🧱 22/09/2026 voltairenet.org  44min ⁂️ 10 #327475

Briser l'étau

par André Chamy

André Chamy propose une analyse d'ensemble des guerres au Moyen-Orient. Selon lui, elles ne répondent pas à l'opération du 7 octobre, mais à la "doctrine de la périphérie" réactualisée. Elles se sont heurtées à "l'Axe de la résistance". En définitive, elles ont perdu politiquement, bien qu'elles disposent d'une puissance militaire bien supérieure, parce qu'elles ont surévalué leur propre puissance.

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La puissance de destruction et le génocide d'une population n'assurent pas la victoire.

L'encerclement d'Israël, la fabrique de la légitimité et le coût états-unien, 2023-2026

Le 7 octobre 2023 est communément présenté comme le point de départ de la séquence régionale qui a suivi. Cette chronologie est trompeuse. Elle prend un déclencheur pour une cause et masque ce qui se jouait réellement : la rupture, planifiée de longue date, d'un dispositif d'encerclement dont Israël mesurait l'étranglement depuis près de deux décennies. Trois ans plus tard, le dispositif est supposé démantelé, l'objectif politique n'est pas atteint, et la puissance qui a rendu l'opération possible en sort mesurablement affaiblie.

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Eilat, sur la mer Rouge, était à la fois un port commercial et une station balnéaire. Le port commercial a dû fermer, en 2025, suite à l'encerclement de l'"anneau de feu". 
I. Un étau qui n'était pas une métaphore

Le vocabulaire employé à Tel-Aviv pour décrire la période 2006-2023 est celui de l'"anneau de feu" : Hezbollah au nord, "milices pro-iraniennes" en Syrie et en Iraq, Hamas et Jihad islamique palestinien au sud-ouest, Houthis au sud. La formule paraît rhétorique. Elle ne l'est pas, et il existe un point où l'on peut la mesurer.

Le port d'Eilat, unique débouché israélien sur la mer Rouge, a perdu plus de 90 % de son activité à partir de novembre 2023, lorsque Ansar Allah a commencé à cibler le trafic maritime lié à Israël [1]. Ses recettes sont tombées de 212 millions de shekels en 2023 à 42 millions en 2024. Les escales sont passées de 134 à 64, puis à 6 pour les cinq premiers mois de 2025. Une subvention d'urgence de 15 millions de shekels, accordée en juin 2025 au titre du statut d'"actif stratégique national", n'a pas suffi : la municipalité d'Eilat a gelé les comptes du port pour arriérés fiscaux et l'installation a définitivement fermé en juillet 2025 [2].

Un État qui perd l'usage de sa façade maritime méridionale n'est pas confronté à une menace symbolique. Il est confronté à une amputation. Et le directeur du port avait lui-même formulé, dès 2024, la logique stratégique sous-jacente : en cas de guerre au nord, avec des missiles atteignant Haïfa et Ashdod, Eilat devenait l'unique voie de respiration d'un pays autrement assiégé. L'anneau fonctionnait donc comme un système : chaque segment couvrait la défaillance des autres.

Une précision s'impose ici, car elle conditionne la suite de l'analyse. Bab el-Mandeb a été effectivement fermé au trafic lié à Israël, et cette fermeture a produit ses effets jusqu'à la liquidation d'un port. Le détroit d'Ormuz, lui, a longtemps relevé d'une autre catégorie : menacé à plusieurs reprises, jamais bloqué. Cela a changé, le 28 février 2026. Depuis l'ouverture du conflit avec l'Iran, le trafic y est tombé de 130 à 140 navires par jour à une moyenne d'une quinzaine, avec des week-ends à 6 ; Lloyd's List Intelligence ne recensait que 77 transits entre le 28 février et la mi-mars, en majorité des unités de la flotte fantôme, opérant hors des circuits d'assurance et de suivi. [3] La réouverture conditionnelle obtenue en juin a duré quelques jours. Ce qui ferme le détroit n'est d'ailleurs pas un blocus physique - le commandement états-unien a maintenu que la navigation demeurait possible - mais le retrait, dès le 5 mars, de la couverture assurantielle contre les risques de guerre. C'est le procédé exact qui a tué Eilat : deux points d'étranglement, un seul mécanisme. La distinction entre une menace et un fait accompli reste ce qui sépare l'analyse stratégique de la projection ; simplement, Ormuz est passé de l'une à l'autre.

À cela s'ajoutait une vulnérabilité d'une autre nature, souvent sous-estimée par les analyses occidentales. Les traités de paix avec l'Égypte (1979) et la Jordanie (1994) lient Israël à deux appareils d'État, non à deux sociétés. Leur validité est indexée sur la survie politique de deux régimes dont les opinions publiques demeurent massivement hostiles à la normalisation. Israël ne dispose donc pas, au sud et à l'est, de frontières pacifiées ; il dispose de frontières administrées, ce qui est une garantie d'une tout autre robustesse.

