{"184156":{"id":"184156","parent":"0","time":"1610547922","url":"http:\/\/www.elcorreo.eu.org\/Les-fugitifs-Terrorisme-d-Etat-en-Argentine-et-Uruguay","category":"Latina","title":"Les fugitifs [Terrorisme d'Etat en Argentine et Uruguay]","image":"http:\/\/newsnet.fr\/img\/newsnet_184156_c6ced9.jpg","hub":"newsnet","url-explicit":"les-fugitifs-terrorisme-d-etat-en-argentine-et-uruguay","admin":"newsnet","views":"86","priority":"3","length":"47849","lang":"","content":"\u003Cp\u003E\u003Cb\u003EIls sont accus\u00e9s de crimes contre l'humanit\u00e9 pour les horreurs commises pendant les dictatures militaires il y a 40 ans en Argentine et en Uruguay. Ils se cachent en Italie. Ou sont ils et prot\u00e9g\u00e9s par qui.\u003C\/b\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ECette enqu\u00eate fait partie du projet \u00ab \u003Ci\u003E\u003Ca href=\"https:\/\/europemedialab.eu\/wp-content\/uploads\/2020\/10\/Stars4Media-On-the-run-from-the-past.pdf\" target=\"_blank\"\u003EOn the run from the past\u003C\/a\u003E\u003C\/i\u003E \u00bb, fuyant le pass\u00e9, et est la laur\u00e9ate du programme pilote \u003Ci\u003E\u003Ca href=\"https:\/\/europeanjournalists.org\/blog\/2020\/10\/15\/stars4media-eu-programme-awarded-five-innovative-journalistic-pieces\"\u003EStars4Media\u003C\/a\u003E\u003C\/i\u003E, cofinanc\u00e9 par la Commission europ\u00e9enne. Neuf journalistes des r\u00e9dactions de \u00ab \u003Ci\u003E\u003Ca href=\"https:\/\/www.elsaltodiario.com\"\u003EEl Salto\u003C\/a\u003E\u003C\/i\u003E \u00bb (Espagne), \u00ab \u003Ci\u003E\u003Ca href=\"https:\/\/www.facebook.com\/StreetPress\"\u003EStreetpress\u003C\/a\u003E\u003C\/i\u003E \u00bb (France) et \u00ab \u003Ci\u003E\u003Ca href=\"https:\/\/www.facebook.com\/centrodigiornalismopermanente\"\u003ECentro Permanente de Periodismo\u003C\/a\u003E\u003C\/i\u003E \u00bb (Italie) ont travaill\u00e9 pendant trois mois \u00e0 la recherche des tortionnaires des dictatures sud-am\u00e9ricaines qui fuient toujours la justice de leurs pays.\u003Cbr \/\u003E\n\u003Cb\u003EVoici le r\u00e9sultat de l'enqu\u00eate :\u003C\/b\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cfigure\u003E\u003Cimg src=\"http:\/\/newsnet.fr\/img\/newsnet_184156_c6ced9.jpg\" \/\u003E\u003Cfigcaption\u003E\u003Cb\u003EI fuggitivi (It)\u003Cbr \/\u003E\n(Leggere \u00een italiano)\u003C\/b\u003E\u003C\/figcaption\u003E\u003C\/figure\u003E\u003Cp\u003ECe sont trois hommes \u00e2g\u00e9s. Ils vivent en province en Italie et m\u00e8nent une vie tranquille : ils vont \u00e0 la p\u00eache et se prom\u00e8nent le long de la c\u00f4te. Ils passent inaper\u00e7us, parlent bien l'italien et se sont int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 la communaut\u00e9. Personne ne peut imaginer qu'ils sont recherch\u00e9s pour des crimes contre l'humanit\u00e9 commis pendant les dictatures sud-am\u00e9ricaines des ann\u00e9es 1970. \u003Cb\u003EJorge Nestor Troccoli\u003C\/b\u003E, qui vit \u00e0 Battipaglia, est un ancien chef impitoyable des services de renseignement uruguayens accus\u00e9 de la disparition de dizaines de militants. Dans la province de Parme, le p\u00e8re \u003Cb\u003EFranco Reverberi\u003C\/b\u003E c\u00e9l\u00e8bre la messe, c'est un pr\u00eatre accus\u00e9 d'avoir assist\u00e9 \u00e0 la torture de captifs dans un camp d'extermination en Argentine, tandis que \u003Cb\u003ECarlos Luis Malatto\u003C\/b\u003E, est un ancien lieutenant appartenant \u00e0 l'un des corps militaires les plus sanglants de la dictature de Videla, il vit aujourd'hui dans un quartier privatis\u00e9 en Sicile. Tous les trois sont dans notre pays (Italie Ndlr) depuis longtemps et, au fil des ann\u00e9es, la justice italienne a rejet\u00e9 toutes les demandes d'extradition, mais la situation est sur le point de changer.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELe 26 mai, le ministre de la Justice Alfonso Bonafede a autoris\u00e9 l'ouverture d'un proc\u00e8s p\u00e9nal en Italie contre \u003Cb\u003ECarlos Luis Malatto\u003C\/b\u003E. Le 2 octobre, une action en justice a \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9e en Argentine pour demander l'extradition du \u003Cb\u003Ep\u00e8re Franco Reverberi,\u003C\/b\u003E qui avait \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9e pour la deuxi\u00e8me fois en 2014. Et alors que l'audience de la Cour de Cassation pour le proc\u00e8s Condor fix\u00e9e au 24 juin, pourrait confirmer l'emprisonnement \u00e0 vie pour \u003Cb\u003ENestor Troccoli\u003C\/b\u003E, les enqu\u00eateurs enqu\u00eatent sur deux meurtres de citoyens italo-argentins qui impliqueraient l'ancien militaire uruguayen. Nous sommes sur la piste de ces trois hommes. Nous reconstruisons leur vie en Am\u00e9rique du Sud et en Italie en essayant de d\u00e9couvrir qui les a prot\u00e9g\u00e9s et qui continue de le faire.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cbig\u003ETrous noirs\u003C\/big\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EEn Am\u00e9rique du Sud, les ann\u00e9es 1970 ont \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9es par des r\u00e9gimes militaires f\u00e9roces qui ont conduit, rien qu'en Argentine, \u00e0 la disparition et \u00e0 l'\u00e9limination de plus de 30 000 opposants politiques appel\u00e9s \u00ab \u003Ci\u003Eles disparus\u003C\/i\u003E \u00bb. Toute personne consid\u00e9r\u00e9e comme subversive \u00e9tait kidnapp\u00e9e par l'arm\u00e9e puis transf\u00e9r\u00e9e dans un centre de d\u00e9tention clandestin pour y \u00eatre tortur\u00e9e et la plupart du temps tu\u00e9e. Ces \u00ab \u003Ci\u003Etrous noirs\u003C\/i\u003E \u00bb se comptaient par centaines et n'existaient officiellement pas, car tout ce qui se passait \u00e0 l'int\u00e9rieur de ces murs devait rester secret.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELes centres \u00e9taient partout. Dans un garage du centre de Buenos Aires, dans le port de Montevideo, dans des maisons en province ou dans des b\u00e2timents de l'administration publique. Les militaires affect\u00e9s dans les centres clandestins avaient re\u00e7u une formation sp\u00e9ciale aux techniques de torture. Les d\u00e9tenus \u00e9taient viol\u00e9s, battus \u00e0 mort, accroch\u00e9s aux murs, tortur\u00e9s \u00e0 l'\u00e9lectricit\u00e9. Beaucoup n'ont pas surv\u00e9cu. Ceux qui ont r\u00e9ussi \u00e0 survivre ont \u00e9t\u00e9 enferm\u00e9s pendant des ann\u00e9es, ou charg\u00e9s dans un avion pour \u00eatre jet\u00e9s \u00e0 la mer lors de \u00ab \u003Ci\u003Evols de la mort\u003C\/i\u003E \u00bb. Une g\u00e9n\u00e9ration enti\u00e8re a \u00e9t\u00e9 extermin\u00e9e, des jeunes de 15 \u00e0 25 ans qui avaient uni leurs forces pour s'opposer \u00e0 la dictature. Les corps de beaucoup d'entre eux n'ont jamais \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9s. Il a fallu de nombreuses ann\u00e9es pour que la v\u00e9rit\u00e9 commence \u00e0 \u00eatre d\u00e9couverte. Pendant des d\u00e9cennies, les responsables de l'horreur ont continu\u00e9 \u00e0 nier. Plus tard, les survivants ont commenc\u00e9 \u00e0 t\u00e9moigner et certains militaires ont commenc\u00e9 \u00e0 l'admettre. Jusqu'au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, apr\u00e8s l'abrogation des lois garantissant l'immunit\u00e9 aux responsables de crimes commis pendant les dictatures sud-am\u00e9ricaines, les premiers proc\u00e8s commencent.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EAujourd'hui, rien qu'en Argentine, 1 003 personnes ont \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9es pour des crimes commis sous le r\u00e9gime de Videla. Pour \u00e9chapper \u00e0 la justice, beaucoup ont fui vers diff\u00e9rents \u00c9tats sans accords d'extradition et trois parmi eux ont d\u00e9cid\u00e9 de s'envoler vers notre pays (Italie), exploitant les origines italiennes de leurs familles.