Génocide, empire & autres mensonges que l'on se raconte
Par Story Ember Legaïe, le 3 avril. 2025
Gaza, la Cisjordanie et le boomerang impérial
Rien n'a pas commencé à Gaza. Et rien ne s'y termine pas non plus.
Ce qui se passe en Palestine ne restera pas en Palestine. Le retour de flamme, tel un boomerang affûté par l'empire, frappe les mains mêmes qui l'ont lancé.
Le génocide des Palestiniens n'a jamais été qu'un choix de politique étrangère. Un miroir. Et en 2024, l'Amérique a fini par regarder, sans broncher.
Les bombes larguées sur Gaza sont de fabrication américaine. Les chars qui rasent la Cisjordanie sont financés par des votes bipartites. La famine est planifiée à Washington. La censure se fait écho sur tous les campus américains.
L'opération n'est pas menée par Israël avec le soutien passif des États-Unis. C'est un projet conjoint israélo-américain, militaire, diplomatique, économique et algorithmique. Et pendant que les Palestiniens comptaient leurs morts, les Américains comptaient leurs votes.
Car en novembre 2024, le boomerang est revenu sur ses pas.
- Donald Trump a gagné, non pas en dépit du génocide, mais grâce à lui. L'Amérique blanche a récompensé la barbarie, comme elle l'a toujours fait.
- Kamala Harris a perdu, non pas parce qu'elle est une femme de couleur, mais parce qu'elle s'est tenue sur une scène baignée de sang et a demandé au monde d'applaudir.
Il ne s'agit pas que de Gaza, plutôt des Américains quand le masque tombe.
La question est de savoir qui ce pays protégera toujours (les colons, les milliardaires, les fascistes) et qui il sacrifiera sans cesse (les pauvres, les déplacés, les colonisés).
Si la Palestine était le pouls du monde, l'Amérique aurait été en arrêt cardiaque en 2024.
Ce n'est pas un "conflit". Ce n'est pas un désaccord politique. Ce n'est pas compliqué.
C'est un génocide.
Et cette fois, il ne s'est pas glissé dans des câbles confidentiels. Il a été diffusé en direct.
Il n'a pas été éclipsé par la distance. Il a été hurlé depuis les résidences universitaires, les camps de contestation et les tentes de réfugiés. Le monde le voit, et les États-Unis s'en foutent.
Parce que l'empire ne pleure pas. Il calcule.
Et en 2024, il a décidé que le coût des vies palestiniennes justifie bien la préservation du pouvoir américain.
La synergie Trump-colons
Trump ne respecte que la domination. Le sionisme le lui a offre, et il encaisse le chèque.
Donald Trump se fiche d'Israël. Il ne croit ni aux attributions divines de territoires, ni aux prophéties bibliques. Il se fiche du peuple juif, et il se fiche encore plus des Palestiniens. Ce qui l'intéresse, c'est l'allégeance. Ce qui compte, c'est l'image. Ce qui lui importe, c'est le contrôle.
Et le sionisme répond à ces trois attentes.
L'alliance de Trump avec le régime sioniste n'est pas idéologique, mais transactionnelle. Lorsque des donateurs milliardaires lui ont remis de l'argent, il leur a offert l'annexion. Quand les colons ont exigé la reconnaissance de leurs droits, il a déplacé l'ambassade à Jérusalem. Lorsque les criminels de guerre ont réclamé l'impunité, il leur a offert des armes, le droit de veto, et le tapis rouge.
Il ne s'en est pas caché. Il s'en est même vanté. Il qualifie les Palestiniens de "terroristes". Il présente la spoliation des terres comme un acte diplomatique. Il qualifie l'apartheid de "meilleur accord qui soit".
Et ils adorent.
Miriam Adelson a versé à elle seule des dizaines de millions de dollars pour sa campagne électorale, pas pour la démocratie, pour la domination. Elle ne voulait pas de négociations. Elle voulait que la Cisjordanie soit rayée de la carte. Elle voulait que l'Autorité palestinienne soit dissoute. Elle voulait que Gaza soit rasée.
Trump a dit oui. Et plus encore.
- Il a reconnu le plateau du Golan territoire israélien, en violation du droit international.
- Il a normalisé la violence des colons en qualifiant la Résistance de terrorisme.
