09/01/2026 arretsurinfo.ch  6min #301362

 Mort de Brigitte Bardot : entre hommages massifs et critiques à la marge

Brigitte Bardot était belle. Elle était aussi grande. Témoignage.

Par  Guy Mettan

Trop belle, trop iconique, trop proche de la France traditionnelle, trop amoureuse des animaux aussi. Brigitte Bardot était tout simplement trop pour la France des élites intellectuelles, qui ne l'aimait guère, comme en ont témoigné les nécrologies empruntées des médias parisiens au moment de sa mort fin décembre. Nous avions échangé, en été 2009, à l'occasion du festival francophone de philosophie que j'organisais alors à Saint-Maurice, et qui était consacré cette année-là à l'homme et à l'animal. Voici les courriers, écrits de sa grande écriture bleue et ronde, qu'elle nous avait envoyés et qui sont restés inédits à ce jour.

Au moment de commencer une nouvelle année qui semble bien mal partie, entre le drame de Crans-Montana et le kidnapping du chef d'Etat vénézuélien, son témoignage nous offre un regard éclairant sur ce qui fut le grand choix de sa vie et un geste de profonde humanité.:q


Brigitte Bardot en Italie en 1958 à Cortina d'Ampezzo. Domaine public


Juin 2009, La Madrague

Cher Guy Mettan,

Je suis extrêmement flattée et touchée que vous ayez pensé à moi pour cette conférence « Credos philosophiques », mais je suis désolé de ne pouvoir y participer physiquement, ma double arthrose des hanches me contraignant à ne me déplacer, avec beaucoup de difficulté, qu'avec deux béquilles.

Je vais tenter de répondre à certaines de vos questions, très intéressantes, mais je ne suis pas une philosophe. Seule la vie, l'expérience et les épreuves m'ont appris l'essentiel.

Dites à tous ceux qui participent à cette réunion précieuse que je leur envoie mes amitiés profondes.

A vous le meilleur de tout mon cœur.

Brigitte Bardot


L'Homme et l'Animal

J'ai découvert très jeune que l'animal était un petit être ou un grand être constamment traqué par l'humain.

Je sauvais les souris que mon père tentait d'achever à coups de balai dans la cave et je ramassais les petits oiseaux tombés du nid qui en général ne survivaient pas. Je n'avais que dix ans et aucune expérience.

Pendant la guerre de 40, mes parents avaient installé à la campagne, où nous passions nos vacances, un petit enclos avec des lapins destinés à finir dans nos assiettes, Nous n'avions rien à manger... Un de ces petits lapins tout noir que j'appelais Noiraud venait toujours vers moi, s'asseyait sur son petit derrière et mettait ses pattes avant jointes comme pour une prière. Un jour, je ne retrouvais plus Noiraud et le soir nous avions pour dîner du lapin.

J'en ai été traumatisée à vie, vouant une haine farouche à mes parents, refusant désormais toute viande ou toute nourriture provenant d'un animal quel qu'il soit.

C'est ainsi que je suis restée douze heures devant une cervelle de mouton glacée que ma amère a tenté de me faire avaler de force en me bouchant le nez. Résultat : une jaunisse avec complications hépatiques.

Au fur et à mesure que je grandissais, j'apprenais l'horreur des abattoirs, l'épouvante de la vivisection, l'atrocité de la chasse, en particulier la chasse à courre pratiquée par tous ces milliardaires qui meurent d'ennui sur leur tas d'or et trouvent plaisir à traquer dans des conditions immondes mais très chic et très « hup-much » des pauvres bêtes magnifiques, innocentes et nobles, elles, jusqu'à ce que mort s'ensuive, « servies » par une dague dans le cœur.

Toute cette injustice, cette prédominance de la force sur la faiblesse m'a donné envie de vomir. De quel droit l'homme s'arroge-t-il le droit de vie et de mort sur l'animal ? Et dans quelles conditions abjectes ?

A 38 ans, alors que j'étais à l'apogée de ma carrière de star, j'ai décidé du jour au lendemain de ne me consacrer qu'aux animaux. Tout le monde a cru à un caprice, mais je ne suis jamais revenue sur ma décision.

Mon premier combat fut sur la banquise canadienne pour dénoncer au monde l'horreur, l'atroce massacre de ces milliers de phoques, proies idéales pour tueurs sans état d'âme, ce qui émut le monde entier.

J'ai dû attendre 32 ans pour qu'enfin les eurodéputés votent à une grande majorité l'interdiction de l'importation de produits dérivés du phoque et des palmipèdes dans l'Union européenne. C'est avec Franz Weber que je fis mes premiers pas.

Rien ne se fait sans mal, il faut un courage fou, une abnégation de soi, une obstination très forte et une patience... Ce qui n'est pas ma principale qualité ! Mais je ne baisse jamais les bras. J'ai trouvé à travers les animaux une force de vaincre, une vérité, une pureté, un désintéressement que je n'ai jamais trouvé chez les êtres dits « humains ». C'est auprès d'eux, ceux que j'ai recueillis, sauvés de la mort, ceux qui m'entourent que je puise la force de continuer mon combat, si dur, si méprisé, mais si indispensable.

J'ai créé ma Fondation à la force de ma volonté, j'y ai mis tout mon argent, toute ma célébrité, tout mon amour, ma santé aussi. Tout ce qui était à moi est désormais aux animaux. Je vis chez eux car mes maisons sont à ma Fondation.

J'ai eu beaucoup de problèmes avec la justice de mon pays lorsque je me suis révoltée contre les sanguinaires fêtes musulmanes de l'Aïd-el-Kébir. Je ne supporte pas et je n'admettrai jamais qu'on puisse égorger un animal conscient de l'atroce fin qu'il va subir, qui met parfois un quart d'heure avant que la mort s'ensuive, alors que l'étourdissement préalable peut être pratiqué sans qu'il y ait mort mais avec seulement une ELECTRONARCOSE qui est pratiquée dans les abattoirs de France depuis les années 1960 lorsque j'ai dénoncé à l'époque l'horreur que subissent les pauvres bêtes au moment de l'égorgement.

Il y a aussi le scandale de l'hippophagie. Tous ces chevaux, ces plus nobles conquêtes de l'homme, considérés comme du bétail que l'on mène à l'abattoir dans des conditions d'épouvante qui dépassent l'imagination, c'est affreux, inhumain, intolérable.

La chevalerie vient du cheval, cette noblesse qui n'a plus cours mais qui a été si importante, si belle. Les chevaux ont été au même titre que les chiens les plus grands amis de l'homme. Sans eux, que serions-nous devenus ?

Et les éléphants ? Quel désastre de tuer, de massacrer des animaux d'une pareille douceur, d'une intelligence et d'une société si merveilleuse.

Je vous embrasse.

Brigitte Bardot


La peur

Pour répondre à cette question, je n'ai qu'une peur, c'est la démographie galopante qui envahit notre planète et qui, telle Attila le fléau de Dieu, détruit tout sur son passage.

L'homme est un prédateur sans foi ni loi. Il envahit la planète, ne laissant plus aucun territoire aux animaux. Comme Konrad Lorenz, comme Eugen Drewerman, je m'inquiète de ce déséquilibre qui peut nous mener rapidement à notre propre perte.

La chaîne écologique est rompue.

Lorsque l'homme aura tout détruit, il se détruira lui-même.

Quel dommage !

Brigitte Bardot

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