Par Ariane Denoyel
D'un côté, un président qui appelle à un "réarmement démographique" face à une baisse marquée de la natalité. De l'autre, des pouvoirs publics dont nombre de décisions aggravent l'exposition à des polluants qui augmentent les risques d'infertilité, alors qu'un couple sur quatre (soit environ 6,6 millions de personnes) rencontre des difficultés à procréer. Une prise de conscience du rôle de l'âge et de l'hygiène de vie reste essentielle, mais les candidats à la parentalité ne peuvent pas échapper à une imprégnation massive par des perturbateurs endocriniens (PE) désormais omniprésents.
La hausse de l'infertilité et la diminution significative de la natalité représentent une menace pour l'humanité, estime le Pr Samir Hamamah, ancien chef de service de biologie de la reproduction du CHU de Montpellier et président de la Fédération française d'études de la reproduction. "C'est un enjeu de santé publique majeur au vu de la chute généralisée de la natalité. À ce rythme, la population de la Corée du Sud se sera éteinte dans 250 ans, dans 600 ans pour le Japon et 1 000 ans pour la France si rien n'est fait pour lutter contre l'infertilité et soutenir la natalité. L'infertilité n'a pourtant jamais fait l'objet de réelles mesures en France jusqu'en 2022."
En février de cette année-là, le Pr Samir Hamamah a remis au gouvernement un rapport sur l'infertilité, corédigé avec l'essayiste et militante associative Salomé Berlioux. Aujourd'hui, tous deux appartiennent au comité national de pilotage chargé par le ministère de la Santé d'accompagner la mise en œuvre du "plan fertilité" national. Parmi de multiples indicateurs alarmants, signalons qu'en 40 ans, le nombre de spermatozoïdes par unité de liquide séminal a diminué de moitié (1).
Virginie Rio, cofondatrice de l'association Collectif Bamp, rassemblant des personnes qui ont, ou ont eu, recours à l'assistance médicale à la procréation (PMA), juge que malgré des maladresses, le fait qu'un chef de l'État s'exprime publiquement sur l'infertilité et son lien avec les perturbateurs endocriniens (PE) a constitué une victoire, après 12 années de combat de l'association. À ses yeux, "les plans nationaux sont utiles, mais on a besoin d'une prise de conscience mondiale, de revoir notre façon de produire, de consommer, de traiter nos déchets. Et que la santé environnementale liée aux PE soit la première préoccupation pour toutes les politiques".