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Reuven Zaslansky-Shiloah (à droite, à côté de David Grün-Ben Gourion), fondateur du Mossad. Il a conçu, avant la création de l'État d'Israël, la "stratégie de la périphérie" : s'allier avec les minorités ethniques du Moyen-Orient pour contourner la pression des nationalistes arabes. Aujourd'hui, Benyamin Netanyahou oriente Israël vers "l'alliance hexagonale" : l'Inde, les nations arabes des accords d'Abraham, des nations africaines, des nations méditerranéennes (Grèce et Chypre) et des nations d'Asie. 
II. Une angoisse fondatrice, non conjoncturelle

L'obsession israélienne de l'encerclement n'est pas née en 2006. Elle est constitutive de l'État.

La doctrine périphérique formulée sous Ben Gourion consistait précisément à contourner l'hostilité arabe immédiate par un système d'alliances avec la périphérie non arabe de la région : la Turquie kémaliste, l'Iran impérial, l'Éthiopie de Haïlé Sélassié, les minorités kurdes et maronites [4]. C'était une réponse géopolitique à un problème géographique : un territoire exigu, sans profondeur stratégique, entouré d'États déclarés ennemis.

La révolution de 1979 a retourné le pivot central de ce dispositif. L'Iran est passé du statut d'allié périphérique à celui d'organisateur d'une coalition d'encerclement, et la doctrine de l'"axe de la résistance" a méthodiquement reconstruit, sur quatre décennies, ce que la doctrine périphérique avait cherché à prévenir. La particularité de cette reconstruction est qu'elle n'était pas étatique mais infra-étatique : elle reposait sur des acteurs armés implantés dans des États faibles ou faillis, ce qui la rendait à la fois moins coûteuse pour Téhéran et beaucoup plus difficile à traiter par les moyens classiques de la dissuasion interétatique.

C'est ce point qui explique l'échec de la doctrine israélienne de la "tonte de la pelouse" : des opérations militaires périodiques et limitées, destinées à dégrader les capacités adverses sans rechercher de résolution politique. Appliquée à Gaza en 2008, 2012, 2014 et 2021, au Liban en 2006, elle a produit un résultat net négatif. Chaque cycle reconstituait l'adversaire un peu plus solidement, et Benyamin Netanyahou lui-même a reconnu, en 2024, avoir renoncé à l'éradication du Hamas faute de légitimité intérieure et internationale pour une invasion terrestre complète [5]. Cet aveu est capital : il identifie la légitimité, et non la capacité militaire, comme le facteur limitant. Tout ce qui suit en découle.

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Le 23 septembre 2023, Benyamin Netanyahou expose sa conception du "Nouveau Moyen-Orient" à la tribune des Nations unies. Il n'emploie pas encore l'expression "alliance hexagonale", mais décrit le corridor IMEC qui la structure. 
III. Le projet de sortie : la normalisation comme contournement

La réponse israélienne à l'étau n'a jamais été uniquement militaire. Elle a d'abord été un projet de recomposition régionale, et ce projet est public, ancien, documenté.

Sa formulation la plus explicite remonte au document A Clean Break : A New Strategy for Securing the Realm, rédigé en 1996 par un groupe d'analystes néoconservateurs états-uniens à l'intention de Benyamin Netanyahou alors nouvellement élu [6]. Le texte préconisait l'abandon du cadre d'Oslo, le renversement du régime baasiste irakien, et l'affaiblissement de la Syrie et de l'Iran comme conditions d'un réagencement régional favorable. Il fut suivi, dix ans plus tard, par la formule de Condoleezza Rice sur les "douleurs de l'enfantement d'un nouveau Moyen-Orient", prononcée au plus fort de la guerre du Liban de 2006 [7]. L'idée d'une reconfiguration régionale par la force n'a donc rien d'une inférence rétrospective.

Sa version des années 2020 a substitué l'économie à la guerre, sans changer d'objectif. Les accords d'Abraham (2020) ont établi un principe : la normalisation avec les États arabes peut être découplée de la question palestinienne. Le corridor IMEC, annoncé lors du G20 de New Delhi le 9 septembre 2023, en constituait l'infrastructure : une route commerciale Inde-Golfe-Jordanie-Israël-Europe, contournant à la fois Suez et l'influence iranienne.

