{"180468":{"id":"180468","parent":"0","time":"1602864412","url":"http:\/\/www.elcorreo.eu.org\/La-France-fut-le-meilleur-espion-des-Etats-Unis-a-Cuba","category":"Histoire","title":"La France fut le meilleur espion des \u00c9tats-Unis \u00e0 Cuba","lead_image_url":"http:\/\/newsnet.fr\/img\/newsnet_180468_8b1aa8.jpg","hub":"newsnet","url-explicit":"la-france-fut-le-meilleur-espion-des-etats-unis-a-cuba","admin":"newsnet","views":"55","priority":"3","length":"19653","lang":"","content":"\u003Cp\u003E\u003Cb\u003ER\u00e9v\u00e9lations sur la crise d'octobre 1962. C'est une information presque in\u00e9dite. Lors de la Crise d'Octobre, ou Crise des Missiles, de 1962, la France joua un r\u00f4le fondamental : ce sont ses espions \u00e0 La Havane qui avaient d\u00e9couvert, avant tout le monde, l'arriv\u00e9e secr\u00e8te des missiles sovi\u00e9tiques \u00e0 Cuba et qui en inform\u00e8rent Washington...\u003C\/b\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ECette crise, la plus grave de la Guerre Froide, faillit d\u00e9clencher une confrontation nucl\u00e9aire entre les \u00c9tats-Unis et l'Union Sovi\u00e9tique \u00e0 propos de la r\u00e9volution cubaine... De par la pr\u00e9cision de l'information que les fran\u00e7ais livr\u00e8rent, et la port\u00e9e du sujet, ce travail en faveur d'une puissance \u00e9trang\u00e8re a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 jusqu'\u00e0 aujourd'hui comme l'un des plus importants de l'histoire du renseignement fran\u00e7ais.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u00c0 la demande du gouvernement du pr\u00e9sident Harry Truman, le dictateur cubain Fulgencio Batista avait rompu les relations diplomatiques avec l'Union sovi\u00e9tique en avril 1952. Le 4 f\u00e9vrier 1960, alors que les r\u00e9volutionnaires de Fidel Castro Ruz \u00e9taient \u00e0 pr\u00e9sent au pouvoir, le vice-premier ministre du gouvernement sovi\u00e9tique, Anast\u00e1s Mikoy\u00e1n, effectua une visite officielle \u00e0 La Havane. Sans plus attendre, Cuba signa plusieurs accords commerciaux tr\u00e8s avantageux, au moment o\u00f9 les \u00c9tats-Unis commen\u00e7aient leur agression \u00e9conomique. D'autres accords de coop\u00e9ration militaire furent \u00e9galement convenus. Trois mois plus tard, les relations diplomatiques furent r\u00e9tablies.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EA cette date, Washington encourageait les incursions militaires et les actes terroristes des partisans de Batista, allant m\u00eame jusqu'\u00e0 refuser de vendre \u00e0 la jeune r\u00e9volution des pi\u00e8ces de rechange pour les armes r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es de la dictature. Il faisait, en outre, pression sur ses alli\u00e9s pour que ceux-ci ne lui vendent pas d'armes ou ne lui livrent pas celles qui avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 pay\u00e9es par Batista avec l'argent de l'\u00c9tat. Seule la Belgique refusa d'ob\u00e9ir et vendit des armes et des grenades : le 4 mars 1960, le navire fran\u00e7ais \u00ab \u003Ci\u003ELa Coubre\u003C\/i\u003E \u00bb qui les transportait, explosa dans la baie de La Havane, faisant plus de 200 bless\u00e9s et environ 70 morts.