- Il a repris les arguments sionistes les plus extrêmes, non parce qu'il y croit, mais parce qu'ils lui sont utiles.
Telle est la synergie des colons : le sionisme à l'étranger, la suprématie blanche à domicile. Des avant-postes illégaux là-bas, des descentes de police ici. Murs, interdits, prisons, surveillance : un copier-coller d'outils impériaux.
Il n'est pas question de religion. Ni de sécurité. C'est du pillage. De la domination. De l'empire qui soutient l'empire.
Trump n'a pas inventé le génocide à Gaza. Mais il l'a promu, vendu et en a tiré profit.
Et en 2024, les électeurs n'ont pas bronché. Ils ont regardé les charniers, et ont dit : "Encore, s'il vous plaît".
Car le sionisme est à la Palestine ce que le Trumpisme est à l'Amérique. Les frontières n'ont jamais eu d'importance. Seule la cible en a.
Le naufrage de Kamala
Elle aurait pu appeler au "cessez-le-feu". Elle a choisi de "prendre la parole".
Kamala Harris n'a pas perdu en dépit de son sionisme. Elle a perdu à cause du sionisme.
Elle a continué à monter sur scène alors que Gaza brûlait et à sourire comme si de rien n'était. Elle a qualifié la relation entre États-Unis et Israël d'"indissoluble". Elle a persévéré alors que des hôpitaux étaient bombardés, que des fosses communes se remplissaient, que l'aide était bloquée, que des enfants mouraient de faim.
Et lorsque le public (étudiants, personnes âgées, militants) a interrompu ses discours pour appeler au cessez-le-feu, elle n'a pas levé le petit doigt. Elle n'a pas écouté. Elle a juste répliqué : "C'est moi qui parle maintenant".
Elle a parlé malgré les morts. Elle a parlé malgré le deuil. Et elle a fait fi de tous ceux qui ont osé lui rappeler que sa politique a fait des victimes.
Et sa base applaudissait.
Les libéraux l'ont instrumentalisée comme un bouclier :
- Ils ont qualifié les manifestants de sexistes.
- Ils ont qualifié Gaza de distraction.
- Ils ont pleuré sa carrière plus que les enfants sous les décombres.
Ils n'ont pas voulu rendre de comptes. Ils ont voulu le silence. Ils ont voulu que nous renoncions à nos convictions politiques pour satisfaire son ambition.
Mais nous ne l'avons pas fait.
La chute de Kamala n'est pas un retour de kick, c'est le contrecoup. Quand on est à la tête d'un empire, on ne s'attend pas à ce que le peuple s'agenouille. On ne réclame pas d'applaudissements en finançant un génocide, et on ne s'attend pas à ce que l'histoire oublie.
Et quand elle a perdu ? Ils ont accusé la gauche. Ils ont accusé les musulmans. Ils ont accusé les organisateurs, les manifestants, les étudiants, tous sauf la femme qui a choisi le pouvoir plutôt que les principes.
Elle aurait pu rompre avec Biden. Elle aurait pu exiger un embargo sur les armes. Elle aurait pu dire "Les vies palestiniennes comptent". Mais elle ne l'a pas fait.
Elle s'est dit que les symboles la sauveraient.
Mais nous ne cherchions pas de symbole. Nous étions en quête de solidarité.
Et Kamala Harris ne l'a jamais offerte.
L'écho impérial
Ce que l'Amérique finance en Palestine, c'est elle-même.
Les armes larguées sur Gaza ne sont pas seulement exportées, elles sont testées. Et les systèmes de surveillance qui traquent les familles à Rafah ? Ils surveillent désormais les manifestations étudiantes en Géorgie, dans l'Illinois, etc. Et cette famine qui fait le siège de Gaza ? Elle s'invite dans les propositions budgétaires qui vident les programmes SNAP, WIC et Medicaid, et affectent les plus pauvres aux États-Unis.
Ce n'est pas un revers. C'est le modèle.
Les États-Unis ne se contentent pas d'armer le génocide, ils l'érigent en référence.
- Le black-out des communications à Gaza se mue en interdictions de TikTok et en injonctions fédérales de non-divulgation.
- Les journalistes palestiniens sont assassinés tandis que la presse américaine est muselée.
- L'aide est bloquée à l'étranger tandis qu'on menace de réduire les coupons alimentaires à la maison.