Le 22 septembre 2023, quinze jours avant l'attaque du Hamas, Netanyahou monte à la tribune de la 78e Assemblée générale des Nations unies et brandit deux cartes [8]. Il annonce une paix historique imminente avec l'Arabie saoudite, affirme que les Palestiniens ne disposent d'aucun droit de veto sur les relations israélo-arabes, et décrit un corridor de prospérité reliant l'Asie à l'Europe via les Émirats, l'Arabie saoudite, la Jordanie et Israël. Sur la carte du "nouveau Moyen-Orient" qu'il présente, la Cisjordanie et Gaza figurent à l'intérieur des frontières israéliennes [9].

Ce discours est le document central de toute analyse sérieuse de la période. Il établit que le projet régional israélien était formulé, assumé et publiquement exposé avant le 7 octobre. Il établit également ce que ce projet impliquait pour les acteurs qui en étaient exclus : le Hamas, le Hezbollah et l'Iran y étaient, littéralement, hors du cadre.

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La vérité est connue en Israël : en 2024, l'historien Adam Raz a publié "La route vers le 7 octobre : Benjamin Netanyahou, la fabrication du conflit sans fin et la dégradation morale d'Israël" sur le financement du Hamas par le Premier ministre. En 2026, les journalistes Shlomi Eldar et Ruth Yuval ont publié "Enlevé : 843 jours d'abandon" sur les alertes étatiques qui ont été adressées au Premier ministre et son refus de les entendre. 
IV. Le paradoxe : la politique qui a consolidé l'adversaire

Il existe une dimension de cette histoire qu'aucune analyse honnête ne peut contourner, et qui n'a nul besoin d'hypothèse conspirative : Israël a délibérément renforcé le rôle du Hamas à Gaza, pour des raisons de politique intérieure.

En mars 2019, lors d'une réunion du groupe parlementaire du Likoud, Benyamin Netanyahou défend le transfert des fonds qataris vers Gaza en expliquant que quiconque s'oppose à un État palestinien doit y être favorable, au motif que le maintien d'une séparation entre l'Autorité palestinienne en Cisjordanie et le Hamas à Gaza empêche l'émergence d'un tel État [10]. Les sommes concernées sont considérables : plus de 1,3 milliard de dollars d'aide qatarie entre 2012 et 2021, acheminés avec l'autorisation israélienne [11]. Avigdor Lieberman, ancien ministre de la Défense, a affirmé que Netanyahou avait envoyé le chef du Mossad à Doha pour demander la poursuite de ces versements [12].

Cette politique a produit trois effets simultanés.
- Elle a consolidé financièrement l'organisation qui allait mener l'attaque du 7 octobre.
- Elle a créé une dépendance israélienne à l'égard de Doha, seul intermédiaire crédible auprès du Hamas, dépendance qui s'est révélée structurelle lors des négociations sur les otages.
- Et elle a engendré, au sein même de l'appareil d'État israélien, une zone d'opacité que l'affaire dite du "Qatargate" a mise au jour à partir de 2025 : deux collaborateurs du Premier ministre, Yonatan Urich et Eli Feldstein, arrêtés le 31 mars 2025, soupçonnés d'avoir été rémunérés pour promouvoir les intérêts qataris tout en étant employés par le cabinet du Premier ministre ; Netanyahou entendu le même jour ; sa tentative de limoger le chef du Shin Bet, Ronen Bar, qui supervisait l'enquête, suspendue par la Cour suprême [13].

Cette affaire mérite d'être lue pour ce qu'elle est, et non pour ce que l'on voudrait qu'elle prouve. Elle ne démontre pas nécessairement une collusion opérationnelle dans la préparation de l'attaque. Elle démontre quelque chose de plus banal et de plus grave : la porosité d'un centre de décision à l'égard d'une puissance étrangère finançant l'adversaire, et l'usage des prérogatives de l'exécutif pour entraver l'enquête qui l'établissait.

Reste la question de l'aveuglement. Le renseignement israélien détenait, plus d'un an avant l'attaque, un document opérationnel imputé au Hamas décrivant dans ses moindres détails le scénario d'une incursion massive, connu sous le nom de "Mur de Jéricho". Il fut jugé trop ambitieux pour les capacités réelles de l'organisation [14]. Au début de juillet 2023, une analyste de l'unité 8200 signale par écrit un entraînement intensif du Hamas correspondant en tout point à ce document. Un colonel de la division en charge de Gaza écarte l'alerte : scénario totalement imaginaire, il faut attendre patiemment. Elle insiste, dans des courriels que le New York Times a consultés, en objectant qu'il s'agit d'un plan de guerre et non d'une attaque contre un village, et en rappelant que le front sud a déjà connu, cinquante ans plus tôt, un scénario qui paraissait imaginaire. La référence à 1973 est faite trois mois avant les faits. Les alertes répétées des observatrices affectées à la surveillance de la barrière de Gaza, qui signalaient des exercices d'entraînement conformes à ce scénario, furent écartées par la hiérarchie. Ce que les Israéliens nomment la conceptzia - la conviction doctrinale qu'un Hamas économiquement intéressé était un Hamas dissuadé.

