07/01/2026 dav8119.substack.com  5min #301111

Sur l'inanité des décisions

Par Davy Hoyau

Le fait est qu'on ne peut subir la décision d'un imbécile.

Quand une décision est prise, on s'attend à ce qu'elle réponde à un certain nombre de critères, en terme de validité, d'utilité, d'efficacité, de faisabilité, et de compatibilité avec les autres décisions. Elle doit être intelligente.

Si la décision est prise par un comptable, il est à peu près certain que son aspect pratique plongera les utilisateurs dans la perplexité. Si la décision est prise par un philosophe, on peut prévoir que des conflits vont naitre des diverses interprétations possibles du sens et de l'utilité de la décision.

Dans une société moderne, on s'attend à ce que les décisions soient applicables et faciles. On s'attend à ce qu'elles soient utiles et efficaces. Et on s'attend à ce qu'elles bénéficient d'une itération constante avec les cas pratiques.

Une décision prise par une seule personne ne peut que être bancale. Sa qualité est trop faible pour qu'on se donne la peine de l'itérer d'un retour sur expérience. Faire cela serait l'équivalent d'aimer la personne qui a pris cette décision, bien qu'elle ait pris cette décision de façon unilatérale et solitaire. On ne peut aimer une telle personne. Son mauvais goût et sa prétention est révulsante.

Toute décision doit être le résultat d'un vrai travail en équipe, où des compétences complémentaires ont été mises à profit. Autant, indépendamment les unes des autres, chacune de ces compétences est catastrophique dans l'art de prendre des décisions, autant l'ajout de leurs intelligences respectives détermine la qualité d'une décision.

Dans le groupe il doit y avoir une équité complète et un respect total des compétences de chacun. Aucun ne doit se considérer comme supérieur aux autres, avec un droit de trancher, ou encore moins d'influencer les autres.

Le travail en équipe, dont on nous rabâche les oreilles lors des entretiens d'embauche, doit principalement se faire à l'échelle décisionnelle. Donne un ordre unilatéral et de façon solitaire à une équipe revient à l'aviliser.

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On peut prendre l'exemple de Trump qui ordonne de capturer Nicolas Maduro. Ce cas figure désormais dans le manuel des cas d'école de la stupidité des décisions.

Trump pense certainement que tout l'univers va se plier à sa simple volonté abstraite qui est de prendre possession des richesses d'un pays, que le peuple va l'acclamer, et que cela lui donnera l'ascendant sur les autres pays qui rechignent à obéir à ses ordres.

Mais ce n'est pas ce qui se passe. Au contraire les présidents des pays d'Amérique du Sud s'unissent et lui disent « Non mais tu rêves mon coco ? T'es débile ou quoi ? En plus tu utilises un prétexte qui est un soupçon de commettre un crime, pour commettre le plus flagrant et le plus outrancier de tous les crimes ? Tu mérites qu'on te fasse ce que tu soupçonnes qu'on veut te faire. On ne se soumettra jamais aux décisions d'un arriéré mental. Va te faire cuire un œuf, pauvre nul ! » En gros, c'est ce qu'il lui répondent.

La question est celle des critères qui n'ont pas été pris en considération dans la décision. Le seul fait que le gouvernement agressé militairement puisse désigner un remplaçant n'était pas prévu. Alors il a répondu à la vice-présidente : « Tu as intérêt à faire ce que je te dis ou sinon tu vas voir ta race ! ». Et elle lui a répondu « Dans tes rêves pauvre naze ».

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Ce n'est pas pour faire la leçon, mais quand une décision doit être prise, elle doit obtenir l'aval d'un certain nombre de critères et de considération. Elle doit être soutenue par avance, et prévoir les chaînes de conséquences. La décision doit être la bienvenue, et elle doit résoudre un problème qui a été posé sur la table.

Les différents acteurs, dans tous les domaines possibles, doivent donner leur avis sur les suggestions des uns et des autres. Ils doivent avoir en eux-mêmes une véritable foi en la justesse de la cause à défendre et de l'importance du problème à résoudre.

Peut-être y aura-t-il des débats animés, et peut-être que tout le monde ne sera pas d'accord, mais la décision qui aura été prise doit être la meilleure possible au vu de l'ensemble des conditions et des contraintes.

Quand une décision est impossible, et que la solution pour résoudre le problème constitue un nouveau problème plus grave encore, il est toujours temps de rebrousser chemin et de considérer de nouvelles approches.

Si jamais une décision de qualité médiocre doit être prise dans l'urgence, alors il faut s'attendre aux représailles et préparer le terrain des conséquences. C'est là qu'il faut prêter une attention spéciale à l'itération du retour sur expérience, des bienfaits et des méfaits, c'est à dire de soupeser les pour et les contre.

Une décision se prend toujours en ayant peur que le ciel ne nous tombe sur la tête, c'est à dire que des facteurs totalement imprévisibles ne surgissent. On voit si la décision a été bonne ou mauvaise en mesurant ses conséquences. Si les conséquences sont catastrophiques et que la décision continue à bénéficier d'un crédit de confiance, alors soit on a affaire à un fou du volant, soit il y a des intérêts cachés, et donc un complot.

En tout état de cause, la confiance en soi est quelque chose qui se construit avec ses propres succès antérieurs. On a tendance à chercher la difficulté en s'attaquant à des problèmes de plus en plus complexes, minutieusement, et avec le risque constant de se tromper. Ce sont nos erreurs qui nous font progresser.

Mais quand la vie des gens est en jeu, on n'est pas là pour s'amuser. La seule garantie de sécurité pour les personnes impactées par une décision est de s'assurer qu'elle soit prise rationnellement, publiquement, et en faisant intervenir le plus de paramètres possibles.

Ceci, peut être un des usages de l'intelligence artificielle, qui pourrait calculer les chaînes causales par anticipation, et faire voir ce à quoi on n'avait pas pensé. Par contre confier les décisions à une IA revient exactement à la même chose que de la confier à une personne isolée qui agit de façon unilatérale et qui correspond à peu près au pire imbécile de la terre.

En résumé pour qu'une décision ne soit pas celle d'un imbécile, elle doit être collégiale et interdisciplinaire. Toute décision qui ne remplit pas les conditions minimales de viabilité devrait être refusée, et même il devrait y avoir des lois qui condamnent les personnes qui respectent des décisions imbéciles.

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