01/01/2026 fr.ign.com  43min #300491

L'esprit shōnen n'a pas pu sauver Game One, mais tout n'est pas perdu

Par Jérémie Léger
Mis à jour le: 1 janvier 2026 01:56

Le 1ᵉʳ avril 2002, le journal Libération titrait  "Le trouble double jeu de Game One" et signait une enquête visant à mettre en lumière la prise de contrôle totale d'Infogrames, éditeur français majeur de jeux vidéo à l'époque, de la ligne éditoriale de la première chaîne TV européenne thématique payante spécialisée dans les jeux vidéo. Une ingérence opportuniste qui, en son temps, avait poussé l'écrasante majorité des équipes de la chaîne à démissionner, laissant derrière elle toute une génération de téléspectateurs dans un profond deuil télévisuel. Plus de deux décennies plus tard, à l'ère des influenceurs et des "collaborations commerciales", le contexte était bien différent chez Game One, mais le choc provoqué par l'annonce d'une mort planifiée de la chaîne a peut-être été encore plus violent.

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Matrixés par l'esprit shonen cultivé par des années de diffusion ininterrompue d'animes japonais, de séries et d'émissions vidéoludiques en tout genre, on pensait tous que la chaîne où "l'imaginaire nous rassemble" était invincible, elle qui avait déjà su se relever après un premier trauma et qui, grâce à ses équipes passionnées et ses téléspectateurs dévoués, était parvenue à toujours rester financièrement viable malgré la concurrence ultra-agressive des médias web alternatifs tels que YouTube et Twitch. Malheureusement, il a fallu se rendre à l'évidence : le miracle Game One ne pouvait décemment pas durer éternellement.

Ce que beaucoup de téléspectateurs d'hier et d'aujourd'hui craignaient le plus, Julien Tellouck l'a finalement confirmé en direct à l'antenne le 19 novembre dernier :  la chaîne, en proie à un projet de cessation d'activité, allait définitivement fermer ses portes le 31 décembre 2025. Par ailleurs, si Game One a continué d'émettre jusqu'à la date actée de sa mort, plus aucun programme frais n'a été diffusé à l'antenne à compter du 5 décembre. À cette date, la chaîne ne diffusait plus que de vieilles émissions, entrecoupées de ses traditionnels animés.

Dans l'incompréhension et les yeux encore embués d'émotions face à la disparition de cette chaîne unique qui a jalonné votre parcours de gamers, vous cherchez à comprendre ce qui s'est passé à Game One ces derniers mois ? IGN a enquêté pour vous et vous retrace aujourd'hui tout le feuilleton... avant de probablement éteindre la télévision pour de bon.

Game One, The Last (Sky)dance

Tout a commencé le mercredi 8 octobre à 16 h 15, lorsqu'une breaking (bad) news est venue troubler l'insouciance du gouter de nombreux enfants trentenaires-quarantenaires de Game One : Paramount Network France,  la maison mère de la chaîne aurait apparemment l'intention de débrancher définitivement la chaîne. Une bien triste annonce, non pas officiellement faite par le géant américain de l'audiovisuel, mais leakée par Silvain Trinel dans Tech & Co sur BFM, celui-là même qui, sept ans auparavant, célébrait  les 20 ans d'une chaîne "pionnière face aux changements", dans les colonnes d'IGN France.

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Dans la foulée, les téléspectateurs et les équipes de la chaîne ont assisté, désabusés, à l'effusion d'articles de presse plus ou moins mensongers relayant la nouvelle. Suite à quoi, nous avions contacté Philippe Larribeau-Lavigne, l'actuel PDG de Game One et vice-président Ad revenues de Paramount France, pour tenter d'y voir plus clair, et voici ce qu'il nous déclarait au début du mois d'octobre : "Tout ce qui circule en ligne à l'heure où nous parlons est malheureusement faux. Nous resterons silencieux pour le moment et nous prendrons la parole le moment venu..."

La principale chose à clarifier est la nature même de cette fermeture. Alexis Deville-Cavellin, journaliste salarié et membre du CSE de Game One, précise : "Au moment de la fuite de l'information sur BFM, on ne parle pas encore de fermeture, mais bien d'un 'projet de cessation d'activité'." La sémantique est très importante et c'est un des défauts qui est ressorti des différents papiers publiés début octobre. Ceci dit, à un moment, on ne peut pas prendre les gens pour des imbéciles et il est évident qu'un "projet", quel qu'il soit, est fait pour être mené à bien."

Vous le savez maintenant, ce qui a signé l'arrêt de mort de Game One, c'est bel et bien  le rachat de Paramount Global par Skydance pour 28 milliards de dollars. En gestation depuis longtemps, poussée par le POTUS Donald Trump et ensuite approuvée par les autorités de la concurrence aux États-Unis, cette fusion entre les deux sociétés de production visait à unir leurs forces pour ne former plus qu'une seule entité et, à terme, devenir leader du champ médiatique et audiovisuel mondial.

Mais quel est le rapport avec Game One, me direz-vous ? Eh bien, en vue d'un vaste plan de restructuration du groupe qui concerne plus de 50 % de ses effectifs du pôle télévisuel (de 60 postes sur près d'une centaine au total), Paramount a décidé de couper la tête de plusieurs chaînes de télé linéaires appartenant au groupe (MTV Hits, BET, et Paramount Network) et donc Game One. En revanche, MTV, Comedy Central et les chaînes jeunesse Nickelodeon, continueront d'exister chez nous.

Évidemment, au lendemain du séisme provoqué par BFM TV, tout le monde y voyait flou, et tout particulièrement les effectifs de la chaîne concernés. Armé des éléments dont il disposait en interne, Marcus a très vite pris la parole pour tenter de trouver une explication à tout ça :"En rachetant Paramount et en tentant de récupérer Warner Bros. Discovery, l'objectif de Skydance est clairement de concurrencer Netflix, Disney+ et Amazon sur le marché du streaming. En fait, Skydance, c'est un requin qui cherche à manger toujours plus de gros poissons. Sauf que Game One (qui fait partie de Paramount donc), c'est du plancton. Et même du plancton à deux millions, c'est rien pour eux !", ironise-t-il.

Une analogie aussi cynique que réaliste appuyée par l'expertise de Patrick Sarea, dit"Jean-Pat", ancien directeur des programmes de Game One et désormais expert en stratégie télévisuelle :"En ce moment, la véritable guerre implique le rachat de gros catalogues et la mise en place de plateformes de streaming massives pour concurrencer Netflix, Disney et tous les autres. C'est en tout cas la position de Skydance qui, au départ, rappelons-le, est un producteur de cinéma. Paramount de son côté avait une grosse dette (13 milliards de dollars) et n'a donc pas eu d'autre choix que de passer sous le giron de Skydance, qui souhaitait justement profiter de son catalogue historique, tout en mettant son savoir technologique au service des plateformes Paramount+ et Pluto TV". Une stratégie loin d'être surprenante quand on sait que le PDG de Skydance n'est autre que David Ellison, le fils de Larry Ellison, fondateur du géant de l'informatique Oracle.

