Alors que le « Siècle Américain » s'effondre sous le poids de ses propres dogmes, l'Eurasie et le Sud Global brisent les chaînes de Bretton Woods.
De la résilience russe à l'héritage bolivarien, chronique d'une année charnière où le monde cesse d'être occidental pour devenir souverain.
Pendant que les dernières heures de 2025 s'égrènent, au même moment, l'humanité ne traverse pas simplement une frontière chronologique, mais franchit le seuil d'une nouvelle ère civilisationnelle. Le passage vers 2026 marque le point de bascule géostratégique où le « Siècle Américain » - né sur les cendres de 1945 et consolidé en 1991 - s'effondre sous le poids de ses propres contradictions, actant la rupture définitive entre un bloc occidental en déclin et l'émergence d'un pôle eurasien souverain. Ce séisme, catalysé par la résilience stratégique de la Russie depuis le tournant de 2022, consacre l'échec historique de la doctrine de l'endiguement et l'obsolescence des anciens schémas d'hégémonie, ceux du monde occidental, bien sûr, schématisés par l'OTAN, une organisation de terreur animée par Washington et ses vassaux de Bruxelles et de Londres qui lui sont volontairement soumis à servilité.
Tandis que l'Europe s'enfonce dans un suicide industriel provoqué par la rupture de ses flux énergétiques vitaux, le Sud Global brise ses chaînes - s'émancipant de la tutelle du dollar et des institutions de Bretton Woods - qui lui étaient portées au cou depuis 1944. Nous assistons au redessinement d'un monde libéré. C'est-à-dire, d'une ère de multipolarité pragmatique où la souveraineté des ressources et les alliances stratégiques (BRICS+, OCS, CEI et bien d'autres encore) définissent une modernité plurielle, désormais affranchie du magistère de Washington.
Le syndrome d'Icare : de l'illusion de l'endiguement au suicide européen
Sans ambages, la stratégie de l'endiguement, théorisée par George Kennan en 1947 et magnifiée par Zbigniew Brzeziński en 1997 dans Le Grand Échiquier, a vécu sans jamais atteindre son objectif ultime : contenir la Russie pour mieux contrôler l'Eurasie. L'Occident a longtemps cru que l'expansion continue de l'OTAN, amorcée par les vagues de 1999 et 2004, suffirait à maintenir les puissances eurasiennes dans une vassalité périphérique. Comme le souligne Hervé Juvin, ce modèle a épuisé sa ressource principale : la crédibilité morale. Le conflit ukrainien a scellé ce divorce définitif dans une posture de guerre par procuration ou par alliés interposés amorcée à partir du coup d'Etat Euromaïdan de 2014. En cherchant à transformer cette région en bastion avancé - une ambition qui s'était déjà heurtée aux réalités du terrain lors du sommet de Bucarest en 2008 - Washington a réveillé la puissance stratégique russe. Cette dernière a su démontrer, au fil des années de résilience entre 2022 et 2025, et contrairement aux craintes et mises en garde tardives de Henry Kissinger avant sa disparition en 2023, que la profondeur souveraine et la force de résilience l'emportent sur la financiarisation de la guerre.
L'Europe, otage de cette stratégie, semble opérer sous nos yeux un véritable « suicide assisté » au sens de Philippe de Villiers. En se coupant délibérément, dès le printemps 2022, des ressources énergétiques russes - ce sang vital qui irriguait son industrie depuis les accords gaziers historiques des années 1970 - elle a provoqué une onde de choc sismique. Le sabotage des gazoducs Nord Stream en septembre 2022 a marqué le point de non-retour, scellant le transfert massif de sa richesse vers les Etats-Unis et le Sud Global. Dès 2023, l'Inflation Reduction Act (IRA) de Washington a agi comme un aspirateur industriel, attirant les capitaux européens de l'autre côté de l'Atlantique. Aujourd'hui, alors que nous sommes à quelques heures de la transition vers 2026, le constat est sans appel : les fleurons industriels franco-allemands, autrefois piliers de la prospérité continentale, périclitent sous le poids de coûts énergétiques devenus structurellement prohibitifs.
Tandis que Bruxelles s'enferme dans une bureaucratie normative paralysante - illustrée par les contraintes suicidaires du « Green Deal » et l'interdiction des moteurs thermiques actée pour 2035 - le réel géopolitique reprend ses droits. Ce que Zbigniew Brzeziński qualifiait dès 1997 de « pivot ukrainien » pour briser la Russie s'est brutalement retourné contre une Union Européenne qui se désindustrialise et s'efface. En ce seuil de 2026, l'Europe devient, selon l'analyse de Philippe de Villiers, une simple colonie de ses propres alliés, dépossédée de son destin. Mais que peut donner une entité si vassale que l'Europe bruxelloise et londonienne dans un système fermé où les acteurs sont obligés de vivre-ensemble malgré tout, caractérisé par la logique d'escalade et de perception mutuelle de menace, et où nul n'est sûr de l'intention réelle de l'autre, si ce n'est la servilité ?
Le réveil du Sud Global : la Russie comme brise-glace de la multipolarité
Sans l'ombre d'aucune ambiguïté, l'ordre mondial ne se décide plus dans le triangle d'influence Washington-Bruxelles-Londres, héritier d'un XXe siècle désormais révolu. Le centre de gravité de la puissance a glissé irrémédiablement vers l'Eurasie, marquant la fin de l'hégémonie thalas-socratique occidentale au profit d'un bloc continental intégré. Dans ce nouveau paradigme, la Russie, loin de l'isolement prophétisé par l'Occident lors du G7 de 2014 à Bruxelles ou après les sanctions de 2022, s'est imposée comme la figure de proue d'une résistance pragmatique. Elle agit désormais comme le brise-glace d'un Sud Global qui, à l'horizon 2026, s'affirme maître de sa temporalité et de ses ressources.