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cbig\u003ELES PROTAGONISTES\u003C\/big\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cbig\u003EDon Franco\u003C\/big\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EIl est six heures de l'apr\u00e8s-midi et le son des cloches envahit la petite place de Sorbolo, ville de neuf mille habitants de la province de Parme. Au cr\u00e9puscule, un vieil homme, soutenu par une canne, entre dans la pizzeria \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la place. Une voix de femme se fait entendre : \u00ab \u003Ci\u003EPrenez la pizza, elle est d\u00e9j\u00e0 pay\u00e9e \u00bb\u003C\/i\u003E. L'homme se retourne et quitte les lieux. Son nom est Don Franco Reverberi et il est le cur\u00e9 italo-argentin de la ville. Il avait quitt\u00e9 Sorbolo \u00e0 11 ans avec sa famille pour l'Argentine et, depuis 2011, il est le cur\u00e9 du village \u00e9milien. Bien accueilli et aim\u00e9 par la communaut\u00e9, il a men\u00e9 une vie tranquille et isol\u00e9e jusqu'\u00e0 ce que son clich\u00e9 apparaisse sur le site Internet d'Interpol. C'\u00e9tait en 2012. L'accusation : \u00ab \u003Ci\u003ECrimes contre l'humanit\u00e9 et torture\u003C\/i\u003E \u00bb.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EIl est difficile de reconna\u00eetre le Don Franco Reverberi recherch\u00e9 par Interpol dans l'homme sortant de la pizzeria. Il porte un postiche et des lunettes. \u00ab \u003Ci\u003EExcusez-moi, est-ce que vous \u00eates Don Franco Reverberi ?\u003C\/i\u003E \u00bb. \u00ab \u003Ci\u003EOui...\u003C\/i\u003E \u00bb. A la demande d'un entretien, le pr\u00eatre prend peur. Il dit qu'il est \u00ab \u003Ci\u003Eun homme tr\u00e8s malade\u003C\/i\u003E \u00bb. Il se pr\u00e9cipite chez lui et, en fermant la porte derri\u00e8re lui, ajoute : \u00ab \u003Ci\u003EJe n'\u00e9tais m\u00eame pas un aum\u00f4nier militaire \u00e0 l'\u00e9poque, je ne pouvais pas \u00eatre l\u00e0\u003C\/i\u003E \u00bb. L'histoire, cependant, documente autre chose. Don Franco, pendant plus de 40 ans, a v\u00e9cu et travaill\u00e9 comme cur\u00e9 \u00e0 San Rafael, une ville argentine au sud de Mendoza, o\u00f9 pendant les ann\u00e9es de la dictature un centre clandestin de torture et d'extermination avait \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9, la \u00ab \u003Ci\u003ECasa Departamental\u003C\/i\u003E \u00bb ; c'est le seul des 340 centres en Argentine situ\u00e9 au sein d'un tribunal Justice. Des dizaines de personnes ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9es, tortur\u00e9es et tu\u00e9es \u00e0 San Rafael. Et pour juger les auteurs de ces crimes en ao\u00fbt 2010, un maxi proc\u00e8s a eu lieu. Don Franco Reverberi, pendant les ann\u00e9es de la dictature, \u00e9tait aum\u00f4nier militaire de l'arm\u00e9e de cette ville et a nc \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 \u00e0 t\u00e9moigner.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cbig\u003EAvec la Bible en main\u003C\/big\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EAu cours du proc\u00e8s, en fait, quatre t\u00e9moins ont d\u00e9clar\u00e9 que pendant qu'ils \u00e9taient tortur\u00e9s, l'aum\u00f4nier militaire, qu'ils ont identifi\u00e9 comme \u00e9tant Don Reverberi, \u00e9tait pr\u00e9sent. Il \u00e9tait cur\u00e9 de leur ville et ils le connaissaient bien avant d'\u00eatre arr\u00eat\u00e9s. Ils ont dit que Don Franco portait des v\u00eatements militaires et avait \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin des coups avec la Bible \u00e0 la main, invitant les tortur\u00e9s \u00e0 coop\u00e9rer. Jamais un mot de r\u00e9confort. Le 23 ao\u00fbt 2010, le r\u00e9v\u00e9rend Reverberi s'est d\u00e9clar\u00e9 \u00e9tranger aux \u00e9v\u00e9nements. Mais le 14 juin 2011, lorsque le procureur f\u00e9d\u00e9ral Jos\u00e9 Maldonado l'a convoqu\u00e9 pour t\u00e9moigner, on l'avait d\u00e9j\u00e0 perdu de vue. Le 10 mai de la m\u00eame ann\u00e9e, il s'est envol\u00e9 pour l'Italie. Et \u00e0 sa place, dans la salle d'audience, le vice-recteur de l'\u00e9v\u00eaque, Luis Marcelo Guti\u00e9rrez, avait comparu pour remettre aux juges un dossier m\u00e9dical qui prouvait des probl\u00e8mes cardiaques. Les m\u00eames probl\u00e8mes qui auraient emp\u00each\u00e9 le pr\u00eatre de se d\u00e9placer pour assister au proc\u00e8s. Le 26 septembre 2012, l'Argentine a demand\u00e9 l'extradition et Interpol a \u00e9mis un mandat d'arr\u00eat international contre le cur\u00e9 de la paroisse. Le 20 octobre 2013, la cour d'appel de Bologne a rejet\u00e9 la demande d'extradition.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cbig\u003E\u00ab Nettoyez votre sang avec votre corps \u00bb\u003C\/big\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EMario Bracamonte avait froid. Il \u00e9tait allong\u00e9 sur le sol d'une pi\u00e8ce sombre. Il faisait nuit et les carreaux autour de lui \u00e9taient rouges et collants. C'\u00e9tait le 9 juillet 1976 et Mario avait \u00e9t\u00e9 tortur\u00e9 pendant de nombreuses heures avec d'autres d\u00e9tenus. Le sol \u00e9tait couvert de sang : le leur. Ce n'\u00e9tait pas la premi\u00e8re fois. Cela arrivait presque tous les soirs, mais jamais comme \u00e7a. Mario avait 28 ans et il se demandait s'il survivrait cette nuit-l\u00e0. La souffrance physique \u00e9tait telle qu'il lutt\u00e9 pour ressentir autre chose que la douleur dans son propre corps, jusqu'\u00e0 ce qu'il entende clairement les militaires lui ordonner de nettoyer le sang qui \u00e9tait la salle. Les prisonniers n'avaient rien pour le faire et les ge\u00f4liers \u00e9taient tr\u00e8s clairs : ils devaient nettoyer le sol en rampant avec leur corps. Pour observer le spectacle de la torture et des prisonniers rampant sur le sol - se souvient Mario - il y avait Don Franco. Et il s'en souvient car, pendant qu'ils le torturaient, il cherchait le regard du pr\u00eatre, avant que les militaires ne lui donnent des coups de pied : \u00ab \u003Ci\u003EQu'est-ce que tu regardes,\u003C\/i\u003E \u003Cb\u003E\u003Ci\u003Econnard\u003C\/i\u003E\u003C\/b\u003E \u00bb. Mario Bracamonte a surv\u00e9cu cette nuit-l\u00e0. Aujourd'hui, il a 67 ans et vit toujours \u00e0 San Rafael. Il est \u00e0 la retraite et, avec sa femme Titi, ils reconstruisent les heures les plus sombres de sa vie. Il s'interrompt \u00e0 plusieurs reprises, \u00e9mu, il perd ses mots et sa voix devient un filet. Sa femme intervient pour expliquer \u00e0 quel point c'est difficile. Mais ils disent tous les deux que c'est n\u00e9cessaire. \u00ab J'ai rencontr\u00e9 Don Reverberi, il \u00e9tait cur\u00e9 de la ville. Quand ils m'ont kidnapp\u00e9 et que je l'ai vu entrer pour la premi\u00e8re fois avec les militaires, je ne pouvais pas y croire - dit Mario - Je ne suis pas int\u00e9ress\u00e9 par le fait que Reverberi aille en prison, je veux juste qu'il r\u00e9ponde aux questions. S'il a particip\u00e9 \u00e0 nos tortures, il \u00e9tait certainement pr\u00e9sent m\u00eame lorsque les corps des morts ont \u00e9t\u00e9 amen\u00e9s \u00e0 dispara\u00eetre. Je veux juste qu'il dise o\u00f9 sont mes camarades disparus, c'est tout ce que je demande. Je veux qu'il r\u00e9ponde aux questions pour trouver les compagnons qui aujourd'hui ne peuvent plus \u00eatre ici avec nous.