Vous l'aurez compris, Game One n'est finalement qu'un dommage collatéral d'une stratégie plus globale et pensée pour faire face à la grande guerre de l'audiovisuel qui se joue dehors. Celle dans laquelle Netflix joue un rôle central, en  annonçant son intention d'acquérir l'intégralité des studios, le catalogue et les actifs de streaming de la société de production centenaire pour  72,5 milliards de dollars et pour laquelle Paramount a contre-attaqué en lançant  une OPA hostile.

Si la situation nous dépasse, il n'empêche que pour les aficionados de la chaîne, la nouvelle a fait l'effet d'une bombe :"En apprenant la nouvelle, j'ai été choqué, parce qu'on savait tous que la chaîne était rentable et gagnait de l'argent", confie Genshi-Tony, un téléspectateur de la première heure abasourdi."Cette espèce d'injustice qui a frappé Game One est incompréhensible et n'avait pas vraiment de raison d'être, en sachant que la chaîne a tourné pendant 27 ans. Si celle-ci était déficitaire depuis plusieurs années, on aurait pu comprendre cette décision de fermeture, mais dans ce contexte, c'était forcément plus difficile à accepter."

Il est vrai que dès l'annonce de la cessation d'activité, les têtes d'affiche de Game One ont immédiatement tenu à faire savoir que la chaîne, après presque trente ans d'existence, était rentable. Game One pouvait même se vanter d'avoir établi des records d'audience en 2024, au point de se hisser dans le top 10 de la TNT. Dans sa vidéo explicative publiée au lendemain de la bombe de BFM, Marcus, l'animateur emblématique de la chaîne et créateur de l'émission Level One, parle de 2,4 millions d'euros de bénéfices nets cette année-là.  Des chiffres publics et corroborés par d'autres cadres de la chaîne.

Pourquoi donc mettre aux arrêts une structure qui rapporte de l'argent ? Ces questions peuvent effectivement se poser, et pour tenter d'y voir plus clair, nous avons cherché à solliciter plusieurs sources proches du dossier. Et l'une d'entre elles nous a d'abord indirectement rapporté que la chaîne, contrairement à ce qui a été dit, n'était pas aussi rentable que ça. C'est en tout cas ce qu'elle a appris de la bouche d'un acteur qui, au début de la tempête, s'est penché sur un potentiel rachat de la chaîne."Avant la date de fermeture de la chaîne, on a étudié la question en vue d'une éventuelle acquisition et non, Game One n'est pas rentable."

On démêle le vrai du faux sur la fermeture de Game One. (Crédit image : IGN France)

Sur quels éléments se base cette personne pour affirmer cela ? Notre interlocuteur anonyme explique :"Il y a une différence entre 'bénéficiaire' et 'rentabilité' (... Les bénéfices réalisés, il faut les mettre au regard des investissements et des amortissements de l'entreprise (location des locaux, des bureaux, achat de matériel) sur plusieurs années. Si tu fais 2 millions de bénéfices nets, mais que derrière, les créances sont plus élevées que ce montant, alors non tu n'es pas rentable. Le business model de Game One est ce qu'il est, et la personne qui l'a étudié a visiblement estimé qu'il n'était pas viable et ne pouvait pas l'être."

Confrontée à ces propos, une personne haut placée dans la hiérarchie de Game One les a formellement démenti, une fois de plus sous couvert d'anonymat :

"Pour affirmer cela, la personne en question n'y connait rien en comptabilité. Un amortissement, quel qu'il soit, est fait avant le bilan comptable. De fait, la chaîne était bel et bien rentable et, pour être franc, c'est même Game One qui faisait vivre, qui drivait et qui nourrissait le groupe Paramount en France. Pour notre dernière année, on était à deux millions de résultat, mais il y a des années où on est montés jusqu'à quatre millions. Je n'invente rien, les chiffres sont publics et visibles sur  Papers pour qui veut les voir. Et ils sont colossaux pour une petite chaîne du câble. Game One pas rentable ? C'est n'importe quoi et je ne peux pas laisser dire ça, car c'est tout simplement faux."

Concernant les couts qui rendraient la chaîne prétendument déficitaire, notre source précise :"S'il y avait des couts (loyer, DRH, la compta), tout était mutualisé et intégré dans Paramount Global. Mais tout ça, c'est minime par rapport au résultat. Celui-ci se base sur la pub que tu gagnes et les contrats que tu signes avec les opérateurs. Et ce chiffre est énorme. Je peux le dire, car j'étais en contact avec toutes les boîtes qui voulaient potentiellement racheter Game One et je connais le dossier à la perfection."

Que la chaîne soit bel et bien rentable ou non, ne change évidemment rien au fait que des dizaines de personnes vont perdre leur emploi dans la bataille. Marcus, encore secoué par la première annonce de la cessation d'activité de Game One, tirait d'ailleurs sa propre conclusion en vidéo bien avant que se tiennent ces débats :"C'est pas très sympa pour ceux qui travaillent sur la chaîne et qui sont là depuis trente ans, mais c'est même pas méchant. Ça fait partie d'une stratégie, d'une vision qui nous dépasse. Sur le plan purement financier, on n'est que de simples petites pièces en cuivre pour eux. Et en tant que tel, ils ne nous calculent pas, on n'existe pas dans leur équation."

You're fired !

Et pourtant, il y a quand même du monde dans cette équation. Incluant ses animateurs et ses têtes d'affiche, la chaîne française du jeu vidéo employait, avant sa fermeture, 8 salariés et une quinzaine d'intermittents qui travaillaient sur les émissions en plateau et la programmation. Cessation d'activité oblige, toutes ces personnes ont donc été remerciées à l'aube de la nouvelle année. Et si les salariés ont pu compter sur leur prime de licenciement pour aspirer à un meilleur avenir ailleurs, les intermittents eux ont été jetés à la benne sans filet de sécurité, et n'avaient plus que leurs yeux pour pleurer. Pour Léa, la chargée de production de TeamG1 pigée par Galaxie Presse par exemple, la fermeture de Game One représente une coupe massive dans ses revenus totaux.

"Pour Pierre et moi qui sommes à la production, ça s'annonce délicat, car jusqu'à présent, on dédiait trois jours par semaine complet à Game One et à ses programmes. Perdre trois jours par semaine de revenus d'un seul coup, c'est forcément un coup dur. Pour les autres personnes intermittentes en maquillage, en cadre, ou en fond, ça sera sans doute plus facile à gérer pour eux, car ils ont d'autres employeurs à côté et ne tiraient pas la majorité de leurs revenus de Game One."

Pierre Boulay, le réalisateur historique de la chaîne, sait effectivement d'avance que cette précarité violente va lui coûter cher. Angoissé quant à ses perspectives d'avenir, il témoignait pour IGN France, quelques semaines avant la date fatidique du 31 décembre.

