23/03/2025 ssofidelis.substack.com  10min #272553

 Israël reprend son agression contre Gaza et rompt le cessez-le-feu

Le dernier chapitre du génocide

Par  Chris Hedges, le 22 mars 2025

Israël a entamé la dernière étape de son génocide. Les Palestiniens seront contraints de choisir entre la mort ou la déportation. Ils n'ont pas d'autre choix.

C'est le dernier chapitre du génocide. La dernière tentative macabre pour  chasser les Palestiniens de Gaza. Pas de quoi manger. Pas de médicaments. Pas d'abris. Pas d'eau potable. Pas d'électricité. Israël est en train de transformer Gaza en un enfer dantesque où des centaines de Palestiniens sont  tués chaque jour et bientôt par milliers et par dizaines de milliers, ou se feront chasser pour ne jamais revenir.

Le dernier chapitre marque la fin des mensonges israéliens. Le  mensonge de la solution à deux États. Le  mensonge selon lequel Israël respecterait les lois de la guerre qui protègent les civils. Le mensonge selon lequel Israël ne bombarderait  les hôpitaux et  les écoles que parce qu'ils sont utilisés comme bases par le Hamas. Le  mensonge selon lequel le Hamas utiliserait les civils comme boucliers humains, alors qu'Israël oblige régulièrement des Palestiniens captifs à  pénétrer dans des tunnels et des bâtiments potentiellement piégés avant les troupes israéliennes. Le  mensonge selon lequel le Hamas ou le Jihad islamique palestinien (JIP) seraient responsables - ces accusations erronées - de la destruction d' hôpitaux, de bâtiments des  Nations Unies ou des  nombreuses victimes palestiniennes. Le  mensonge selon lequel l'aide humanitaire à Gaza serait bloquée parce que le Hamas détourne les camions ou fait passer en contrebande des armes et du matériel de guerre. Le mensonge selon lequel des bébés israéliens auraient été  décapités ou des Palestiniennes auraient commis des  violences sexuelles à grande échelle sur des femmes israéliennes. Le Israel breaks Gaza ceasefire: Is Netanyahu aiming to expel two million Palestinians? | UpFront lequel 75 % des dizaines de milliers de personnes tuées à Gaza seraient des "terroristes" du Hamas. Le  mensonge selon lequel le Hamas, prétendument en train de se réarmer et de recruter de nouveaux combattants, serait responsable du non-respect de l'accord de cessez-le-feu.

Le visage génocidaire d'Israël est exposé au grand jour. Il a  ordonné l'évacuation du nord de Gaza, où des Palestiniens désespérés campent sur les décombres de leurs maisons. Et maintenant, place à la grande  famine généralisée : l'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA)  a déclaré le 21 mars qu'il ne dispose de réserves de farine que pour six jours, sans parler des morts dues aux maladies  causées par la contamination de l'eau et de la nourriture, des dizaines de morts et de blessés chaque jour sous les bombardements incessants, les missiles, les obus et les balles. Tout est paralysé : les boulangeries, les usines de traitement des eaux et des eaux usées, les hôpitaux (Israël a  fait sauter l'hôpital turco-palestinien déjà endommagé le 21 mars), les écoles, les centres de distribution de l'aide humanitaire et les cliniques. Plus de la moitié des 53 véhicules d'urgence de la Société du Croissant-Rouge palestinien sont  en panne par pénurie de carburant. Bientôt, on ne pourra plus les utiliser.

Le message d'Israël est sans équivoque : Gaza sera inhabitable. Partez, ou mourez.

Depuis mardi, date à laquelle Israël a violé  le cessez-le-feu en bombardant la bande de Gaza, plus de 700 Palestiniens ont été  tués, dont 200 enfants. En 24 heures, 400 Palestiniens ont été  tués. Et ce n'est que le début. Aucune des puissances occidentales, y compris les États-Unis, qui fournissent les armes du génocide, n'ont l'intention d'y mettre fin. Les images de Gaza pendant les près de seize mois d'attaques incessantes sont abominables. Mais ce qui s'annonce maintenant est pire. On va assister à des crimes de guerre aussi atroces que ceux commis par les nazis au XXe siècle, notamment la famine de masse, le massacre de masse et la destruction du ghetto de Varsovie en 1943.

Le 7 octobre a marqué une rupture entre la politique israélienne d'oppression et d'asservissement des Palestiniens, et une politique prônant leur extermination et leur expulsion de la Palestine historique. Nous assistons actuellement à un événement comparable au massacre de quelque 200 soldats par George Armstrong Custer lors de la  bataille de Little Bighorn en juin 1876. Suite à cette défaite humiliante, les Amérindiens ont été condamnés à mourir et les survivants envoyés dans des camps de prisonniers de guerre, plus tard appelés réserves, où des milliers d'entre eux sont morts de maladie, ont vécu à la merci de leurs oppresseurs armés et ont sombré dans la misère et le désespoir. Il en ira de même pour les Palestiniens de Gaza, abandonnés, je le crains, dans l'un des pires endroits du monde, et oubliés.