\u003C\/p\u003E\u003Cimg src=\"http:\/\/newsnet.fr\/\/img\/newsnet_180468_8b1aa8.jpg\" \/\u003E\u003Cp\u003ELe dix-sept avril 1961, une force mercenaire de plus de mille hommes, entra\u00een\u00e9e, dirig\u00e9e et arm\u00e9e par la CIA, tenta d'envahir Cuba par la Baie des Cochons, mais fut mise en d\u00e9route en moins de 70 heures. Le pr\u00e9sident John F. Kennedy, qui prit cette d\u00e9faite comme une terrible humiliation pour les Etats-Unis, ordonna la pr\u00e9paration d'un plan contenant des mesures politiques, militaires, \u00e9conomiques et de propagande contre Castro et sa r\u00e9volution. C'est ainsi que naquit l'\u003Cspan id=\"bt661f7f\"\u003E\u003Ca onclick=\"togglebub('app__661f7f_wiki_call_https(ddot)(slash)(slash)fr(dot)wikipedia(dot)org(slash)wiki(slash)Op%C3%A9ration*Mongoose_1')\"\u003E\u003Cspan class=\"philum ic-wiki2\"\u003E\u003C\/span\u003E\u003C\/a\u003E\u003C\/span\u003E \u003Ca href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Op%C3%A9ration_Mongoose\"\u003EOp\u00e9ration Mangouste\u003C\/a\u003E (Mongoose), nom de code d'une strat\u00e9gie de S\u00e9curit\u00e9 Nationale, dont l'objectif final \u00e9tait une invasion directe par les \u003Ci\u003EMarines\u003C\/i\u003E.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EAlors que Washington avait pour seul but d'en finir avec la r\u00e9volution, Moscou continuait de multiplier les accords commerciaux avantageux avec elle et contribuait \u00e0 la n\u00e9cessaire modernisation de sa d\u00e9fense militaire.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELorsque les services de renseignements sovi\u00e9tiques d\u00e9couvrirent la finalit\u00e9 de l'Op\u00e9ration Mangouste, ils en inform\u00e8rent Cuba. Alors les r\u00e9volutionnaires sugg\u00e9r\u00e8rent au dirigeant sovi\u00e9tique, Nikita Khrouchtchev, l'installation d'une force de dissuasion sur leur territoire, qui comprendrait des missiles balistiques. Celui-ci ne se fit pas prier, car peu de temps avant, Washington avait plac\u00e9 des missiles nucl\u00e9aires en Turquie et en Italie, capables d'atteindre le territoire sovi\u00e9tique en quelques minutes.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EC'\u00e9tait risqu\u00e9, mais de cette fa\u00e7on, les Sovi\u00e9tiques pourraient dissuader les \u00c9tats-Unis de les attaquer, car depuis Cuba, ils pouvaient aussi toucher leur territoire dans le m\u00eame court laps de temps. \u00c0 l'\u00e9poque, l'\u00e9cart de puissance nucl\u00e9aire \u00e9tait immense : les \u00c9tats-Unis poss\u00e9daient 5 000 t\u00eates nucl\u00e9aires, contre 300 pour les Sovi\u00e9tiques.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELe vingt-et-un mai 1962, le Conseil de D\u00e9fense sovi\u00e9tique autorisa l'\u003Cspan id=\"bt8e776d\"\u003E\u003Ca onclick=\"togglebub('app__8e776d_wiki_call_https(ddot)(slash)(slash)fr(dot)wikipedia(dot)org(slash)wiki(slash)Op%C3%A9ration*Anadyr_1')\"\u003E\u003Cspan class=\"philum ic-wiki2\"\u003E\u003C\/span\u003E\u003C\/a\u003E\u003C\/span\u003E \u003Ca href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Op%C3%A9ration_Anadyr\"\u003EOp\u00e9ration Anadyr\u003C\/a\u003E (Анадырь) : entre juin et octobre 1962, furent d\u00e9ploy\u00e9es, entre autres, des forces conventionnelles et 24 rampes de lancement de missiles balistiques, avec la capacit\u00e9 de porter des t\u00eates nucl\u00e9aires. Tout cela dans le plus grand secret, bien que les dirigeants cubains eussent demand\u00e9 que cet accord soit rendu public.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELes Etasuniens ne pr\u00eat\u00e8rent pas beaucoup d'attention \u00e0 l'augmentation du trafic maritime sovi\u00e9tique vers Cuba. Le vingt-neuf ao\u00fbt encore, le pr\u00e9sident Kennedy avait affirm\u00e9, lors d'une conf\u00e9rence de presse, n'avoir aucune information sur la pr\u00e9sence de troupes sovi\u00e9tiques \u00e0 Cuba, et encore moins de celle de missiles.