02/04/2025 ssofidelis.substack.com  13min #273686

L'Iran, Israël et l'Amérique, pion de Netanyahu

Par  Hachemi Hadjoudj
1er avril 2025

Dans son évaluation annuelle de la menace mondiale, la communauté du renseignement américaine a réfuté l'affirmation souvent répétée par Netanyahu selon laquelle l'Iran aurait développé une arme nucléaire, déclarant que "l'Iran n'en fabrique pas".

Dans mon article,  "The High Price of War with Iran, j'ai rappelé comment le Premier ministre Benjamin Netanyahu est à l'origine de la pression exercée sur l'Amérique détruire l'Irak, la Libye, la Syrie et maintenant l'Iran. J'ai passé en revue les graves conséquences économiques pour les États-Unis d'une attaque contre l'Iran. Aujourd'hui, il est question des effets sur l'homme et l'atmosphère d'une attaque américaine contre les installations de recherche nucléaire iraniennes. Les retombées nucléaires qui en résulteraient entraîneraient une catastrophe sans précédent dans l'histoire de l'humanité.

La semaine dernière, le président Trump a déclaré que "de très mauvaises choses vont se produire" en Iran si les dirigeants de ce pays ne signent pas un nouvel accord sur le nucléaire. Le président a raison. Il peut faire en sorte que de très mauvaises choses se produisent en l'Iran.

Mais l'Iran n'est pas le seul pays où de "mauvaises choses" pourraient se produire si les infrastructures de recherche nucléaire iraniennes sont détruites par les États-Unis, comme le révèle une étude approfondie de la propagation des radiations créée par les bombardements annoncés.

L'Amérique est le pion à Netanyahu depuis des décennies. La richesse, la vie et la sécurité de notre nation seront-elles encore sacrifiées sur l'autel d'un programme qui ne fait qu'endetter notre nation et tuer des innocents à l'étranger ?

Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche pour un second mandat a permis au parti de droite de Netanyahu d'accélérer l'anéantissement de Gaza, d'étendre les colonies, et de repousser les attaques des Houthis pro-Gaza contre la navigation en mer Rouge.

Netanyahu a perçu la première élection de Trump en 2016 comme une nouvelle opportunité de renverser le leadership iranien. Trump, en partenariat avec Netanyahu, a retiré les États-Unis d'un accord multilatéral qui limitait le développement nucléaire de l'Iran en échange d'un allègement des sanctions.

Une attaque par des bombardiers B-2 sur les infrastructures nucléaires iraniennes détruirait les sites visés et libérerait de la radioactivité, mettant en danger la vie de dizaines de millions de personnes en Iran et de centaines de millions au-delà. En raison des retombées radioactives, l'Irak, le Koweït, le Qatar, les Émirats arabes unis, Bahreïn, l'est de l'Arabie saoudite, l'Afghanistan et le Pakistan seraient également gravement touchés.

Concrètement, compte tenu de la proximité de l'Iran et des vents dominants, on assisterait à une forte augmentation des maladies induites par les radiations, dont certaines mortelles, ainsi qu'à une forte augmentation des cancers et des malformations congénitales. Les radiations contamineraient et détruiraient les réserves alimentaires, les terres agricoles, le bétail et les ressources en eau à des centaines, voire des milliers de kilomètres de l'Iran.

Les régions orientales de la Turquie, le nord-ouest de l'Inde, le Turkménistan, l'Ouzbékistan, le Tadjikistan et le Kazakhstan seraient exposés à une contamination modérée. La Jordanie, la Syrie, le Liban, Israël, la Palestine et le Sinaï égyptien pourraient être touchés, selon la direction du vent.

Israël alimente depuis longtemps les craintes existentielles de ses voisins en évoquant la menace d'une attaque nucléaire de l'Iran, tout en étant couvert par les États-Unis pour son agression dite "défensive" à Gaza, où au moins 50 000 Gazaouis ont été massacrés et plus d'un million de Palestiniens expulsés de leurs foyers.

Si l'intention largement médiatisée du président Trump de bombarder l'Iran met en péril ce pays et les pays voisins, elle expose également Israël à une contre-attaque massive de l'Iran et met en danger l'ensemble des troupes américaines présentes dans la région à moins de 4 000 kilomètres de l'Iran.

