{"185788":{"id":"185788","parent":"0","time":"1613726707","url":"http:\/\/reporterre.net\/Microplastiques-dans-les-oceans-de-nouvelles-decouvertes-edifiantes","category":"science","title":"Inqui\u00e9tantes d\u00e9couvertes scientifiques sur les microplastiques dans les oc\u00e9ans","image":"http:\/\/newsnet.fr\/img\/newsnet_185788_e58fec.jpg","hub":"newsnet","url-explicit":"inquietantes-decouvertes-scientifiques-sur-les-microplastiques-dans-les-oceans","admin":"newsnet","views":"17","priority":"2","length":"10284","lang":"","content":"\u003Cp\u003ELa pollution g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par le plastique est plus complexe qu'elle n'y para\u00eet. Saviez-vous que les microplastiques voguant sur l'eau d\u00e9placent des esp\u00e8ces invasives ? Qu'en absorbant les antibiotiques ils favorisent l'antibior\u00e9sistance ? Des chercheurs au CNRS font le bilan de leurs inqui\u00e9tantes d\u00e9couvertes. Des solutions naissent, doucement.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EFaut-il encore le rappeler ? De l'Antarctique aux grands fonds m\u00e9diterran\u00e9ens, les plastiques sont partout. Et les cons\u00e9quences de leur diss\u00e9mination aussi exponentielles que la courbe de leur utilisation.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELe sujet occupe et pr\u00e9occupe de plus en plus de chercheurs, a rappel\u00e9 le \u003Ca href=\"http:\/\/www.cnrs.fr\/fr\/page-daccueil\"\u003ECNRS\u003C\/a\u003E lors d'une pr\u00e9sentation en ligne des travaux du \u003Ca href=\"https:\/\/www.gdr-polymeresetoceans.fr\"\u003Egroupement de recherche polym\u00e8res et oc\u00e9ans\u003C\/a\u003E - cr\u00e9\u00e9 en 2019, il rassemble plus de deux cents chercheurs. Plusieurs d'entre eux ont ainsi fait le point mercredi 10 f\u00e9vrier sur la recherche concernant cette mati\u00e8re \u003Ca href=\"https:\/\/reporterre.net\/Enfant-du-plastique-j-ai-decide-de-me-sevrer\"\u003Eomnipr\u00e9sente dans notre quotidien\u003C\/a\u003E.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EL'occasion de pr\u00e9ciser l'ampleur de la pollution, et sa r\u00e9partition. \u003Ca href=\"https:\/\/reporterre.net\/La-terre-et-la-mer-etouffent-sous-les-dechets-plastiques\"\u003ELa mer est sa principale victime\u003C\/a\u003E : quatre cents millions de tonnes de plastique sont produites chaque ann\u00e9e et environ dix millions d'entre elles aboutissent dans les oc\u00e9ans, a chiffr\u00e9 Fran\u00e7ois Galgani, oc\u00e9anographe et \u00e9cotoxicologue \u00e0 l' \u003Ca href=\"https:\/\/wwz.ifremer.fr\"\u003EIfremer\u003C\/a\u003E en Corse. Le rapport d'experts d'une ONG \u00e9tasunienne pr\u00e9dit m\u00eame un triplement \u00e0 \u003Ca href=\"https:\/\/reporterre.net\/Si-rien-n-est-fait-il-y-en-aura-trois-fois-plus-de-plastique-dans-les-oceans-dans-20-ans\"\u003Etrente millions de tonnes par an en 2040\u003C\/a\u003E, si rien n'est fait.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EParmi ces d\u00e9chets, \u003Ci\u003E\u00ab 30 \u00e0 40 % sont des emballages \u00bb\u003C\/i\u003E, a pr\u00e9cis\u00e9 le chercheur. \u003Ci\u003E\u00ab La mer M\u00e9diterran\u00e9e est la plus pollu\u00e9e au monde, en raison du grand nombre d'habitants, du fait qu'elle est ferm\u00e9e, de la densit\u00e9 de trafic maritime et des grands fleuves qui s'y d\u00e9versent \u00bb\u003C\/i\u003E, a-t-il poursuivi. L'embouchure du Nil ou celle du canal de Suez sont notamment des points noirs.