06/04/2023 2 articles dedefensa.org  14min #226698

 Donald Trump inculpé : une première pour un ancien président américain

Rapsit-Usa2023 : Trump vaut bien une forfaiture

 Journal dde.crisis de Philippe Grasset

RapSit-USA2023 : Trump vaut bien une forfaiture

6 avril 2023 (10H20) – On ne peut pas dire que l’inculpation de Trump, si l’on s’en tient à la cause elle-même débattue, soit un sujet d’une hauteur exaltante ni d’un intérêt transcendant. Cela coupe court à tout commentaire documenté sur le cas que l’on voudrait faire et nous ramène au “spectacle“, au simulacre coloré d’hystérie de “l’événement”. (Pour les effets politiques, on verra plus tard.) Cela conduit, comme à l’habitude, à faire quelques observations sur la situation générale (politique-politicienne, juridique, morale et psychologique) de cette stupéfiante dégénérescence du système de l’américanisme.

Pour cela, je m’en remets à un autre “sage“ dans son domaine, – si l’on veut,  comme Bhadrakumar hier, mais dans un autre domaine on le comprend. Il s’agit de Jonathan Turley, qui a fait un texte de commentaire général en tant que constitutionnaliste et juriste rigoureux. Turley est également une source que l’on cite régulièrement sur ce site dès qu’il s’agit des affaires intérieures de l’américanisme. Son texte est de la plus haute plume, une sorte de chant désespéré sur ce qu’il estime être la plus haute fonction de l’Amérique considérée comme “État de Droit”....

Note de PhG-Bis : « Les guillemets s’imposent bien qu’ils ne s’adressent nullement à Turley mais à l’idée qu’on se fait généralement de l’“État de Droit”, et que la chose s’appliquât spécifiquement à l’Amérique. C’est un autre débat mais il vaut mieux le dire que croire que cela va sans dire »

Je cite un paragraphe qui donne la tonalité du sentiment du constitutionnaliste Jonathan Turley sur la démarche suivie par le procureur Bragg à l’encontre de l’ancien président Trump :

« Toutefois, le coût pour le système judiciaire sera immense. En un seul acte d'accusation, Alvin Bragg a détruit au bulldozer tout ce que les démocrates pouvaient espérer après le 6 janvier. Il a accompli le récit de la campagne Trump en fournissant un exemple brut et indéniable de la politisation du système judiciaire. Le plus choquant, c'est que cette attaque contre l'État de droit a été accueillie par les applaudissements nourris de nombreuses personnes, y compris des avocats et des experts juridiques. Non seulement ils ignorent l'affront fait à l'intégrité de notre système juridique, mais ils célèbrent sa disparition. »

Pour terminer, Turley cite Oppenheimer parlant des physiciens après l’explosion de la première bombe atomique et compare leur situation morale et éthique à celle de ceux qui ont approuvé et applaudi à l’inculpation de Trump.

« Pour ces avocats [de l’inculpation de Trump], ils ont atteint le point décrit par Robert Oppenheimer après le développement de la bombe atomique. Il a déclaré : “Dans une sorte de sens brut qu'aucune vulgarité, aucun humour, aucune exagération ne peut tout à fait éteindre, les physiciens ont connu le péché ; et c'est un fardeau qu’ils porteront à jamais.”...

» Pour les avocats qui applaudissent ce moment ignoble, c'est notre péché en tant que profession, “et c'est un fardeau qu’ils porteront à jamais”... »

Bien entendu, il ne s’agit en aucun cas de Trump. Turley est un libéral, un progressiste du parti démocrate par tradition, et donc un adversaire politique de Trump. Mais l’atmosphère d’hystérie et de haine qu’on retrouve dans les polémiques chez ses lecteurs eux-mêmes, – lesquels se recrutent pourtant parmi des gens de bonne compagnie prétendant à une haute conception des affaires du système juridique, – cette atmosphère témoigne de cette dégénérescence dont nous parlons et dont je parle à propos de l’Amérique. Même ceux qui veulent éviter cette sorte de mêlée, y sont contraints par des jugements qui sonnent comme des provocations à la polémique par leur radicalité et leur tranchant. On s’y reconnaîtra dans cet échange :