"Habitants de Gaza, ceci est mon dernier avertissement",  a menacé le ministre israélien de la Défense, Israel Katz :

"Le premier Sinwar a détruit Gaza et le second Sinwar l'anéantira totalement. Les frappes de l'armée de l'air contre les terroristes du Hamas ne sont qu'un début. Les choses vont se compliquer et vous en paierez le prix fort. L'évacuation de la population des zones de combat va bientôt reprendre. Rendez les otages et débarrassez-vous du Hamas, et de nouvelles options vous seront offertes, y compris la possibilité de partir pour d'autres régions du monde pour ceux qui le souhaitent. L'alternative est la destruction totale".

L'accord de cessez-le-feu entre Israël et le Hamas devait être mis en œuvre en  trois phases. La première phase, d'une durée de 42 jours, devait mettre fin aux hostilités. Le Hamas devait  libérer les 33 otages israéliens capturés le 7 octobre 2023, y compris les femmes, les personnes âgées de plus de 50 ans et les personnes malades, en échange de plus de 2 000 hommes, femmes et enfants palestiniens emprisonnés par Israël (environ 1 900 prisonniers palestiniens ont été libérés par Israël au 18 mars). Le Hamas a libéré 147 otages au total, dont huit étaient morts. Israël  affirme que le Hamas détient toujours 59 Israéliens, dont 35 sont présumés morts.

L'armée israélienne devait se retirer des zones peuplées de Gaza le premier jour du cessez-le-feu. Le septième jour, les Palestiniens déplacés seraient autorisés à retourner dans le nord de Gaza. Israël autoriserait l'entrée quotidienne à Gaza de 600 camions d'aide humanitaire transportant des vivres et des fournitures médicales.

La deuxième phase, qui devait se négocier le seizième jour du cessez-le-feu, verrait la libération des derniers otages israéliens. Israël achèverait son retrait de Gaza en maintenant une présence dans certaines parties du couloir de Philadelphi, qui s'étend le long des 13 kilomètres de frontière entre Gaza et l'Égypte. Il renoncerait à son contrôle du poste frontière de Rafah avec l'Égypte.

La troisième phase serait consacrée aux négociations d'une sortie définitive de la guerre et à la reconstruction de Gaza.

Israël est  coutumier des signatures d'accords, y compris les ceux de Camp David et les accords de paix d'Oslo, assortis de calendriers et de plans dr mise en oeuvre. Il obtient ce qu'il veut, dans ce cas la libération des otages, lors de la première phase, puis enfreint les phases suivantes . Ce schéma est récurrent.

Israël a refusé d'honorer la deuxième phase de l'accord. Il a  bloqué l'aide humanitaire à Gaza il y a deux semaines,  en violation de l'accord. Il a également  tué au moins 137 Palestiniens pendant la première phase du cessez-le-feu, dont neuf, avec trois journalistes, lorsque des drones israéliens ont  attaqué une équipe de secours le 15 mars à Beit Lahiya, dans le nord de Gaza

Les bombardements et les pilonnages intensifs d'Israël sur Gaza  ont repris le 18 mars alors que la plupart des Palestiniens dormaient ou préparaient leur suhoor, le repas pris avant l'aube pendant le mois sacré du ramadan. Israël va poursuivre ses opérations, et ce même si les derniers otages sont libérés, prétexte invoqué par Israël pour justifier la reprise des bombardements et du blocus de Gaza.

La Maison Blanche de Trump  encourage le massacre. Elle qualifie les détracteurs du génocide d'"antisémites" qu'il faut réduire au silence, condamner ou expulser, tout en fournissant des milliards de dollars d'armes à Israël.

L'attaque génocidaire d'Israël contre Gaza est l'inévitable dénouement de son projet colonial de peuplement et de son État d'apartheid. La conquête de toute la Palestine historique - avec, bientôt, l'annexion de la Cisjordanie par Israël- et le déplacement de tous les Palestiniens ont toujours été les  objectifs sionistes.

Les pires exactions d'Israël se sont produites pendant les guerres de 1948 et 1967, lorsque d'immenses parties de la Palestine historique ont été saisies, des milliers de Palestiniens ont été tués et des centaines de milliers ont été victimes de nettoyage ethnique. Et entre ces guerres, la lente spoliation des terres, les attaques meurtrières et le nettoyage ethnique continu en Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est, se sont poursuivis.

Ce ballet bien réglé s'achève. C'est la fin. Ce à quoi nous assistons éclipse tous les  assauts historiques contre les Palestiniens. Le rêve génocidaire dément d'Israël - un cauchemar pour les Palestiniens - est sur le point de devenir réalité. Il brisera à jamais le mythe selon lequel nous, ou toute nation occidentale, respecterions l'État de droit ou serions les protecteurs des droits de l'homme, de la démocratie et des soi-disant "valeurs" de la civilisation occidentale. La barbarie d'Israël est la nôtre. Nous ne le percevons peut-être pas, mais le reste du monde, si.

The Chris Hedges Report

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