Brigitte Challande, 18 janvier 2026.- Compte rendu d'un atelier de soutien psychologique pour les femmes le 17/01 : Quand la prévention devient une source de chaleur.
« Dans des tentes qui ne connaissent jamais le silence, où le froid s'infiltre par chaque fissure, et où les mères dorment en collant leurs oreilles contre la poitrine de leurs enfants, redoutant le sifflement soudain d'une toux ou une fièvre qui pourrait éclater au milieu de la nuit, les femmes déplacées vivent une réalité dure qui dépasse la perte du foyer pour atteindre la perte du sentiment de sécurité sanitaire. La tente cesse d'être un abri temporaire pour devenir un espace saturé d'angoisse, d'humidité et de maladies.

L'atelier a débuté sous un titre porteur d'un message humanitaire profond : la prévention peut parfois être plus précieuse que le médicament, en particulier en période de déplacement et d'effondrement du système de santé, lorsque l'accès à l'hôpital devient un rêve différé et l'achat de médicaments une aventure incertaine. L'équipe a expliqué l'importance de cet atelier face à la propagation rapide des maladies respiratoires dans les tentes, due à la forte promiscuité, à la mauvaise ventilation et à l'absence de moyens de chauffage. Elle a souligné que l'autonomisation des femmes par le savoir sanitaire constitue un investissement direct dans la vie de toute la famille.
La première activité a été consacrée à la compréhension des infections : une explication simplifiée de la différence entre le rhume et la grippe, entre les infections virales et bactériennes, ainsi que la manière dont l'ignorance ou la peur peuvent pousser les mères à utiliser les antibiotiques de façon aléatoire, affaiblissant ainsi l'immunité des enfants au lieu de la renforcer.
Au cours de cette activité, une mère a levé la main en retenant ses larmes pour raconter comment elle passait des nuits entières à chercher des médicaments sur les étals de fortune pour son enfant malade, croyant que tout antibiotique était une bouée de sauvetage. Aujourd'hui, elle a découvert que l'aération matinale de la tente, le fait de réchauffer l'enfant avec les moyens disponibles et de lui donner des boissons chaudes suffisaient à soulager sa souffrance.
L'atelier est ensuite passé à une activité pratique plus chaleureuse, intitulée La pharmacie de la nature au cœur des décombres. L'équipe y a présenté des méthodes simples pour utiliser les herbes disponibles, telles que la camomille, le thym et le citron, ainsi que la manière de les préparer de façon sûre pour les enfants. Elle a également expliqué l'utilisation correcte des compresses pour faire baisser la fièvre sans provoquer de complications. Au cours de cette activité, les femmes ont échangé leurs expériences, transformant la séance en un cercle intime débordant de récits. L'une racontait comment sa grand-mère soignait la toux avec du thym, une autre se souvenait de l'odeur du citron dans sa maison avant le déplacement.
Dans une tentative d'alléger le poids de la douleur qui pesait sur le lieu, l'atelier a inclus une activité récréative simple, basée sur des exercices légers, des questions interactives et des rires collectifs, offrant aux femmes de rares moments de joie.
Avec le regain d'énergie, les participantes ont entamé la troisième activité : Le plan d'urgence sanitaire. Il s'agissait d'expliquer les signes de danger nécessitant une intervention médicale immédiate, en particulier chez les enfants, ainsi que les comportements à adopter la nuit en cas d'impossibilité d'accéder aux hôpitaux. Elles ont également appris des techniques d'isolement de terrain à l'intérieur d'une même tente et la nécessité de consacrer, des outils séparés pour la personne malade.
À ce moment-là, une femme a parlé de sa souffrance liée à la promiscuité, affirmant que la maladie d'une seule personne dans leur tente signifiait la maladie de tous. Mais aujourd'hui, elle est repartie avec une nouvelle compréhension des règles de distance et de ventilation, considérant que ces petits détails peuvent sauver la vie d'un enfant.
À l'approche de la fin de l'atelier, les visages n'étaient plus les mêmes qu'au début. La fatigue s'était mêlée à la sérénité, la tristesse à l'espoir. L'équipe de l'UJFP a souligné que la sensibilisation sanitaire est un véritable filet de sécurité dans les camps, où rien ne protège les gens autant que la connaissance et la solidarité.
Ainsi, 25 femmes ont quitté le camp Al-Asdiqa en portant bien plus que des informations : elles portaient un sentiment de force et de capacité à protéger leurs familles malgré la dureté des conditions. La tente, à leurs yeux, est passée d'un lieu menacé par les épidémies à un espace pouvant être fortifié par la conscience et le savoir. Cet atelier demeure un témoignage vivant du fait que la joie peut naître du cœur de la souffrance, et que l'autonomisation des femmes est le chemin le plus court pour protéger l'ensemble de la société. »
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Retrouvez l'ensemble des témoignages d'Abu Amir et Marsel :
*Abu Amir Mutasem Eleïwa est coordinateur des Projets paysans depuis 2016 au sud de la bande de Gaza et correspondant de l'Union Juive Française pour la Paix. *Marsel Alledawi est responsable du Centre Ibn Sina du nord de la bande de Gaza, centre qui se consacre au suivi éducatif et psychologique de l'enfance. Tous les deux sont soutenus par l'UJFP en France.