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cbig\u003E\u00ab Voulez-vous voir le message de l'\u00e9v\u00eaque ? \u00bb\u003C\/big\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ETandis que Don Franco rentre chez lui avec la pizza, dans l'\u00e9glise au centre de la place Sorbolo se trouve Don Aldino Arcari, cur\u00e9 du dioc\u00e8se. Il travaille aux c\u00f4t\u00e9s de Don Franco depuis de nombreuses ann\u00e9es. Arcari d\u00e9sinfecte l'\u00c9glise comme l'exigent les r\u00e8gles anti-Covid : la messe vient de se terminer et un bapt\u00eame va bient\u00f4t commencer. Sa voix r\u00e9sonne dans les couloirs : \u00ab Je ne comprends pas ce que vous, les journalistes, attendez de Don Franco. Il n'\u00e9tait m\u00eame pas aum\u00f4nier militaire \u00e0 l'\u00e9poque, il ne pouvait m\u00eame pas \u00eatre l\u00e0-bas. Y 'en a assez, je ne peux pas croire que vous \u00eates venus de Rome ici pour ces choses-l\u00e0. Mon pauvre gar\u00e7on ! Mais savez-vous qu'il a eu deux crises cardiaques ? Ce que vous faites, c'est cruel, c'est de la torture contre lui. 40 ans ont pass\u00e9, il faut le laisser tranquille. Cependant, il y a quelques jours, lorsque vous, les journalistes, \u00eates arriv\u00e9s \u00e0 Sorbolo, j'ai \u00e9crit \u00e0 l'\u00e9v\u00eaque pour lui dire que vous cherchiez Don Franco. L'\u00e9v\u00eaque m'a r\u00e9pondu : donne-leur un coup de poing dans les dents. Voulez-vous voir le message ? \u00bb.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ECes derni\u00e8res ann\u00e9es, le cas de Don Franco a souvent fait la une des journaux : on a parl\u00e9 d'un cur\u00e9 recherch\u00e9 par Interpol pour crimes contre l'humanit\u00e9. Cependant, trouver quelqu'un pr\u00eat \u00e0 en parler \u00e0 Sorbolo est tr\u00e8s difficile. La communaut\u00e9 se ferme dans un silence compact. Ils n'en savent rien, disent-ils. Et m\u00eame s'ils savent, ils ne veulent pas en parler : la demande d'extradition a \u00e9t\u00e9 refus\u00e9e, alors pour eux Don Franco est innocent. Certains, cependant, pensent diff\u00e9remment. Cristina Milanese est enseignante et vit \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l'\u00e9glise d'Enzano, un quartier de Sorbolo.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EElle est originaire de cette petite ville dont Don Reverberi est originaire et c'est pr\u00e9cis\u00e9ment ici qu'il a commenc\u00e9 \u00e0 officier \u00e0 la messe en 2011. Lorsque Cristina a d\u00e9couvert que le cur\u00e9 de la paroisse \u00e9tait recherch\u00e9 par Interpol, elle a quitt\u00e9 la maison et a parl\u00e9 avec ses voisins pour leur demander de ne plus assister aux messes de Don Franco. Cristina est assise \u00e0 sa table de cuisine et derri\u00e8re elle se trouve la fen\u00eatre d'o\u00f9 on peut voir l'\u00e9glise. \u00ab Personne ne m'a \u00e9cout\u00e9, ils ont tous continu\u00e9 \u00e0 assister \u00e0 la messe. Je suis convaincue que pour savoir si une personne est coupable, il faut attendre l'issue du proc\u00e8s, on ne peut pas juger a priori. Jugons donc Don Franco. La justice devrait avoir la possibilit\u00e9 de vous condamner ou de vous disculper, si vous n'avez rien fait. Vous ne pouvez pas y \u00e9chapper, surtout si vous pr\u00eachez l'\u00c9vangile. C'est tr\u00e8s s\u00e9rieux. Ces \u00e9v\u00e9nements ne devraient pas se produire, ces familles pour le moins m\u00e9ritent justice. Je pense \u00e0 ces m\u00e8res, aux gar\u00e7ons de 20 ans qui ont \u00e9t\u00e9 tortur\u00e9s et assassin\u00e9s : vous ne pouvez pas, ce sont les enfants de tout le monde.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EEn 2016, l'association Ant\u00edgona a propos\u00e9 aux fid\u00e8les de Sorbolo le boycott des messes offici\u00e9es par Reverberi. Le pr\u00e9sident Patrizio Gonnella d\u00e9clare : \u00ab Nous sommes sous garantie (Doctrine politique d\u00e9velopp\u00e9e en Italie au 19\u00e8me si\u00e8cle qui soutenait le respect des garanties constitutionnelles des citoyens contre d'\u00e9ventuelles d\u00e9cisions de l'Etat et un strict respect des garanties l\u00e9gales pour la personne faisant l'objet d'une action p\u00e9nale. Ndlt)), nous demandons un proc\u00e8s. Ce que nous soutenons, cependant, c'est qu'un pr\u00eatre, plus encore qu'un la\u00efc, doit avoir un sens \u00e9ternel de la justice et ne pas \u00e9chapper au jugement. C'est pourquoi Don Franco doit compara\u00eetre devant un juge, s'expliquer, se d\u00e9fendre et, s'il n'est pas responsable, s'en sortir indemne. Ce que nous avons soutenu en 2016 en tant qu'association n'\u00e9tait pas de condamner Reverberi, mais au moins qui se laisse juger. Un jour, j'aimerais organiser une conf\u00e9rence avec Antigona \u00e0 Sorbolo et inviter des universitaires et des juges \u00e0 parler de la torture et des r\u00e9gimes qui la pratiquent.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EParce qu'il serait bien d'en discuter avec la communaut\u00e9, il serait l\u00e9gitime d'en parler. Il y a un pr\u00eatre accus\u00e9 de violence dans les ann\u00e9es 1970 et un jour il devra y r\u00e9pondre. Nous voulons et devons l'aborder dans cette communaut\u00e9, car il est impossible que tout se termine par une messe c\u00e9l\u00e9br\u00e9e chaque dimanche. En 2013, lorsque la demande d'extradition de Don Reverberi a \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9e, la loi sur le crime de torture \u00e9tait absente de notre code p\u00e9nal et cela a favoris\u00e9 l'impunit\u00e9 de l'ancien aum\u00f4nier militaire.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EEt c'est pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 cause de l'introduction de la loi sur la torture dans le code italien que le 2 octobre une demande a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e aux juges argentins pour demander l'extradition de Don Franco depuis l'Italie pour la deuxi\u00e8me fois, puisque rejet\u00e9e pour la premi\u00e8re fois en 2014. Le document demande que les charges soient \u00e9tendues \u00e0 : homicide aggrav\u00e9, privation abusive de libert\u00e9 avec recours \u00e0 la violence et complot en vue de commettre un crime. Il est \u00e9galement demand\u00e9 que le mandat d'arr\u00eat international \u00e9mis par Interpol en 2012 et qui expire aujourd'hui, soit r\u00e9tabli.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELa demande a \u00e9t\u00e9 sign\u00e9e par Richard Ermili, avocat de l'Apdh (Assembl\u00e9e permanente des droits de l'homme), qui explique : \u00ab En Argentine, la religion catholique est la plus suivie par la population et en vertu de cela Don Reverberi exer\u00e7ait une autorit\u00e9 dont on attend de la compassion, de l'aide et des conseils spirituels. Mais ce n'\u00e9tait pas ce qu'il a fait pendant les ann\u00e9es de la dictature lorsqu'il a invit\u00e9 les prisonniers \u00e0 collaborer avec les personnes qui les avaient kidnapp\u00e9s. Je crois aux t\u00e9moins : ce sont des personnes qui ont \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9es sans raison, sans cause, sans proc\u00e8s. Je crois ce qu'ils disent, je les crois profond\u00e9ment. Et je ne le fais pas par commodit\u00e9, mais parce que je les ai \u00e9cout\u00e9s. Et si vous les \u00e9coutez, vous savez qu'ils disent la v\u00e9rit\u00e9.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cbig\u003E\u00ab Le p\u00e9ch\u00e9 est l'obscurit\u00e9. Ayez la foi \u00bb\u003C\/big\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELes messes \u00e0 Sorbolo ne se sont pas arr\u00eat\u00e9es, m\u00eame pendant la p\u00e9riode de quarantaine impos\u00e9e par l'urgence du Covid. Les cur\u00e9s continuent de c\u00e9l\u00e9brer des messes en \u003Ci\u003Estreaming\u003C\/i\u003E. Et, \u00e0 l'occasion du quatri\u00e8me dimanche de Car\u00eame, c'est Don Franco lui-m\u00eame qui est mont\u00e9 en chaire, ouvrant son hom\u00e9lie d'une voix s\u00fbre : \u00ab Le \u003Ci\u003Ep\u00e9ch\u00e9 est t\u00e9n\u00e8bres, mort et \u00e9loignement de Dieu. Convertissons-nous et demandons pardon au Seigneur. Avant que nous ne soyons t\u00e9n\u00e8bres, nous devons maintenant \u00eatre la lumi\u00e8re du Seigneur\u003C\/i\u003E \u00bb. La messe en \u003Ci\u003Estreaming\u003C\/i\u003E dans la paroisse de Sorbolo a \u00e9t\u00e9 un succ\u00e8s, \u00e0 tel point que le 28 mars, une photo de la c\u00e9r\u00e9monie a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e en couverture du prestigieux magazine anglais \u003Ci\u003EThe Guardian Weekly\u003C\/i\u003E. En bas \u00e0 droite se trouve Don Franco et au centre une inscription \u003Cb\u003E\u003Ci\u003EKeeping the faith\u003C\/i\u003E\u003C\/b\u003E - Garder la foi.