"J'ai fait qu'une seule dépression dans ma vie, c'était en 2002 après que tous ceux que j'aimais ont quitté la chaîne suite à l'incursion d'Infogrames dans la ligne éditoriale. Aujourd'hui, le stress et l'inquiétude sont si présents que pour la deuxième fois de ma vie, je prends des cachetons pour que ça passe. C'est difficile à vivre et je suis dans le dur, car je sais que je vais partir sans rien."

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Cette première annonce officieuse du mois d'octobre a d'autant plus secoué les intermittents que seuls les huit salariés de la chaîne avaient initialement été mis au courant. En fait, la direction de Paramount France les avait avertis de la situation dès la rentrée télévisuelle, au début du mois de septembre 2025. À ceux qui pensent que les quelques employés mis au parfum (parmi lesquels Alexis Deville-Cavelin et Julien Tellouck) auraient pu faire passer le mot au reste des effectifs de la chaine, sachez qu'ils étaient tous soumis à des accords de confidentialité par leur hiérarchie, les forçant ainsi à tenir leur langue en laissant à contrecoeur leurs camarades dans l'ignorance. Résultat, les autres travailleurs non-salariés de Game One, têtes d'affiche compris, ont officiellement appris la nouvelle en même temps que tout le monde, via l'article de BFM.

Pire encore : le mercredi 8 octobre à 16 h 15, date de la fuite de l'information en ligne, Julien Tellouck, Marcus, Anh Phan et Sora et tous les autres travailleurs de l'ombre étaient sur Game One, en plein direct de l'émission Team G1. La plupart ont donc carrément eu vent de leur éviction en live et face caméra. Surprise ! Heureusement pour eux, ils sont restés pros et n'ont à aucun moment perdu la face. Toutefois, ce move de Tech&Co a laissé une tâche bien crade sur le plan de (non) communication initialement prévu de Paramount.

Et comme il fallait s'y attendre, une fois le choc de la bombe passé, l'émotion a vite repris le dessus. Dans un message publié sur sa page Facebook, Marcus, l'animateur et créateur historique de Level One déplorait le jour même :"J'ai du mal à croire que Paramount et Skydance n'aient pas eu la décence de me prévenir de leur intention de mettre fin à une chaîne qui fait le bonheur des gamers depuis 1998 et sur laquelle j'officie depuis le premier jour. Si ce projet de fermeture est réel, c'est 27 ans de l'histoire du jeu vidéo qui vont être désintégrés..."

Merci à tous pour vos innombrables messages de soutien les ptizamis ! Je sais que je peux toujours compter sur vous dans les coups durs, et, dans le genre, celui-là bat des records !
Comme vous, j'ai découvert aujourd'hui l'article de  @BFMTV qui annonce la fermeture de...  pic.twitter.com/2vQQdesvOV - Marcus (@Marcuszeboulet)  October 8, 2025

Même son de cloche pour Kayane, qui fut elle aussi parmi les premières à réagir et à exprimer sa stupeur :"J'aurais préféré que cela soit annoncé dans de meilleures conditions, ne serait-ce que de notre part officiellement en premier, on l'aurait mérité et vous aussi qui suivez Game One depuis de nombreuses années pour certains. Mais les choses en sont tristement autrement... À mon grand regret, une chose aussi simple n'a même pas été possible. Encore aujourd'hui je ne sais pas bien quoi vous dire de plus, on est vous et moi au même niveau d'informations (et grâce à l'article j'ai appris la date de fin!)", précise-t-elle avec une pointe de sarcasme. (ndlr : la fenêtre de fermeture initialement annoncée à fin novembre dans l'article de BFM était effectivement fausse puisque, pour rappel, la chaîne a fermé le 31 décembre.

Merci pour tous vos messages de soutien qui me touchent énormément et qui me font vraiment plaisir à lire.

J'aurais préféré que cela soit annoncé dans de meilleures conditions, ne serait-ce que de notre part officiellement en premier, on l'aurait mérité et vous aussi qui suivez... - Kayane (@Kayane)  October 8, 2025

Le réveil fut tout amer pour NewTiteuf, l'un des derniers animateurs à avoir rejoint le navire de la Team G1 :"J'ai rejoint l'aventure Game One il y a 5 ans, et plus qu'une équipe, j'y ai trouvé une famille. (...) Comme avec chacun des animateurs de la chaîne La nouvelle qui est tombée aujourd'hui fait mal, et j'aurais aimé qu'on puisse l'annoncer à notre manière... aussi par respect pour vous, téléspectateurs fidèles et si bienveillants. J'espère qu'une solution ou une suite sera trouvée, pour nous, pour vous et surtout pour toutes les équipes derrière les caméras, la régie, la prod, le maquillage... qui sont tous des amours ! (...) Merci pour votre accueil si chaleureux au sein de cette chaîne mythique. D'ici là, on va continuer de vous divertir jusqu'au dernier moment."

J'ai rejoint l'aventure  @GameOne il y a 5 ans, et plus qu'une équipe j'y ai trouvé une famille. C'était un rêve pour moi de partager l'antenne avec  @Marcuszeboulet, et c'est devenu une réalité, puis même une réelle amitié. Comme avec chacun des animateurs de la chaîne ❤️

La...  pic.twitter.com/8kJlV0O16f - Julien Dashow / Newtiteuf (@Newtiteuf)  October 8, 2025

Si les animateurs et chroniqueurs ont tant tenu à intégrer les téléspectateurs de Game One dans la boucle et dans leurs messages, c'est parce qu'ils savent bien que la chaîne n'aurait pas eu cette aura si spéciale sans eux. S'il fallait encore prouver la force fédératrice de cette chaîne dans le paysage télévisuel français, Game One et ses équipes - initialement seules dans leur détresse - ont instantanément bénéficié d'une vague de sympathie venue de toute la communauté gaming. Sans surprise, des téléspectateurs à la fois d'hier et d'aujourd'hui, mais aussi bon nombre de youtubeurs et influenceurs du milieu biberonnés à Game One (Conkerax, Julien Chieze, Benzaie, JV, Leo Techmaker, Cyril Drevet et beaucoup d'autres), n'ont pas manqué de donner de la force aux équipes de la chaîne.

"Cet afflux d'amour m'a beaucoup touché", confie Genshi-Tony."Qu'il vienne de personnes qui ne regardaient plus Game One aujourd'hui ou de ceux qui la regardaient encore, cet élan de nostalgie et de sympathie est la preuve symbolique de la place qu'a cette chaîne dans le cœur de nombreuses personnes, moi y compris."

Lucide, Marcus parle même d'une"Génération Game One". Interrogé sur ce sujet dans le nouveau podcast de Julien Tellouck, Tant qu'il y aura du Wi-Fi , il a déclaré :"Génération TeamG1 et génération Game One, je mettrai les deux ensemble. Peut-être plus Game One que TeamG1 dans le sens où pendant dix ans, il n'y avait pas Internet et (la chaîne) a été la seule source d'infos sur le jeu vidéo pour toute une génération. Il faut comprendre qu'entre 1998, année de création de la chaîne, et 2007, année d'arrivée de YouTube, il n'y a que Game One si tu veux voir du jeu vidéo. Pour ces personnes-là, je pense que le choc est encore plus fort que pour les autres qui sont arrivés plus tard, notamment à partir de TeamG1. Simplement parce qu'eux ont le choix, ils ont internet, le Joueur du Grenier, Bob Lenon, Squeezie et plein d'autres choses pour leur parler de jeux vidéo."