Les bombardiers B-2 destinés à l'attaque de l'Iran sont conçus pour transporter des "bombes anti-bunker" nucléaires ainsi que des bombes conventionnelles de 225 kg. L'objectif est de détruire les infrastructures nucléaires iraniennes, notamment les réacteurs nucléaires et les laboratoires de recherche. Bombarder des bombes nucléaires implique des retombées radioactives massives.

"Il y aura des bombardements"

"S'ils refusent de conclure un accord, on bombardera" a déclaré Trump lors d'un entretien téléphonique dimanche dernier avec NBC News. "Ce seront des bombardements comme ils n'en ont jamais vus auparavant".

Rappel de notions civiques : les menaces officielles contre un autre État constituent une violation de la Charte des Nations unies, article 2, section 4, qui "interdit le recours à la menace ou à l'emploi de la force contre [...] tout État". L'Iran et les États-Unis ont tous deux signé et ratifié cet accord il y a près de 80 ans, en reconnaissance de son principe fondateur, à savoir "préserver les générations futures du fléau de la guerre...".

Attaquer un pays est un crime de guerre. En vertu de la Constitution américaine, aucun président n'a le droit de mener unilatéralement notre nation à la guerre, en l'absence d'une menace imminente pour les États-Unis. La Convention de 1787 a placé le pouvoir de guerre entre les mains du Congrès, contrairement à la Couronne britannique qui a étendu la guerre à l'empire.

La litanie des bonnes raisons de ne pas attaquer l'Iran est étrangement similaire à celles pour lesquelles l'Amérique n'aurait pas dû attaquer l'Irak : l'Iran ne constitue aucune menace pour les États-Unis. L'Iran n'a pas attaqué les États-Unis. L'Iran n'a ni l'intention ni la capacité d'attaquer les États-Unis. Dans ces conditions, le risque d'une provocation sous faux drapeau est élevé.

Fait significatif, la communauté du renseignement américain a réfuté la semaine dernière, dans son évaluation annuelle de la menace mondiale, l'affirmation maintes fois répétée par Netanyahu selon laquelle l'Iran serait en train de construire une arme nucléaire :

"Nous continuons de penser que l'Iran ne construit pas d'arme nucléaire et que Khamenei n'a pas réautorisé le programme d'armement nucléaire suspendu en 2003".

Pendant mes 16 années passées au Congrès, j'ai souvent été l'un des rares membres à s'élever contre les projets d'attaque de l'Iran par l'administration Bush, dénonçant à maintes reprises les dangers d'une attaque contre des installations de recherche nucléaire, et appelant à des mesures diplomatiques pour empêcher l'Iran de développer une arme nucléaire.

Cet accord, conclu le 14 juillet 2015, est le Plan d'action global commun (JCPOA). Il a fallu treize ans aux États-Unis, à la Chine, à la Russie, à l'Allemagne, à la France et au Royaume-Uni pour élaborer un accord viable qui limite la capacité de l'Iran à enrichir de l'uranium à des fins militaires. Cet accord a marqué un tournant dans la coopération internationale. Il a fait en sorte que le génie spectral du développement potentiel d'une arme nucléaire par l'Iran soit de nouveau emprisonné dans la lampe.

Cependant, Netanyahu était loin d'être satisfait. Il aspirait au renversement du régime iranien et continuait donc d'attiser les craintes existentielles des Israéliens. Trump a annulé le JCPOA à la demande de Netanyahu, déclenchant une série d'événements qui pourraient bientôt mener les États-Unis à attaquer l'Iran.

De la rupture à la conclusion d'un accord ?

Scott Ritter, ancien inspecteur des armes de l'ONU et spécialiste du renseignement de la marine, rend compte en détail du retrait de Trump du JCPOA dans son livre intitulé 'Deal Breaker'.

Le JCPOA annulée par Trump a bloqué la production d'uranium enrichi par l'Iran, traité pour augmenter le pourcentage d'uranium 235 (235U) dans les installations nucléaires de Natanz et de Fordow.

Il a bloqué le développement par l'Iran de plutonium de qualité militaire et a même contrecarré les tentatives secrètes de production de matières fissiles (capables de subir la fission nucléaire) utilisées pour les armes nucléaires.

Le président exige maintenant que l'Iran signe un nouvel accord. Il veut que l'Iran se débarrasse de sa capacité de fabrication d'armes qu'il a, sans le vouloir, rendue possible en annulant le JCPOA.