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EOutre Mario Bracamonte, trois autres anciens prisonniers politiques ont t\u00e9moign\u00e9 contre Reverberi : Sergio Chaqui, Roberto Rolando Flores Tobio et Enzo Bello Crocefisso. Ce dernier d\u00e9clara avoir \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 en d\u00e9cembre 1976 \u00e0 G\u00e9n\u00e9ral Alvear, ville situ\u00e9e \u00e0 85 kilom\u00e8tres de San Rafael, et avoir \u00e9t\u00e9 interrog\u00e9 par un cur\u00e9 qui lui parlait en italien, ce qui est rare chez les pr\u00eatres de la r\u00e9gion. Alors que le 5 novembre 2013, Aurelio Guerrero, psychiatre italo-argentin, s'est pr\u00e9sent\u00e9 spontan\u00e9ment au Tribunal f\u00e9d\u00e9ral de San Rafael, et a d\u00e9clar\u00e9 avoir vu Don Reverberi entrer \u00e0 plusieurs reprises entre 1976 \u00e0 1978 dans un centre utilis\u00e9 par les services de renseignement argentins situ\u00e9s au cœur de San Rafael. Il a expliqu\u00e9 qu'il \u00e9tait s\u00fbr que l'homme \u00e9tait Don Franco, puisqu'il le connaissait depuis qu'il \u00e9tait enfant.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EContrairement aux t\u00e9moins qui ont d\u00e9clar\u00e9 avoir vu le cur\u00e9 de la paroisse dans divers centres clandestins et sites de renseignement, Don Reverberi a d\u00e9clar\u00e9 le 23 ao\u00fbt 2010 devant les juges argentins qu'il n'avait aucun lien avec les \u00e9v\u00e9nements, et qu'il n'\u00e9tait jamais entr\u00e9 dans un centre clandestin. A l'appui de sa version, il montra le document de l'\u00e9v\u00each\u00e9 qui le nommait officiellement Aum\u00f4nier Militaire de l'Arm\u00e9e de San Rafael le 26 mai 1980. Et pourtant, les endroits o\u00f9, pendant les ann\u00e9es de la dictature, des milliers d'opposants furent tortur\u00e9s et tu\u00e9s, \u00e9taient clandestins. Ceux qui y travaillaient l'ont fait par del\u00e0 des r\u00e9glementations de l'\u00c9tat. Par cons\u00e9quent, il est raisonnable de penser qu'il n'y a pas de documents officiels avec les noms de ceux qui sont pass\u00e9s par ces centres.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cbig\u003ELes aum\u00f4niers de l'horreur\u003C\/big\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EIl existe de nombreux cas document\u00e9s d'aum\u00f4niers qui, comme Don Franco, ont aid\u00e9 les militaires dans les centres d'extermination. Comme l'expliquent Lucas Bilbao et Ariel Lede, chercheurs sur les liens entre l'\u00c9glise et la dictature argentine et auteurs du livre \u00ab \u003Ci\u003E\u003Ca href=\"https:\/\/www.barnesandnoble.com\/w\/profeta-del-genocidio-ariel-lede\/1128599476\"\u003EProfeta del genocidio\u003C\/a\u003E\u003C\/i\u003E \u00bb (Proph\u00e8te du g\u00e9nocide) : \u00ab Il existe plusieurs cas de cur\u00e9s reconnus par les rescap\u00e9s des centres de d\u00e9tention et d'extermination. Les plus connus sont ceux de Jos\u00e9 Eloy Mijalchyk et de Alberto Angel Zanchetta et pour ceux-ci - comme dans le cas du P\u00e8re Reverberi - la nomination officielle en tant qu'aum\u00f4niers militaires a eu lieu des ann\u00e9es apr\u00e8s les \u00e9v\u00e9nements d\u00e9nonc\u00e9s par les t\u00e9moins. Zanchetta \u00e9tait l'un des aum\u00f4niers de l'Esma de Buenos Aires, l'un des centres d'extermination les plus meurtriers de tout le pays, o\u00f9 plus de 5 000 personnes ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9es.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EEn 1995, le journaliste Horacio Verbitsky a interview\u00e9 Adolfo Scilingo qui a \u00e9t\u00e9 le premier militaire argentin \u00e0 parler des camps de la mort et des \u00ab \u003Ci\u003Evols de la mort\u003C\/i\u003E \u00bb durant lesquels les corps des prisonniers, encore vivants, ont \u00e9t\u00e9 jet\u00e9s \u00e0 la mer pour les faire dispara\u00eetre. Scilingo a \u00e9galement parl\u00e9 des aum\u00f4niers militaires de l'Esma et a mentionn\u00e9 Zanchetta qui a avou\u00e9 apr\u00e8s son premier vol de mort. Zanchetta a \u00e9t\u00e9 l'aum\u00f4nier d'Esma de 1975 \u00e0 1977, mais n'a figur\u00e9 sur la liste officielle des aum\u00f4niers militaires qu'en 1984. Mijalchyk, pour sa part, a \u00e9t\u00e9 officiellement nomm\u00e9 aum\u00f4nier militaire en 1982, mais il existe de nombreux t\u00e9moignages de survivants qui pr\u00e9tendent avoir \u00e9t\u00e9 interrog\u00e9s par lui dans le centre clandestin \u00ab \u003Ci\u003EArsenales\u003C\/i\u003E \u00bb dans la province de Tucuman entre 1976 et 1977. Le cur\u00e9 qui, selon des t\u00e9moins, a invit\u00e9 les d\u00e9tenus \u00e0 collaborer avec les militaires et a refus\u00e9 de prier avec eux car \u00ab \u003Ci\u003Etout le monde irait en enfer de toutes fa\u00e7ons\u003C\/i\u003E \u00bb, fut le premier pr\u00eatre accus\u00e9 dans un proc\u00e8s en Argentine pour des \u00ab crimes contre l'humanit\u00e9 \u00bb.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EArturo Salerni qui, dans l'affaire Reverberi, \u00e9tait partie civile devant la Cour supr\u00eame de justice de la R\u00e9publique argentine et qui de 2015 \u00e0 2019 \u00e0 Rome a \u00e9t\u00e9 l'un des principaux avocats de la d\u00e9fense des victimes du maxi proc\u00e8s Condor durant lequel ont \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9s au second degr\u00e9 \u00e0 la r\u00e9clusion \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9, 24 responsable de crimes commis pendant les dictatures sud-am\u00e9ricaines, explique : \u00ab Dans ces types de proc\u00e8s, il n'y a jamais de documents officiels prouvant les activit\u00e9s de l'accus\u00e9, car ces activit\u00e9s \u00e9taient ill\u00e9gales. Reverberi a \u00e9t\u00e9 accus\u00e9 par les survivants d'avoir \u00e9t\u00e9 complice de la torture, et non d'avoir \u00e9t\u00e9 un simple observateur avec une attitude passive, mais d'avoir donn\u00e9 plus d'encouragement et de d\u00e9termination \u00e0 l'activit\u00e9 des tortionnaires, les l\u00e9gitimant par sa propre pr\u00e9sence active et b\u00e9nie. Dans ces proc\u00e8s, les actions men\u00e9es par les accus\u00e9s sont principalement reconstitu\u00e9es \u00e0 travers les r\u00e9cits de t\u00e9moins, de ceux qui sont pass\u00e9s par ces chambres de torture et ont surv\u00e9cu. Dans le cas de Reverberi, il y a eu plusieurs t\u00e9moins et tous ont reconnu de fa\u00e7on pr\u00e9cise le pr\u00eatre : c'\u00e9tait lui, il \u00e9tait l\u00e0 !\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cbig\u003ELe visage de S2\u003C\/big\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ECristina Flynn avait les yeux band\u00e9s, trois hommes la tenaient fermement et la poussaient. Ils lui ont dit qu'ils allaient la violer et la faire dispara\u00eetre. Elle avait un pistolet point\u00e9 sur sa t\u00eate. Elle ne savait pas o\u00f9 elle \u00e9tait, mais elle sentait une forte odeur de salinit\u00e9. Du bandeau, elle ne pouvait voir que le sol de l'endroit o\u00f9 elle marchait : c'\u00e9taient les pav\u00e9s du port de Montevideo, sa ville. Cristina \u00e9tait tr\u00e8s jeune et militait pour s'opposer \u00e0 la dictature qui, ces ann\u00e9es-l\u00e0, opprimait son pays, l'Uruguay. Ils l'ont emmen\u00e9e dans un couloir et l'ont tortur\u00e9e pendant des heures. C'\u00e9tait en d\u00e9cembre 1977. Cristina a surv\u00e9cu \u00e0 la torture et a finalement \u00e9t\u00e9 forc\u00e9e d'abaisser son bandeau pour signer un rapport. Elle n'a jamais oubli\u00e9 le visage du militaire qui \u00e9tait devant elle ce jour-l\u00e0 et pr\u00e8s de 20 ans plus tard, en 1996, elle a vu ce visage en premi\u00e8re page de tous les journaux. Ce militaire s'appelait \u003Cb\u003EJorge Nestor Troccoli\u003C\/b\u003E. Au moment de l'enl\u00e8vement de Cristina, il \u00e9tait le chef de la S2, l'unit\u00e9 de renseignement de l'arm\u00e9e uruguayenne, et en 1996, il fut le premier militaire \u00e0 parler publiquement de ce qui s'est pass\u00e9 pendant les ann\u00e9es du terrorisme d'\u00c9tat.