N'ayons pas peur des mots, Game One peut légitimement être considérée comme une institution vidéoludique française et mondiale de par sa place dans l'Histoire du 10ᵉ Art. Par respect envers cet héritage de presque trois décennies, les visages et les téléspectateurs qui l'ont façonné, Paramount ne pouvait donc décemment pas jouer les sourdes oreilles plus longtemps.

Paramount, l'autruche des montagnes

Face aux flots d'interrogations, aux spéculations et aux"fake news"qui circulaient en ligne après l'annonce de BFM, la maison mère de Game One aurait pu désamorcer la situation en prenant officiellement la parole pour remettre les pendules à l'heure. Elle a d'abord préféré se taire dans un premier temps. Injoignable, elle n'a pas répondu aux appels des journalistes, ni réagi à la fuite de Silvain Trinel, et encore moins aux réactions stupéfaites des animateurs entraînés dans l'engrenage.

"Pour Genshi-Tony, la raison derrière ce mutisme semble évidente : "Je pense tout simplement qu'ils s'en foutaient. Je veux dire, à quoi bon se lancer dans une gestion de crise si à la fin, les dirigeants savent déjà très bien qu'ils vont virer tout le monde ?"

Sur ce point, Pierre Boulay, le réalisateur historique de la chaîne affiliée à la boîte de prod Galaxie Presse qui produit les émissions de Game One tempère : "Comme Game One dépend du groupe Paramount, les décideurs locaux étaient pieds et poings liés par rapport aux décisions de l'international (le siège de Paramount étant à New-York). Autrement dit, tant que l'international n'avait pas donné son feu vert, Paramount France et les équipes de Game One n'avaient rien le droit de dire. Elles ne pouvaient ni confirmer l'information, ni la démentir, ou ni quoi que ce soit d'autre".

Patrick Sarrea, qui désormais s'emploie à faire tourner sa propre chaîne TV  HISTOIRE DE LA TÉLÉVISION, va même encore plus loin et se veut plus pragmatique : "Le microcosme des gamers et notre affect pour cette chaîne biaise notre vision, nous donnent l'impression que c'était une décision grave. Mais en réalité, si Paramount n'a rien dit, c'est surtout parce que, ce que nous, avons estimé être une tempête audiovisuelle, ne représentait absolument rien pour eux, pas même une brise par rapport à ce qu'impliquait leur stratégie à long terme".

Perché tout en haut de sa montagne de divertissement et loin du tumulte de Game One, le géant de streaming, après des semaines de silence, a finalement enfin donné l'autorisation à Paramount France de s'exprimer concrètement sur la situation de la chaîne, par l'intermédiaire de Julien Tellouck. Au courant de la situation depuis le départ donc, mais muselé par les différents NDA et contraint de feindre l'ignorance face à ses collègues et amis, il a finalement pu prendre la parole une première fois officiellement une semaine après l'annonce fatidique de Tech & Co, en plein direct de l'émission Team G1, le mercredi 15 octobre à 16 h.

Problème, après que l'animateur ait teasé sa prise de parole la veille avec un message aguicheur publié sur ses réseaux sociaux, il n'a finalement rien dit que nous ne sachions déjà. En porte-parole formel de son employeur, le salarié et responsable éditorial de Game One s'est contenté, après avoir fait durer le suspens jusqu'à la toute fin de l'émission, d'un vide discours de langue de bois, aligné sur la stratégie de communication nébuleuse de Paramount France. En tant que salarié, il n'avait évidemment pas le choix, et ne savait de toute façon pas grand-chose de plus à cet instant.

Bien entendu, sa méthode de com racoleuse n'a pas manqué de frustrer les téléspectateurs en attente de réponses concrètes, mais aussi d'irriter certains de ses collègues d'antenne, dont Pierre Boulay. "Pour être honnête, je n'étais pas d'accord avec la façon de faire de Julien. J'aurais préféré qu'il fasse son annonce dès le début plutôt que de faire un teasing de merde pour finalement ne rien dire. Il ne m'a pas écouté et c'était son choix personnel".

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Le réalisateur poursuit : "Après, on le sait, c'était aussi une question d'audience. Il l'a joué comme ça pour garder au maximum les téléspectateurs devant l'émission. Je comprends tout à fait la stratégie, mais dans un contexte comme celui-ci, j'ai quand même trouvé ça moyen".

Finalement, le feuilleton a connu son dénouement le 19 novembre, lorsque Julien Tellouck a pris la parole une seconde fois, en bonne et due forme cette fois. C'est encore et toujours en direct dans Team G1 qu'il a  confirmé la fermeture définitive de la chaîne au 31 décembre 2025, avec comme grand final, la diffusion d'une toute dernière émission TeamG1 en direct le 3 décembre 2025.

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La der des ders

Ce jour-là, l'après-midi était à la fois nostalgique, funeste, mélancolique, poignant et festif. Le chant du cygne en direct de la chaine a d'abord commencé avec la diffusion de Game One Story, un documentaire rétrospectif réalisé et raconté par Alexis Deville Cavellin, journaliste et narrateur historique de la chaine. L'objectif ici : titiller la corde nostalgique des téléspectateurs et rappeler à tous que Game One était non seulement révolutionnaire, mais précurseure dans son domaine. De là aussi à imaginer que ce doc avait aussi vocation à pitcher la chaîne auprès d'éventuels investisseurs en vue d'un potentiel rachat, il n'y a qu'un pas.

Interrogé, le réalisateur du docu a tenu à clarifier ses intentions : "En toute transparence, je ne l'ai pas du tout pensé comme ça. À vrai dire, il reprend la matière première d'un premier docu que j'ai réalisé pour les vingt ans de la chaîne. Il a été totalement réécrit et complètement remonté avec les éléments dont je disposais. Bien entendu, il est évident que dans un autre contexte, elle n'aurait pas été présentée comme ça. Oui, il y a une volonté de montrer l'aspect novateur de la chaîne et de glorifier son héritage en appuyant sur certains points plutôt que d'autres dans la narration, mais il n'y a aucune entourloupe dans le propos. Certes, la vidéo est partielle, mais pas partiale".

Il poursuit : "Mon objectif aussi était et surtout de remettre Game One au centre des débats, car beaucoup ont pensé que la chaîne serait finie après la dernière de TeamG1, sauf que non. On a encore diffusé des contenus jusqu'au 31 décembre. Pour moi, il était primordial de faire la distinction entre TeamG1 et Game One".