Pour certains ce n'était pas une machination. C'était une erreur d'appréciation, et c'est précisément parce qu'elle était une erreur qu'elle a été possible.

Cette explication couvre l'appareil. Depuis septembre 2026, on sait qu'elle ne couvre pas nécessairement le sommet.

Le 8 septembre 2026, Haaretz a publié, sur la foi de l'enquête de Shlomi Eldar et Ruth Yuval, le récit d'une conversation téléphonique de quarante-cinq minutes entre Mohammed ben Zayed (MBZ) et Netanyahou, à la fin septembre 2023, une dizaine de jours avant l'attaque. Le président émirati y avertissait son interlocuteur que Sinwar préparait une opération de grande envergure, qui provoquerait un bain de sang, déstabiliserait la région et compromettrait les accords d'Abraham.

La chaîne de transmission est reconstituée : irrité par l'enlisement, organisé par Netanyahou lui-même, d'une négociation indirecte sur une trêve et un échange de prisonniers, Sinwar avait fait passer à un intermédiaire l'annonce d'un "zilzal", un séisme ; l'intermédiaire avait alerté un conseiller palestinien de ben Zayed, lequel avait alerté son président. Netanyahou aurait répondu avec calme qu'Israël maîtrisait la situation à Gaza et qu'une action éventuelle viendrait plutôt de Cisjordanie. Il n'en informa ni son ministre de la Défense, ni le chef d'état-major, ni les directeurs du Shin Bet et du Mossad - Herzi Halevi et Ronen Bar ont confirmé n'avoir rien su. À la même période, le ministre égyptien du Renseignement, Abbas Kamel, transmettait un message de même teneur aux services du Premier ministre [15].

Ce récit est contesté, et il doit être présenté avec ce qui le conteste. Le cabinet du Premier ministre parle d'un mensonge absolu et nie que la conversation ait eu lieu, tout en ajoutant que toute information éventuelle aurait transité par les canaux du renseignement - dénégation qui se contredit à l'intérieur d'elle-même. Netanyahou a menacé le quotidien et l'un des auteurs de poursuites en diffamation ; le Likoud a réclamé l'ouverture d'une enquête pénale contre les journalistes. Abou Dhabi a écarté le récit de son côté ! Il paraît enfin quelques semaines avant des élections dont la conduite de Netanyahou le 7 octobre est l'enjeu central, ce qui impose la prudence dans les deux sens : le calendrier fournit un mobile de publication, il fournit aussi un mobile de démenti [16].

En l'état, ce dossier n'établit pas ce qu'on lui fait fréquemment dire. Un avertissement ignoré n'est pas un plan exécuté, et il ne démontre pas plus que le "Mur de Jéricho" ou les alertes de Nahal Oz que quiconque ait voulu l'attaque. Il démontre que la défaillance n'est pas seulement institutionnelle. La conceptzia explique qu'un appareil ait mésestimé un document ; elle n'explique pas qu'un chef de gouvernement, averti nommément par un chef d'État étranger, n'en dise rien à ses propres services. Ce déplacement du niveau de la faute, de l'organisation vers la personne, est le véritable apport au dossier - et il éclaire par avance ce que la section IX décrira : l'obstination, trois ans durant, à empêcher la constitution d'une commission d'enquête d'État.

L'avenir dira probablement la vérité sur ce qui s'est passé et sur son origine.

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Problème : le bilan du 7-Octobre est global. Nul n'est capable de discerner combien de victimes ont été tuées par les assaillants et combien l'ont été par les forces israéliennes. 
V. La fabrique de la légitimité

Si la légitimité était le facteur limitant, alors ce qui s'est produit dans les semaines suivant le 7 octobre relève de la production d'une ressource stratégique. Cette production a opéré sur deux registres : à l'intérieur, la suspension d'une crise politique qui menaçait le gouvernement depuis neuf mois ; à l'extérieur, l'alignement des chancelleries occidentales sur la qualification israélienne des faits et sur la riposte qui en découlait. Trois observations documentées permettent d'en mesurer les mécanismes, et elles ne pointent pas toutes dans la même direction.