Et puis, mars 2025. Le régime de Trump démantèle la santé publique. Des milliers de scientifiques sont licenciés. Le secteur de la santé est neutralisé. Ils appellent cela "rationaliser", mais ce n'est jamais qu'un autre blocus, avec des tableurs au lieu de missiles.
C'est l'écho impérial : détruire la protection sociale. Refuser les soins de base. Criminaliser le deuil. Puis faire croire que c'est ça, la liberté.
Ils n'ont pas besoin de vous faire disparaître s'ils peuvent simplement vous affamer. Ils n'ont pas besoin de vous tirer dessus s'ils peuvent détruire vos poumons.
RFK Jr. et Dr Oz ne sont pas des marginaux, ils préparent le terrain. Zion Makary et Calley Means ne sont pas des monstres, juste des pions. Leur travail consiste à faire passer l'eugénisme pour du libre choix. La déréglementation pour de l'émancipation. À vous faire oublier à quoi ressemble un génocide pour pouvoir le reproduire dans votre propre quartier.
Les libéraux persistent à croire que l'empire américain a "viré" au fascisme.
Mais c'est faux. Il s'est repositionné.
La Palestine n'est pas la limite. C'est le modèle.
Et chacune des institutions qui encourage le génocide ailleurs creuse aujourd'hui le sol sous nos pieds.
On a crié au loup
Le loup est toujours réel. Et il arbore toujours étoiles et rayures.
La machine de propagande n'était pas en pause. Elle s'est rechargée.
Alors que les corps étaient encore chauds à Gaza, les médias américains se sont réorientés. Du massacre en direct aux "attaques houthies" en mer Rouge. Du génocide aux "menaces iraniennes". De la famine à la "Sécurité nationale américaine".
Même scénario. Nouvelle cible.
Chaque gros titre qualifiant AnsarAllah de "terroristes" est recyclé de l'Irak. Chaque éditorial mettant en garde contre l'Iran s'inspire de 2003. Les think tanks qui crient à l'"instabilité" sont financés par la même industrie de guerre qui réduit Gaza en poussière.
Voici comment l'empire nous ment :
- Il montre une horreur et demande de détourner le regard de la suivante.
- Il qualifie toute résistance d'"extrémiste" et toute invasion de "défensive".
- Il prétend que le Yémen, le Liban, l'Irak et l'Iran font partie d'autre chose, alors qu'en réalité, ils font partie de la même carte, du même plan, du même rêve de "destinée manifeste" de l'empire.
Et cela commence toujours par le même mot : "terroriste". Pour déshumaniser les Palestiniens. Pour gommer les nuances, anéantir la résistance et justifier le meurtre.
La même semaine où Israël a largué des bombes sur les tentes de Rafah, les médias multipliaient déjà les récits sur l'Iran. "Menace de drones". "Ambitions nucléaires". "Instabilité régionale".
Peu leur importe que ce soit vrai. Ce qui compte, c'est que la guerre se vende.
Parce que le consentement n'a pas besoin d'être fabriqué de toutes pièces. Il suffit de le recycler.
Nous avons déjà vécu tout cela. On a crié au loup en Irak. On a crié au loup en Afghanistan. On a crié au loup en Libye, en Syrie, au Yémen.
Et chaque fois, le loup est venu. Et chaque fois, il a dévoré ceux qui jamais n'ont représenté de menace.
La Palestine n'est pas une exception. C'est un avertissement.
Et quiconque croit encore aux histoires de loup mérite l'empire qu'il cautionne.
Le gouvernement, un boulet de démolition
Ce n'est pas de la politique, c'est une purge.
Trump n'est pas revenu pour gouverner. Il est revenu pour démanteler.
Au printemps 2025, les mots suivants ont disparu : équité, inclusion, soins. Et à leur place ? Des décrets présidentiels maculés de sang. Les camps de concentration déguisés en centres de détention, en Floride et en Louisiane. Des rafles de l'ICE (Immigration and Customs Enforcement) à répétition. Des Palestiniens surveillés. Des étudiants manifestants traqués et réduits au silence comme des criminels.
C'est ça le fascisme, mais en mieux.
Le gouvernement ne dysfonctionne pas. Il s'autodétruit délibérément.
