
par Franck Pengam
Jeudi, la Bulgarie bascule dans la zone euro et devient le 21ème pays à adopter la monnaie unique, un an pile après la Croatie. Avec ses 6,4 millions d'habitants, ce pays des Balkans, membre de l'UE depuis 2007 et le plus pauvre du club, s'apprête à troquer son lev contre l'euro. Avant cela, l'euro avait fait son entrée le 1er janvier 2002 dans une douzaine de nations européennes, marquant le début d'une ère monétaire partagée.
Près d'un Bulgare sur deux, 49% selon l'Eurobaromètre, refuse l'idée en bloc, craignant une flambée des prix, notamment pour les petits commerçants déjà dans le rouge dans ces zones reculées. Les manifestations ont fleuri durant l'été, menées par des nationalistes radicaux qui défendent bec et ongles le lev comme un rempart contre l'ingérence de Bruxelles et scandent des appels à le préserver coûte que coûte.
Le timing complique les choses : huitièmes élections législatives en cinq ans à l'horizon, après que des manifestations anti-corruption ont fait tomber un récent gouvernement de coalition conservatrice qui n'avait tenu que moins d'un an. L'instabilité politique sert de carburant aux forces hostiles à Bruxelles.
🔴💸 ALERTE : La Bulgarie passera à l'Euro à partir du 1er Janvier 2026, c'est historique."18 ans après son entrée dans l'UE, elle deviendra, le 1er janvier 2026, le 21e pays de la zone euro. 50% de la population se dit contre l'euro." (LCI) pic.twitter.com/WXIk4q1p5S
- Sir 𝕏 (@SirAfuera) December 4, 2025
Au cœur des campagnes bulgares : la peur du quotidien
Dans les villages oubliés comme Chuprene, un hameau perdu du nord-ouest du pays, l'euro sonne comme une menace concrète. Les habitants craignent que leurs maigres budgets explosent avec la hausse des prix du pain, du lait ou des loyers. Bilyana Nikolova, 53 ans, qui tient l'épicerie du coin :
«Les prix vont augmenter. C'est ce que m'ont dit des amis qui vivent en Europe occidentale», lâche-t-elle à l'AFP, les yeux rivés sur ses étagères clairsemées.
Les années 1990, juste après la chute du communisme, ont laissé le souvenir d'une hyperinflation qui a laminé les économies des familles. Le lev, arrimé d'abord au mark allemand puis à l'euro via la BCE, n'a plus laissé à Sofia la moindre marge de manœuvre, sans pour autant lui offrir un siège à la table des décisions.
«Dans ce contexte d'instabilité, tout problème lié à l'introduction de l'euro sera exploité par les responsables politiques anti-UE», prévient Boryana Dimitrova, de l'institut Alpha Research.
🚨ALERTE INFO🚨 FRANÇAIS SUIVEZ L'EXEMPLE :
BULGARIE : A quelques heures de l'entrée de la Bulgari dans la zone euro, les bulgares ont manifesté jusqu'à ce que le gouvernement, accusé de corruption, démissionne. C'est chose faite : pic.twitter.com/yQCjgMNs9D- 🇫🇷 LouiseFrance75 🇫🇷 🕎 (@LouFrance75) December 14, 2025
Des promesses de prospérité qui peinent à convaincre
«Elle pourra désormais enfin participer aux décisions au sein de l'Union monétaire», a affirmé Georgi Angelov, économiste senior à l'Open Society Institute de Sofia à l'AFP.
Du côté de Francfort, Christine Lagarde promet des «gains substantiels» : échanges plus fluides, coûts de financement réduits, prix plus stables. Elle évoque même, pour les PME bulgares, des économies de 500 millions d'euros sur les frais de change, ainsi qu'un tourisme censé profiter à un secteur représentant 8% du PIB. Mais ces chiffres semblent optimistes. Les PME pourraient ne pas ressentir concrètement ces économies, et les frais de change demeurent complexes à gérer.
Quant au tourisme, l'inflation, même «modeste» (0,2 à 0,4 point selon les expériences passées), pourrait peser sur le pouvoir d'achat des habitants. En réalité, les transitions monétaires entraînent souvent des perturbations inattendues, et la Bulgarie pourrait ne pas échapper à ces difficultés.
«Le défi sera d'avoir un gouvernement stable pendant au moins un à deux ans, afin que nous puissions pleinement récolter les bénéfices de l'adhésion à la zone euro» a dit Angelov.
Pendant que Bruxelles vend la stabilité comme un remède miracle, les Bulgares sentent déjà le coût de la vie leur échapper. Fin novembre, les prix des aliments ont grimpé de 5% sur un an, soit deux fois plus vite que dans le reste de la zone euro.
L'immobilier n'est pas en reste : au deuxième trimestre, les prix ont bondi de 15,5%, soit trois fois la moyenne européenne. Ces hausses frappent de plein fouet les familles rurales et les petits commerçants, confirmant leurs craintes que l'euro n'achève une pression inflationniste qu'ils perçoivent comme imposée d'en haut.
source : Géopolitique Profonde