Ce basculement total s'incarne d'abord sur le continent africain où, depuis le premier sommet Russie-Afrique de 2019 à Sotchi, les nations se sont vaccinées contre un paternalisme européen en déliquescence. Ce mouvement s'est accéléré entre 2023 et 2025 avec le départ des forces françaises du Sahel, les Etats choisissant désormais des partenaires capables de garantir leur souveraineté sécuritaire et le développement d'infrastructures réelles sans exiger, en échange de leur lithium ou de leurs terres rares, les habituelles leçons de « bonne gouvernance » du FMI.
Simultanément, en Amérique Latine, la doctrine Monroe de 1823, qui fêtait ses deux cents ans dans une indifférence polie, est aujourd'hui en lambeaux. Du Brésil de Lula - redevenu moteur des BRICS en 2023 - à une Argentine cherchant son équilibre stratégique, en passant par le Cuba et le Venezuela, les puissances régionales ignorent les diktats de Washington. Elles refusent le rôle de réservoir gratuit imposé depuis le consensus de Washington de 1989 pour intégrer les chaînes de valeur eurasiennes.
En Asie, le constat est plus flagrant encore : tandis que le Pentagone tente un endiguement maritime autour du « Collier de Perles », de la mer de Chine méridionale et orientale, Pékin a déjà remporté la bataille de la logistique mondiale lancée dès 2013 avec les Nouvelles Routes de la Soie. En consolidant avec Moscou et Téhéran des corridors transcontinentaux massifs dès 2024, l'Asie contourne les détroits sous contrôle occidental, rendant l'arme des sanctions inopérante.
L'identité profonde des nations, forgée sur le temps long des civilisations, reprend ainsi le dessus sur le constructivisme technocratique né après 1945. Le Sud Global ne cherche plus à copier un modèle occidental dont il a perçu les limites morales et économiques ; il le dépasse en s'appuyant sur ses propres valeurs et une coopération mutuellement bénéfique qui définit désormais la modernité du XXIe siècle.
De l'ordre post-occidental à la révolte des monnaies
Si l'on suit l'analyse de l'ancien inspecteur Scott Ritter, la réalité du terrain en ce début d'année 2026 qui s'annonce stratégique, démontre que l'Occident n'a plus les moyens de ses ambitions, qu'elles soient militaires ou monétaires. Cette année s'annonce comme celle de la « vérité crue » : l'euro et le dollar perdent définitivement leur statut d'armes de coercition massive.
Le séisme financier a trouvé son épicentre en février 2022, lorsque le gel sans précédent de près de 300 milliards de dollars d'avoirs russes a brisé le contrat de confiance millénaire de la finance mondiale. En utilisant le privilège du dollar comme une arme de guerre, l'Occident a détruit le pilier central des institutions de Bretton Woods nées en 1944. Le Sud Global a instantanément compris que ses réserves souveraines n'étaient plus en sécurité dans les coffres de New York ou de Londres, encore moins de Bruxelles.
L'année 2025 a ainsi marqué le point de non-retour de la dédollarisation active. Ce qui n'était qu'une velléité lors du sommet des BRICS à Johannesburg en 2023 est devenu une réalité infrastructurelle. Désormais, les transactions pétrolières et minières ne transitent plus par le réseau SWIFT, mais s'effectuent en monnaies locales ou via le système de paiement intégré des BRICS+, consolidé lors du sommet de Kazan en 2024.
La Russie, forte de sa résilience économique forgée par quatre longues années de sanctions totales sans précédentes (2022-2025), est devenue le banquier de secours d'un monde en quête de stabilité, loin des conditionnalités austères du FMI et de la Banque mondiale. Nous entrons dans une ère de « géométrie variable » où les puissances pivots, libérées des entraves du XXe siècle, agissent en toute souveraineté et, avec pour teneur : l'Iran (intégré aux BRICS en janvier 2024) sécurise l'axe énergétique eurasien ; l'Arabie Saoudite (tournant la page du pacte du Quincy de 1945) diversifie ses alliances stratégiques ; et, l'Éthiopie et l'Égypte deviennent les nouveaux gardiens des routes maritimes du Sud.
De ce qui précède, nous pouvons déduire que l'Occident ne tombe pas sous les coups d'un assaut extérieur ; il s'effondre parce qu'il est devenu obsolète dans une modernité plurielle qu'il refuse de comprendre. Tandis que le bloc atlantiste s'enferme dans une tour d'ivoire de sanctions héritées de l'ère de la Guerre Froide (1947-1991), le reste du monde construit un futur où le pluralisme des civilisations remplace l'universalisme de façade imposé depuis 1991.
Alors, la messe est dite : le 1er janvier 2026, le monde ne se réveillera pas plus occidental, il se réveillera définitivement libre, porté par l'esprit de souveraineté que des pionniers comme Hugo Chávez appelaient de leurs vœux dès le début du millénaire.
Mohamed Lamine KABA, Expert en géopolitique de la gouvernance et de l'intégration régionale, Institut de la gouvernance, des sciences humaines et sociales, Université panafricaine
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