Dans la foulée de cette diffusion, TeamG1 a effectivement pris le relai à l'antenne pour la fameuse "der des ders" en direct. Sans surprise, et c'est assez rare pour le dire, tous les chroniqueurs étaient rassemblés sur le plateau de l'émission : Julien Tellouck en éternel présentateur, Marcus, Kayane, NewTiteuf, Ahn Phan, Shyvanna, Sora d'abord, puis Thomas Grelier et Gen1us dans un second temps. Sur le plateau, l'émotion est évidemment palpable. L'équipe a beau s'être promis de ne pas pleurer, croyez bien qu'il était difficile d'y échapper.

"Il ne valait mieux pas regarder l'échéance pour ne pas déprimer, témoigne Léa."Au lieu de ça, on a tout de suite été dans l'action, et animée par la volonté de bien faire les choses jusqu'au bout et comme on l'a toujours fait. Ceci dit, ça ne nous a pas empêchés de craquer. À la fin de l'émission, tout est retombé d'un coup. Nos émotions ont repris le dessus et tout le monde a fondu en larmes à la fin".

Pendant le direct, le fil rouge de l'émission est resté le même en dépit du contexte larmoyant qui régnait sur le plateau : parler de jeux vidéo et bien plus encore via des débats et avec les réactions et messages des téléspectateurs en toile de fond. L'angle choisi pour cette dernière émission ? Retracer la génération Team G1 en évoquant tous les moments marquants qu'a traversés cette équipe pas comme les autres par le prisme du jeu vidéo, du cinéma, du divertissement au sens large, de la technologie, de la culture geek et de la pop-culture. En plateau, le mot d'ordre est clair : rester professionnel et pertinent, peu importe la situation, et toujours dans la bonne humeur bien sûr. Le défistorique a également donné la part belle aux grandes étapes éditoriales de TeamG1, une émission qui, pour rappel, existe depuis 2014 et qui a duré plus longtemps que le célèbre Club Dorothée.

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L'émission s'est ensuite bouclée sur un épisode inédit de Rétro Game One, l'autre émission phare de Marcus dédiée au rétrogaming. Un épisode spécial qui a retracé de manière vidéoludique et détournée la genèse de TeamG1. Au menu ? Des petits sketchs portés par le duo Marcus/Julien et imaginés par l'auteur de l'émission, Mathias Lavorel, chacun d'eux étant centré sur l'un des animateur/ices de la TeamG1 du mercredi. Après quoi, la personne en question a eu droit à sa petite interview menée par Marcus pour évoquer ses souvenirs autour de son jeu vidéo rétro préféré : Soulcalibur pour Kayane, Donkey Kong Country (et non Tekken !) pour Gen1us, Super Mario Kart pour Ahn Phan, Final Fantasy VI pour Thomas Grellier, FFX pour Shyvanna, Pokémon Y pour NewTiteuf et... Kingdom Hearts 2 pour Sora.

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Après quoi, et il fallait s'y attendre, le moment fatidique des adieux émouvants de toute l'équipe à la fin est arrivé. Une fois tout le monde rassemblé sur le plateau, Julien Tellouck s'est quand même montré optimiste quant à l'avenir de sa Team et n'a pas manqué de prendre la parole pour remercier (la plupart) des anciens qui ont fait la chaîne en 1998, ainsi que celles et ceux qui, à un moment ou un autre, sont passés par Game One durant ces 27 ans d'antenne. Et même si, pendant son discours, les larmes ont une fois de plus coulé en masse, le mot de la fin de Julien a su résumer parfaitement toutes ces années de Game One et de TeamG1 :"Putain, on s'est marrés !"

Dans la foulée, c'est Marcus qui à son tour a dû dire au revoir aux téléspectateurs, dans la douleur d'un ultime Level One"en direct"sur l'un de ses jeux préférés, Pain. On met ici des guillemets, car en réalité, il l'a enregistré une semaine plus tôt, dans les conditions du direct donc. Un triste écho à son premier"dernier"Level One de 2002 dédié à Metal Gear Solid et dans lequel il annonçait, au nez et à la barbe de ses patrons, son départ de la chaîne suite au putsch éditorial d'Infogrames. Évidemment, aujourd'hui le contexte n'était pas le même, mais déjà à l'époque, on ressentait l'émotion ambiante chez l'animateur et en coulisses.

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Suite à cette dernière journée de tournage au 22 rue Jacques Dulud à Neuilly-sur-Seine, les équipes se sont ensuite retrouvées dans leur QG, un café à proximité pour"célébrer"la fin d'une ère. En témoigne Léa, la chargée de production intermittente de TeamG1 depuis 2019 :"Pour fêter la fin des tournages, la prod avait prévu un petit photobooth pour tout le monde. On a passé une bonne soirée malgré le contexte et la semaine suivante, Paramount France a organisé un énorme pot de départ avec plus de 350 personnes invitées, une closing party pour marquer la fermeture de toutes les chaînes du groupe. C'était très émouvant. Après tout ça, tu te sens un peu penaud le lendemain tout seul chez toi".

Toutes ces célébrations symboliques, aussi festives fussent-elles, n'ont effectivement pas estompé le chagrin des effectifs de Game One remerciés, et le passage à la nouvelle année leur a très certainement laissé un goût amer dans la bouche. Pour les téléspectateurs aussi la pilule fut dure à avaler, car en dépit d'un soutien sans faille affiché depuis près de trois décennies et d'un genkidama d'amour collectif déployé depuis la première annonce de fermeture de la chaîne, personne n'a pu empêcher Game One de devenir le dernier membre du tristement célèbre Club des 27. Quoi que...

Game One (Not ?) Over

Quand bien même le destin de Game One était déjà scellé dès octobre, en coulisses, dès que la confirmation officielle du projet de cessation d'activité a été faite, les figures fortes, les soldats de l'ombre de la chaîne ont fait le choix d'emblée de ne pas se laisser abattre. Pour eux, l'objectif était clair dès le départ : sauver Game One coute que coute, ou au moins continuer les émissions en direct à la télé d'une manière ou d'une autre.

Lors de son allocution officielle de novembre dans Team G1, Julien Tellouck a immédiatement affirmé cette intention:"Bien sûr qu'on travaille sur la suite. C'est possible qu'on fasse appel à vous à un moment donné pour venir sur une autre chaîne, avec une nouvelle émission ou autre (...) On réfléchit à plein de solutions", disait-il en direct.

À chaud, s'est d'abord posée la question en interne du rachat de la marque Game One et de tout son écosystème à Paramount par un groupement de salariés. Une idée qui a vite été balayée compte tenu du montant colossal qu'impliquerait un tel rachat.

À ce moment précis, en étant rationnel, trois options se présentaient à eux :

  1. Un nouvel actionnaire rachète Game One et la chaîne quitte définitivement l'escarcelle de Paramount.
  2. Paramount garde la marque Game One et la chaîne disparait. En parallèle, l'aventure TeamG1 se poursuit, mais ailleurs, chez un autre groupe et sous un autre nom (Canal+, TF1, France Télévisions, M6, Bolloré, Mediawan, Arte, etc.).
  3. La TeamG1 quitte Game One après sa fermeture définitive pour lancer une chaîne Twitch indépendante et financée par son public ou/et par des sponsors.