- Medicaid et SNAP sont toujours là, pour l'instant, mais sous blocus. Les Républicains en ont fait une monnaie d'échange pour menaces budgétaires. Les États restreignent déjà l'accès. Les lacunes s'accroissent. Et le message est clair : ces programmes sont les prochains sur la liste.
- La prévention ? Démantelée. Des milliers de personnes licenciées. La santé publique mise à mal.
- Diversité, équité et inclusion ? Supprimé de la politique fédérale et des entreprises en quelques jours.
- L'éducation ? Privée de fonds, blanchie, militarisée.
Le tout encouragé par des zombies en costume, des experts en studio, des libéraux trop effrayés pour prononcer le mot "génocide" alors que la frontière se militarise pour devenir zone de guerre.
Mais les nouvelles cibles ne sont pas que les immigrés. Ce sont les étudiants. Les homosexuels. Les handicapés. Les enfants transgenres. Les survivants noirs et métis qui posent trop de questions. Les Américains d'origine palestinienne au deuil trop visible.
Ce n'est pas une dérive politique, c'est un châtiment.
Un gouvernement fasciste ne s'annonce pas toujours en déployant des chars. Parfois, il commence par une note de service. Il commence parfois par criminaliser la dissidence. Il finance des technologies de traçage des étudiants qui participent aux sit-in pour Gaza. Il recrute des sociétés de surveillance pour repérer les noms de famille "arabes". Il licencie les professeurs titulaires qui refusent de mentir.
Pas besoin de camps quand les gens se taisent, terrorisés. Mais ils en construisent quand même.
Et cela n'a pas commencé sous Trump, mais sous l'administration Biden-Harris. Les Démocrates ont préparé le terrain, d'Obama à Biden. Répression sur les campus. Complaisance des ONG. Listes noires du FBI. Ils ont posé les bases. Trump a juste mis le feu aux poudres.
Parce que Trump et sa bande de violeurs, de nationalistes blancs et de milliardaires sycophantes ne sont pas intéressés par la gouvernance, uniquement l'anéantissement. Des frontières. Des institutions. Des vies.
Ce qu'ils détruisent ne sera jamais reconstruit.
C'est de la destruction pure déguisée en démocratie. Et ils ne s'arrêteront pas à la Palestine.
La toile d'araignée
Le sionisme ne s'arrête pas aux frontières. Il se propage, feutré et oppressant.
Le génocide de Gaza n'est pas un cas isolé. Ni régional. Ni même simplement territorial. C'est un effacement global, systématique, stratégique et métastasique.
La Palestine en est au cœur. Mais le projet est planétaire.
Pendant que les bombes tombent sur Rafah, les drapeaux de Palestine sont interdits dans les écoles allemandes. Pendant que des familles sont carbonisées à Khan Younis, des étudiants américains sont placés sur liste noire par le FBI pour avoir scandé "Palestine libre". Pendant que des bébés meurent de faim à Al-Nuseirat, des départements universitaires entiers sont purgés pour avoir refusé d'assimiler la Résistance au terrorisme.
Telle est la toile d'araignée :
- Interdiction légale du BDS.
- Refus de visa pour les voix pro-palestiniennes.
- Liste noire financière des organisations caritatives, des artistes et des étudiants.
- Surveillance et doxxing des dissidents arabes, musulmans et juifs.
- Effacement algorithmique de l'histoire, de la mémoire, du deuil.
Le sionisme n'est pas une question de sécurité. Il ne l'a jamais été. Il s'agit de contrôler la mémoire. De supprimer la Palestine des cartes, des manuels scolaires, des bases de données, des esprits. De faire en sorte que le mot "Palestinien" devienne un mythe, une menace, voire plus rien.
Voilà pourquoi les camps de réfugiés au Liban sont toujours sous blocus. Voilà pourquoi la Cisjordanie est divisée en territoires, avec des barrières, mais aussi des règles, des permis, des applis et des armes. Voilà pourquoi la diaspora est elle aussi menacée, car exister est déjà une forme de Résistance.
Être Palestinien, c'est être traqué. Aimer la Palestine, c'est être fiché.
Il n'est pas nécessaire de vivre sous occupation pour en ressentir l'emprise. Il suffit de la nommer. Et c'est assez pour devenir une cible.
C'est bien plus qu'un génocide. C'est l'intention d'effacer un peuple entier sur tous les plans : juridique, spatial, numérique, émotionnel.
