
par AAFC
Ancien procureur de la République, élu chef de l'État le 10 mai 2022, Yoon Seok-yeol (Parti du pouvoir au peuple, conservateur) avait tenté un coup d'État contre l'Assemblée nationale en proclamant la loi martiale le 3 décembre 2024. Son échec, grâce à la mobilisation populaire et des chefs de l'opposition, avait précipité la destitution de l'ancien magistrat, prononcée par plus de deux tiers des députés le 14 décembre 2024. Cette mesure avait été confirmée par la Cour constitutionnelle le 4 avril 2025. L'audience du procès pour insurrection vient de s'achever : parmi les accusés, Yoon Seok-yeol est le seul contre qui la peine de mort a été requise, alors que l'ancien président de la République a continué de plaider non-coupable. Le verdict est attendu le 19 février 2026.
Dans son verdict, le procureur spécial adjoint Park Eok-su a dénoncé la tentative de s'accaparer les pouvoirs par Yoon Seok-yeol en proclamant la loi martiale, pour la première fois depuis 1980 :
«L'ancien président Yoon a proclamé la loi martiale dans l'objectif de rester au pouvoir pendant longtemps en s'emparant des pouvoirs judiciaire et législatif () La nature du crime est grave alors qu'il a mobilisé des ressources physiques qui devaient être utilisées uniquement dans l'intérêt de la collectivité nationale».
Alors que le très autoritaire Yoon a prétendu n'avoir fait que tenter de rétablir «l'ordre constitutionnel», dénonçant à présent un climat selon lui de «purges» et de «répression», l'absence de tout repentir a aussi pesé dans un verdict pour lequel le Code pénal de la République de Corée ne prévoit qu'un nombre limité de peines : la peine de mort ou la réclusion criminelle à perpétuité avec ou sans travaux forcés.
Dans les semaines ayant précédé la tentative de coup d'État, les survols de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) par des drones sud-coréens avaient visé à susciter des ripostes militaires de Pyongyang de nature qui auraient justifié la proclamation de la loi martiale à Séoul. Malheureusement pour Yoon, ce scénario ne s'était pas concrétisé. Il n'en avait pas moins motivé la proclamation de l'état d'urgence par la nécessité de protéger le pays des «forces communistes nord-coréennes» et d' «éliminer les éléments hostiles à l'État». En pratique, il s'agissait notamment d'arrêter les chefs de file de l'opposition et de suspendre le fonctionnement du Parlement. L'armée avait ainsi tenté d'investir l'Assemblée nationale, protégée par des fonctionnaires parlementaires, des députés et leurs collaborateurs.
Des jurons ont accompagné la peine requise par le Parquet, alors que les partisans fanatisés d'extrême-droite de l'ancien chef de l'État, qui adhérent à son discours d'une réalité parallèle, représentent toujours une menace pour la démocratie.
Alors que la peine de mort est abolie en pratique par la République de Corée depuis décembre 1997, un précédent chef de l'État, le général Chun Doo-hwan, auteur du coup d'État de 1979 et artisan de l'écrasement sanglant du soulèvement de Gwangju en 1980, avait été condamné à mort en 1996. Sa peine avait été commuée en détention à vie, puis il avait été gracié et libéré après être resté deux ans en prison.
source : Association d'amitié franco-coréenne