Huit ans après l'annulation du JCPOA, le président Trump exige apparemment que l'Iran démantèle volontairement son infrastructure nucléaire qui fournit l'énergie nucléaire, la recherche nucléaire et, effectivement, en l'absence de JCPOA, peut, à l'heure actuelle, enrichir l'uranium à un niveau proche de la qualité militaire.

Le Guide suprême de la République islamique d'Iran a émis une fatwa (décision religieuse) contre l'utilisation des armes nucléaires.

Le nouvel accord que le président recherche pourrait, au mieux, finir par ressembler beaucoup au JCPOA et, au pire, l'amener à exiger de manière non négociable le démantèlement volontairement de son infrastructure nucléaire, faute de quoi les États-Unis le feraient militairement.

L'Iran a rejeté les négociations directes avec Washington dans de telles circonstances. Il a toutefois maintenu une communication indirecte avec les États-Unis par l'intermédiaire d'Oman, alors que le président intensifie la menace d'un bombardement massif.

Des bombardiers B-2 sont en place, équipés des armes les plus puissantes de l'arsenal américain, prêts à être activés depuis Diego Garcia, une île de l'océan Indien située à 3 860 km au sud-est de l'Iran. Le B-2 a la capacité de pouvoir mener une attaque et de retourner à Diego Garcia sans ravitaillement.

À certains égards, cette confrontation avec l'Iran a été initiée le 25 juillet 2024, lorsque le Premier ministre Netanyahu s'est adressé au Congrès. Dans un discours pour lequel il a reçu plus de 50 ovations, Netanyahu a aligné la politique d'Israël et des États-Unis sur l'Iran :

"Si vous ne deviez retenir qu'une chose de ce discours, c'est ceci : nos ennemis sont vos ennemis, notre combat est votre combat et notre victoire sera votre victoire".

À ce stade, l'ampleur des conséquences mérite d'être évaluée. La seule différence entre la préparation à la guerre, les exercices de guerre et la guerre elle-même réside dans l'intention.

Israël a l'intention de détruire l'Iran, et a besoin des États-Unis pour y parvenir.

Des exercices militaires conjoints des forces aériennes américaines et israéliennes ont récemment eu lieu en préparation d'une attaque.

Les États-Unis disposent de dix-neuf bombardiers B-2. Chacun coûte plus de 2 milliards de dollars. Leur conception originale d'aile volante, avec la carlingue enveloppée de matériaux absorbant les ondes radar, les aide à échapper à la détection. Les B-2 utilisent des dispositifs électroniques sophistiqués pour brouiller ou bloquer les radars et les missiles de l'adversaire.

L'Iran est mal équipé pour se défendre contre la guerre furtive des bombardiers B-2. Dans le meilleur des cas, la portée de détection réduite limitera la capacité de l'Iran à verrouiller le B-2 avec des missiles sol-air.

Chaque B-2 peut transporter seize bombes thermonucléaires à gravité B83 de plus d'une tonne, également appelées bombes anti-bunker nucléaires, qui explosent très profondément sous terre. Chaque bombe B83 a la capacité explosive de 80 Hiroshima, ce qui signifie que chaque bombardier B-2 est capable de délivrer la puissance destructrice de 1 280 Hiroshima.

Une fois que les B83 explosent, elles détruisent les structures souterraines et envoient des ondes de choc à travers la roche. Il en résulte des tremblements de terre et des glissements de terrain massifs, tandis que des débris radioactifs sont projetés dans l'atmosphère.

On peut y voir l'expression d'une métaphysique consistant à attirer à soi ce que l'on craint. Les États-Unis se préparent à attaquer l'Iran en raison des craintes d'Israël à son égard.

Dixit Trump : "Ce seront des bombardements comme ils n'en ont jamais vus auparavant".

Les États-Unis attaqueront d'abord les villes souterraines de missiles de l'Iran à Khorramabad et Panj Pellah, Bakhtaran, avec des bombes nucléaires anti-bunker ou des projectiles pénétrants massifs visant les sites de missiles souterrains, afin de neutraliser la capacité de riposte de l'Iran.

L'explosion des bombes nucléaires anti-bunker enverra des débris nucléaires dans l'atmosphère et seront emportés par le vent.