Et il n'y a pas qu'Israël. Les États-Unis, le Royaume-Uni, l'Allemagne, la France, le Canada, l'Australie, tout l'empire, travaillent de concert pour réduire une nation au silence.
Mais le silence n'est pas synonyme de capitulation.
Et la Palestine n'est pas sur le point de disparaître.
L'algorithme de l'oubli
Ils ne se sont pas contentés de nous censurer. Ils nous ont noyés sous les codes.
Gaza ne meurt pas sans bruit. Tout est diffusé en direct. Posté. Tagué. Partagé. Signalé. Supprimé.
Encore et encore.
C'est la Nakba numérique :
- Des photos floutées pour "ne pas heurter les sensibilités".
- Des vidéos supprimées pour "violence".
- Des comptes interdits par mesure de "sécurité".
- Des histoires d'enfants bombardés dans des tentes classées "désinformation".
- Des avis de décès censurés alors que les opérations psychologiques sionistes font fureur.
Meta transforme le martyre en violation des standards de la communauté. TikTok noie le chagrin des Palestiniens sous une danse algorithmique. Twitter fait la part belle à la propagande de l'État israélien tout en effaçant les cris en arabe.
Ce n'est pas de la modération. C'est une guerre de la mémoire.
Ils ne veulent pas qu'on oublie parce que c'était trop. Ils veulent qu'on oublie parce que ça fonctionne.
Chaque image, chaque nom, chaque légende est une preuve. Une preuve de génocide. Une preuve de complicité. La preuve que le monde regarde et a encore choisi l'empire.
Ils ont donc transformé le chagrin en un dysfonctionnement. Les survivants en "transgresseurs". Les journalistes en "contenu néfaste".
Ce n'est pas un hasard. L'algorithme n'est pas défectueux. Il a été conçu ainsi.
Conçu pour faire taire les voix colonisées. Entraîné à reconnaître l'arabe et à le censurer. Calibré pour préserver le récit impérial tout en effaçant le reste.
Et l'effet est radical. Votre message disparaît. Votre visibilité aussi. Vos mots résonnent dans le vide.
Et pourtant, les gens continuent de poster. De nommer. De se souvenir.
Parce que l'algorithme est une machine. Mais pas nous.
Nous continuons de porter nos morts en nous. Dans nos souvenirs. Dans nos écrits. Dans nos protestations. Dans chaque direct piraté et chaque vidéo clandestine qui échappe aux checkpoints numériques.
L'oubli est intégré au code. Mais nous avons inscrit la résistance dans les archives.
Et la Palestine y vit aussi.
ONG, une façade
Les génocidaires ne portent pas tous l'uniforme. Certains portent des "franges".
Pendant qu'on rase Gaza, qu'on bloque l'aide, qu'on filme les enfants affamés, les organisations "humanitaires" se tordent les mains, publient déclaration sur déclaration, puis retournent déjeuner.
Voici l'habit des ONG :
- L'équivoque déguisée en diplomatie.
- La fausse neutralité en paix.
- Le sauveur blanc comme une arme pour atténuer l'indignation.
Ils pleurent sur les décombres, mais ne nomment jamais ceux qui larguent les bombes.
Ils exigent des cessez-le-feu, mais refusent de parler de "génocide".
Ils organisent des rassemblementsen empêchant les orateurs palestiniens de s'exprimer.
Ils collectent des fonds pour les "secours" tout en effaçant le mot "libération" de chaque communiqué de presse.
Ce n'est pas un bug. C'est le mode opératoire.
Parce que ces organisations ne sont pas là pour arrêter les génocides.
Elles sont là pour les gérer.
Pour en atténuer l'aspect.
Pour en édulcorer le récit.
Pour que le public se dise que "quelqu'un fait quelque chose" pour ne pas avoir à le faire.
Leur devise ?
Le langage.
Elles ne parlent pas d'apartheid, mais de conflit.
Elles ne parlent pas de colonisation, mais de situation complexe.
Elles ne parlent pas de sionisme, mais de cycle de violence.
Elles organisent des tables rondes.
Elles rédigent des rapports.
Elles posent avec des mères en deuil pour demander de subventions, puis les ignorent.
Et pendant qu'ils font semblant d'être neutres, des gens meurent.
Prenons l'USAID.