La première concerne le bilan chiffré, et elle contredit une affirmation très répandue. Le 10 novembre 2023, Israël a révisé son propre bilan à la baisse, de 1 400 à environ 1 200 morts, après avoir identifié comme corps de combattants du Hamas des dépouilles initialement comptées parmi les victimes [17]. Un décompte indépendant de l'Agence France-Presse aboutissait en février 2024 à 1 163 morts [18]. Le chiffre a donc été corrigé vers le bas par l'État qui aurait eu le plus intérêt à le gonfler, et les victimes sont nominativement identifiées. Ce n'est pas là que se situe la manipulation, et toute analyse qui s'y attarde perd son temps et sa crédibilité.

La deuxième concerne les exactions, et là l'écart est réel. Certaines allégations très diffusées dans les premières semaines n'ont jamais été étayées - l'affirmation selon laquelle quarante nourrissons auraient été décapités, relayée jusqu'à la présidence états-unienne avant d'être discrètement abandonnée, en est l'exemple le plus net. L'enquête du New York Times sur le caractère systématique des violences sexuelles a fait l'objet de contestations documentées, y compris au sein de sa propre rédaction, sur ses méthodes et le choix de ses sources. Le rapport remis en mars 2024 par Pramila Patten, représentante spéciale des Nations unies, conclut à l'existence de motifs raisonnables de croire que des violences sexuelles ont été commises, sans établir qu'elles aient été ordonnées ou systématiques [19]. La nuance est considérable, et elle est arrivée après que les affirmations initiales eurent produit leurs effets politiques. Une correction n'a jamais la portée d'une affirmation première : c'est une asymétrie structurelle du champ médiatique, et il n'est pas nécessaire de postuler un plan pour observer qu'elle a bénéficié à une partie.

La troisième est la plus grave, et elle a mis neuf mois à émerger. En juillet 2024, Haaretz a publié une enquête fondée sur des documents et des témoignages de soldats et d'officiers établissant que la directive dite "Hannibal" - protocole officiellement abrogé en 2016, autorisant l'emploi de tous les moyens pour empêcher la capture d'un soldat, y compris au péril de sa vie - avait été mise en œuvre le 7 octobre par des officiers supérieurs de la division de Gaza [20]. Elle a été appliquée au poste-frontière d'Erez, à la base de Re'im où se trouvait le quartier général divisionnaire, et à l'avant-poste de Nahal Oz. L'ordre transmis par le commandement sud était sans ambiguïté : aucun véhicule ne devait repartir vers Gaza, alors qu'une source de ce même commandement reconnaît que chacun savait que ces véhicules pouvaient transporter des civils ou des soldats enlevés. À 21 h 33, un nouvel ordre prescrivait de fermer l'ensemble de la zone frontalière au moyen de chars, avec autorisation d'ouvrir le feu sans restriction sur quiconque s'en approchait. Dans la maison de Pessi Cohen, au kibboutz Be'eri, quatorze otages étaient retenus lorsque l'armée a attaqué la position : treize ont été tués.

La commission d'enquête internationale indépendante des Nations unies a confirmé l'usage de la directive en plusieurs endroits et a retenu, dans les seuls cas qu'elle a pu vérifier, la mort de quatorze civils au plus [21]. C'est le seul chiffre issu d'une instance d'enquête, et il ne vaut pas bilan. Le nombre total d'Israéliens tués par le feu israélien ce jour-là n'est pas connu, et il ne le sera pas. Aucune autopsie systématique n'a été pratiquée. Les registres sur lesquels repose le décompte national - ceux de la Sécurité sociale israélienne, croisés avec les données de l'armée, de la police et du Shin Bet - ne permettent pas de distinguer les victimes du Hamas de celles des tirs israéliens lors de la reprise des localités, conduite à l'obus et à la roquette sur des zones habitées [22]. Là où l'armée a enquêté, elle a buté sur la même absence : à propos de la maison de Pessi Cohen, elle estime que la plupart des otages ont été tués par leurs ravisseurs, tout en concédant que la vérification est impossible, les corps ayant brûlé et les prélèvements n'ayant pas été conservés.

C'est cette indétermination qu'il faut énoncer, et non un chiffre. Une autre forme de cette inflation mérite d'être nommée, car elle revient sans cesse : celle des hélicoptères Apache qui auraient ciblé les participants du festival Nova. Elle repose sur une source policière anonyme - et la police israélienne a précisé ensuite que son enquête portait sur la seule activité policière et ne fournissait aucune indication relative à des dommages causés par l'activité aérienne ! [23]

Car le fait, tel qu'il est, suffit. Une armée a tué des otages et des civils de son propre camp, et cette information n'a été rendue publique ni par elle, ni par son gouvernement, ni par une commission, mais par un quotidien, neuf mois plus tard. L'enjeu n'est pas arithmétique, il est institutionnel : il s'agit du même déficit de reddition de comptes que l'on retrouvera, trois ans durant, dans le refus d'une commission d'enquête d'État.

