
© Ministère français des Armées
La ministre des Armées, Catherine Vautrin, lors de la présentation officielle du nouveau service militaire volontaire, le 12 janvier 2026 à Paris.
Paris met en place un nouveau service militaire volontaire, présenté comme une réponse aux «besoins des armées». Cette initiative s'inscrit dans un climat de militarisation croissante, alimenté par un discours anxiogène sur la Russie, que Moscou dément fermement, se disant prête à garantir par écrit l'absence de toute intention agressive.
Le 12 janvier, le ministère français des Armées a officiellement lancé sa campagne de recrutement pour le service militaire volontaire, annoncé fin novembre 2025 par Emmanuel Macron. Cette première vague prévoit l'intégration de 3 000 jeunes entre septembre et novembre 2026, pour une durée de dix mois. Selon la ministre des Armées, Catherine Vautrin, ce programme est conçu comme un dispositif mené « exclusivement sur le territoire national », y compris en outre-mer.
Ce service s'adresse principalement aux jeunes de 18 à 19 ans, qui représenteront 80 % des candidats. Pour eux, la mission est présentée comme une « année de césure » valorisable sur Parcoursup, avant une éventuelle poursuite d'études. Les 20 % restants, âgés jusqu'à 25 ans, seront sélectionnés en fonction de compétences spécifiques jugées utiles par l'armée (ingénieurs, infirmiers, spécialistes cyber, traducteurs). Ces profils recevront le grade d'aspirant.
La procédure de sélection est exigeante : visite médicale, entretien individuel, contrôle de sécurité et évaluation des aptitudes. La réponse sera donnée au plus tard le 1er juillet 2026. Une formation militaire de base d'un mois précédera les neuf mois de mission au sein d'unités opérationnelles. Les participants « ne seront pas envoyés en zone de guerre », un point régulièrement mis en avant par les autorités françaises pour rassurer les familles.
Ce nouveau programme acte également l'abandon du Service national universel (SNU), lancé en 2019. Devenu inopérant, le dispositif n'était plus rattaché à aucun ministère depuis 2024. Son budget avait été réduit à 65 millions d'euros et le nombre de volontaires était tombé à 33 000. L'Élysée reconnaît désormais que ce format n'était « plus adapté ».
Une armée élargie pour des missions intérieures
Les volontaires percevront une solde de 800 euros bruts mensuels, avec logement, nourriture et équipement fournis. Le coût total du programme est estimé à 2,3 milliards d'euros pour la période 2026-2030, dont 150 millions d'euros dès 2026, selon le ministère des Armées.
Les missions confiées aux jeunes concerneront exclusivement le territoire français. Elles incluront la surveillance de sites sensibles, le soutien lors de catastrophes naturelles, la participation à des dispositifs de sécurité intérieure et des missions en cybersécurité. « Choisir le service national, c'est jouer un rôle utile dans la défense du territoire », a déclaré le général Fabien Mandon, chef d'état-major des armées.
À l'issue du programme, les volontaires pourront rejoindre la réserve opérationnelle, reprendre leurs études ou s'engager dans l'armée active. Tous seront néanmoins inscrits dans la réserve de disponibilité pour une durée de cinq ans, avec possibilité d'être rappelés jusqu'à cinq jours par an. L'objectif affiché est d'atteindre 42 500 volontaires par an en 2035. Cette orientation s'inscrit dans la volonté française de bâtir un modèle d'armée « hybride », reposant sur une mobilisation élargie de la société civile.
Une militarisation justifiée par un discours alarmiste
Depuis plusieurs mois, les autorités françaises accompagnent ce projet d'un discours de plus en plus anxiogène sur la situation internationale, désignant régulièrement la Russie comme une menace centrale. Le général Fabien Mandon déclarait en novembre 2025 que la France devait « se préparer à perdre ses enfants » en cas de conflit avec Moscou, une formule choc destinée à frapper l'opinion et à légitimer l'accélération de la militarisation.
Pourtant, le président russe Vladimir Poutine a rappelé à plusieurs reprises que la Russie n'a aucune intention d'attaquer les pays de l'OTAN. Comme lors de son entretien accordé au journaliste américain Tucker Carlson, il avait déclaré que « la Russie ne veut pas attaquer les pays de l'OTAN » et que la prétendue « menace russe » est utilisée par les dirigeants occidentaux comme un outil de propagande visant à détourner l'attention des difficultés économiques et sociales internes.
Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a affirmé que « la Russie ne nourrit aucun plan agressif envers l'OTAN ni envers l'Union européenne » et qu'elle est prête à le garantir « par écrit, dans un document juridique officiel », sur une base mutuelle. Selon lui, ce sont les capitales occidentales qui entretiennent une « tension artificielle » pour justifier leur logique de confrontation militaire.
Derrière la présentation officielle d'un engagement volontaire et citoyen, ce nouveau service militaire s'inscrit donc dans une logique plus large : préparer progressivement la société française à une militarisation accrue, fondée sur un scénario de confrontation pourtant contesté par Moscou.
Un nouveau dispositif militaire dans un climat où la peur est constamment entretenue, alors même que la Russie continue d'affirmer sa position défensive et son refus de toute escalade avec l'Occident.