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Ccenter\u003E\u003Cbig\u003E* * *\u003C\/big\u003E\u003C\/center\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cbig\u003EParis, lundi 22 octobre 1962, 17 heures.\u003C\/big\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EDean Acheson, ancien chef du D\u00e9partement d'\u00c9tat, remettait une lettre de Kennedy au pr\u00e9sident fran\u00e7ais Charles de Gaulle. \u003Cimg src=\"http:\/\/newsnet.fr\/\/img\/newsnet_180468_d6d714.jpg\" \/\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EIl l'informait d'une d\u00e9cision prise apr\u00e8s une semaine d'enqu\u00eates et de discussions ultra-secr\u00e8tes : \u00e0 19 heures, heure de Washington, minuit \u00e0 Paris, serait annonc\u00e9e \u00e0 la Nation l'instauration d'un blocus autour de Cuba. Celui-ci \u00ab \u003Ci\u003Ecouvrira les armements de tous types,\u003C\/i\u003E [et] \u003Ci\u003Edans un avenir proche, couvrira \u00e9galement les produits p\u00e9troliers et, si n\u00e9cessaire plus tard, sera total. \u00bb\u003C\/i\u003E C'est ce qu'on lit dans le \u00ab Tr\u00e8s secret \u00bb Rapport officiel de cette rencontre [\u003Ca href=\"#nb1\" name=\"nh1\"\u003E1\u003C\/a\u003E].\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELe matin du 14 de ce mois, un avion espion U2 avait pris 928 photos pendant six minutes. Le quinze, une \u00e9quipe qui d\u00e9cryptait les images identifia parfaitement les installations des sites de missiles \u00e0 moyenne port\u00e9e SS-4 (R-12 pour les Sovi\u00e9tiques). C'\u00e9taient des preuves solides. Kennedy avait autoris\u00e9 ces vols depuis le 9 octobre, mais le mauvais temps au-dessus de Cuba, tr\u00e8s nuageux, n'avait pas permis de faire de prises de vues.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EDans le Rapport de la r\u00e9union, il est pr\u00e9cis\u00e9 : \u00ab \u003Ci\u003EIl semble que les syst\u00e8mes d'armes en cours d'installation ne sont pas encore complets\u003C\/i\u003E... \u003Ci\u003EIl s'agit d'emp\u00eacher l'arriv\u00e9e de celles-ci.\u003C\/i\u003E \u00bb\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ETr\u00e8s t\u00f4t le matin du 16, le conseiller sp\u00e9cial pour les Affaires de S\u00e9curit\u00e9 informa Kennedy qui convoqua imm\u00e9diatement une r\u00e9union urgente du Conseil de s\u00e9curit\u00e9 national. L'une des premi\u00e8res mesures issues de cette r\u00e9union fut d'organiser le Commandement Unifi\u00e9 de l'Atlantique, qui aurait entre ses mains le commandement des actions militaires \u00e0 mener. Toutes les forces terrestres, navales et a\u00e9riennes \u00e9tasuniennes dans la r\u00e9gion lui seraient subordonn\u00e9es.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ESelon le Rapport secret de la r\u00e9union, de Gaulle avait bien compris que Kennedy ne lui demandait pas son avis ni sa participation, c'est pourquoi il d\u00e9clara : \u00ab \u003Ci\u003ELa France ne peut y faire d'objection, car il est normal qu'un pays se d\u00e9fende, m\u00eame \u00e0 titre pr\u00e9ventif, s'il est menac\u00e9 et qu'il a les moyens de se d\u00e9fendre\u003C\/i\u003E... \u00bb\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EDe Gaulle affirma aussi : \u00ab \u003Ci\u003EJ'approuve cependant la politique de fermet\u00e9 de votre pr\u00e9sident\u003C\/i\u003E \u00bb. Acheson fut surpris par une telle attitude : \u00ab \u003Ci\u003EDans cette occasion, la France se montre donc un alli\u00e9 plus fid\u00e8le, plus rassurant pour Washington que Londres, qui redoute le pacifisme de sa presse et de son opinion publique\u003C\/i\u003E \u00bb. [\u003Ca href=\"#nb2\" name=\"nh2\"\u003E2\u003C\/a\u003E]\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EPr\u00e9cisons qu'\u00e0 part de Gaulle, Kennedy n'avait inform\u00e9 que le Premier ministre britannique, Harold MacMillan, et le Chancelier allemand Konrad Adenauer.