Alors que des détenus palestiniens étaient électrocutés, violés et torturés dans le camp de prisonniers de Sde Teiman, des responsables de l'USAID se tenaient à quelques mètres de là, organisant des réunions quotidiennes avec des représentants de l'armée israélienne et de l'ONU pour coordonner l'aide humanitaire.
La logistique de l'aide littéralement planifiée depuis les sites de torture.
On estime qu'au moins 35 Palestiniens sont morts pendant ou après leur détention à Sde Teiman.
L'USAID continue à opérer depuis cette prison même après que des rapports ont fait état d'amputations forcées, d'inconduites sexuelles et de blessures rectales dues à des passages à tabac répétés.
Ce n'est pas neutre. Ce n'est pas humanitaire. C'est de la complicité.
Des lanceurs d'alerte internes à l'USAID ont condamné ce silence. L'un d'eux l'a décrit comme "une autre forme de torture psychologique" le simple fait d'être posté là-bas. Un autre a démissionné après avoir appris que son contrat serait résilié pour avoir évoqué les conditions de santé des enfants à Gaza. Plus de 70 membres du personnel ont signé des lettres internes exigeant que l'agence cesse de faire diversion et nomme la cause profonde : le génocide.
Mais l'USAID n'a pas bougé. Elle a refusé de révéler son emplacement exact, tout en continuant à coordonner ses activités avec le COGAT (Coordination des activités gouvernementales dans les territoires) d'Israël, l'agence qui supervise le blocus de Gaza.
Voilà ce que cache la façade des ONG : la complicité, la collaboration et la lâcheté.
Les mêmes organisations qui pleurent sur la famine travaillent là où les corps sont enterrés.
On ne peut humaniser un génocide tout en contribuant à l'organiser.
Soyons clairs :
Il n'y a pas de terrain neutre en cas de génocide. Pas d'approche équilibrée en matière de nettoyage ethnique. Pas de juste milieu quand d'un côté on enterre et de l'autre on creuse.
Les ONG ont contribué à paver la voie à ce génocide. Et maintenant, elles décorent les décombres.
Nous n'avons pas besoin d'une autre collecte de fonds. Nous avons besoin de mettre le feu. Nous avons besoin de décolonisation.
Nous devons arracher son masque à chaque institution qui prétend défendre "les deux camps" alors que l'un d'entre eux est brûlé vif.
Et cela inclut tous ceux qui ont offert leur silence sur fond de pseudo préoccupation.
Manifeste de l'apathie
Ils ne voulaient pas vous inquiéter. Ils voulaient vous faire craquer.
Gaza n'a jamais été occulté. On en parle partout. Dans chaque agenda, sur chaque écran, dans chaque film, dans chaque manuscrit.
Ils n'ont pas fait taire le génocide. Ils nous en ont saturés. Ils nous ont abreuvés de mort en haute résolution. Un enfant brûlé. Un massacre dans une tente. Un enfant décapité. Un amas de corps.
Et puis un autre. Et encore un autre.
Ce n'est pas du reportage, mais du harcèlement. Une attaque délibérée et calculée sur la bande passante émotionnelle.
Parce que l'empire sait ce que provoque la surexposition. Il sait que le chagrin se transforme en détachement. La rage en épuisement. La mort à outrance fait taire les vivants.
Ce n'est pas une défaillance du reportage. C'est une couverture militarisée.
Et pendant que Gaza hurle, les médias américains installent leur stratégie :
- "La guerre est compliquée".
- "Regardez ailleurs, c'est trop bouleversant".
- "Une réflexion sur la résilience".
- "Un avertissement pour le contenu graphique - flouté à mort".
- "Voici une voix de l'autre bord - un génocide équilibré".
Et puis sont venues les opérations psychologiques :
- Des tracts ont été lancés sur des civils affamés, accusant le Hamas.
- De faux rapports de l'ONU ont circulé.
- De fausses vidéos de la Résistance palestinienne ont été publiées avec de faux sous-titres.
- Des journalistes ont été calomniés.
- Des survivants ont été dénoncés.
Les gens ne sont pas seulement anesthésiés, le système les paralyse.
La saturation traumatique comme tactique impériale. Pas seulement pour briser les Palestiniens, mais pour briser la solidarité. Pour que vous ayez l'impression que rien de ce que vous faites n'a d'importance. Pour vous faire dire "Je n'en peux plus", et vous déconnecter.