Un grand groupe pour reprendre le flambeau ? Cette hypothèse a très vite traversé l'esprit de Marcus, qui est carrément allé jusqu'à interpeller publiquement Xavier Niel, le boss de Free sur X/Twitter, pour le convaincre de"voler au secours de la chaîne". Pourquoi pas après tout, surtout que l'animateur aux gros doigts a déjà vécu une situation similaire des années auparavant, lorsque  Ankama était entré dans le capital de la chaîne Nolife en 2008, alors même que la chaîne, qui scandait avec fierté :"Y a pas que la vraie vie dans la vie !", était en proie à de gros problèmes financiers.

Ça c'est une idée ! 👍 Sachant que le pourcentage de chances que  @Xavier75 (le boss de  @free) soit geek est approximativement de 99,9%, il y a 90% de chances qu'il ait regardé  @gameone quand il était ado. A combien estimez vous le pourcentage de chances qu'il me trouve sympa et...  t.co - Marcus (@Marcuszeboulet)  October 10, 2025

Mais il fallait s'en douter, cet appel au secours désespéré n'a pas reçu de réponse. Qu'à cela ne tienne, les cadres de Game One n'ont pas ménagé leurs efforts pour trouver un éventuel repreneur. L'un d'entre eux, ayant requis l'anonymat, confie en effet :"J'ai beaucoup travaillé ces derniers mois pour vendre Game One avant la fin de l'année. Pour info, j'avais même des gens qui étaient prêts à faire une offre ferme pour racheter la chaîne. (...) Il y avait six actionnaires possibles. Je ne peux pas les nommer, mais des candidats sérieux et bien connus du monde du jeu vidéo, des médias et de notre univers. Parmi ces gens, certains étaient prêts à mettre un billet sur la chaîne. Je le dis clairement : si Paramount avait voulu vendre, on aurait vendu. Ça ne s'est pas fait parce qu'ils étaient trop concentrés sur le rachat de Warner Bros".

D'ailleurs, en parlant du rachat potentiel de la Warner par Skydance : interrogé avec Marcus et Kayane au micro de Fred et Seb du Grenier dans leur émission Les Termes , Julien Tellouck en est persuadé : à la fin du match, c'est bien Skydance qui remportera la mise, au nez et à la barbe de Netflix.

En attendant, Game One est-elle une chaîne invendable ? Pour Léa, la manœuvre, si elle n'est pas imposssible semble effectivement délicate :"Le plus dur dans ce contexte ne serait pas de vendre la marque, mais de continuer à avoir un canal de diffusion télé. Tout simplement, car jusque-là, on avait des deals avec les opérateurs (Canal, SFR, etc.) qui payaient pour avoir Game One dans leur bouquet. C'est d'ailleurs le deal d'exclusivité avec Canal qui empêchait Game One de partager ses rediffusions sur Internet. Aujourd'hui, si quelqu'un voulait racheter la marque Game One, il le ferait sans deal opérateur et devrait repartir de zéro. Or, personne ne prendra un tel risque dans le contexte actuel. C'est en tout cas ce genre de contrats qui représentait une grosse partie des revenus de la chaîne, en plus des revenus publicitaires".

Notre expert de la télé Patrick Sarea va plus loin et est convaincu que Paramount n'a aucun intérêt à vendre la marque Game One :"Mieux vaut pour eux la garder, même s'ils ne s'en servent pas, car la marque est intéressante. Le groupe va grandir et dans quelques années, Game One deviendra culte pour la nouvelle génération qui a grandi avec. Avec ça en tête, Paramount France peut très bien choisir d'exploiter le fond de catalogue de la chaîne via une fast TV (une chaîne de télévision linéaire diffusée uniquement en streaming) ou utiliser la marque pour en faire des goodies à destination des nostalgiques par exemple. Concrètement, ils peuvent en faire ce qu'ils veulent. La seule chose qu'ils ne peuvent pas faire, c'est exploiter les différentes émissions en plateau, puisque les auteurs, animateurs et personnes créditées peuvent, s'ils le souhaitent, invoquer le droit à l'image pour les en empêcher".

Il conclut :"On ne peut pas savoir de quoi sera fait demain, mais je pense que perdre cette marque forte ne vaut pas le coup. Ils n'ont pas besoin de gagner 2 ou 4 millions d'euros en la cédant. Ils ne sont pas à ça près vu des 103 milliards qu'ils proposent pour Warner Bros. Discovery. Pour qu'ils la cèdent, il faudrait une proposition dingue et il est évident qu'aucun groupe ne posera un milliard ou même 50 millions sur la table pour racheter Game One".

Si une telle transaction ressemble à première vue à un traquenard, à en croire notre source anonyme principale en interne qui, encore aujourd'hui et depuis le départ, se bat comme un beau diable pour faire racheter la marque, elle est tout à fait envisageable. Il explique :

"Paramount a fermé ses chaînes et a 'nettoyé' ses canaux dans le monde entier. Pour la simple et bonne raison que le groupe souhaitait commencer 2026 sur une page blanche et démarrer sa nouvelle ère du streaming sur de bonnes bases. C'est pour ça qu'ils ont fermé la chaîne au 31 décembre. Ce qui n'a pas été dit en revanche, c'est qu'ils nous ont assuré  qu'ils nous revendraient la marque Game One en 2026, mais sans les fluxs télé".

Problème, la marque Game One sans son flux télé ne vaut plus grand-chose et c'est pour cette raison que beaucoup d'investisseurs intéressés par celle-ci ont finalement rétropédalé pour se désengager. Un choix aisément compréhensible selon notre source.

"C'est comme si tu achetais des taxis, mais sans la licence 'taxi' pour rouler. C'est cette licence qui a de la valeur et sans elle, tu n'as que des voitures. Pour Game One, c'est la même chose et la chaîne ne vaut que des pacotilles sans ses flux. Face à cette annonce aberrante, il est vrai que la plupart des actionnaires qui se sont penchés sur le dossier ont laissé tomber".

Ces actionnaires étant davantage spécialisés dans le jeu vidéo que dans la télé, ils n'ont pas voulu s'embourber à renégocier tous les contrats télé pour réactiver la chaîne. Simplement parce que dealer ces contrats avec les opérateurs n'est pas une mince affaire et qu'ils n'ont vraisemblablement pas l'expertise pour le faire correctement. Heureusement, d'après notre source, un compromis aurait été trouvé.

"Pour les aider dans la démarche, j'ai donc mis en contact tous les actionnaires intéressés par la chaîne, mais réticents à marchander de nouveaux contrats opérateurs, avec un dernier actionnaire qui, lui, dispose d'une vraie connaissance télévisuelle et qui est prêt à les négocier à leur place. À l'heure d'aujourd'hui, je suis en mesure de dire qu'il y a de grandes chances que cet actionnaire-là réactive Game One dès les mois de février/mars 2026. Rien de certain bien sûr, mais je dirais que cela a 60% de chances d'arriver".