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EOn ne s'attendait pas \u00e0 une telle solidarit\u00e9 de la part du pr\u00e9sident fran\u00e7ais, sans le moindre jugement ni remise en cause, alors que des divergences politiques sur des questions g\u00e9ostrat\u00e9giques existaient entre ces deux nations. De Gaulle fut, en particulier, l'un des rares dirigeants occidentaux \u00e0 refuser de rompre les relations ou de se joindre au blocus \u00e9conomique et politique men\u00e9 par Washington contre Cuba.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u00c0 la fin de l'\u00e9change avec Acheson, deux repr\u00e9sentants de la CIA montr\u00e8rent et expliqu\u00e8rent au pr\u00e9sident de Gaulle des cartes et des photographies de certains sites \u00e0 Cuba o\u00f9 se trouvaient les installations sovi\u00e9tiques.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELors de cette r\u00e9union, il fut soulign\u00e9 que les objectifs de Khrouchtchev \u00e9taient que les Etats-Unis cessent de menacer de leurs missiles l'Union sovi\u00e9tique et ses alli\u00e9s ; qu'ils n'envahissent pas Cuba ; et r\u00e9ussir \u00ab \u003Ci\u003El'\u00e9branlement moral de l'h\u00e9misph\u00e8re occidental\u003C\/i\u003E \u00bb ; \u00ab \u003Ci\u003Efinalement, au niveau diplomatique, Khrouchtchev s'est donn\u00e9 la possibilit\u00e9 de dire : Parlons de la suppression de toutes les bases militaires en territoire \u00e9tranger\u003C\/i\u003E \u00bb.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u00ab \u003Ci\u003ELe g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle estime que M. Khrouchtchev a con\u00e7u autour de Cuba une vaste manœuvre permettant de parler aussi bien des bases militaires que de Berlin, de pousser \u00e0 des conversations directes russo-am\u00e9ricaines et d'impressionner les pays d'Am\u00e9rique latine. L'affaire est s\u00e9rieuse car les Etats-Unis avaient assur\u00e9 la d\u00e9fense de l'Europe pour emp\u00eacher que l'Europe ne devienne une base antiam\u00e9ricaine, et voici qu'une telle base existait en Am\u00e9rique\u003C\/i\u003E \u00bb.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EEn cette nuit du 22 octobre, Kennedy dira dans son bref discours \u00e0 la nation : \u00ab \u003Ci\u003E... Cette transformation pr\u00e9cipit\u00e9e de Cuba en importante base strat\u00e9gique\u003C\/i\u003E... \u003Ci\u003Econstitue une menace pr\u00e9cise \u00e0 la paix et \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 de toutes les Am\u00e9riques.\u003C\/i\u003E [Ces armes] \u003Ci\u003Efont d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment fi, et d'une fa\u00e7on flagrante\u003C\/i\u003E... \u003Ci\u003Edes traditions de cette nation et de cet h\u00e9misph\u00e8re\u003C\/i\u003E..., \u003Ci\u003Ede la Charte des Nations Unies et de mes propres mises en gardes publiques aux Sovi\u00e9tiques...