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EL'affaire a explos\u00e9 en Uruguay, Troccoli a sign\u00e9 une longue lettre ouverte dans le journal \u003Ci\u003EEl Pa\u00eds\u003C\/i\u003E dans laquelle il admettait avoir enlev\u00e9 et tortur\u00e9 les militants, a donn\u00e9 plusieurs interviews et a publi\u00e9 l'ann\u00e9e suivante un livre intitul\u00e9 \u00ab \u003Ca href=\"https:\/\/www.alibrate.com\/libro\/la-ira-del-leviatan-del-metodo-de-la-furia-a-la-busqueda-de-la-paz\/5b94099249cc697ddb660f4c\"\u003ELa ira del Leviat\u00e1n\u003C\/a\u003E \u003Ci\u003E\u00bb\u003C\/i\u003E (La col\u00e8re du L\u00e9viathan) dans lequel il a revisit\u00e9 ces ann\u00e9es depuis son point de vue. Au moment de ce sensationnel d\u00e9ballage public, Troccoli avait 49 ans, \u00e9tait militaire, vivait \u00e0 Montevideo avec sa femme Betina et il \u00e9tait m\u00eame inscrit en anthropologie \u00e0 l'universit\u00e9. L'\u00e9poque des proc\u00e8s militaires \u00e9tait encore loin, et l'on niait qu'il y avait eu des morts, des disparitions et des tortures.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cbig\u003EMarina di Camerota\u003C\/big\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ETroccoli a men\u00e9 une vie paisible jusqu'\u00e0 ce qu'en 2007, les proc\u00e8s contre les militaires de la dictature commencent. Comme Mirtha Guimoni Rodr\u00edguez - la procureure uruguayenne qui a initi\u00e9 le proc\u00e8s contre Troccoli \u00e0 Montevideo - l'a expliqu\u00e9 aux juges romains lors de son t\u00e9moignage au proc\u00e8s Condor le 20 octobre 2015 : \u00ab Lorsque nous avons envoy\u00e9 une convocation \u00e0 Troccoli, son avocat nous a dit que son client \u00e9tait au Br\u00e9sil pour affaires, mais ce n'\u00e9tait pas vrai. Il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 en route vers l'Italie. En effet, en octobre 2007, Jorge Nestor Troccoli est arriv\u00e9 \u00e0 Marina di Camerota, une petite ville du Cilento d'o\u00f9 sa famille \u00e9tait originaire. Quelques ann\u00e9es auparavant, il avait demand\u00e9 et obtenu la nationalit\u00e9 italienne ; \u00e0 son arriv\u00e9e dans le pays, il a rencontr\u00e9 l'avocat Adolfo Domingo Scarano, qui est devenu son premier avocat et qui a d\u00e9clar\u00e9 : \u00ab Je suis all\u00e9 le chercher \u00e0 la gare de Pisciotta \u00e0 9 heures du soir et j'ai \u00e9t\u00e9 imm\u00e9diatement alert\u00e9 par le fait qu'il avait deux tr\u00e8s grandes valises.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EJe me souviens tout de suite d'avoir dit \u00e0 mon fr\u00e8re que quelque chose n'allait pas, que je pensais qu'il s'\u00e9tait \u00e9chapp\u00e9. Le lendemain il m'a dit quelle \u00e9tait la situation et je l'ai amen\u00e9 ici chez moi, dans une petite pi\u00e8ce au dernier \u00e9tage, et ce jusqu'\u00e0 No\u00ebl o\u00f9 il est all\u00e9 vivre un temps dans la caravane de mon fr\u00e8re, car le dernier \u00e9tage de ma maison avait \u00e9t\u00e9 lou\u00e9 pour les vacances. Il m'a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises qu'il voulait parler \u00e0 un magistrat parce qu'ils le recherchaient avec un mandat international, mais j'ai r\u00e9pondu : \u00ab Vous irez au tribunal et voir un magistrat quand je vous le dirait \u00bb. Je lui ai conseill\u00e9 de ne pas trop se montrer car je m'\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 renseign\u00e9, et en fait, il y avait un mandat d'arr\u00eat international contre lui. Donc, et en tant qu'avocat je voulais qu'il comparaisse au meilleur moment possible. J'ai jou\u00e9 avec ruse, sachant qu'en Uruguay les tribunaux ferment pendant 45 jours, entre le 25 d\u00e9cembre et le 10 f\u00e9vrier, je lui ai donc conseill\u00e9 de laisser passer No\u00ebl et d'aller compara\u00eetre avant la nouvelle ann\u00e9e. Cependant, le 21 d\u00e9cembre, est sorti dans le \u003Ci\u003EMattino\u003C\/i\u003E un petit article avec sa photo et c'est ainsi qu'il s'est constitu\u00e9 prisonnier plus t\u00f4t que pr\u00e9vu \u00bb. Troccoli l'a effectivement fait dans la nuit du 23 d\u00e9cembre, il a \u00e9t\u00e9 imm\u00e9diatement arr\u00eat\u00e9 et emprisonn\u00e9 \u00e0 Regina Coeli, d'o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9 le 24 avril 2008, car l'ambassade de l'Uruguay n'a pas envoy\u00e9 la demande d'extradition au Minist\u00e8re italien des Affaires \u00e9trang\u00e8res dans le temps fix\u00e9. Une erreur qui a cr\u00e9\u00e9 beaucoup d'agitation en Uruguay et qui a conduit \u00e0 la destitution de l'Ambassadeur uruguayen de l'\u00e9poque en Italie, Carlos Ab\u00edn.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EApr\u00e8s sa sortie de prison, l'ancien militaire uruguayen a d\u00e9but\u00e9 sa vie de retrait\u00e9 \u00e0 Marina di Camerota. O\u00f9 tout le monde se conna\u00eet. La plupart des habitants ici ont des liens avec l'Am\u00e9rique du Sud, via l'\u00e9migration qui \u00e9tait tr\u00e8s forte, en particulier avec le Venezuela. Les habitants d\u00e9crivent Troccoli comme un homme tr\u00e8s habile, intelligent et timide. Il a v\u00e9cu ici pendant des ann\u00e9es avec sa femme Betina, professeur d'anglais en Uruguay, et qui travaillait dans une boutique avec vue sur la mer \u00e0 Marina di Camerota. Troccoli, qui b\u00e9n\u00e9ficiait de la retraite de l'Uruguay en tant qu'ancien soldat, a tent\u00e9 de d\u00e9marrer une petite entreprise de location de karts pour les nombreux touristes qui affluent \u00e0 Marina di Camerota chaque \u00e9t\u00e9. Cependant, les v\u00e9hicules qu'on lui avait vendus \u00e9taient d\u00e9fectueux, alors il a tent\u00e9 de d\u00e9poser une plainte et le lancement de l'entreprise a capot\u00e9.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cbig\u003ECondor\u003C\/big\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EEn 2015, des nouvelles fracassantes sont venues troubler la vie tranquille de Jorge et Betina : le procureur Giancarlo Capaldo, qui avait instruit le mandat d'arr\u00eat international de Troccoli, a r\u00e9ussi \u00e0 instituer un maxi proc\u00e8s \u00e0 Rome pour les victimes italiennes des dictatures sud-am\u00e9ricaines. Dans le maxi proc\u00e8s C\u00f3ndor, dans la salle d'audience du bunker Rebibbia, et parmis les accus\u00e9s il y avait l'ancien gendarme uruguayen Jorge Nestor Troccoli, le seul qui r\u00e9sidait alors en Italie et qui, le 13 octobre 2016, a fait des d\u00e9clarations spontan\u00e9es dans la salle d'audience. Le proc\u00e8s concernait les victimes d'origine italienne du \u003Ci\u003EPlan C\u00f3ndor\u003C\/i\u003E, l'op\u00e9ration n\u00e9e en novembre 1975 \u00e0 Santiago du Chili par laquelle huit \u00c9tats sud-am\u00e9ricains se sont engag\u00e9s \u00e0 capturer des militants exil\u00e9s en Am\u00e9rique latine, aux \u00c9tats-Unis et en Europe.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EComme l'explique l'ancien procureur Giancarlo Capaldo : \u00ab Le proc\u00e8s italien \u00e9tait unique parce que les autres proc\u00e8s des victimes des dictatures sud-am\u00e9ricaines portaient sur la disparition de personnes, alors qu'avec le proc\u00e8s C\u00f3ndor, les \u00e9v\u00e9nements sont apparus comme les articulations d'un plan de r\u00e9pression syst\u00e9matique et international. Troccoli, \u00e0 l'\u00e9poque, \u00e9tait un jeune officier en plein essor de l'arm\u00e9e uruguayenne qui, selon notre reconstruction, \u00e9tait tr\u00e8s occup\u00e9 et collaborait avec d'autres services pour la capture clandestine, la torture et la disparition de personnes. Troccoli, qui vivait bien en Uruguay, est arriv\u00e9 en Italie parce que les proc\u00e8s contre la junte militaire avaient commenc\u00e9 dans son pays et que certains de ses coll\u00e8gues avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s. Alors, pour \u00e9chapper \u00e0 la justice uruguayenne, Troccoli s'est souvenu qu'il avait la nationalit\u00e9 italienne et qu'il \u00e9tait un expatri\u00e9.