En tout cas, tous ces éléments ont contribué à favoriser le récit officiel pour justifier toutes les exactions commises depuis la fameuse date du 7 octobre.

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Israël et les États-Unis ont assassiné, un à un, tous les chefs de "l'Axe de la Résistance". Mais ils n'ont pas vaincu pour autant l'idéal de leur résister. 
VI. La fenêtre : trois ans d'exécution accélérée

La séquence qui suit le 7 octobre présente une caractéristique décisive : sa vitesse est sans commune mesure avec le temps de préparation qu'elle aurait exigé si elle avait été improvisée.

Le 17 septembre 2024, plusieurs milliers de bipeurs détenus par des cadres du Hezbollah explosent simultanément au Liban, suivis le lendemain par des talkies-walkies. L'opération supposait la création de sociétés écrans et le détournement d'une chaîne d'approvisionnement sur plusieurs années. Dix jours plus tard, Sayed Hassan Nasrallah est tué dans une frappe sur le quartier général souterrain de Dahieh, après l'élimination de l'essentiel de la chaîne de commandement du mouvement. Le degré de pénétration du renseignement israélien révélé par ces opérations ne s'acquiert pas en onze mois.

Le 8 décembre 2024, le régime de Bachar el-Assad s'effondre en douze jours, alors qu'il avait tenu pendant 13 ans, devant une offensive conduite par Hayat Tahrir al-Cham, soutenue par la Turquie. Israël n'en serait pas l'auteur, mais en est le premier bénéficiaire : la chute de Damas rompt la continuité territoriale entre l'Iran et le Liban, tarit la voie d'approvisionnement du Hezbollah, et transforme l'affaiblissement tactique du mouvement en effondrement stratégique.

Un point doit être précisé ici, Israël a armé et financé, de 2013 à 2018, au moins une douzaine de factions de l'opposition du sud syrien, dans la zone Qouneitra-Deraa : fusils d'assaut, mitrailleuses, mortiers, véhicules, soldes mensuelles de quelque soixante-quinze dollars, et substitution d'armes étrangères au matériel israélien pour masquer l'origine. Les rapports de la Force des Nations unies chargée d'observer le désengagement en relevaient les indices dès 2013, et le chef d'état-major sortant Gadi Eisenkot l'a reconnu en janvier 2019, après des années où la version officielle se limitait à l'aide humanitaire [24]. Il est établi également que ni le Front al-Nosra ni son successeur Hayat Tahrir al-Cham n'ont conduit d'opération contre Israël, y compris lorsque le premier tenait le poste de Qouneitra en 2014. La non-belligérance est un fait mais l'on prétend que cela ne démontre pas qu'ils s'entendaient.

Néanmoins, ce qui s'est noué depuis décembre 2024 est d'un autre ordre et n'a rien de secret : des centaines de frappes israéliennes sur les capacités de l'ancienne armée syrienne, l'occupation de la zone tampon et du sommet du mont Hermon, puis des négociations sous médiation américaine, un mécanisme de partage du renseignement, et la rencontre en Jordanie, à l'été 2026, du ministre des Affaires étrangères syrien et d'une délégation conduite par le chef du Mossad...

Pour certains il s'agit de rappeler à l'autoproclamé président syrien qui est le maître du jeu dans la région !

Reste l'Iran. Après la guerre de douze jours de juin 2025, qui avait visé commandants et scientifiques sans atteindre le sommet du système, l'opération du 28 février 2026 franchit un seuil. Planifiée conjointement par le Mossad et la CIA, exécutée par l'aviation israélienne avec appui états-unien et avec l'objectif déclaré de changement de régime, elle détruit la résidence du Guide et tue Sayed Ali Khamenei ainsi que 75 autres personnes, dont plusieurs membres de sa famille [25]. Plus de quarante responsables iraniens périssent dans la vague de frappes : Mohammad Pakpour, commandant des Gardiens de la révolution, le ministre de la Défense Aziz Nasirzadeh, Ali Shamkhani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, Mohammad Shirazi, chef du bureau militaire du Guide [26]. Téhéran confirme le 1er mars et décrète quarante jours de deuil national.

En trente mois, l'anneau de feu a été brisé... mais jusqu'à quand ?

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Tous les empires finissent de la même manière : en se déployant au delà de leurs forces. C'était la leçon du professeur Paul Kennedy, en 1988. Les États-Unis, eux aussi, en ont trop fait. 
VII. Le coût états-unien : victoire régionale, surextension globale

C'est ici que le bilan cesse d'être régional. L'engagement états-unien aux côtés d'Israël a été présenté comme une démonstration de puissance. En termes matériels, il a surtout été une démonstration de profondeur de magasin insuffisante, et cette démonstration a été faite en public.