Pour l'heure, cessation d'activité oblige, Game One n'existe plus depuis le 31 décembre. Toujours est-il que si les marques (Game One, Game One+, TeamG1, Retro Game One, etc.) sont revendues à quelqu'un, l'acheteur potentiel sera libre de les utiliser et les exploiter comme bon lui semble. Mises entre de mauvaises mains, c'est tout un pan de l'histoire du jeu vidéo à la télé et un héritage de presque trois décennies de Game One qui se retrouveraient bafoués. Que les fans se rassurent, notre intermédiaire anonyme se veut optimiste concernant les intentions du futur potentiel acquéreur :

"Tout ce que je sais, c'est que l'actionnaire en question souhaite toujours créer une chaîne de télé qui s'appelle Game One. Ce qu'il veut même, c'est garder les mêmes canaux pour les réactiver pour de bon. Le tout sans changer la grille des programmes et en réemployant toutes les équipes d'origine. Je veux dire, pourquoi changer une si petite équipe qui gagne autant d'argent ? Je crois que les gens ne se rendent pas compte de ce que Game One réalise en étant 'juste' une toute petite startup".

Quoi qu'il en soit, au moment où nous écrivons ces lignes, la marque Game One (+ J-One) n'a toujours pas été officiellement mise en vente. Un simple coup d'œil  sur le site de l'INPI permet même de constater que, sans repreneur, elle devrait rester sous la houlette de son actionnaire majoritaire Paramount, au moins jusqu'en août 2026. Et même après cette date, celle-ci étant régie au renouvellement sans limitation, elle resterait a priori en sécurité dans le portefeuille de sa maison-mère, sauf avis contraire de cette dernière. À suivre donc.

#TEAMG1 strikes back ?

Terrorisée à l'idée de devenir orpheline, la TeamG1 n'a bien entendu pas attendu un potentiel sauvetage de sa mère Game One pour tenter de sauver les meubles (et ses miches). En pesant le pour et le contre, ses équipes ont très vite estimé que la porte de sortie la plus probable pour elles, et surtout la solution la plus envisageable pour satisfaire tout le monde, restait d'opérer un mercato télévisuel chez un autre groupe.

Fin novembre, nous avions justement interrogé Pierre Boulay sur cette perspective, et voici ce qu'il déclarait :"À l'heure où nous parlons, il n'y a pas encore de négociations concrètes en cours, mais tous les grands groupes français et certaines chaînes de TNT sont au courant de la situation à Game One. Ils savent qu'on est ouverts à l'idée de reprendre nos émissions ailleurs, avec la même équipe, mais sous un autre nom".

Léa confirme :"Dès l'officialisation de la cessation d'activité en interne, Pierre, Julien, les producteurs de Galaxie Presse, les animateurs, la direction des programmes de Game One, tout le monde a essayé d'activer son réseau, de faire des dossiers, d'avoir des rendez-vous avec d'autres personnes, des productions, des chaînes pour essayer de voir ce qui était possible de faire. (...) À dix jours de la fermeture, les discussions sont toujours en cours avec différents groupes, mais rien n'est encore validé, ni concret pour l'instant".

Lucide, la chargée de production a bien conscience que la manœuvre prendra du temps :"Vendre des programmes ailleurs, ça ne se fait pas en quelques semaines, ni en quelques mois. Les grilles télévisuelles sont généralement déjà faites pour une année scolaire, en l'occurrence 2025-2026, donc personne en interne ne croit au miracle d'être pris début janvier. L'échéance serait plutôt envisagée à septembre 2026", conclut-elle.

Pour attirer d'éventuels diffuseurs le plus rapidement possible, le réalisateur vedette de la chaîne prévient par ailleurs :"Notre émission a fait ses preuves et fonctionne. Pour éviter que notre communauté ne prenne d'autres habitudes télévisuelles, il ne faudrait pas qu'on soit absent pendant trop longtemps, au risque de perdre tout le monde".

Malgré ce coup de pression, Boulay a lui aussi bien conscience que la bascule potentielle de l'ancienne émission phare de Game One sur une autre chaîne, si elle a lieu, ne se fera pas en un jour et que tout le monde ne pourra malheureusement pas être sauvé :"La transition, si elle se fait, risque de prendre un moment", prévient-t-il."Dans cette épreuve, on reste une équipe très soudée et on aimerait évidemment sauver un maximum de personnes, mais on sait que ça ne sera pas forcément possible. A fortiori, si le diffuseur qui nous accueille est déjà équipé de son plateau et de ses techniciens, il est évident que pas mal de têtes vont sauter".

"Pour mon cas personnel, 1) je suis optimiste et 2) je suis chanceux", a reconnu Marcus dans le podcast de Julien Tellouck."Je n'en suis pas à ma première fermeture","J'ai fait celles de Tilt et Nolife par exemple. Avec celle de Game One aujourd'hui, je vais finir par croire que je porte la poisse, mais quand t'es dans ce métier depuis longtemps, tu te fais des amis partout, surtout si comme moi tu es assez sociable. Et ces potes-là, à chaque fois que je les ai retrouvés ailleurs dix ans plus tard, ils me proposaient de venir travailler avec eux. Donc, à titre personnel, je ne suis pas très inquiet de l'arrêt de Game One, car je sais que quoi qu'il arrive, je continuerai à faire ce que je fais ailleurs. (...) C'est exactement ce qui m'est arrivé en 2002 lorsque j'ai quitté Game One : tout de suite après, j'ai commencé à travailler pour Micromania. ça sera plus difficile pour d'autres moins identifiées."

Léa fait justement partie des gens avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Pour autant, elle se veut elle aussi assez optimiste quant à son avenir et celui de ses collègues intermittents :

"Sans parler de ceux qui partiront de leur plein gré et profiteront de la fermeture pour se reconvertir dans autre chose, je suis plutôt dans un état d'esprit positif malgré le coup dur. Les salariés de ce milieu s'en sortiront. Pour les intermittents, on est habitués au manque de stabilité. L'incertitude ? On fait avec. Game One n'est qu'une pierre de plus de tout ça. Le monde ne s'arrêtera pas de tourner. Qu'on parvienne à refaire quelque chose tous ensemble ou que je parte dans une autre boîte de prod, j'ai bien l'intention de recommander ou faire bosser les gens de Game One de qui je connais le travail et en qui j'ai confiance. Je parle pour moi, mais c'est la même chose pour tous mes collègues : si quelqu'un trouve du boulot ailleurs et a une opportunité pour une chargée de prod, je sais qu'ils vont me recommander ou au moins m'en parler. Ça fonctionne comme ça dans le milieu, et encore plus à Game One, on est tous solidaires".

Face à son destin, elle conclut par ces mots un brin mélancoliques et déjà nostalgiques :"Je crois que c'est ça le plus triste finalement : de savoir que je ne retrouverai peut-être jamais un boulot avec un dixième de l'ambiance familiale et l'énergie bienveillante qui régnaient à Game One. Autant face que hors caméra".