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EMais pourquoi Troccoli - chef du renseignement uruguayen - est-il l'un des accus\u00e9s dans un proc\u00e8s pour le Plan C\u00f3ndor ? Troccoli, qui \u00e9tait alors un jeune militaire, faisait partie des Fusna -fusiliers de l'arm\u00e9e uruguayenne-, un groupe de choc qui, depuis les ann\u00e9es 1970, avait la t\u00e2che sp\u00e9cifique de se consacrer \u00e0 la r\u00e9pression politique. En 1977, il est mut\u00e9 en Argentine sous pr\u00e9texte d'un stage, mais en r\u00e9alit\u00e9 sa t\u00e2che est diff\u00e9rente : il doit capturer -en tant que soldat de l'op\u00e9ration Condor- les militants uruguayens exil\u00e9s en Argentine, notamment \u00e0 Buenos Aires.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EDe nombreux t\u00e9moins ont vu au cours de ces ann\u00e9es l\u00e0, l'ancien militaire uruguayen \u00e0 l'int\u00e9rieur de l'Esma, le plus grand centre clandestin de Buenos Aires. Comme l'observe Francesca Lessa, chercheuse \u00e0 l'Universit\u00e9 d'Oxford et l'un des principaux experts de l'Op\u00e9ration Condor : \u00ab Lorsque Troccoli a \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Buenos Aires, il est devenu l'officier de liaison entre les Marines uruguayenne et argentine. Il avait d\u00e9j\u00e0 assum\u00e9 un r\u00f4le strat\u00e9gique sur le territoire argentin \u00e0 la fin de 1977 et en 1979, il a donc rejoint le c\u00e9l\u00e8bre groupe op\u00e9rationnel de l'ESMA o\u00f9 il a men\u00e9 des op\u00e9rations de capture, d'interrogatoire et de torture pour obtenir des informations qui pourraient conduire \u00e0 l'arrestation et \u00e0 l'enl\u00e8vement d'autres militants politiques. Tout cela ressort clairement du bilan militaire de Troccoli, o\u00f9 il est \u00e9galement tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9 des hauts grad\u00e9s.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EAu cours du proc\u00e8s C\u00f3ndor, Troccoli a \u00e9t\u00e9 accus\u00e9 de la mort et de la disparition de 20 personnes et des dizaines de t\u00e9moins se sont envol\u00e9s pour Rome pour t\u00e9moigner durant presque deux ann\u00e9es d'audiences. Le 17 janvier 2017, Troccoli a \u00e9t\u00e9 acquitt\u00e9 par le tribunal p\u00e9nal de Rome, mais en ensuite la sentence fut annul\u00e9e en deuxi\u00e8me instance : et en juillet 2019, il a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 la r\u00e9clusion \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 par les juges romains. L'ancien soldat uruguayen, r\u00e9sidant toujours en Italie, attend d\u00e9sormais la d\u00e9cision de la Cour Supr\u00eame fix\u00e9e au 24 juin 2021. Aujourd'hui, il vit \u00e0 Battipaglia, il a quitt\u00e9 Marina di Camerota depuis quelques ann\u00e9es apr\u00e8s plusieurs d\u00e9saccords avec sa famille et avec son ancien avocat de la d\u00e9fense. Nous avons localis\u00e9 Nestor Troccoli chez lui, \u00e0 l'int\u00e9rieur de b\u00e2timents populaires du quartier Belvedere de Battipaglia. L'ancien militaire dit qu'il ne peut pas parler aux journalistes car il attend la d\u00e9cision de la Cour Supr\u00eame. Actuellement, la seule mesure restrictive adopt\u00e9e \u00e0 son encontre est l'interdiction de sortie du territoire italien, avec pour cons\u00e9quence la saisie de son passeport. Sa derni\u00e8re photo le montre en vacances avec sa femme Betina : ils portent des masques anti-Covid, en shorts, avec des chemises \u00e0 manches courtes et des lunettes de soleil. Ils semblent insouciants, avec les c\u00e2bles d'un audioguide autour du cou et derri\u00e8re eux un arbre en fleurs.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EAujourd'hui, les autorit\u00e9s italiennes enqu\u00eatent sur deux nouveaux cas li\u00e9s \u00e0 l'ancien fusilier uruguayen : le meurtre de deux militants italo-argentins Raffaela Filipazzi et Jos\u00e9 Agust\u00edn Potenza. Les deux ont \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9s en Uruguay, \u00e0 Montevideo, le 25 juin 1977. Ils \u00e9taient log\u00e9s \u00e0 l'h\u00f4tel Ermitage et ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9tenus au cours d'une op\u00e9ration conjointe des forces uruguayennes et paraguayennes. Rien d'autre n'est connu des deux depuis de nombreuses ann\u00e9es. Pendant tout ce temps, cependant, leurs enfants n'ont jamais cess\u00e9 de les chercher et en 2017 il y a eu un tournant : leurs restes ont \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9s dans une fosse commune \u00e0 Misiones, au Paraguay. Silvia Potenza, la fille d'Agust\u00edn, demande aujourd'hui justice pour son p\u00e8re et dit : \u00ab Trouver son corps \u00e9tait tr\u00e8s important pour moi, avoir un parent disparu, c'est toujours avoir quelque chose en suspens. Les derni\u00e8res ann\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s dures. J'ai trouv\u00e9 mon p\u00e8re et je l'ai ramen\u00e9 \u00e0 la maison. Je dois passer \u00e0 autre chose, mais je veux aussi que Nestor Troccoli soit condamn\u00e9 et qu'il paie pour ce qu'il a fait. Je n'accepte pas que les militaires de la dictature uruguayenne passent leurs derni\u00e8res ann\u00e9es comme des retrait\u00e9s ordinaires.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ERafael Michelini, ancien s\u00e9nateur uruguayen et fils de Zelmar Michelini, principal personnage politique de l'opposition \u00e0 la dictature, assassin\u00e9 en 1976 alors qu'il \u00e9tait en exil \u00e0 Buenos Aires, partageait \u00e9galement le m\u00eame avis. Troccoli a d\u00e9di\u00e9 son livre \u00ab \u003Ci\u003ELa ira del Leviat\u00e1n\u003C\/i\u003E \u00bb \u00e0 Rafael. Dans ces pages, il dit que l'ancien s\u00e9nateur lui avait rendu visite plusieurs fois apr\u00e8s la publication de sa lettre ouverte. Comme le souligne Michelini : \u00ab Il \u00e9tait tr\u00e8s important qu'enfin un militaire prenne la parole et dise publiquement : \u003Ci\u003Ej'ai tortur\u00e9\u003C\/i\u003E \u00bb. Il esp\u00e9rait engager un dialogue avec Troccoli, notamment pour savoir ce qui \u00e9tait arriv\u00e9 aux disparus. Les d\u00e9clarations de l'ancien militaire ne se sont toutefois jamais transform\u00e9es en aides concr\u00e8tes ou en reconnaissance de sa responsabilit\u00e9. Il est vrai que le terrorisme d'\u00c9tat a \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9 d'en haut, mais beaucoup ont dit non et tous auraient pu faire de m\u00eame. Aujourd'hui encore, lui et ses camarades sont convaincus qu'ils ont sauv\u00e9 leur patrie des terroristes et que c'\u00e9tait la seule fa\u00e7on d'agir. Dans les ann\u00e9es 1970, en Uruguay, il y avait des organisations arm\u00e9es qui planifiaient la r\u00e9volution, la loi devrait \u00eatre appliqu\u00e9e contre eux avec des proc\u00e8s et non avec la torture syst\u00e9matique, la dissimulation et la disparition des cadavres. Troccoli doit se voir garantir tous ses droits, mais il doit payer pour ce qu'il a fait. Au cours de ces ann\u00e9es, l'arm\u00e9e uruguayenne a d\u00e9cid\u00e9 de la vie ou de la mort de centaines de citoyens. Un crime de ce genre ne peut rester impuni.