Simultanément, les États-Unis frapperont l'usine d'enrichissement de Fordow, profondément enfouie au cœur d'une montagne. Une combinaison de bombes GBU-57 (Massive Ordnance Penetrator) de quelque quinze tonnes, capables de s'enfoncer à plus de soixante mètres dans la terre avant d'exploser, et de bombes nucléaires antibunker sera déployée, créant un facteur multiplicateur en physique des explosions, faisant s'effondrer les tunnels et envoyant des matières radioactives dans l'atmosphère et bien au-delà. Fordow est lourdement fortifiée et pourrait résister à l'attaque initiale.

L'installation souterraine de Natanz sera frappée de la même manière, avec des matières radioactives se répandant dans l'atmosphère.

La centrale nucléaire de Bushehr, non enterrée, sera détruite, sa cuve de réacteur percée, le cœur du réacteur fondra, des quantités massives de matières radioactives (césium 137, iode 131, strontium 90 et plutonium) seront rejetées dans l'atmosphère et, en fonction du vent et des conditions météorologiques, des panaches radioactifs dériveront vers d'autres pays.

D'innombrables civils périront des suites d'une intoxication radioactive et de brûlures graves. Des malformations congénitales seront présentes pour les générations à venir. La nouvelle catégorie des réfugiés de l'explosion nucléaire verra le jour : les effets de type Tchernobyl contraindront les populations à quitter leurs foyers pour ne jamais y revenir.

Le réacteur nucléaire de recherche de Téhéran, du centre technologique nucléaire d'Ispahan, le réacteur à eau lourde d'Arak, l'installation de surface de Natanz et le complexe militaire de Parchine sont des structures terrestres et de surface qui pourraient être ciblées et détruites, soit par des armes nucléaires, soit par des armes dites conventionnelles.

L'Iran pourra encore riposter

Le système de missiles souterrains de l'Iran est très étendu. Face à une destruction imminente, l'Iran, au premier signe de l'attaque, lancera simultanément plusieurs roquettes depuis de nombreux sites souterrains, en une "pluie de missiles" se comptant par milliers.

Ces projectiles mortels peuvent changer de trajectoire et de cible en vol, rendant la défense antimissile tant vantée d'Israël moins efficace. Si les bombes d'une tonne larguées par Israël sur Gaza sont plus précises, le Shabab-3 a le potentiel d'infliger des dégâts bien plus importants sur un périmètre bien plus étendu que les villes israéliennes.

Les troupes américaines dans la région y laisseront des plumes

Des dizaines de milliers de soldats américains de l'armée de terre, de la marine, de l'armée de l'air, des Marines et de l'armée de l'espace sont stationnés à portée des missiles iraniens. Ils ne sont pas menacés, à moins qu'une attaque ne soit lancée contre l'Iran.

Les missiles à courte portée de l'Iran, Fateh-110 et Zolfagher, peuvent atteindre l'Arabie saoudite. Les missiles balistiques à moyenne portée de l'Iran, Shabab-3, Emad, Sejjil et Ghadr, peuvent parcourir jusqu'à 2 500 km, jusqu'en Israël. Ses missiles à portée intermédiaire sont capables de frapper à 4 000 km de profondeur en Europe centrale et orientale,

Il n'est pas dans l'intérêt des États-Unis d'attaquer l'Iran.

Les États-Unis prennent le risque de devenir la nation la plus haïe au monde, en utilisant à nouveau des armes nucléaires, en bombardant des installations nucléaires, en déclenchant des catastrophes radioactives pour, potentiellement, des dizaines de nations et des dizaines de millions de personnes nées et à naître.

L'Amérique est le pion de Netanyahu depuis des décennies. La richesse, la vie et la sécurité de notre nation seront-elles encore sacrifiées sur l'autel d'un programme qui ne fait qu'endetter notre nation et tuer des innocents à l'étranger ?

Durant sa campagne, le président Trump a déclaré à plusieurs reprises qu'il se donne pour but de disposer d'une armée forte pour éviter les guerres. La force militaire doit être assortie de la capacité diplomatique. Il lui faut trouver un accord qui évite une guerre des États-Unis avec l'Iran, sans l'ingérence intéressée d'un dirigeant étranger. "De très mauvaises choses" ne se produiront pas si les bonnes personnes prévalent. Si l'Amérique lance des armes nucléaires sur l'Iran, les retombées affecteront jusqu'à notre nation.

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