« ...ll était prévisible que vous [Turley] adopteriez les affirmations de Trump et de ses partisans selon lesquelles l'affaire Bragg est une “poursuite politique”. Pour ceux qui, sur ce blog, pensent que vous êtes un “démocrate libéral”, cette affirmation bizarre devrait disparaître avec votre article. Vous êtes fermement dans le camp de Trump. Compte tenu de l'effet boule de neige de l'affaire Bragg, des trois autres affaires beaucoup plus graves en Géorgie et des deux enquêtes de Jack Smith, que direz-vous lorsque Trump sera inculpé dans ces affaires ? Tout cela n'est-il que des “poursuites politiques” ? Restez à l'écoute car vous aurez d'autres occasions de prouver votre foi en Trump. »

Dennis McIntyre : April 5, 2023 at 1:36 PM

« Mcyintire, je suis une modérée, ancienne démocrate, aujourd'hui électrice indépendante, une femme et une avocate. Je suis également une ancienne procureure. Il n'y a pas de quoi être fier de cette affaire. Elle est dégoûtante. C'est vraiment politique. Et je suis embarrassée. Et je me fiche de ce que les gens pensent de Trump, pour moi cette affaire est en elle-même une source d’un grand embarras. Et je ne suis pas du tout une fan de Trump. Mais je suis une fan de la loi, de la justice et du système juridique et j'ai juste envie de vomir. »

Allie says: April 5, 2023 at 1:52 PM

Il est simplement extraordinaire, comme le reste des événements courants dans cette époque de feu et de fureur, que cette haine et cette hystérie à propos de Trump soient aujourd’hui aussi vive, aussi brûlante, aussi flamboyante qu’elles le furent au début de l’épopée, en 2015-2016. On peut alors penser que rien ne peut éteindre l’incendie par les voies et moyens habituels et il faut attendre que tout soit consumé. L’incendie fait rage dans un contexte de polémique se déroulant dans un simulacre comme principal aliment du sinistre, – donc une torsion incroyable et étouffante de la réalité d’une situation qui est déjà elle-même “une torsion incroyable et étouffante de la réalité” puisque simulacre pur et incroyablement puissant par le biais d’une communication qui coupe le souffle et ne cesse d’assaillir constamment tous les facteurs de la perception.

Bien entendu, cette affaire remue les citoyens fous de ce pays devenus fou et fait augurer d’une folle campagne comme une sorte de grand établissement psychiatrique en folie. Comme le rappelait Bhadrakumar à propos d’un autre cas, mais toujours la même référence : on dirait que ce pays et le reste qui le suit, lui obéit et, pour partie, sans y rien comprendre et n’en rien savoir, on dirait qu’ils sont sous l’emprise du “ Joueur de flûte de Hamelin”, mais un flutiste devenu fou et flutant au gré de sa folie, avec une implacable sûreté de soi, – comme seuls les grands fous des asiles peuvent avoir...

Mais vous voulez des nouvelles, après tout ? En voici :
• on décompte $12 millions de dons du public recueillis par l’équipe Trump pour sa campagne présidentielle depuis l’annonce de son inculpation ;
• parmi les critiques et les de l’extérieur, on notera les protestations des présidents du  Salvador et du  Mexique, jugeant que les USA ne peuvent se prétendre « démocratiques” à la lumière d’une telle affaire, et Orban tweete à l’intention de Donald Trump :

« Tenez bon, monsieur le président. »

Mais Turley, dans ses considérations, se fiche bien en vérité du sort de Donald Trump. Ce qui lui importe, c’est le coup porté au système juridique de l’américanisme, à “l’État de Droit” par le procureur Bragg, applaudi par l’establishment de la gauche progressiste et du parti démocrate. On saluera l’attitude de Turley, car il s’agit sans aucun doute d’un adversaire politique décidé de Trump ; “décidé” mais pas par n’importe quel moyen, pas au prix du scalp du système juridique des États-Unis. Turley a déjà posé un jugement sur Trump, qu’on peut considérer comme très avisé, jusqu’à le partager éventuellement : cet homme (Trump) a le “don” de faire sortir le pire des gens qui l’entourent et l’affrontent.