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cbig\u003E\u00ab L'enfer de San Juan \u00bb\u003C\/big\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELe 26 mai, le ministre de la Justice Alfonso Bonafede a autoris\u00e9 l'ouverture d'un proc\u00e8s contre \u003Cb\u003ECarlos Luis Malatto\u003C\/b\u003E pour les crimes d'homicide multiple aggrav\u00e9, d'enl\u00e8vement \u00e0 des fins d'extorsion et de violence sexuelle contre cinq citoyens argentins : Alfredo et Marta Lerouc, \u003Ca href=\"http:\/\/www.elcorreo.eu.org\/Marie-Anne-Erize-Tisseau-La-disparue-de-San-Juan-Philippe-Broussard\"\u003EAnne Marie Erize\u003C\/a\u003E, Arias Florentino et Juan Carlos Campora. L'ancien lieutenant argentin au moment du coup d'\u00c9tat avait 27 ans et \u00e9tait second en chef du Rim22, le 22e r\u00e9giment d'infanterie de montagne de la ville de San Juan. Pour \u00e9chapper \u00e0 la justice argentine, Carlos Luis Malatto vit en Italie depuis pr\u00e8s de dix ans et apr\u00e8s l'avoir perdu de vue pendant un certain temps, il a \u00e9t\u00e9 localis\u00e9 par \u003Ci\u003ELa Repubblica\u003C\/i\u003E en juin 2019 \u00e0 Portorosa, un quartier privatif de la province de Messine.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EEntre 1976 et 1983 \u00e0 San Juan, plus de 100 opposants politiques ont \u00e9t\u00e9 kidnapp\u00e9s et ont disparu, et on pense que ces crimes sont l'œuvre du Rim22. Comme le r\u00e9v\u00e8le Eloy Camus, historien et auteur du livre \u00ab \u003Ci\u003EHistoria de V\u00edctimas del Terrorismo de Estado en San Juan\u003C\/i\u003E \u00bb : \u00ab Toute la coordination des actions r\u00e9pressives \u00e9tait \u00e0 la charge du lieutenant Malatto, qui dirigeait le groupe qui a proc\u00e9d\u00e9 aux enl\u00e8vements, tortures et meurtres \u00bb. Les hommes du Rim22, d'apr\u00e8s les t\u00e9moignages des survivants lors des proc\u00e8s men\u00e9s \u00e0 San Juan pour crimes contre l'humanit\u00e9, se sont d\u00e9marqu\u00e9s par la brutalit\u00e9 des pratiques r\u00e9pressives adopt\u00e9es. Eloy Camus a aujourd'hui 61 ans et vit toujours \u00e0 San Juan o\u00f9, alors qu'il n'avait que 18 ans, il a \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9 et tortur\u00e9 par les hommes du Rim22. Au fil des ann\u00e9es, il a \u00e9t\u00e9 l'un des principaux t\u00e9moins des proc\u00e8s impliquant les disparus de San Juan et comme le d\u00e9nonce Camus : \u00ab Un autre succ\u00e8s de l'organisation du Rim22, rendu possible uniquement par l'attention scrupuleuse et m\u00e9thodique du lieutenant Malatto, est qu'\u00e0 San Juan, les corps des disparus n'ont jamais \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9s. \"\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cbig\u003ELe nouveau-n\u00e9 sous le porche\u003C\/big\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EC'\u00e9tait un apr\u00e8s-midi d'octobre 1976, Manuel et Ana Saroff \u00e9taient chez eux \u00e0 Mendoza lorsqu'ils ont entendu le cri d'un b\u00e9b\u00e9. Ils ont couru : il y avait un b\u00e9b\u00e9 sous leur porche. C'\u00e9tait leur neveu Fernando. Depuis quelques mois, les parents du gar\u00e7on, Alfredo et Marta Lerouc, vivaient cach\u00e9s \u00e0 San Juan : ils \u00e9taient des militants de Montoneros, une organisation de gu\u00e9rilla oppos\u00e9e \u00e0 la dictature, et ils savaient qu'ils \u00e9taient en danger. Manuel et Ana ne pouvaient pas imaginer que quelques jours auparavant, Alfredo avait \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9 dans la rue par les hommes du Rim22 et que Marta \u00e9tait en garde \u00e0 vue. Depuis, on n'a jamais rien su \u00e0 propos de Marta et elle est toujours port\u00e9e disparue.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EEva Lerouc avait deux ans en 1976 et cet apr\u00e8s-midi-l\u00e0, elle \u00e9tait \u00e0 la maison avec ses grands-parents Manuel et Ana lorsqu'ils ont retrouv\u00e9 son petit fr\u00e8re sous le porche de la maison. Depuis, elle n'a jamais cess\u00e9 de demander justice pour ses parents et elle est all\u00e9e \u00e0 Rome en novembre dernier pour t\u00e9moigner contre l'ancien lieutenant Carlos Malatto. Aujourd'hui, elle vit toujours \u00e0 San Juan et accuse : \u00ab Pour ceux qui ont commis ces crimes terribles, nous demandons la prison. Mes parents n'ont pas eu droit \u00e0 un proc\u00e8s, mais nous ne demandons rien de plus pour ceux qui les ont tortur\u00e9s et tu\u00e9s. En Argentine, ils essaient souvent de faire passer les anciens militaires de la dictature pour de pauvres vieillards qui ne demandent qu'\u00e0 \u00eatre laiss\u00e9s en paix. Mais ces pauvres vieillards ont cependant fait dispara\u00eetre 30 000 personnes. Une douleur comme celle que j'\u00e9prouve je ne peux pas la surmonter, on ne peut que survivre. Savoir que celui qui vous a caus\u00e9 toutes ces souffrances paie sa condamnation, est le seul moyen qui vous permet d'avancer.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cbig\u003ER\u00e9sidence Portorosa\u003C\/big\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EAujourd'hui, Carlos Malatto vit dans le quartier privatif de Portorosa dans la province de Messine : un grand complexe touristique qui a plusieurs bars et restaurants de luxe \u00e0 l'int\u00e9rieur, un port avec service de yacht et plusieurs h\u00f4tels. En novembre dernier, Eva a visit\u00e9 le lieu o\u00f9 habite l'ancien lieutenant argentin : \u00ab Cela me fait mal de savoir que Malatto est toujours libre et qu'il m\u00e8ne une vie qu'un citoyen ordinaire ne peut pas se permettre. C'est comme si Hitler vivait aux Bahamas et quiconque qui a caus\u00e9 la Shoah est libre de vivre une vie de plaisir. Cela fait mal et vous vous sentez impuissant. Je suis venue en Italie pour d\u00e9noncer Malatto, et \u00e9galement pour m'assurer que ses voisins sachent qui est cet homme, afin que les Italiens sachent aussi \u00e0 qui ils ont donn\u00e9 la citoyennet\u00e9 et, s'ils le prot\u00e8gent, qu'ils sachent qui ils prot\u00e8gent.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EDepuis mai 2018, l'ancien lieutenant argentin re\u00e7oit dans une villa de deux \u00e9tages du complexe de Portorosa, pr\u00eat gratuit d'une femme r\u00e9sidant \u00e0 Enna. Sa maison, avec un jardin et des grilles rouges, est situ\u00e9e pr\u00e8s d'une avenue et surplombe la mer. La villa b\u00e9n\u00e9ficie d'un acc\u00e8s priv\u00e9 aux deux plages sur la vaste plage en face de Portorosa : il faut deux pas pour atteindre les premiers transats au bord de mer. Malatto, disent les habitants, passe ses journ\u00e9es dans son petit bateau amarr\u00e9 dans le port et poss\u00e8de deux voitures, une vielle Panda blanche, qu'il n'utilise que pour de courts trajets depuis la r\u00e9sidence, et une Mercedes Benz gris m\u00e9tallis\u00e9 qu'il utilise pour se rendre \u00e0 Enna. Il d\u00eene souvent dans une pizzeria non loin de Portorosa. Il est presque toujours seul, bien que dans la p\u00e9riode pr\u00e9-Covid, il ait \u00e9t\u00e9 vu \u00e0 plusieurs reprises avec sa compagne argentine. Apr\u00e8s le toll\u00e9 provoqu\u00e9 par sa d\u00e9couverte, Malatto n'est plus apparu dans la r\u00e9gion pendant longtemps. Aujourd'hui, les habitants ne peuvent pas dire avec certitude qu'il vit toujours dans la r\u00e9sidence. Et en fait, il n'y a aucune trace de l'ancien lieutenant argentin, jusqu'\u00e0 ce que sa vielle Panda blanche se pr\u00e9sente dans l'all\u00e9e en contrebas de sa maison \u00e0 l'heure du d\u00e9jeuner. Le volet roulant de la fen\u00eatre est baiss\u00e9 et les cles sont sur le tableau de bord. La fen\u00eatre donnant sur l'avenue est ouverte et de l\u00e0, on peut voir Malatto. En quelques minutes, il ferme la fen\u00eatre et la porte de la maison. Il monte dans sa voiture et, avec la m\u00eame h\u00e2te avec laquelle il est arriv\u00e9, s'en va.