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cbig\u003E\u00ab La pollution cro\u00eet significativement dans les zones les plus lointaines, comme l'Antarctique ou les grands fonds \u00bb\u003C\/big\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ESurtout, ces d\u00e9chets ne restent pas forc\u00e9ment l\u00e0 o\u00f9 ils sont produits. \u003Ci\u003E\u00ab Ils circulent sur de longues distances,\u003C\/i\u003E explique le chercheur. \u003Ci\u003EPar exemple, les d\u00e9chets produits sur la c\u00f4te atlantique europ\u00e9enne peuvent \u00eatre transport\u00e9s de l'autre c\u00f4t\u00e9 de l'Atlantique. Ils s'accumulent aussi dans les zones de convergence, ce que les ONG ont appel\u00e9 les continents de plastique. La pollution n'augmente pas partout de la m\u00eame mani\u00e8re. D\u00e9sormais, elle cro\u00eet significativement dans les zones les plus lointaines, comme l'Antarctique ou les grands fonds. \u00bb\u003C\/i\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EL'\u00e9tendue des cons\u00e9quences de cette pollution commence \u00e0 peine \u00e0 \u00eatre explor\u00e9e. \u003Ci\u003E\u00ab On conna\u00eet les effets sur la macrofaune via les pi\u00e9geages, les \u00e9tranglements, les blessures\u003C\/i\u003E, a expliqu\u00e9 Ika Paul-Pont, chercheuse au CNRS en \u00e9cotoxicologie marine. \u003Ci\u003EMais il y a une pollution plus insidieuse. Les plastiques sont ing\u00e9r\u00e9s par toute la cha\u00eene alimentaire marine. Ils peuvent s'accumuler dans le tube digestif des animaux, voire passer la barri\u00e8re intestinale et aller dans d'autres organes. Ils ont des effets toxiques av\u00e9r\u00e9s. \u00bb\u003C\/i\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cfigure\u003E\u003Cimg src=\"http:\/\/newsnet.fr\/img\/newsnet_185788_e58fec.jpg\" \/\u003E\u003Cfigcaption\u003E\u003Cb\u003E\u00ab Les d\u00e9chets s'accumulent aussi dans les zones de convergence, ce que les ONG ont appel\u00e9 les continents de plastique. \u00bb\u003C\/b\u003E\u003C\/figcaption\u003E\u003C\/figure\u003E\u003Cp\u003ECar, au-del\u00e0 de la perturbation m\u00e9canique que cr\u00e9e la pr\u00e9sence d'un morceau de plastique dans le corps, cette mati\u00e8re a aussi des effets chimiques. Les plastiques contiennent, pour environ 5 % de leur composition, des additifs parfois probl\u00e9matiques, tels que les phtalates et le \u003Ca href=\"https:\/\/reporterre.net\/Le-bisphenol-A-reconnu-substance-extremement-preoccupante-par-l-UE\"\u003Ebisph\u00e9nol A\u003C\/a\u003E. Et en plus de cela \u003Ci\u003E\u00ab le plastique a une tr\u00e8s forte capacit\u00e9 d'absorption des contaminants du milieu environnant \u00bb\u003C\/i\u003E, poursuit M\u003Csup\u003Eme\u003C\/sup\u003E Paul-Pont. Un concentr\u00e9 de polluants, en somme, ing\u00e9r\u00e9 par les habitants des mers. \u003Ci\u003E\u00ab On a observ\u00e9 en laboratoire que cela a des effets sur la capacit\u00e9 des animaux \u00e0 se nourrir, cr\u00e9e du stress, perturbe leurs d\u00e9fenses immunitaires, leur croissance, leur reproduction et leur comportement. \u00bb\u003C\/i\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cbig\u003EDes micro-organismes - dont des esp\u00e8ces invasives - voyagent sur des microplastiques\u003C\/big\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EM\u003Csup\u003Eme\u003C\/sup\u003E Paul-Pont nous apprend aussi la d\u00e9couverte r\u00e9cente de ce que les sp\u00e9cialistes ont appel\u00e9 la \u003Ci\u003E\u00ab plastisph\u00e8re \u00bb\u003C\/i\u003E, soit l'ensemble des micro-organismes vivant sur les particules de plastique parsemant les oc\u00e9ans. \u003Ci\u003E\u00ab C'est une nouvelle niche \u00e9cologique \u00bb\u003C\/i\u003E, constate-t-elle. Qui pose de