\u003C\/i\u003E \u00bb\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EArriv\u00e9 presque \u00e0 la fin, il d\u00e9clara : \u00ab \u003Ci\u003E...et notre histoire, contrairement \u00e0 celles des Sovi\u00e9tiques\u003C\/i\u003E... \u003Ci\u003Ea bien prouv\u00e9 que nous n'avons aucun d\u00e9sir de dominer ou de conqu\u00e9rir aucune autre nation ou d'imposer notre syst\u00e8me \u00e0 son peuple\u003C\/i\u003E \u00bb. Ce message diffus\u00e9 dans le monde entier fit sourire sarcastiquement beaucoup de monde. [\u003Ca href=\"#nb3\" name=\"nh3\"\u003E3\u003C\/a\u003E]\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELe 28 octobre, Sovi\u00e9tiques et Etasuniens parvinrent \u00e0 un accord : le retrait des missiles de Cuba, d'Italie et de Turquie ; et l'engagement \u00e9tasunien de ne pas envahir Cuba. Ces n\u00e9gociations se d\u00e9roul\u00e8rent \u00e0 l'insu des membres de l'OTAN, et du principal int\u00e9ress\u00e9, Cuba.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Ccenter\u003E\u003Cbig\u003E* * *\u003C\/big\u003E\u003C\/center\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ECe soutien absolu ne fut pas la seule implication de la France dans cette crise : elle avait jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9cisif avant le d\u00e9but de celle-ci. De Gaulle ne fut ni surpris, ni inqui\u00e9t\u00e9 par l'annonce de Kennedy, et pas uniquement parce qu'il \u00e9tait s\u00fbr qu'il n'y aurait pas de guerre nucl\u00e9aire [\u003Ca href=\"#nb4\" name=\"nh4\"\u003E4\u003C\/a\u003E].\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EEn effet, le g\u00e9n\u00e9ral \u00e9tait au courant de l'op\u00e9ration Anadyr, puisque ses services d'espionnage l'avaient d\u00e9cel\u00e9e \u00e0 Cuba pratiquement d\u00e8s le d\u00e9but.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EPour le gouvernement fran\u00e7ais, Cuba \u00e9tait avant le triomphe de la R\u00e9volution, \u003Ci\u003E\u00ab une chasse gard\u00e9e de l'Am\u00e9rique, juste un lieu de plaisir pour milliardaires et mafieux \u00bb\u003C\/i\u003E. [\u003Ca href=\"#nb5\" name=\"nh5\"\u003E5\u003C\/a\u003E]\u003Cbr \/\u003E\nMais depuis l'arriv\u00e9e au pouvoir de Fidel Castro en janvier 1959, les choses chang\u00e8rent radicalement car il avait reconnu le Front de lib\u00e9ration nationale (FLN), qui luttait contre la France pour l'ind\u00e9pendance de l'Alg\u00e9rie, avec tout ce que cela impliquait : entra\u00eenement, armes et soutien diplomatique dans les organisations mondiales, comme les Nations unies. Quelque chose de terrible pour la France.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EEn septembre 1959, Paris d\u00e9cida donc d'envoyer l'ambassadeur Roger du Gardier. Il avait occup\u00e9 le m\u00eame poste au Guatemala, au moment du renversement du pr\u00e9sident Jacobo Arbenz, foment\u00e9 de A \u00e0 Z par Washington, en juin 1954. On avait besoin de son exp\u00e9rience, et en particulier de sa proximit\u00e9 avec la CIA dans ce pays d'Am\u00e9rique centrale. Cuba unissait les int\u00e9r\u00eats des deux nations, alors que d'autres sujets les s\u00e9paraient.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EAlors, Philippe Thyraud de Vosjoli, alias Lamia, dut se rendre plus fr\u00e9quemment \u00e0 Cuba. Officiellement vice-consul de France \u00e0 Washington charg\u00e9 du contr\u00f4le des visas, il \u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 le lien entre le Service de documentation ext\u00e9rieure et de contre-espionnage, SDECE, et la CIA. Gr\u00e2ce \u00e0 ses contacts dans la bourgeoisie cubaine, il devait \u00e0 pr\u00e9sent \u00ab \u003Ci\u003Erenforcer