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cbig\u003EGrattez et gagnez\u003C\/big\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EDe 2015 \u00e0 2018, Malatto a v\u00e9cu \u00e0 Calascibetta, une petite ville sicilienne de 4 000 habitants. Aujourd'hui personne ne r\u00e9pond \u00e0 la sonnette de la vieille maison de Malatto, mais un peu plus loin, via Conte Ruggero, la femme qui des ann\u00e9es auparavant avait c\u00e9d\u00e9 la propri\u00e9t\u00e9 au lieutenant r\u00e9pond \u00e0 l'interphone. Elle dit n'avoir jamais rien eu \u00e0 voir avec Malatto avant de lui louer sa maison. Elle explique qu'il \u00e9tait enregistr\u00e9 avec un contrat r\u00e9gulier et qu'il est parti depuis deux ans. Elle ne veut rien ajouter d'autre. De nombreux villageois se souviennent de l'ancien lieutenant : lorsqu'ils ont lu les articles sur lui l'ann\u00e9e derni\u00e8re, ils ne pouvaient pas croire que ce Monsieur \u00e9tait le m\u00eame homme qu'ils avaient vu se promener dans les rues de Calascibetta. Ils l'ont toujours vu seul, mais ils se souviennent qu'une fois son fils est venu le voir. Il ne se faisait pas d'amis. Il n'\u00e9tait pas tr\u00e8s sociable avec les locaux, mais le propri\u00e9taire du tabac se souvient tr\u00e8s bien de lui : \u00ab Je le voyais presque tous les jours, il parlait tr\u00e8s bien l'italien. C'\u00e9tait un type particulier, il avait des mani\u00e8res tr\u00e8s diff\u00e9rentes de faire les choses. Ici, il achetait toujours une carte \u00e0 gratter, mais il la rapportait \u00e0 la maison pour la gratter et le lendemain, il venait r\u00e9cup\u00e9rer les gains. Il m'a \u00e9galement dit qu'il avait \u00e9t\u00e9 militaire dans son pays, il en \u00e9tait tr\u00e8s fier : il m'avait avou\u00e9 qu'il avait \u00e9t\u00e9 un militaire important \u00bb.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EAvant de r\u00e9sider \u00e0 Calascibetta, Malatto a \u00e9t\u00e9 surpris \u00e0 G\u00eanes en octobre 2014, o\u00f9 il \u00e9tait h\u00f4te de la paroisse de San Giacomo Apostolo dans le petit village de Cornigliano. Il avait d\u00e9clar\u00e9 avoir \u00e9t\u00e9 aid\u00e9 par le p\u00e8re argentin Don Jos\u00e9 Galdeano Fern\u00e1ndez, qui y \u00e9tait cur\u00e9 \u00e0 l'\u00e9poque. Aujourd'hui, Don Galdeano vit \u00e0 Madrid o\u00f9 il travaille comme cur\u00e9 dans l'\u00e9glise de San Valent\u00edn y San Casimiro, dans le quartier de Vic\u00e1lvaro. Il est originaire de la m\u00eame ville de Malatto \u00e0 Mendoza, o\u00f9 il a pris les ordres le 2 octobre 1988. Il raconte : \u00ab J'ai rencontr\u00e9 sa femme, une femme qui s'est longtemps battue contre le cancer. J'\u00e9tais cur\u00e9 dans la r\u00e9gion o\u00f9 il a v\u00e9cu de 1992 \u00e0 1997, il allait \u00e0 la messe avec sa famille mais je n'avais aucune id\u00e9e de son pass\u00e9. \u00c0 l'\u00e9t\u00e9 2014, il m'a appel\u00e9, il savait que j'\u00e9tais en Italie et m'a demand\u00e9 l'hospitalit\u00e9 : Il a dit qu'il avait de la famille \u00e0 G\u00eanes et qu'il devait rester un certain temps. Au total, il est rest\u00e9 environ 15 jours, comme il est arriv\u00e9, il est reparti. Un jour, une camionette est venue le chercher et je ne l'ai plus jamais revu. Je suis s\u00fbr qu'une organisation le prot\u00e9geait, il ne travaillait pas et je sais que sa famille n'\u00e9tait pas riche, mais il vivait en paix \u00bb.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EEn 2013, l'ancien lieutenant argentin \u00e9tait face \u00e0 la proc\u00e9dure de demande d'extradition pr\u00e9sent\u00e9e par le gouvernement argentin devant le tribunal de L'Aquila, comp\u00e9tent sur le territoire. Son avocat de confiance Augusto Sinagra, ancien avocat de \u003Cspan id=\"btfb093b\"\u003E\u003Ca onclick=\"togglebub('app__fb093b_wiki_call_https(ddot)(slash)(slash)fr(dot)wikipedia(dot)org(slash)wiki(slash)Licio*Gelli_1')\"\u003E\u003Cspan class=\"philum ic-wiki2\"\u003E\u003C\/span\u003E\u003C\/a\u003E\u003C\/span\u003E \u003Ca href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Licio_Gelli\"\u003ELicio Gelli\u003C\/a\u003E et de l'ancien chef du Rim22 \u003Cspan id=\"bt8e1d6b\"\u003E\u003Ca onclick=\"togglebub('app__8e1d6b_wiki_call_https(ddot)(slash)(slash)fr(dot)wikipedia(dot)org(slash)wiki(slash)Jorge*Antonio*Olivera_1')\"\u003E\u003Cspan class=\"philum ic-wiki2\"\u003E\u003C\/span\u003E\u003C\/a\u003E\u003C\/span\u003E \u003Ca href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Jorge_Antonio_Olivera\"\u003EJorge Olivera\u003C\/a\u003E (surnomm\u00e9 \u00ab Le boucher de San Juan \u00bb Ndlt), l'a d\u00e9fendu. Les archives montrent que Carlos Malatto r\u00e9sidait dans un \u003Ci\u003Ebed & breakfast\u003C\/i\u003E dans un petit village de L'Aquila \u00e0 cette \u00e9poque. La propri\u00e9taire de l'\u00e9tablissement a d\u00e9clar\u00e9 qu'elle n'avait aucune id\u00e9e de qui \u00e9tait Carlos Malatto : et qu'aucune personne portant ce nom n'avait pass\u00e9 une seule nuit au \u003Ci\u003EB&B\u003C\/i\u003E. Au bureau de l'\u00e9tat civil de L'Aquila et \u00e0 la pr\u00e9fecture de police, il y a en fait deux adresses de r\u00e9sidence diff\u00e9rentes de l'ancien lieutenant, et aucune ne correspond \u00e0 celle du \u003Ci\u003EB&B\u003C\/i\u003E. L'une des adresses est au 21 Piazza del Santuario, \u00e0 Madonna di Roio, la r\u00e9sidence de l'\u00ab \u003Ci\u003EIstituto delle Serve di Maria Riparatrici\u003C\/i\u003E \u00bb (Institut des Serviteurs de Marie R\u00e9paratrice). \u00ab Nous l'avons accueilli pendant deux ans dans notre structure, o\u00f9 il payait r\u00e9guli\u00e8rement le loyer et o\u00f9 nous avons accueilli beaucoup d'autres personnes, de nombreux \u00e9tudiants par exemple \u00bb, explique Sœur Pia, qui \u00e9tait en charge de la structure \u00e0 l'\u00e9poque. \u00ab Il avait un avocat et il a rendu service \u00e0 la Misericordia, ses enfants sont venus lui rendre visite et il est revenu d'autres fois pour nous saluer, c'est un bon catholique qui a assist\u00e9 \u00e0 la messe. Je ne comprends pas pourquoi vous, journalistes, continuez \u00e0 enqu\u00eater. Laisse-le vivre en paix \u00bb\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Ca href=\"https:\/\/rep.repubblica.it\/pwa\/longform\/2021\/01\/07\/news\/dittature_in_sudamerica_desaparecidos_e_torture_i_fuggitivi_in_italia-279633523\"\u003ELa R\u00e9publique\u003C\/a\u003E. Rome, 7 janvier 2021.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cbig\u003EL'\u00e9quipe d'investigation\u003C\/big\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Ca href=\"https:\/\/www.facebook.com\/centrodigiornalismopermanente\"\u003EWCCCentro di giornalismopermanente - CGP\u003C\/a\u003E\u003Cbr \/\u003E\n(Italie)\u003Cbr \/\u003E\n\u003Cb\u003EElena Basso\u003Cbr \/\u003E\nMarco Mastrandrea\u003Cbr \/\u003E\nAlfredo Sprovieri\u003C\/b\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Ca href=\"https:\/\/www.elsaltodiario.com\"\u003EEL SALTO\u003C\/a\u003E\u003Cbr \/\u003E\n(Espagne)\u003Cbr \/\u003E\n\u003Cb\u003ETeresa Garcia\u003Cbr \/\u003E\nPablo Elorduy Cadiz\u003Cbr \/\u003E\nAlvaro Minguito\u003C\/b\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Ca href=\"https:\/\/www.facebook.com\/StreetPress\"\u003ESTREETPRESS\u003C\/a\u003E\u003Cbr \/\u003E\n(France)\u003Cbr \/\u003E\n\u003Cb\u003ERobin D'Angelo\u003Cbr \/\u003E\nLucas Chedeville\u003Cbr \/\u003E\nCaroline Varon -\u003C\/b\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003ETraduit de l'espagnol pour \u003Ca href=\"http:\/\/www.elcorreo.eu.org\/Los-fugitivos-Terrorismo-de-Etado-de-Argentina-y-Uruguay\"\u003EEl Correo de la Di\u00e1spora\u003C\/a\u003E.par :\u003C\/b\u003E Estelle et Carlos Debiasi\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EEl Correo de la Di\u00e1spora.Paris, le 13 janvier 2020.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ECette cr\u00e9ation par \u003Cb\u003E\u003Ca href=\"http:\/\/www.elcorreo.eu.org\"\u003Eelcorreo.eu.org\u003C\/a\u003E\u003C\/b\u003E est mise \u00e0 disposition selon les termes de la \u003Cb\u003Elicence Creative Commons Paternit\u00e9 - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 3.0 Unported\u003C\/b\u003E. Bas\u00e9e sur une œuvre de \u003Cb\u003E\u003Ca href=\"http:\/\/www.elcorreo.eu.org\"\u003Eelcorreo.eu.org\u003C\/a\u003E\u003C\/b\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Ca href=\"http:\/\/www.elcorreo.eu.org\/Les-fugitifs-Terrorisme-d-Etat-en-Argentine-et-Uruguay\"\u003Eelcorreo.eu.org\u003C\/a\u003E\u003C\/p\u003E"}}