Ils veulent que votre dégoût prenne de la distance. Que votre empathie se consume avant de s'exprimer en action.
Mais nous connaissons leur stratégie. Ils ont essayé en 2021. En 2014. En 2008. En 2002. En 1987. En 1948.
Ils ne veulent pas vous engourdir pour vous ménager. Ils veulent vous engourdir parce que la rage est contagieuse. Si vous souffrez trop longtemps, vous pourriez agir.
Et c'est ce qui leur fait le plus peur.
Le génocide est bipartite
Rouges ou bleues tombent les bombes.
Aucun parti n'est pour la paix. Aucune faction n'est contre la guerre. Pas de dissidence significative au sein des institutions finançant l'effacement de Gaza.
Parce que le génocide en Palestine n'est pas un projet républicain. Il n'est pas une aberration de Trump. Il n'est pas un rêve sioniste marginal.
C'est un consensus bipartite.
Les Démocrates ont voté pour les bombes. Les Républicains ont voté pour les bombes. Et les bombes sont tombées sur les bébés, les files d'attente des boulangeries, les tentes, les hôpitaux, les églises, les mosquées, des familles entières rayées du registre de l'état civil en une nuit.
Kamala a applaudi. Trump a souri. Biden a menti. Et chacun d'entre eux s'est caché derrière "Israël a le droit de se défendre".
Ce que les États-Unis nomment 'défense' ressemble toujours à l'anéantissement.
Soyons précis :
- 2023 : Biden contourne le Congrès pour envoyer des armes à Israël en plein génocide.
- 2024 : Le Congrès vote par 366 voix contre 58 l'envoi de milliards supplémentaires.
- 2025 : Trump prend ses fonctions et redouble d'efforts, se vantant ouvertement de son partenariat en ciblant délibérément les dernières structures encore debout à Gaza.
- Tout au long de l'année : les Démocrates organisent des rassemblements en signant des contrats d'armement.
- Les Républicains tweetent des versets de la Bible en autorisant des meurtres de masse.
Le génocide n'a pas attendu les élections. Elles l'ont accéléré.
Et pendant qu'ils organisaient des débats, les Palestiniens creusaient des tombes. Pendant qu'ils échangeaient des piques, Israël échangeait des coordonnées. Pendant qu'ils se traitaient mutuellement d'extrémistes, les bombes restaient bipartites.
Voici à quoi ressemble la "démocratie" américaine : les syndicats sont démantelés, l'aide est bloquée, les droits sont bafoués, tandis que les deux partis s'abreuvent du sang palestinien et invoquent la "sécurité".
Personne ne parvient à s'en laver les mains. Pas les centristes. Ni les progressistes qui ont dit "oui, mais le Hamas". Ni les Démocrates pour la justice restés silencieux pour protéger leurs postes. Ni le Squad, tombé sous la pression au moment crucial.
Chaque vote en faveur du financement. Chaque refus de dire "cessez-le-feu". Chaque déclaration ambiguë et chaque tweet de deuil orchestré ne sont que pure complicité.
Ce n'est pas de la politique partisane. C'est de l'empire qu'il s'agit.
Et le génocide a toujours été son acte le plus bipartite.
La rage qu'ils n'ont pas pu éteindre
Ils ont essayé de nous murer dans le silence. Nous avons répondu par le feu.
Les bombes n'ont jamais cessé de tomber. Les massacres n'ont jamais cessé. Le monde assiste en temps réel à un génocide, et le peuple se soulève.
Pas dans des réunions aseptisées des ONG. Pas dans des galas de charité ou les brunchs de l'État bleu. Mais dans des occupations. Les sit-in. Les fermetures. Les séminaires. Les grèves de la faim. Les flashmobs. Les campements. De Gaza à Chicago. De Jénine à Oakland. De Ramallah à Rio. De Rafah aux escaliers d'honneur de toutes les universités américaines qui investissent encore dans la mort.
Cette rage n'est pas irrationnelle. Elle est ancestrale. Et elle refuse de mourir.
Ils nous censurent, et nous crions plus fort. Ils nous licencient, et nous avons créons des réseaux d'entraide. Ils interdisent les drapeaux, nous peignons des fresques. Ils effacent des noms, nous faisons des affiches, des playlists, des poèmes, des prières.