Son texte ci-dessous est d’hier,  5 avril 2023. (Le titre original : « Yielding to Temptation: Why The Trump Case is a Test Not Just for the President but the Legal System ».)

PhG – Semper Phi

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La tentation de la destruction

Oscar Wilde a dit un jour : « La seule façon de se débarrasser d'une tentation est d'y céder. Résistez-lui, et votre âme devient malade de désir pour les choses qu'elle s'est interdites à elle-même. »

Avec la publication de l'acte d'accusation contre l'ancien président Donald Trump, Alvin Bragg, du district de Manhattan, s'est révélé être un adepte de l'école de pensée juridique de Wilde. Bragg savait qu'il n'avait pas d'affaire criminelle contre Trump. Cependant, après avoir fait campagne en accusant Trump d'un crime (n'importe lequel), Bragg savait que beaucoup ne se soucieraient pas de savoir s'il disposait d'une base pour une accusation criminelle. Il serait glorifié d'être la première personne à inculper un ancien président dans la rage aveugle contre Trump.

Après avoir inculpé Trump de 34 chefs d'accusation, Bragg a insisté sur le fait qu'il condamnerait Trump pour le « crime de promouvoir une candidature [politique] par des moyens illégaux ». Il insiste sur le fait qu'il prouvera les « tentatives de violation des lois électorales fédérales et de l'État ».

Depuis des mois, de nombreuses voix s'élèvent contre les efforts déployés par le procureur de Manhattan pour utiliser une théorie juridique imparfaite afin de poursuivre une infraction électorale fédérale que le ministère de la justice a choisi de ne pas incriminer. Cette théorie a été largement critiquée, mais de nombreux médias ont cherché à clore le débat en suggérant que M. Bragg pourrait fonder ses poursuites sur un crime inconnu. La semaine dernière, l'avocat de Michael Cohen, Lanny Davis, est allé jusqu'à « avertir tous les experts et tous ceux qui spéculent... qu'il y a beaucoup de faits, beaucoup de documents, beaucoup de preuves de crimes multiples ».

Nous disposons désormais de l'acte d'accusation, et il correspond en gros à ce que beaucoup d'entre nous avaient anticipé. Il s'agit d'une série de chefs d'accusation pour falsification de documents commerciaux dans le but d'influencer l'élection. L'acte d'accusation semble répondre à l'absence de précédent juridique par un manque de spécificité sur le crime “secondaire” sous-jacent. Bragg n'a rien fait d'autre que de répéter des dizaines de fois la même théorie erronée. C'est là que les mathématiques et le droit se rencontrent. Si vous multipliez zéro par n'importe quel nombre, il reste zéro.

Si la magistrature new-yorkaise conserve un tant soit peu d'intégrité, cette affaire sera rejetée pour cause d'irrégularité juridique et sera assortie d'une admonestation adressée à Bragg et à son bureau pour avoir politisé le processus de justice pénale. Toutefois, c'est peut-être beaucoup demander aux juges de l'État qui sont élus à la fois en première instance et en appel. Ils peuvent également s'avérer être des avocats suivant les conceptions de Wilde.

Toutefois, le coût pour le système judiciaire sera immense. En un seul acte d'accusation, Alvin Bragg a détruit au bulldozer tout ce que les démocrates pouvaient espérer après le 6 janvier. Il a accompli le récit de la campagne Trump en fournissant un exemple brut et indéniable de la politisation du système judiciaire. Le plus choquant, c'est que cette attaque contre l'État de droit a été accueillie par les applaudissements nourris de nombreuses personnes, y compris des avocats et des experts juridiques. Non seulement ils ignorent l'affront fait à l'intégrité de notre système juridique, mais ils célèbrent sa disparition.

