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Fasciste ! Antisémite ! Extrême-droite ! Ou quand la politique touche le fond

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Le nouveau maire de New York, Zohran Mamdani a été accusé par Israël d'attiser l'antisémitisme, dès son entré en fonction, le 5 janvier 2026. (Crédit photo: Marc A. Hermann / MTA)

L'accusation systématique de "fascisme" ou d'"extrême-droite" lancée contre quiconque s'écarte des narratifs dominants sur l'immigration, la guerre en Ukraine, les politiques sanitaires, l'OTAN, le genre ou le climat est tout sauf anodine. Elle fonctionne comme la dénonciation dans un tribunal de l'Inquisition : aussitôt désigné, l'accusé devient coupable. Son droit d'être entendu devient superflu. On ne discute pas avec un "fasciste" pas plus qu'on ne discute avec un apostat. C'est avec ce genre d'accusation/condamnation que fonctionnent les médias publics et la presse mainstream, qui sont passés maîtres dans l'art de mettre les apparences de la légitimité de leur côté pour mieux réduire au silence les voix dissidentes.

Par  Guy Mettan

La paisible Suisse, habituée des débats feutrés et des fleurets mouchetés, n'échappe pas à la règle. La campagne sur l'initiative sur la neutralité, un sujet pourtant peu clivant au départ, vient d'en administrer la preuve : quand on voit un conseiller national radical valaisan pulvériser tous les principes de l'honnêteté intellectuelle en accusant ses adversaires de poutinistes vendus à la Russie et un conseiller aux Etats genevois d'habitude mieux inspiré hanté par le spectre de Blocher à la simple évocation de la neutralité suisse, il y a du souci à se faire sur l'avenir des débats démocratiques et pour les défenseurs des opinions minoritaires dans ce pays.

S'attaquer au messager plutôt qu'au message, chercher à salir son adversaire plutôt qu'à contrer ses arguments sont des techniques de combat politique aussi vieilles que le monde. Ce qui est nouveau, c'est la systématique de la méthode utilisée par l'extrême-centre, ce vaste marais qui, de la gauche sociale-démocrate à la droite libérale, contrôle les médias installés et les gouvernements en place et exclut du débat quiconque pourrait menacer son hégémonie.

Le violent ostracisme qui frappe les malheureux marqués du sceau infamant de "fasciste" ou "d'extrême-droite" pose évidemment un problème pour la démocratie, qui est de moins en moins représentative et de plus en plus réservée au cercle des élus et des experts jugés "salonsfähig", comme disent les Suisse alémaniques (i.e. dignes d'être invités dans le salon). Autre problème : ces manœuvres d'exclusion ont pour effet d'accélérer la montée en puissance, partout en Occident, des partis populistes, qui se rebiffent et cherchent à secouer la chape de plomb sous laquelle on tente de les écraser. La cause des succès récents de l'AfD en Allemagne n'est pas à chercher ailleurs.

Car les exclus ne sont pas dupes. Ils savent que cette rhétorique de la flétrissure sert à protéger le consensus dominant, volontiers atlantiste, progressiste sur les questions sociétales et partisan d'une gouvernance technocratique et débarrassée des contingences populaires. Par réaction, ils sont tentés d'appliquer la même technique à leurs adversaires ("tous woke", "tous communistes", "tous islamogauchistes"). A ceci près qu'ils restent ultra minoritaires dans l'espace public.

Tout cela a pour conséquence délétère d'énerver le débat public et de pousser les gens faussement accusés de "fascisme" vers les extrêmes. A force de se sentir insultés et ostracisés, ils finissent par réagir, au risque de donner raison à leurs accusateurs.

Cette évolution est préoccupante en soi. Mais le danger le plus grave est ailleurs : il réside dans la dilution, et même dans la perversion du concept de fascisme, décliné à toutes les sauces avec la plus grande légèreté.

Historiquement, le fascisme désigne des régimes très précis, ceux de l'Italie mussolinienne et de l'Allemagne nazie, aux caractéristiques bien définies : ils étaient à la fois autoritaires, nationalistes, liberticides, corporatistes et furieusement expansionnistes. Or la notion d'"extrême-droite" ne recouvre rien de tel. On l'applique à tort et à travers pour stigmatiser des positions certes radicales mais nullement fascistes, sur la nation, l'ordre, l'immigration ou l'identité, ou pour discréditer de simples opposants à l'immigration de masse, des sceptiques des confinements, des défenseurs de la souveraineté nationale ou des gens hostiles à une lecture manichéenne de la guerre en Ukraine. Toutes attitudes qui n'ont rien à voir avec le fascisme ou le nazisme.

Et inversement, on se garde d'appeler fascistes des gens ou des comportements qui relèvent pourtant du fascisme pur et dur. Il est interdit de parler de fascisme à propos de l'Ukraine alors que des bataillons de néonazis défilent à Kiev le bras levé en hurlant des slogans nazis ou quand le président Zelenski réhabilite des criminels de guerre notoires en leur accordant les honneurs militaires comme ce fut le cas cet été avec deux anciens collaborateurs des nazis en 1941-1944. Imagine-t-on la France réhabiliter Doriot et Laval et les installer au Panthéon avec les éloges d'Emmanuel Macron ? Impensable ! Et le cas échéant, nous serions à juste titre scandalisés.

Il est encore moins possible d'appliquer cette étiquette à Benjamin Netanyahu, dont le comportement à Gaza et au Liban, en termes de victimes et de destructions préméditées, n'est pas très éloigné de celui des bourreaux d'hier. Le malheureux serait immédiatement taxé d'antisémitisme et condamné par le tribunal médiatique.

Il serait tout aussi malséant de qualifier de dérive fascisante l'attitude de l'Union européenne qui consiste à censurer les médias critiques, à cancelliser la culture russe et à sanctionner d'une façon indigne d'un Etat de droit des intellectuels, tels le Suisse Jacques Baud et le journaliste allemand Hüseyn Dogru, dont le seul tort fut de démontrer la fausseté des récits officiels. Camps de concentration mis à part, ces pratiques ne diffèrent pourtant pas vraiment de celles des régimes fascistes des années 1930.

Cette inversion des valeurs frappe même les partisans de la paix. Qu'il s'agisse de l'Ukraine, de l'Iran ou de Gaza, ceux-ci sont immédiatement dénoncés comme extrémistes de droite (ou poutinistes ou islamistes suppôts du Hamas) alors qu'ils sont à l'opposé du militarisme, du bellicisme et de la répression qui étaient la marque de fabrique des fascismes historiques des années 1930.

On se consolera en estimant que ces manipulations rhétoriques ne font que révéler la fragilité du narratif officiel, qui perd vite ses nerfs lorsqu'il s'aperçoit que les arguments factuels ou les données ne suffisent plus à convaincre le public.

On se dira qu'une démocratie libérale digne de ce nom devrait pouvoir absorber des désaccords substantiels sans transformer chaque dissident en ennemi existentiel.

On tombera d'accord pour dire que l'amalgame généralisé ("tous ceux qui ne suivent pas le narratif sont des fascistes") ne relève pas de l'analyse mais du campisme et de la propagande la plus sotte qui soit.

On tentera de se rassurer en se disant que tout cela n'est que le fruit de mauvaises habitudes intellectuelles et politiques.

On espérera enfin que toutes ces misérables manœuvres finiront par se retourner contre leurs auteurs. Il n'est pas interdit de rêver...

Par  Guy Mettan, Journaliste indépendant suisse

 Arretsurinfo.ch - 21 septembre 2026

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