Les ordres de grandeur sont connus parce que le Pentagone a dû les porter devant le Congrès. Le Center for Strategic and International Studies estime que les stocks d'intercepteurs Patriot sont tombés d'environ 2 300 avant-guerre à moins de 827, et ceux de THAAD de 452 à 278 [27]. Reuters rapportait en août 2026 que la quasi-totalité des stocks d'ATACMS et de missiles de précision à longue portée avait été consommée durant la guerre contre l'Iran [28]. La demande de financement d'urgence du Pentagone pour l'exercice 2026 s'élève à 67 milliards de dollars, dont 18,2 milliards consacrés au seul remplacement des Patriot, des Tomahawk et des THAAD [29].

Le problème n'est pas budgétaire, il est industriel. Le retour aux inventaires d'avant-guerre n'est pas attendu avant 2029 pour les THAAD et les Patriot, et 2030 pour les Tomahawk [30]. Ces systèmes n'ont pas été conçus pour être produits en masse : Lockheed Martin construisait historiquement 96 intercepteurs THAAD par an, et le contrat de 35 milliards de dollars sur sept ans signé en juin 2026 pour quadrupler cette cadence exigera plusieurs années de montée en puissance [31]. S'y ajoute un déséquilibre des coûts d'échange qui n'est pas soutenable : un intercepteur à quinze millions de dollars employé contre un drone à quelques dizaines de milliers.

La conséquence la plus visible est un redéploiement. Washington a retiré de Corée des lanceurs THAAD et des batteries Patriot pour les acheminer au Moyen-Orient, au moment même où l'arsenal balistique nord-coréen continue de croître [32]. Une puissance qui déshabille un théâtre pour habiller l'autre n'est pas une puissance en expansion ; c'est une puissance qui arbitre sous contrainte, et l'arbitrage est observable par tous.

Il l'est en particulier depuis Pékin. Un rapport de la Heritage Foundation de janvier 2026 estime que les intercepteurs haut de gamme - SM-3, SM-6, PAC-3 MSE, THAAD - seraient épuisés en quelques jours de combat soutenu face à l'Armée populaire de libération, certains systèmes après deux ou trois salves majeures, et que les inventaires agrégés de lancement vertical, évalués à dix-sept mille munitions, ne suffiraient pas à un seul rechargement complet de la flotte [33]. L'argument stratégique qui en découle est celui d'une fenêtre : la période de trois à quatre ans nécessaire au réapprovisionnement états-unien est précisément celle où l'écart entre l'arsenal offensif chinois et les stocks défensifs US sera à son maximum [34]. Cette lecture est aujourd'hui formulée ouvertement dans la littérature stratégique états-unienne, ce qui signifie qu'elle l'est aussi ailleurs.

Reste un troisième coût, plus difficile à chiffrer que les stocks, mais mesuré lui aussi, et par des instruments US.

L'effondrement de la position états-unienne dans l'opinion régionale a été enregistré presque en temps réel. Arab Barometer conduisait, par hasard, une enquête en Tunisie dans les trois semaines qui ont précédé et suivi le 7 octobre : l'opinion favorable aux États-Unis y est passée de 40 % à 10 % en moins d'un mois. Les vagues suivantes ont confirmé le mouvement ailleurs - 23 points perdus en Jordanie, 19 en Mauritanie, 15 au Liban, 7 en Iraq [35]. Ce qui distingue cette séquence d'un accès d'humeur, c'est qu'elle ne s'est pas refermée. Les enquêtes conduites dans huit pays entre août et novembre 2025 établissent un déplacement durable : la Chine, la Russie et l'Iran y sont désormais mieux jugés que les États-Unis dans la majorité des pays sondés, et l'écart est le plus large précisément sur le terrain où Washington fondait sa prééminence. Interrogés sur le pays qui respecte le droit international, 25 % des Égyptiens citent les États-Unis contre 58 % pour la Chine ; sur le maintien de la sécurité régionale, la politique US est préférée par 6 % des Égyptiens, 9 % des Jordaniens et 22 % des Iraquiens [36].

Reste la question que l'analyse ne peut pas éluder, parce qu'elle est formulée partout dans la région dans les mêmes termes : celle d'une politique US adossée aux intérêts israéliens au point d'y être subordonnée. Trois choses s'y trouvent confondues, et elles ne sont pas du même ordre.