sacr\u00e9es questions : \u003Ci\u003E\u00ab Les microplastiques sont tr\u00e8s durables dans le temps et peuvent parcourir de grandes distances. Cela peut d\u00e9placer des esp\u00e8ces invasives voire pathog\u00e8nes. Par exemple, six ans apr\u00e8s le tsunami au Japon de 2011, on a retrouv\u00e9 pr\u00e8s de trois cents esp\u00e8ces nouvelles de micro-organismes arriv\u00e9es sur la c\u00f4te am\u00e9ricaine via des microplastiques. Ils ont travers\u00e9 le Pacifique. \u00bb\u003C\/i\u003E Autre inqui\u00e9tude, cette plastisph\u00e8re comprend parmi ses habitants des bact\u00e9ries ayant d\u00e9velopp\u00e9 des r\u00e9sistances \u00e0 un large \u00e9ventail d'antibiotiques. La chercheuse au CNRS r\u00e9sume :\u003Cbr \/\u003E\n\u003Cq\u003ELes plastiques absorbent aussi les antibiotiques. Ils pourraient donc jouer un r\u00f4le dans le d\u00e9veloppement de l'antibior\u00e9sistance. \u00bb\u003C\/q\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EApr\u00e8s les microplastiques et leur cort\u00e8ge de micro-organismes, poursuivons la plong\u00e9e dans l'infiniment petit avec les nanoplastiques, produits de la d\u00e9gradation du plastique et invisibles \u00e0 l'œil nu. Ils int\u00e9ressent les chercheurs depuis 2015. Eux aussi sont partout. \u003Ci\u003E\u00ab Dans les sols, les plages, les oc\u00e9ans, les rivi\u00e8res,\u003C\/i\u003E d\u00e9taille Julien Gigault, charg\u00e9 de recherche au CNRS. \u003Ci\u003EIls sont tr\u00e8s contaminants. Leur taille et leur forme leur procurent une capacit\u00e9 de diffusion extraordinaire. Ils traversent les barri\u00e8res organiques tr\u00e8s facilement. \u00bb\u003C\/i\u003E Et apportent donc avec eux leur cort\u00e8ge de polluants et micro-organismes prosp\u00e9rant sur le plastique. Les scientifiques explorent encore les cons\u00e9quences de ces observations.\u003C\/p\u003E\u003Cfigure\u003E\u003Cimg src=\"http:\/\/newsnet.fr\/img\/newsnet_185788_688070.jpg\" \/\u003E\u003Cfigcaption\u003E\u003Cb\u003ELise Durantou, cofondatrice de l'association la Pagaie sauvage, en pleine capture de microplastiques dans une rivi\u00e8re au Pays basque.\u003C\/b\u003E\u003C\/figcaption\u003E\u003C\/figure\u003E\u003Cp\u003EElles semblent, \u00e0 premi\u00e8re vue, potentiellement catastrophiques pour le monde marin. En revanche, les sp\u00e9cialistes se sont montr\u00e9s plus rassurants pour les humains. Concernant les nanoplastiques, \u003Ci\u003E\u00ab l'exposition est limit\u00e9e et se fait surtout par l'air, puis par les v\u00eatements, les cosm\u00e9tiques, l'alimentation et de fa\u00e7on volontaire par des actes m\u00e9dicaux,\u003C\/i\u003E a expliqu\u00e9 Guillaume Duflos, biochimiste \u00e0 l'Anses (l'agence nationale de s\u00e9curit\u00e9 sanitaire). \u003Ci\u003EMais les recherches sur la toxicit\u00e9 pour l'humain ont commenc\u00e9 il y a peu. \u00bb\u003C\/i\u003E En 2019, un rapport de l'ONG Center for international environmental law (Ciel) s'int\u00e9ressant aux \u003Ca href=\"https:\/\/reporterre.net\/Le-plastique-une-menace-omnipresente-pour-la-sante\"\u003Eeffets des plastiques sur la sant\u00e9 humaine\u003C\/a\u003E estimait tout de m\u00eame que \u003Ci\u003E\u00ab le plastique est une crise sanitaire globale ignor\u00e9e bien que sous nos yeux \u00bb\u003C\/i\u003E. On y lisait qu'\u003Ci\u003E\u00ab une \u00e9tude a trouv\u00e9 des microplastiques dans les selles de sujets habitant dans des r\u00e9gions du monde vari\u00e9es et aux r\u00e9gimes alimentaires totalement diff\u00e9rents \u00bb\u003C\/i\u003E.