{"193793":{"id":"193793","parent":"193693","time":"1629296903","url":"http:\/\/www.legrandsoir.info\/debandade-a-kaboul.html","category":"documentaires","title":"D\u00e9bandade \u00e0 Kaboul","image":"http:\/\/newsnet.fr\/img\/newsnet_193793_47690a.jpg","hub":"newsnet","url-explicit":"debandade-a-kaboul","admin":"newsnet","views":"353","priority":"4","length":"5382","lang":"","content":"\u003Cp\u003E\u003Cimg style=\" width:260px;\" src=\"http:\/\/newsnet.fr\/img\/newsnet_193793_47690a.jpg\" \/\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EBruno GUIGUE\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EPlutôt d\u00e9risoires, ces commentaires journalistiques qui reprochent \u00e0 Joe Biden de se comporter comme Donald Trump, qui accusent Washington de renoncer \u00e0 son h\u00e9g\u00e9monie plan\u00e9taire, et se livrent \u00e0 une narration sugg\u00e9rant que les USA n'en ont pas fait assez, un peu comme ces bellicistes qui, durant la guerre du Vietnam, ne comprenant rien \u00e0 rien, r\u00e9clamaient davantage de troupes au sol et davantage de bombes sur le Nord-Vietnam.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EComme si un surcroît d'imp\u00e9rialisme pouvait sauver l'imp\u00e9rialisme, et comme si vingt ans d'occupation militaire en Afghanistan, des dizaines de milliers de morts et des centaines de milliards partis en fum\u00e9e n'\u00e9taient qu'un acompte, et qu'il fallait verser le solde !\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ETout aussi d\u00e9risoire, pour la même raison, est la thèse de \"l'erreur strat\u00e9gique\" commise par Washington, soutenue par certains experts occidentaux qui trouvent que cette invasion \u00e9tait une bonne id\u00e9e, au motif qu'il fallait punir les m\u00e9chants talibans complices d'Al-Qaida, mais que, malheureusement, elle a \u00e9t\u00e9 mal ex\u00e9cut\u00e9e. Si c'\u00e9tait vraiment le cas, pourquoi les USA, constatant leur erreur, n'ont-ils pas pli\u00e9 bagages comme ils l'ont fait en Somalie en 1992 ? Constamment ressass\u00e9e après chaque \u00e9chec, cette thèse de \"l'incomp\u00e9tence\" ou de \"l'amateurisme\" de Washington \u00e9vacue la question des v\u00e9ritables motivations de l'intervention \u00e9trangère : argumentation qui sert d'\u00e9cran de fum\u00e9e, elle fait comme si la l\u00e9gitimit\u00e9 de cette intervention allait de soi, et comme si le problème, en d\u00e9finitive, \u00e9tait un problème de forme, et non un problème de fond.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EOn s'autorise ainsi \u00e0 passer sous silence les v\u00e9ritables ressorts de ce conflit majeur. On oublie que ce vaste pays montagneux est un pays-charnière qui fait la jonction entre les mondes iranien, turc et indien, et qu'en plaçant son territoire sous contrôle direct ou indirect, Washington entendait obtenir de cette op\u00e9ration, \u00e0 la suite du reflux sovi\u00e9tique, de copieux dividendes strat\u00e9giques. On oublie alors que la principale motivation de l'invasion \u00e9trangère perp\u00e9tr\u00e9e en 2001, masqu\u00e9e derrière le noble motif de la soi-disant lutte contre le terrorisme, \u00e9tait de prendre pied \u00e0 proximit\u00e9 de la Russie et de la Chine. Elle se contentait de prolonger, \u00e0 cet \u00e9gard, l'implantation de la CIA auprès des factions islamistes, inaugur\u00e9e avant même l'intervention sovi\u00e9tique de 1979 au profit d'un État afghan l\u00e9gitime et dirig\u00e9 par des forces laïques.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EEn jetant une tête de pont en Afghanistan, Washington se donnait ainsi les moyens, \u00e0 terme, d'endiguer l'influence de Moscou et de P\u00e9kin, voire de d\u00e9stabiliser sur leur flanc sud ces puissances continentales, rivales syst\u00e9miques de la thalassocratie \u00e9tasunienne. Quitte \u00e0 transformer ce pays en pouponnière \u00e0 extr\u00e9mistes dont la manipulation, sous le règne de Zbigniew Brzezinski, a \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9e au rang d'axiome de la politique des États-Unis dans le Grand Moyen-Orient. Quitte \u00e0 prendre le risque, aussi, de subir le syndrome de Frankenstein, la cr\u00e9ature terroriste finissant par se retourner contre son cr\u00e9ateur et adoptant son propre agenda, en attendant l'ultime renversement d'alliance qui transformera \u00e0 nouveau l'ennemi suppos\u00e9 en alli\u00e9 objectif, voire en alli\u00e9 tout court, au prix d'une amn\u00e9sie volontaire des contentieux pass\u00e9s.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EEn r\u00e9sum\u00e9, il est \u00e9vident que les États-Unis n'ont pas abandonn\u00e9 l'Afghanistan le 16 août 2021 parce qu'ils se sont rendu compte, vingt ans plus tard, qu'ils avaient \"commis une erreur strat\u00e9gique\" (Hubert V\u00e9drine). S'ils ont pli\u00e9 casaque, ce n'est pas non plus parce qu'ils ont \"accompli leur mission\" (Joe Biden), sauf si l'on admet, bien entendu, que la mission \u00e9tait de perp\u00e9tuer le chaos, ce qui est exact. Quand Joe Biden dit que les États-Unis n'avaient pas vocation \u00e0 \"construire une nation\" en Afghanistan, il faut le prendre au mot : cette longue occupation \u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 une entreprise de d\u00e9molition. Évidemment, ce n'est pas ce que Joe Biden a voulu dire : il veut faire croire que cette d\u00e9bandade finale est justifi\u00e9e par la victoire sur Al-Qaida, alors que les m\u00e9tastases de cette organisation parrain\u00e9e par la CIA au d\u00e9but des ann\u00e9es 80 n'ont cess\u00e9 de se r\u00e9pandre depuis 20 ans !\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELa v\u00e9rit\u00e9 est donc \u00e0 des ann\u00e9es-lumière de cette justification d\u00e9risoire, même si, formellement, ce que dit Joe Biden est exact : les États-Unis n'ont rien construit en Afghanistan, se contentant d'y exercer une capacit\u00e9 de nuisance qui a \u00e9t\u00e9 finalement mise en \u00e9chec par des adversaires plus forts qu'eux, et qui tirent leur force d'un avantage moral consid\u00e9rable : ils sont dans leur pays et ils se battent pour y exercer leur souverainet\u00e9. Si les derniers repr\u00e9sentants de la tutelle imp\u00e9riale ont d\u00e9guerpi d'Afghanistan, c'est tout simplement parce qu'ils ont perdu la guerre. Et ce sont les talibans, ces ex-alli\u00e9s transform\u00e9s en r\u00e9sistants par l'occupation \u00e9trangère, qui les ont mis dehors après avoir dispers\u00e9 l'arm\u00e9e en carton-pâte d'un r\u00e9gime fantoche. Comme au Vietnam, en 1975.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Cb\u003EBruno GUIGUE\u003C\/b\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Ca href=\"http:\/\/www.legrandsoir.info\/debandade-a-kaboul.html\"\u003Elegrandsoir.info\u003C\/a\u003E\u003C\/p\u003E"}}