{"194931":{"id":"194931","parent":"0","time":"1631285158","url":"https:\/\/www.entelekheia.fr\/2021\/09\/10\/rien-de-bon-nen-est-sorti-le-9-11-vingt-ans-apres\/","category":"documentaires","title":"Rien de bon n'en est sorti : le 9\/11 vingt ans apr\u00e8s","image":"","hub":"newsnet","url-explicit":"rien-de-bon-n-en-est-sorti-le-911-vingt-ans-apres","admin":"newsnet","views":"140","priority":"3","length":"7789","lang":"","content":"\u003Cp\u003EPar Ron Jacobs\u003Cbr \/\u003E\nParu sur \u003Ca href=\"https:\/\/www.counterpunch.org\/2021\/09\/10\/nothing-good-came-out-of-it-9-11-twenty-years-on\"\u003ECounterpunch\u003C\/a\u003E sous le titre \u003Ci\u003ENothing Good Came Out of It: 9-11 Twenty Years On\u003C\/i\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EJe m'en souviens bien. Je m'\u00e9tais r\u00e9veill\u00e9 t\u00f4t le matin du 11 septembre 2001. J'\u00e9tais \u00e0 Manhattan pour assister \u00e0 une r\u00e9union et rendre visite \u00e0 une amie. Elle est partie pour attraper son m\u00e9tro. J'ai termin\u00e9 la cafeti\u00e8re que nous avions partag\u00e9e, je me suis habill\u00e9 et je suis sorti. Son appartement se trouvait dans le quartier de Chelsea ; \u00e0 une rue au nord du Chelsea Hotel, en fait. Je me suis assur\u00e9 que j'avais une cl\u00e9 pour rentrer, j'ai ferm\u00e9 la porte de son appartement derri\u00e8re moi et j'ai pris les escaliers jusqu'\u00e0 l'avant de l'immeuble. Apr\u00e8s \u00eatre sorti, j'ai tourn\u00e9 le dos \u00e0 l'Hudson River et pris \u00e0 gauche. J'ai remarqu\u00e9 une petite foule de gens au coin de la rue. Ils regardaient tous vers le sud. M\u00eame si elle \u00e9tait plus importante qu'une foule matinale normale de personnes attendant de traverser la rue, cela ne semblait pas inhabituel. Quand je suis arriv\u00e9 au coin de la rue, j'ai rejoint le groupe. C'est alors que j'ai vu l'avion fumant plant\u00e9 sur le c\u00f4t\u00e9 d'une des tours jumelles. Ma premi\u00e8re pens\u00e9e a \u00e9t\u00e9 qu'un pilote avait fait une erreur d\u00e9sastreuse. Nous avons parl\u00e9 entre nous. L'homme noir qui se tenait habituellement au coin de la rue avec son poste de radio diffusant des chansons et des informations, a fait tourner le bouton de la radio, \u00e0 la recherche de nouvelles qui pourraient nous aider \u00e0 comprendre ce que nous voyions. Puis un autre avion a frapp\u00e9 une tour. La situation \u00e9tait maintenant devenue r\u00e9ellement folle et un peu effrayante.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ELe gars \u00e0 la radio a trouv\u00e9 une station qui diffusait des nouvelles. Il l'a laiss\u00e9e, pour que les gens dans la foule puissent l'\u00e9couter. Bien que la confusion ait r\u00e9gn\u00e9 dans la station de radio, la nouvelle qui filtrait \u00e9tait que les deux avions semblaient faire partie d'un incident terroriste. Des milliers de travailleurs \u00e9taient pi\u00e9g\u00e9s dans les tours jumelles, des milliers de personnes fuyaient ou tentaient de fuir, et les premiers intervenants affluaient dans les rues autour des b\u00e2timents. Mon amie travaillait pr\u00e8s des tours, dans un magasin de fournitures d'art non loin de la Knitting Factory, une salle de concert o\u00f9 nous avions bu quelques bi\u00e8res la veille. Je suis