les r\u00e9seaux d'information existants\u003C\/i\u003E \u00bb. \u003Cimg src=\"http:\/\/newsnet.fr\/\/img\/newsnet_180468_cebd9a.jpg\" \/\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EEn coordination avec l'ambassadeur du Gardier, il r\u00e9alisa un travail tr\u00e8s efficace, confessera-t-il dans ses \u003Ci\u003EM\u00e9moires\u003C\/i\u003E. [\u003Ca href=\"#nb6\" name=\"nh6\"\u003E6\u003C\/a\u003E]\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EDe Vosjoli raconta qu'apr\u00e8s la d\u00e9faite de la Baie des Cochons, le chef de la CIA, l'avait convoqu\u00e9 d'urgence. Allen Dulles, que l'on tenait pour responsable de cette humiliation, lui dit que les communications avec leurs contacts \u00e9taient interrompues : \u003Ci\u003E\u00ab Nous ne savons rien de ce qu'il se passe \u00e0 La Havane. \u00bb\u003C\/i\u003E Etant fran\u00e7ais, il n'\u00e9veillerait pas les soup\u00e7ons des autorit\u00e9s cubaines, c'est pourquoi Dulles lui proposa de s'y rendre pour lui donner des informations. Paris l'y autorisa, et le 27 avril 1961, il voyagea depuis Miami ; il revint le 3 mai, et une voiture le conduisit directement au si\u00e8ge de la CIA.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EGr\u00e2ce \u00e0 ces informations, Dulles \u00e9crivit un rapport \u00e0 Kennedy, que celui-ci utilisa le 5 mai au sein du Conseil National de S\u00e9curit\u00e9, o\u00f9 Cuba fut le seul sujet. C'est l\u00e0 que fut prise la d\u00e9cision de continuer \u00e0 chercher \u00e0 en finir avec Fidel Castro et sa r\u00e9volution, et que l'on se rendit \u00e9galement compte de l'urgence qu'il y avait \u00e0 trouver des informations sur les accords militaires entre l'URSS et Cuba.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EAllen Dulles demanda alors \u00e0 de Vosjoli que la s\u00e9curit\u00e9 fran\u00e7aise lui fournisse les informations obtenues sur Cuba. La direction du SDECE donna son accord. Peu apr\u00e8s, la CIA confia \u00e0 de Vosjoli un minuscule \u00e9metteur de derni\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration, qui fut install\u00e9 dans un bureau discret de l'ambassade fran\u00e7aise. les informations \u00e9taient communiqu\u00e9es directement de ce lieu au poste de la CIA \u00e0 Miami.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EC'est ainsi que du Gardier et de Vosjoli devinrent les meilleurs collaborateurs de la CIA ; \u00e0 l'insu de leurs chefs \u00e0 Paris, ils travaill\u00e8rent plus pour elle que pour leurs institutions \u00e0 Paris. [\u003Ca href=\"#nb7\" name=\"nh7\"\u003E7\u003C\/a\u003E]\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EOu plus pr\u00e9cis\u00e9ment : l'ambassadeur fran\u00e7ais \u00ab deviendrait un remarquable officier de renseignement \u00bb, dont les t\u00e9l\u00e9grammes \u00ab permettraient de suivre presque quotidiennement le d\u00e9roulement de l'op\u00e9ration Anadyr \u00bb. [\u003Ca href=\"#nb8\" name=\"nh8\"\u003E8\u003C\/a\u003E]\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EEntre-temps, le pr\u00e9sident Charles de Gaulle avait donn\u00e9 l'ordre de rechercher des informations et des moyens pour d\u00e9velopper le nucl\u00e9aire fran\u00e7ais. De Vosjoli vit que le travail effectu\u00e9 \u00e0 Cuba, de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9 pour Washington, pouvait servir d'\u00e9change. Mais, par ordre du Congr\u00e8s, les \u00c9tats-Unis ne pouvaient pas remettre d'information, ni d'ordinateurs et encore moins d'uranium enrichi \u00ab \u003Ci\u003E\u00e0 une puissance \u00e9trang\u00e8re \u00bb\u003C\/i\u003E. Kennedy, qui ne le voulait pas non plus, autorisa quand m\u00eame la CIA en janvier 1962 \u00e0 fournir aux Fran\u00e7ais toutes les informations obtenues sur le d\u00e9veloppement nucl\u00e9aire sovi\u00e9tique...