie-en-mouvements-_r_77_i_636.html\"\u003EL'autonomie en mouvements. Revendication syndicales et mobilisations d'\u00e9tudiantes\u003C\/a\u003E, Syllepse, 2015.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E[\u003Ca href=\"#nh2\" name=\"nb2\"\u003E2\u003C\/a\u003E] Voir ce rapport \u003Ca href=\"https:\/\/www.snesup.fr\/rapport-laurent-1994\"\u003Eici\u003C\/a\u003E.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E[\u003Ca href=\"#nh3\" name=\"nb3\"\u003E3\u003C\/a\u003E] Voir aussi cet \u003Ca href=\"https:\/\/www.revue-ballast.fr\/etudier-cest-travailler-entretien-avec-les-cute\"\u003Eentretien\u003C\/a\u003E de la revue Ballast avec militants qu\u00e9b\u00e9cois des Comit\u00e9s unitaires sur le travail \u00e9tudiant.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Ca href=\"http:\/\/www.bastamag.net\/Universites-etudes-superieures-precarite-etudiante-gratuite-frais-inscription-salaire-etudiant-aurelien-casta\"\u003Ebastamag.net\u003C\/a\u003E\u003C\/p\u003E"}}