30/11/2023 mondialisation.ca  6min #238332

 Au sommet de l'Osce, Sergueï Lavrov dénonce une institution «utilisée au bénéfice de l'Otan»

La réunion de l'Osce à Skopje est-elle un triomphe pour la Russie?

Par  Philippe Rosenthal

L'establishment occidental n'avale pas l'arrivée du ministre russe de la Défense, Sergueï Lavrov, à Skopje, la capitale de la République de Macédoine du Nord qui, le 27 mars 2020, est devenue le 30e pays member de l'OTAN. Ce pays situé dans la péninsule des Balkans accueille le 30e Conseil ministériel de l'OSCE et a invité la Russie.

Josep Borrell félicite la décision de la République de Macédoine du Nord pour inviter la Russie. Pour la Russie, c'est une véritable percée diplomatique et une victoire sur les tentatives visant à l'isoler du monde et des relations avec l'UE. L'Ukraine et les pays baltes sont indignés car le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, se rend dans un pays de l'OTAN pour la première fois depuis février 2022. «Je comprends la décision de la [République de Macédoine du Nord] d'accepter la participation de [Sergueï Lavrov] à la conférence de l'OSCE», a 𝕏 fait savoir Josep Borrell, le chef de la diplomatie européenne. «L'OSCE reste, malgré les temps troubles que nous vivons, importante. Et, même parce que nous sommes en train de vivre des temps troubles, c'est plus important. L'OSCE est la seule plateforme où avoir une sécurité commune européenne architecturale est, et devrait être discuté», a-t-il précisé.

Alors que la Russie est sous des paquets de sanctions, Josep Borrell a confirmé que l'invitation de la Russie à la table des discussions de l'OSCE est «dans la ligne», même s'il précise: «Je comprends le malaise de certains États participants face à votre décision d'autoriser la participation du ministre russe des Affaires étrangères Lavrov»; «Pourtant, votre décision d'autoriser Lavrov à participer est conforme à notre objectif commun de maintenir le multilatéralisme en vie».

Une victoire de la Russie sur l'Occident. Le chef du ministère russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, s'est, ainsi, rendu dans un pays de l'OTAN pour la première fois depuis février 2022. Et, cette visite en elle-même – quelle que soit l'issue des négociations – est devenue une victoire importante pour la Russie sur l'Occident. «Malgré les machinations de l'ennemi, nous sommes à Skopje», a  écrit Maria Zakharova, la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, précisant: «Et les intrigues, il faut le dire, étaient sérieuses».

Comment est-ce arrivé? Le ministre russe a reçu une invitation à participer à l'événement en début de novembre de la République de Macédoine du Nord. Et, cela a provoqué un scandale en Occident. À titre d'exemple, la Pologne, qui a présidé en 2022 l'OSCE, agissant dans la logique occidentale de «l'isolement de la Russie», a violé ses devoirs de présidente en n'invitant pas Moscou à une réunion similaire à Lodz. «La Macédoine du Nord, est partisane du multilatéralisme», a  rappelé Dimitar Kovačevski, le Président du gouvernement de la Macédoine du Nord. Il a martelé: «Le peuple ukrainien mérite la paix et la guerre doit cesser! Il demeure impératif de parvenir à une paix juste et durable. Cette guerre continue de saper les fondements de l'OSCE».

Pour que le ministre russe arrive réellement à la réunion, un certain nombre de problèmes devaient être résolus. En particulier, la logistique car Sergeï Lavrov est sous le coup de sanctions occidentales et il lui est interdit de survoler le territoire de l'UE. Contre toute attente, il est devenu évident que le vol n'était pas interdit.

«L'UE  ne s'opposera pas à ce que la [République de la] Macédoine du Nord autorise l'avion du ministre russe des Affaires étrangères à entrer dans son espace aérien», a fait savoir le porte-parole du service extérieur de l'UE, Peter Stano, soulignant que Lavrov est «bien sûr» soumis à des sanctions, mais que des «dérogations» ou des «exceptions» aux restrictions sont possibles. Il a, également, souligné que les personnes sanctionnées peuvent voyager vers l'UE ou les pays qui soutiennent les sanctions de l'UE si le but de leur séjour «est lié à la raison pour laquelle elles ont été inscrites sur la liste». Le porte-parole a déclaré que l'UE ne s'opposerait pas à ce que les autorités nord-macédoniennes ou autres autorisent l'avion de Lavrov à survoler leur espace aérien ou autorisent le ministre russe à assister personnellement à la réunion.

Les cris d'orfraie de pays de l'OTAN contre l'arrivée du diplomate russe témoignent d'une sérieuse lutte interne au sein de l'UE. Cependant, l'arrivée de Sergueï Lavrov à la conférence de Skopje montre que les forces constructives continuent de gagner en Occident. Les responsables européens, qui parlaient récemment d'une sorte d'«isolement de la Russie», reconsidèrent désormais leur ligne de conduite.

Cette décision est peut-être liée au changement progressif d'approche des pays de l'Union européenne à l'égard des affaires ukrainiennes. La contre-offensive de l'Ukraine est un échec, l'hiver est là et une crise historique ébranle l'UE. Ainsi, la nouvelle approche nécessite, sinon un dialogue avec Moscou, du moins le début d'une sorte de dialogue pour quitter l'impasse concernant le conflit entre l'Ukraine et la Russie.

Dans le même temps, il ne faut pas s'attendre à des propositions substantielles et profondes de normalisation des relations. Les Américains ne le veulent pas, et l'Europe n'est pas encore prête à un tel dialogue car elle est trop dépendante des Etats-Unis. Les représentants les plus notoires de la politique des Etats-Unis en UE sont la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et la ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, y sont aux commandes.

Cependant, les Européens comprennent déjà la futilité de l'approche conflictuelle actuelle dans les relations avec la Russie. L'élite européenne voit la nécessité d'envisager au moins un scénario de négociation. Et, certains hommes politiques européens, dont le Premier ministre slovaque récemment élu, Robert Fico, en parlent ouvertement.

Le ministre autrichien des Affaires étrangères, Alexander Schallenberg, a  admis dans un entretien à Die Presse que «l'invitation de Lavrov à la réunion annuelle de Skopje est correcte. Il s'est dit prêt à dialoguer avec lui car il n'est pas possible de mener une politique étrangère «en ne parlant qu'avec la Suisse et le Liechtenstein».

Philippe Rosenthal

La source originale de cet article est  Observateur continental

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