\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EPendant que la CIA remettait \u00e0 Paris de la documentation peu int\u00e9ressante, le 28 mai 1962, Paris autorisait la CIA \u00e0 avoir son propre bureau dans l'ambassade de France \u00e0 La Havane. De Vosjoli \u00e9tait charg\u00e9 de transporter par valise diplomatique les \u00e9quipements d'interception et de communication les plus sophistiqu\u00e9s dont disposait l'Agence. [\u003Ca href=\"#nb9\" name=\"nh9\"\u003E9\u003C\/a\u003E]\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ED'apr\u00e8s ses M\u00e9moires, fin juillet 1962, les informateurs et l'ambassadeur du Gardier commenc\u00e8rent \u00e0 lui signaler \u00ab l'arriv\u00e9e de navires sovi\u00e9tiques \u00e0 la Havane et, fait \u00e9trange, \u00e0 Mariel, petit port ne figurant que rarement sur les cartes de Cuba... et je commen\u00e7ai \u00e0 \u00eatre tr\u00e8s intrigu\u00e9 lorsque le port de Mariel fut ferm\u00e9 aux Cubains et que des soldats sovi\u00e9tiques d\u00e9charg\u00e8rent eux-m\u00eames les bateaux. Quels objets pr\u00e9cieux Krouchtchev pouvait-il bien envoyer \u00e0 Cuba ? \u00bb\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EL'officier du SDECE poursuit en disant qu'\u00e0 partir \u00ab de plusieurs sources g\u00e9n\u00e9ralement tr\u00e8s bien inform\u00e9es \u00bb, il avait appris l'arriv\u00e9e \u00ab depuis le d\u00e9but du mois d'ao\u00fbt de groupes tr\u00e8s importants de jeunes gens... qui ont d\u00e9barqu\u00e9 de nuit de paquebots russes dans les ports de Mariel et de Bahia Honda. \u00bb\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EAlors, de Vosjoli rencontra imm\u00e9diatement le nouveau patron de la CIA, John McCone, voyant que personne ne savait r\u00e9ellement ce qu'il se passait. Puis, l'espion revint \u00e0 La Havane. Mais les r\u00e9cits que lui-m\u00eame et l'ambassadeur recevaient de leurs informateurs cubains leurs paraissaient assez fantaisistes. Jusqu'\u00e0 ce qu'un militaire fran\u00e7ais qui passait ses vacances sur l'\u00eele, \u003Ci\u003E\u00ab m'informa qu'il avait vu une fus\u00e9e transport\u00e9e sur un camion \u00bb\u003C\/i\u003E, ainsi que \u00ab \u003Ci\u003Ede grands semi-remorques transportant des fus\u00e9es russes sous une b\u00e2che... \u00bb\u003C\/i\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EEn outre, deux \u00ab auxiliaires de l'ambassade \u00bb, dont l'un \u00e9tait sous-officier, avaient d\u00e9couvert, quelques nuits auparavant, \u00ab dans une route secondaire que des policiers motocyclistes avaient fait \u00e9vacuer, des convois militaires allant d'ouest en est, et comportant notamment des tracteurs lourds entra\u00eenant des remorques plates-formes \u00e0 six roues doubles sur lesquelles se trouveraient des rampes de lancement de fus\u00e9e d'une douzaine de m\u00e8tres de long. \u00bb\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELorsque de Vosjoli n'\u00e9tait pas \u00e0 Cuba, c'est le fils de l'ambassadeur qui transportait des microfilms jusqu'\u00e0 New York. En d'autres occasions, c'\u00e9tait la femme de l'ambassadeur de France qui voyageait au Br\u00e9sil... Ces personnes devinrent les bras droits des espions fran\u00e7ais.