Bragg lui-même a dénoncé l'effort d'inculpation de Trump poussé par un avocat recruté à cette fin en tant qu'assistant spécial du procureur. Mark F. Pomerantz et son collègue Carey R. Dunne ont démissionné, – et leur lettre de démission a ensuite été divulguée à des médias enthousiastes. Pomerantz a ensuite pris une mesure qui a étonné beaucoup d'entre nous : il a écrit un livre révélateur basé sur l'enquête toujours en cours. Cependant, Pomerantz admet que les procureurs de carrière se sont opposés à ses propositions radicales visant à trouver un crime, – n'importe quel crime – pour épingler Trump. Il s'agissait notamment d'une accusation de blanchiment d'argent totalement farfelue contre Trump, qui aurait été victime d'une tentative d'extorsion. Dans son livre, Pomerantz admet que « de nombreux avocats étaient implacablement négatifs ». Certains procureurs ont été tellement bouleversés par ses efforts qu'ils ont fait défection. Il admet également que Bragg lui a dit « que le consensus au sein du groupe de procureurs avec lesquels il s'était entretenu était de ne pas aller de l'avant ».

Malgré les objections de ses collègues, qui lui reprochaient de saper leurs efforts, Pomerantz a publié un livre qui plaide en faveur d'une personne qui n'a pas été inculpée, et encore moins condamnée. Il s'agissait d'un acte grossièrement non professionnel et inapproprié. Mais cela a également fonctionné. Bragg a cédé à la pression écrasante qui a suivi. Si des personnalités comme Pomerantz allaient céder à la tentation, pourquoi ne le ferait-il pas ?  Après tout, personne ne veut être le dernier avocat éthique quand tous les autres gagnent de l'argent.

Je garde l'espoir qu'il reste un minimum d'intégrité judiciaire à New York pour s'opposer à cet effort. Cependant, il s'agit d'un moment décisif pour beaucoup de ceux qui ont rationalisé cet abus du système de justice pénale. Pour ces avocats, ils ont atteint le point décrit par Robert Oppenheimer après le développement de la bombe atomique. Il a déclaré : « Dans une sorte de sens brut qu'aucune vulgarité, aucun humour, aucune exagération ne peut tout à fait éteindre, les physiciens ont connu le péché ; et c'est un fardeau qu’ils porteront à jamais. »

Il en va de même pour de nombreux membres de notre profession. Si certains d'entre nous ont prévenu que Mar-a-Lago pourrait représenter une menace sérieuse pour Trump, nous avons également prévenu que les poursuites engagées contre Bragg constituaient un déni du principe juridique fondamental d’une justice impartiale. Cet effort coûteux et interminable n’aurait eu lieu pour personne d’autre que Donald Trump. Il ne s'agit pas seulement de poursuites sélectives, mais de poursuites exclusives pour Trump et lui seul.

Il existe un débat de bonne foi sur la question de savoir si le président doit être inculpé pour son comportement à Mar-a-Lago et pour une éventuelle obstruction à la justice. Il ne s'agit pas de cette affaire. Pour les avocats qui applaudissent ce moment ignoble, c'est notre péché en tant que profession, « et c'est un fardeau qu’ils porteront à jamais ».

Jonathan Turley

 dedefensa.org

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6 avril 2023 (10H20) – On ne peut pas dire que l’inculpation de Trump, si l’on s’en tient à la cause elle-même débattue, soit un sujet d’une hauteur exaltante ni d’un intérêt transcendant. Cela coupe court à tout commentaire documenté sur le cas que l’on voudrait faire et nous ramène au “spectacle“, au simulacre coloré d’hystérie de “l’événement”.