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Faire survivre cet"esprit Game One"(ou plutôt TeamG1) à tout prix, c'est justement ce que l'équipe a décidé de faire en prenant immédiatement son destin en main. Marcus l'a officiellement annoncé pendant l'ultime direct de TeamG1 : dans l'attente d'une potentielle réactivation du canal Game One ou que l'émission TeamG1 migre ailleurs à la télé, il a créé une toute nouvelle chaîne Twitch pour porter les futures ambitions du collectif :  LaTeamLeRespawn.

Marcus et la TeamG1 annoncent une nouvelle chaîne Twitch LaTeamlerespawn. (Crédit image : Game One)

Respawn sur Twitch

D'ici un éventuel rachat ou une migration de l'émission sur une autre chaîne, c'est donc sur  ce nouveau canal web que l'avenir de la TeamG1 s'écrira :"Vous pouvez aller vous y abonner dès maintenant les ptizamis !", déclarait l'ambassadeur du"Boulette Time"à l'antenne."La chaîne est ouverte : Il n'y a encore rien dessus pour l'instant, mais ça sera notre point de ralliement à tous. On va essayer de respawner ailleurs et tous ensemble, pas juste les animateurs, mais aussi tous les techniciens et équipiers de l'ombre avec qui on travaille depuis toutes ces années".

Après avoir fixé le rendez-vous pour 2026, Marcus, encore loin des considérations financières, déclarait :"L'idée de cette chaîne, c'est de se retrouver tous ensemble, non pas chacun chez nous, mais sur un plateau comme celui de TeamG1 et de streamer une émission depuis nos chaînes respectives, qui donneraient accès à cette chaîne-là".

Reste encore à voir sur quel modèle économique à long terme sera lancée cette nouvelle chaîne."C'est bien beau qu'il y ait des petits apports par-ci par-là de personnes qui veulent mettre de l'argent dans le truc, mais ce n'est pas un modèle économique viable sur le long terme", tempère Léa.

Il faut dire qu'une émission comme TeamG1 a un coût, et que celui-ci sera bien plus important sur Twitch qu'à la télé, comme l'explique la chargée de production :"À Game One, ce n'était pas très cher parce qu'on avait déjà le plateau, les équipes édito et de programmation à disposition et prises en charge. Sur Twitch, ça sera différent, car la location d'un studio représente une énorme part du budget. Concrètement, si on table sur le moins cher, c'est-à-dire avec une équipe réduite au minimum et en mutualisant les postes, il faut compter entre 12 et 13 k par émission".

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Pour financer tout ça, le crowdfunding a d'abord été envisagé avant d'être rapidement mis de côté, du moins dans un premier temps :"On en a beaucoup parlé avec les membres de l'équipe, mais on a estimé que ce n'était pas bon pour notre image", confesse Léa. Demander de l'argent à des gens alors qu'on vient du milieu de la télé, ce n'est pas correct en terme d'image".

Loin d'être hostile au financement participatif, elle précise : "De mon point de vue, un financement participatif, c'est bien pour un lancement, mais ce n'est viable à long terme. On sait d'avance qu'on ne fera pas des records de financements comme a pu le faire Noob. Sur un malentendu, ça peut évidemment marcher, mais c'est bancal et ça peut tout autant nuire à notre image si on se plante. C'est pour ça qu'on a jugé à la majorité que ce n'était pas la bonne voie à suivre. Quitte à lancer un jour une campagne de financement, on a d'abord à cœur de montrer ce qu'on est capable de faire en dehors de Game One, proposer des bases solides et ensuite, dans un second temps, éventuellement demander de l'argent à la communauté pour pousser nos idées encore plus loin".

Deuxième option : faire produire l'émission par un gros poisson du Twitch Game, à l'instar de groupes comme Webedia ou Mediawan : "Pour l'instant, on est encore dans le flou sur cette perspective", admet Léa. "Il y a des gens qui ont des petits billets à mettre pour ça, mais là encore, ce n'est pas un business model qui nous permettrait de tenir jusqu'au mois de juin en hebdo. L'idée au début serait donc de proposer deux émissions par mois à partir de janvier/février selon ce qu'on arrive à mettre en place et voir à partir de là, si ça fonctionne, si on arrive à obtenir des sponsos pour faire perdurer la nouvelle émission. En tout cas pour l'instant, rien n'est signé, ni validé. On en est encore au stade de la réflexion sur ce qu'il est possible de mettre en place. Hors de question pour nous de partir au front avec un plan pas clairement établi".

Une résurrection totale de Game One après un premier Game Over ? La fin définitive de la chaîne et le transfert de la TeamG1 sur un autre canal ? Un nouveau départ sur Twitch et loin de la télé ? Quelle que soit l'alternative choisie pour rebondir et qu'importe ce qui se passera, les figures actuelles de Game One, des plus exposées aux plus confidentielles, savent au moins qu'elles pourront à coup sûr compter sur tous les fidèles "ptizamis" de la chaîne pour les suivre où qu'ils aillent. Ce n'est en tout cas pas Alekskawai, la dessinatrice officielle de la TeamG1 qui dira le contraire : "Oui, j'ai une petite larme qui se balade aujourd'hui. Mais elle brille quand même : parce que vous m'avez offert beaucoup, et parce que je vous suivrai partout, quel que soit le prochain endroit ou support", affirme-t-elle dans un émouvant message publié sur Instagram dans la foulée de la dernière diffusion de l'émission.

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Pour Genshi-Tony aussi, cette "fin" n'en est pas vraiment une : "Si j'ai vécu des deuils télévisuels à la fin du Club Dorothée, suite au départ de la première équipe de Game One en 2002 et à la fin de Nolife en 2018, aujourd'hui, c'est un peu différent. Même si je suis triste de savoir que Game One ferme, je sais que je retrouverai les mêmes têtes et les mêmes programmes ailleurs, que ce soit sur Twitch ou autre. Pour moi, ce n'est que la fin d'un chapitre".

Des mots pleins d'espoir qui résonnent étrangement avec une autre récente mésaventure de Marcus : deux semaines avant les adieux en direct de la chaîne, il assistait, impuissant, à l'explosion de son Étoile de la Mort en LEGO, fierté de sa collection de geek fan de Star Wars, "sournoisement dégommée par un étendoir à linge bancal qui lui est tombé dessus". Alors même que l'animateur aux gros doigts voyait ce désastre personnel comme un cynique et sinistre rappel du trépas imminent de Game One, un autre de ses "ptizamis", y a vu un signe, non pas de destruction, mais bien de reconstruction. Comme si la mort définitive de la première chaîne TV thématique payante spécialisée dans les jeux vidéo d'Europe avait finalement posé les premières briques de quelque chose d'encore plus grand.

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La seule chose qu'il nous reste à faire maintenant : prier pour que cette prophétie digne de Nostragamus soit entendue par tous les dieux du gaming.


Jérémie Léger est journaliste et rédacteur freelance pour IGN France.

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