retourn\u00e9e \u00e0 son appartement et j'ai appel\u00e9 son lieu de travail. Je devais m'assurer qu'elle allait bien avant de quitter la ville. Au d\u00e9but, il n'y a pas eu de r\u00e9ponse. Lorsque j'ai enfin r\u00e9ussi \u00e0 en obtenir une, un enregistrement m'a dit que le magasin \u00e9tait ferm\u00e9 en raison des \u00e9v\u00e9nements survenus dans le sud de Manhattan. J'ai ensuite appel\u00e9 la compagnie a\u00e9rienne sur laquelle je devais partir. Tous les vols \u00e9taient annul\u00e9s. Mon objectif est devenu clair. Je devais retrouver mon amie. J'ai quitt\u00e9 l'appartement et me suis dirig\u00e9 vers le sud, vers Greenwich Village. En chemin, je me suis arr\u00eat\u00e9 dans un magasin Radio Shack et j'ai achet\u00e9 un transistor de poche. Pendant que je payais la caissier, nous avons vu la chute de la deuxi\u00e8me tour. Fascin\u00e9s comme on peut l'\u00eatre par une trag\u00e9die, aucun des deux n'avons dit un mot. J'ai pris ma monnaie et je lui ai souhait\u00e9 bonne chance. Il a r\u00e9pondu de la m\u00eame fa\u00e7on.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EJ'ai allum\u00e9 la radio et j'ai commenc\u00e9 \u00e0 marcher vers Washington Square Park. Les gens \u00e9taient dehors sur les trottoirs. Les bars et les restaurants \u00e9taient ouverts. Dans beaucoup d'entre eux, une t\u00e9l\u00e9vision install\u00e9e \u00e0 la fen\u00eatre ou sur une table ext\u00e9rieure diffusait les nouvelles au fur et \u00e0 mesure qu'elles se d\u00e9roulaient. Au d\u00e9but, la plupart des commentaires \u00e9taient confus et incertains. Pendant que je me rapprochais du Village, cette confusion \u00e9tait lentement remplac\u00e9e par des repr\u00e9sentants du gouvernement qui expliquaient aux gens comment ils devaient r\u00e9agir, par plusieurs g\u00e9n\u00e9raux qui parlaient de la fa\u00e7on dont les \u00c9tats-Unis devaient r\u00e9agir, et par le visage de Rudy Giuliani. Ce maire effrayant profitait clairement du massacre pour ses propres objectifs v\u00e9naux. Cela renvoyait le scandale autour de sa femme et de sa ma\u00eetresse en seconde page des nouvelles. Voir son visage sur tous les \u00e9crans de t\u00e9l\u00e9vision de la 24e rue \u00e0 Washington Square Park est un souvenir de ce jour qui ne dispara\u00eetra pas.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EAlors que je me d\u00e9pla\u00e7ais lentement vers le sud, la puanteur des tours en feu devenait l'odeur dominante. Elle me rappelait l'odeur d'une voiture en feu. Une combinaison de plastique fondu, de peinture, d'acier et de divers combustibles fossiles en feu, il n'y avait aucun doute quant \u00e0 sa toxicit\u00e9 et aucun moyen d'\u00e9chapper \u00e0 sa pr\u00e9sence lourde, m\u00eame huileuse. Des milliers de personnes marchaient vers le nord alors que je continuais vers le sud. Certains avaient l'air h\u00e9b\u00e9t\u00e9. Certains n'avaient plus de chaussures et d'autres portaient des chemises tremp\u00e9es de sueur \u00e0 cause de la peur. Les visages baign\u00e9s de larmes et les conversations tendues semblaient \u00eatre \u00e0 l'ordre du jour, \u00e0 juste titre. En \u00e9coutant les commentaires sur la radio que je venais d'acheter, je me demandais ce qui allait se passer ensuite. Une fois que la fum\u00e9e se