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cbig\u003E\u00ab On est capable de faire des plastiques biod\u00e9grad\u00e9s \u00e0 90 % au bout de 250 jours \u00bb\u003C\/big\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EAlors, que faire face \u00e0 l'ampleur du d\u00e9sastre annonc\u00e9 ? \u003Ci\u003E\u00ab Malheureusement, on ne peut pas nettoyer les oc\u00e9ans \u00bb\u003C\/i\u003E, a constat\u00e9 Fabienne Lagarde, ma\u00eetresse de conf\u00e9rences \u00e0 l'Universit\u00e9 du Mans. \u003Ci\u003EIl faut donc absolument limiter les entr\u00e9es. \u00bb\u003C\/i\u003E R\u00e9duire, donc, la quantit\u00e9 de plastique relargu\u00e9e dans la nature. En en diminuant notre consommation effr\u00e9n\u00e9e par exemple. La \u003Ca href=\"https:\/\/reporterre.net\/8-objets-plastiques-a-usage-unique-vont-etre-interdits-en-Europe\"\u003Er\u00e9glementation europ\u00e9enne visant \u00e0 r\u00e9duire l'utilisation du plastique \u00e0 usage unique\u003C\/a\u003E est un bon d\u00e9but, selon Fran\u00e7ois Galgani : \u003Ci\u003E\u00ab Il y a \u00e9galement des discussions au niveau mondial pour s'accorder sur la r\u00e9duction du plastique \u00e0 usage unique, cela peut fonctionner. \u00bb\u003C\/i\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EMieux r\u00e9cup\u00e9rer les d\u00e9chets plastiques pour les recycler davantage fait \u00e9galement partie des pistes \u00e9voqu\u00e9es. Enfin, \u003Ci\u003E\u00ab il faut penser la fin d'usage du mat\u00e9riau d\u00e8s sa conception \u00bb\u003C\/i\u003E, a estim\u00e9 Fabienne Lagarde. Autrement dit, inventer des plastiques qui se d\u00e9gradent rapidement dans l'environnement. Un champ de la recherche en plein d\u00e9veloppement selon St\u00e9phane Bruzaud, professeur \u00e0 l'Universit\u00e9 de Bretagne-Sud : \u003Ci\u003E\u00ab On est capables de faire des plastiques biod\u00e9grad\u00e9s \u00e0 90 % au bout de 250 jours \u00bb\u003C\/i\u003E, se f\u00e9licite-t-il. \u003Ci\u003E\u00ab Ils ne persisteraient dans l'environnement que quelques jours ou semaines plut\u00f4t que des dizaines d'ann\u00e9es. Mais ils ne repr\u00e9sentent que 1 % du plastique aujourd'hui dans le monde. \u00bb\u003C\/i\u003E\u003C\/p\u003E\u003Chr \/\u003E\u003Cb\u003ESource :\u003C\/b\u003E Marie Astier pour \u003Ci\u003EReporterre\u003C\/i\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003EPhotos :\u003C\/b\u003E\u003Cbr \/\u003E\nchap\u00f4 : Des microplastiques de la rivi\u00e8re Patapsco photographi\u00e9s au laboratoire du d\u00e9partement de science environnementale et de technologie de l'Universit\u00e9 du Maryland (\u00c9tats-Unis), en 2015. Will Parson\/Chesapeake Bay Program\u003Cbr \/\u003E\nCofondatrice de l'association la Pagaie sauvage. \u00a9 Chlo\u00e9 Rebillard\/\u003Ci\u003EReporterre\u003C\/i\u003E\u003Cbr \/\u003E\nDes microplastiques r\u00e9colt\u00e9s dans un vortex, ou tourbillon, de d\u00e9chets dans l'oc\u00e9an. Will Parson\/Chesapeake Bay Program \/ \u003Ca href=\"https:\/\/www.flickr.com\/photos\/chesbayprogram\/26091310791\/in\/photolist-FKAMG4-FJSYoE-FQLbEf-2gB2bdm-EXBCym-FHmt43-2gB1BMt-FT429e-26DDvdo-VNQnvJ-2gB2cM3-EXBupf-nF7KjG-FKhsjH-dqGFzf-2hznwJu-2gB1Er1-EXNscX-EXNohT-26nGfnx-EXNkne-26nGeq2-2gB2dPJ-FPaVY5-FHhQUf-EXBMrb-VNQo85-FMbYia-KMztLK-FRsNKv-Li55CL-24ZJ39q-VNQmzq-FMbN42-2hs9vQP-FPaUK3-EXNeBM-EWd6u8-FPaNb1-FJTbRf-J6ot3K-X5WVx4-U24uWF-FT49yV-FMcgwi-FMbRVR-FJT8T1-EVGWz3-EXNhvT-Fr7C6o\"\u003EFlickr\u003C\/a\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Ca href=\"http:\/\/reporterre.net\/Microplastiques-dans-les-oceans-de-nouvelles-decouvertes-edifiantes\"\u003Ereporterre.net\u003C\/a\u003E\u003C\/p\u003E"}}