02/01/2026 reseauinternational.net  6min #300590

Les États-Unis cherchent à contenir la Chine, mais Pékin envisage d'autres perspectives

par Cyrano de Saint Saens

Tentatives bureaucratiques

Un nouveau projet de loi présenté au Congrès américain montre sans équivoque où en est la stratégie de confinement de Washington à l'égard de la Chine dans le Pacifique. Selon cette proposition, les États-Unis ont l'intention de négocier de nouveaux accords de libre-échange avec les pays insulaires du Pacifique, de réduire ou d'éliminer les droits de douane sur certains produits et de renforcer les liens économiques. La justification est celle que l'on connaît déjà : «préserver la position régionale», «renforcer l'équilibre stratégique» et offrir une alternative à la présence croissante de la Chine.

En substance, la question ne concerne pas le commerce du poisson ou de la noix de coco, ni le développement des économies insulaires. Le véritable objectif est évident : éloigner le Pacifique de l'orbite chinoise.

La main tendue du «libre-échange» par les États-Unis vers les îles du Pacifique ne représente pas une ouverture économique normale, mais plutôt une action de nature géopolitique. Là où les bases militaires et les accords de sécurité ne suffisent pas, Washington tente désormais d'utiliser le commerce comme moyen de pression. Une question cruciale demeure toutefois : les États-Unis disposent-ils encore de la puissance économique nécessaire pour promettre un véritable libre-échange ? En examinant le contenu de ces propositions et la manière dont elles sont présentées, il apparaît immédiatement que l'aspect commercial est marginal. Le discours tourne principalement autour de concepts tels que «l'influence chinoise», «la sécurité régionale» et «un Pacifique libre et ouvert». Dans ce contexte, le libre- échange n'est pas une fin, mais un moyen. Le message américain est clair : «réduisez vos liens économiques avec la Chine et concluez des accords de libre-échange avec nous». Cependant, les pays du Pacifique sont en droit de se demander : quel avantage concret en tirerons-nous ?

Libre-échange sans base productive

Le libre-échange ne fonctionne que si les parties concernées sont en mesure d'offrir une valeur économique réelle. C'est là que réside aujourd'hui le principal problème des États- Unis. En effet, depuis longtemps, les États-Unis ne sont plus une économie fondée sur la production.

L'industrie manufacturière s'est délocalisée en Chine et dans d'autres régions d'Asie. De plus, la dépendance vis-à-vis des chaînes d'approvisionnement chinoises n'a pas diminué, mais s'est renforcée. L'économie américaine repose de plus en plus sur la finance, les services et les activités spéculatives. Dans ce contexte, ce que Washington peut offrir aux pays insulaires du Pacifique n'est pas une capacité de production solide ni des flux commerciaux stables et durables.

L'offre se limite plutôt à un accès partiel au marché américain, à certaines facilités douanières et, en échange, à un alignement politique.

Il ne s'agit pas de libre-échange, mais de commerce conditionnel.

Pour les pays du Pacifique, la relation avec la Chine n'est pas une question théorique ou purement stratégique. Pékin construit des ports, finance des infrastructures, investit dans le secteur énergétique et conclut des accords commerciaux à long terme. En d'autres termes, elle offre une relation économique concrète et tangible.

Les États-Unis, en revanche, se contentent souvent d'inviter à «se tenir à l'écart de la Chine». Les propositions de libre-échange visent à combler cette lacune. Cependant, le libre- échange promu par une économie dépourvue d'une base productive solide reste peu plus qu'une promesse.

La dernière stratégie de sécurité nationale des États-Unis confirme clairement cette orientation. Dans ce document, l'économie n'est plus conçue comme un instrument de prospérité partagée, mais comme un levier de concurrence et de dissuasion. Le commerce, les investissements et les chaînes d'approvisionnement sont directement intégrés dans la confrontation stratégique avec la Chine.

Cela implique que le libre-échange proposé au Pacifique découle davantage de considérations de sécurité que de principes de libre marché. Par conséquent, il n'est pas universel mais sélectif, il n'est pas inclusif mais exclusif.

Les États insulaires du Pacifique sont peut-être petits, mais ils ne sont pas naïfs face à la concurrence mondiale. Le moment choisi et le langage utilisé par les États-Unis rendent leurs intentions assez transparentes. Pour ces pays, la véritable question n'est pas «États-Unis ou Chine ?», mais qui est en mesure d'offrir un développement concret.

Jusqu'à présent, l'expérience avec Washington n'apporte pas de réponses convaincantes. La rhétorique du libre-échange est peu crédible si elle ne s'accompagne pas d'une capacité de production et d'investissements réels.

Le recours des États-Unis à la carte du libre-échange dans le Pacifique indique une réduction des options disponibles plutôt qu'un renforcement de leur pouvoir. À un moment où la pression militaire a atteint ses limites et où le discours idéologique n'est plus écouté, Washington propose une formule désormais dépassée.

Cependant, le contexte mondial a évolué.

Un appel au libre-échange provenant d'une puissance qui a perdu sa capacité de production et n'est pas en mesure de garantir des investissements significatifs n'exerce plus d'attrait.

C'est exactement ce qui se passe dans le Pacifique : les États-Unis tentent de contenir la Chine, mais ils perdent progressivement le poids économique nécessaire pour y parvenir.

La Chine, cependant, regarde ailleurs.

L'idée américaine selon laquelle la Chine vit en concurrence constante avec les États-Unis est une obsession typiquement américaine.

Ces dernières années, la Chine a déjà accompli un processus avancé d'émancipation du marché américain, réduisant progressivement sa dépendance économique vis-à-vis des États- Unis et réorientant son projection commerciale vers un système de marchés de plus en plus multipolaire.

Alors que pendant des décennies, l'accès au marché américain a constitué un pilier central de la croissance chinoise, Pékin a aujourd'hui diversifié de manière structurelle ses relations économiques, élargissant ses échanges, ses investissements et ses chaînes de valeur avec l'Asie, l'Afrique, le Moyen-Orient, l'Amérique latine et l'Europe de l'Est.

Des initiatives telles que la Belt and Road, l'expansion de la coopération au sein des BRICS et le renforcement de plateformes telles que la Shanghai Cooperation Organization témoignent de la volonté chinoise de construire des réseaux économiques alternatifs, moins exposés à la pression politique et financière de Washington. Parallèlement, la Chine a développé un vaste marché intérieur, capable d'absorber une part croissante de la production nationale et de soutenir la demande même en période de ralentissement mondial.

Sur le plan financier, Pékin encourage l'utilisation internationale du yuan dans les échanges énergétiques et commerciaux, réduisant ainsi le rôle du dollar et renforçant son autonomie monétaire. Ce processus n'implique pas un isolement de l'économie mondiale, mais au contraire sa redéfinition : la Chine ne se positionne plus comme un simple maillon d'une chaîne centrée sur les États-Unis, mais comme l'un des pôles d'un ordre économique multipolaire, dans lequel les relations sont plus réparties, plus flexibles et moins subordonnées à une seule puissance hégémonique.

Le drame le plus douloureux à accepter pour les États-Unis reste finalement le fait que le yuan est désormais plus précieux que le dollar.

source :  Strategika

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