serait dissip\u00e9e, pour ainsi dire. D'apr\u00e8s ce que j'entendais, une guerre semblait in\u00e9vitable. Non pas parce qu'elle r\u00e9soudrait quoi que ce soit, mais parce qu'elle r\u00e9conforterait les Am\u00e9ricains en col\u00e8re, pr\u00eats \u00e0 botter le cul de n'importe qui. Le baratin patriotique des g\u00e9n\u00e9raux en chambre, des pr\u00e9sidents stupides et des bellicistes de droite se transformait en un vitriol nationaliste qui aurait fait honte \u00e0 John Birch, \u00e0 Curtis LeMay et au g\u00e9n\u00e9ral Patton. Les politiciens lib\u00e9raux de gauche et leurs cohortes dans la presse se faisaient l'\u00e9cho de ces sentiments avec la m\u00eame ferveur. L'avenir semblait sombre en g\u00e9n\u00e9ral et sanglant pour ceux qui allaient presque certainement \u00eatre vite attaqu\u00e9s.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003EJe me suis arr\u00eat\u00e9 dans une bodega \u00e0 deux p\u00e2t\u00e9s de maisons du Washington Square Park et j'ai achet\u00e9 deux grandes canettes de bi\u00e8re pour boire pendant que je marchais. J'esp\u00e9rais trouver mon amie quelque part dans le Village. J'ai d\u00e9couvert que Manhattan \u00e9tait bloqu\u00e9 par la police et l'arm\u00e9e au sud du parc. Les gens pouvaient quitter cette zone mais ne pouvaient pas y entrer. J'ai trouv\u00e9 un endroit sur l'herbe et j'ai ouvert une des bi\u00e8res. Au moment o\u00f9 je buvais une longue gorg\u00e9e, j'ai entendu une femme m'appeler. C'\u00e9tait mon amie. Nous nous sommes embrass\u00e9s et serr\u00e9s tr\u00e8s fort. Le bruit des sir\u00e8nes et des flics qui donnaient des ordres par m\u00e9gaphones couvrait nos voix, mais pas notre soulagement de nous \u00eatre retrouv\u00e9s. Nous nous sommes assis sur l'herbe et avons observ\u00e9 les centaines d'autres personnes qui avaient \u00e9galement d\u00e9cid\u00e9 de se donner rendez-vous ou de simplement tra\u00eener l\u00e0. Il n'y avait pas de t\u00e9l\u00e9vision et le bruit de la radio a \u00e9t\u00e9 rapidement noy\u00e9 par une foule croissante de personnes jouant de la guitare, des congas et d'autres instruments. La plupart d'entre eux entretenaient probablement avec crainte une certitude croissante : les pouvoirs de Washington, de Wall Street et du Pentagone allaient tuer quelques gens quelque part. Alors que la puanteur des tours en feu planait sur le sud de Manhattan, des dizaines de personnes dans le Washington Square Park se sont mises \u00e0 chanter et certaines dansaient m\u00eame. Puis, un autre immeuble s'est effondr\u00e9. La danse macabre a continu\u00e9. Et continue \u00e0 ce jour.\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Ci\u003ERon Jacobs est l'auteur de Daydream Sunset : Sixties Counterculture in the Seventies, publi\u00e9 par CounterPunch Books. Son dernier ouvrage est un pamphlet intitul\u00e9 Capitalism : Is the Problem. Il vit dans le Vermont.\u003C\/i\u003E\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003ETraduction Corinne Autey-Roussel\u003Cbr \/\u003E\nIllustration Thierry Ehrmann (d\u00e9tail) \/ Creative Commons\u003C\/p\u003E\u003Cp\u003E\u003Ca href=\"https:\/\/www.entelekheia.fr\/2021\/09\/10\/rien-de-bon-nen-est-sorti-le-9-11-vingt-ans-apres\/\"\u003Eentelekheia.fr\u003C\/a\u003E\u003C\/p\u003E"}}