Les étudiants ont mené la révolte. Les survivants ont mené la révolte. Les personnes handicapées ont mené la révolte. Les Palestiniens ont mené la révolte. Ils ont fermé des ponts. Ils ont occupé des bureaux du Congrès. Ils ont dormi dans le froid.
Ils ont effacé des noms, nous avons fait des affiches, des playlists, des poèmes, des prières.
Les étudiants se mobilisent. Les survivants. Les handicapés. Les Palestiniens.
Ils bouclent des ponts. Ils occupent des bureaux du Congrès. Ils dorment dans le froid et refusent de bouger. Ils ont versé leur sang sur les pelouses des universités en scandant les noms d'enfants que le monde a déjà oubliés.
Ce n'était de la contestation. C'est une rupture.
Une rupture d'avec la respectabilité. Un refus de banaliser le génocide pour le confort des Blancs. Un refus des faux-semblants, de la lâcheté des élites, du deuil de façade.
Et ils sont terrifiés.
Car ni surveillance, ni flambée de propagande, ni aucun mensonge médiatique ne peuvent faire taire la vérité brute et implacable :
La Palestine a mis le feu. Et des millions de gens le propagent.
La solidarité n'est pas un spectacle. C'est un deuil devenu arme. La mémoire est affûtée. L'amour est réfractaire à toute récupération.
Parce que cette génération ne se fait aucune illusion. Nous savons que le système n'a jamais été brisé, qu'il est conçu pour tuer. Et pourtant, nous choisissons la vie. Nous choisissons la Résistance. Nous nous choisissons les uns les autres.
C'est bien ce qui leur fait peur. Pas seulement la rage. Mais que nous survivions à tout ce qu'ils nous infligent, et que nous continuions à avancer, malgré tout.
La Palestine est le miroir
Il n'a jamais été question de politique étrangère. Il ne s'agit que de savoir qui nous sommes.
La Palestine brise l'illusion.
Elle détruit le mythe d'une Amérique garante de la justice. Elle révèle le cœur corrompu sous la façade libérale. Elle expose ce que les États-Unis sont prêts à financer, justifier, soutenir et encourager, quand les corps sont bronzés, que le sang coule à bonne distance et que l'empire reste intact.
C'est le point de non-retour.
On ne peut pas assister en direct à un génocide et prétendre que cela ne s'est pas produit. On ne peut pas bombarder des enfants pendant 543 jours et prétendre que c'est pour se "défendre". On ne peut pas alimenter une machine de propagande avec des images de cadavres et qualifier cela de diplomatie.
Les masques tombent. Le miroir se fissure. Et la Palestine en est le reflet.
Elle nous montre ce à quoi ce pays tient vraiment :
- Des armes valant des milliards de dollars plutôt que du pain.
- La spoliation de terres plutôt que la libération.
- Les colons avant les survivants.
- Le silence avant la vérité.
On voit qui est humanisé, et qui est écrasé. Qui peut faire son deuil et qui doit être puni. Qui a droit à une tribune, et qui va en prison.
Et on se demande : Que faire après avoir vu ?
Parce que voir implique être responsable. On ne peut ignorer un génocide. On ne peut ignorer les meurtres de masse. On ne peut ignorer les cris qui montent des décombres.
La Palestine n'est pas juste morte. Elle révèle. Elle éduque. Elle exige.
Et certains d'entre nous écoutent.
Pas les politiciens. Ni les experts. Ni les collecteurs de fonds en nœuds papillon.
Mais ceux qui endurent le chagrin, la colère, la lucidité. Ceux qui refusent de détourner le regard. Ceux ensevelissent leurs illusions aux côtés des martyrs. Ceux qui comprennent que l'enjeu, ce n'est jamais "ailleurs".
Parce que l'empire finit toujours par faire son retour. Parce que le silence est complicité. Parce que les survivants ne sont pas neutres.
Et ceux qui soutiennent la Palestine, sans hésiter, ne sont pas seulement témoins de l'histoire. Ils choisissent leur camp quand le miroir se brise.
qui garde le silence pendant qu'on les massacre tous ?
Pas nous. Pas maintenant. Plus jamais.
Marginalia Subversiva
Mirror Mirror on the Wall
Gaza, the West Bank, and the Imperial Boomerang...
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8 hours ago · 10 likes · 2 comments · Story Ember leGaïe