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EMcCone fit un rapport \u00e0 Kennedy, le 22 ao\u00fbt 1962, sur les suppos\u00e9s missiles et l'aide militaire sovi\u00e9tique \u00e0 Cuba : presque tout \u00e9tait bas\u00e9 sur ce qu'avaient rapport\u00e9 de Vosjoli et Du Gardier.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELes Fran\u00e7ais effectu\u00e8rent un travail si efficace et si important, que le 7 septembre 1962, Herv\u00e9 Alphand, l'ambassadeur de Paris \u00e0 Washington, \u00e9crivit au Ministre fran\u00e7ais des Relations Ext\u00e9rieures, Maurice Couve de Murville, pour lui dire que le secr\u00e9taire d'\u00c9tat de Kennedy, Dean Rusk, \u003Ci\u003E\u00ab a tenu \u00e0 me remercier des renseignements sur la situation \u00e0 Cuba que nous avions fournis au d\u00e9partement d'Etat et aux services am\u00e9ricains \u00bb\u003C\/i\u003E. [\u003Ca href=\"#nb10\" name=\"nh10\"\u003E10\u003C\/a\u003E]\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EEn octobre, de Vosjoli re\u00e7ut les remerciements personnels de McCone. Ce n'\u00e9tait pas pour rien : \u00ab J'ai tout lieu de croire que mes renseignements, ajout\u00e9s \u00e0 d'autres, servirent de base au pr\u00e9sident Kennedy dans sa d\u00e9cision de demander des comptes aux Russes. \u00bb\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EC'est une contribution fondamentale que l'\u00c9tat fran\u00e7ais apporta aux \u00c9tats-Unis, avec la d\u00e9couverte de l'arriv\u00e9e des missiles sovi\u00e9tiques, qui seraient bient\u00f4t \u00e0 l'origine de la crise la plus grave de la Guerre Froide. On affirme que \u003Ci\u003E\u00ab par sa pr\u00e9cision et l'importance du sujet, ce travail a \u00e9t\u00e9 l'un des plus importants dans l'histoire du renseignement fran\u00e7ais \u00bb.\u003C\/i\u003E [\u003Ca href=\"#nb11\" name=\"nh11\"\u003E11\u003C\/a\u003E]\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELa France tint parole. Alors que les informations que la CIA lui avait remises sur la fabrication d'armes nucl\u00e9aires sovi\u00e9tiques ne servirent pas au d\u00e9veloppement de sa strat\u00e9gie nucl\u00e9aire...\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003EHernando Calvo Ospina*\u003C\/b\u003E para Le Monde diplomatique, Espagne, octobre 2020\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003ETraduction de l'espagnol :\u003C\/b\u003E H\u00e9l\u00e8ne Vaucelle\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Ca href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/hernando-calvo-ospina\/blog\/151020\/la-france-fut-le-meilleur-espion-des-etats-unis-cuba\"\u003EHernando Calvo Ospina\u003C\/a\u003E. Paris, le 15 octobre 2020\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E* \u003Cb\u003EHernando Calvo Ospina\u003C\/b\u003E \u00c9crivain, journaliste colombien r\u00e9sidant en France. Collaborateur de \u00ab Le Monde Diplomatique \u00bb et de \u00ab El Correo de la Diaspora Latinoamericana \u00bb. Consulter sa page \u003Ca href=\"https:\/\/blogs.mediapart.fr\/hernando-calvo-ospina\"\u003EHernando Calvo Ospina\u003C\/a\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Ca href=\"http:\/\/www.elcorreo.eu.org\/La-France-fut-le-meilleur-espion-des-Etats-Unis-a-Cuba\"\u003EEl Correo de la Di\u00e1spora\u003C\/a\u003E. Paris, le 15 octobre 2020\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Ca href=\"http:\/\/www.elcorreo.eu.org\/La-France-fut-le-meilleur-espion-des-Etats-Unis-a-Cuba\"\u003Eelcorreo.eu.org\u003C\/a\u003E\u003C\/p\u003E"}}