La perception est massive, et elle est mesurée : 86 % des Égyptiens et des Jordaniens, 84 % dans les Territoires palestiniens, 78 % au Liban, 69 % en Tunisie estiment que les États-Unis prennent le parti d'Israël contre les Palestiniens. L'alignement matériel, lui, est observable et n'appelle aucune interprétation : le financement, les livraisons de munitions, l'usage répété du veto au Conseil de sécurité, et jusqu'à la planification conjointe par le Mossad et la CIA de l'opération du 28 février 2026. La subordination, en revanche, est une thèse - et c'est la seule des trois qui puisse être testée, puis écartée. Les faits de l'été 2026 semblent la contredire. Le mémorandum d'entente conclu avec Téhéran en juin l'a été contre l'avis explicite du gouvernement israélien. Le 15 juillet, le vice-président des États-Unis accusait publiquement des éléments de ce gouvernement de financer une campagne d'influence destinée à faire échouer cette négociation ; l'accusation est sans précédent dans la bouche d'un vice-président en exercice, et Netanyahou est venu s'en expliquer à Washington à la fin du mois [37]. Une puissance qui exécute un diktat ne signe pas l'accord que le prétendu donneur d'ordre combat, et ne dénonce pas publiquement ses opérations d'influence sur son propre sol.

Toutefois, les choses sont plus complexes qu'il n'y paraît. Ce que ces épisodes établissent est moins spectaculaire et plus gênant : non une subordination, mais une capture partielle de l'agenda, contestée jusqu'à l'intérieur de l'exécutif US, et dont Washington ne parvient pas à sortir sans coût politique intérieur. La formulation est moins satisfaisante que celle du diktat. Elle a l'avantage d'être compatible avec les faits connus, y compris ceux qui la dérangent.

Elle ne diminue en rien le coût stratégique, car celui-ci ne dépend pas de l'exactitude de la thèse, mais de sa diffusion. Que la politique états-unienne soit dictée ou seulement captée ne change rien à ce que 86 % des Égyptiens en concluent, ni aux arbitrages que leurs gouvernements en tirent. Travailler ouvertement avec Washington devient un risque pour des dirigeants par ailleurs autoritaires, mais sensibles à la rue ; les capitales du Golfe avaient mis en garde contre l'offensive de février sans être écoutées, et en ont subi les frappes en retour ; certaines envisagent désormais de retirer leurs placements des institutions américaines. La perception est ici le fait stratégique, et c'est la raison pour laquelle un article qui a consacré sa section V à la fabrique de la légitimité doit en tenir le compte jusqu'au bout.

Ce coût a fini par se payer à l'intérieur. En février 2026, pour la première fois depuis que Gallup pose la question, en 2001, les sympathies US ne penchent plus du côté israélien. En avril, Pew mesure près de six États-Uniens sur dix défavorables à Israël, la part des opinions "très défavorables" ayant presque triplé depuis 2022, et 57 % des républicains de moins de cinquante ans désormais dans ce cas [38]. On tient là le dernier maillon de l'enchaînement que cet article suit depuis le début. La légitimité était le facteur limitant en 2023 ; elle a été produite, puis dépensée ; elle est aujourd'hui entamée chez le garant lui-même.

Reste une ironie que l'article ne peut pas taire. Ce soutien colossal n'a pas mis le territoire israélien à l'abri. Le bouclier antimissile a fonctionné plus ou moins bien, mais à un coût d'échange défavorable et non reproductible, et il n'a rien pu contre l'autre forme d'attrition : la fermeture de Bab el-Mandeb, qui a tué un port sans qu'un seul missile l'atteigne, et celle d'Ormuz, que trente mois de supériorité aérienne n'ont pas rouvert. Des deux points d'étranglement, le soutien états-unien n'en a débloqué aucun. La censure militaire israélienne, qui s'applique réellement aux sites d'impact selon une pratique opérationnelle classique, a contribué à brouiller la perception publique de cette vulnérabilité - sans qu'on puisse pour autant établir qu'elle masque un bilan humain substantiellement différent de celui qui est publié.

VIII. Ce que la séquence établit, et ce qu'elle n'établit pas

Une thèse circule abondamment dans la région et sur les réseaux : l'attaque du 7 octobre aurait été conçue par Israël et transmise au Hamas par voie de renseignement, afin de créer les conditions politiques de la séquence qui vient d'être décrite. L'achèvement de cette séquence paraît lui donner du poids.

Certains contestent cette affirmation pour des raisons méthodologiques qui méritent d'être exposées plutôt que décrétées.

Le premier problème est que la thèse de la machination et celle de l'opportunisme stratégique prédisent exactement les mêmes événements. Elles sont observationnellement équivalentes. L'accomplissement de la séquence ne permet donc pas de trancher entre elles : un enchaînement qui se réalise établit que son bénéficiaire était prêt, non qu'il l'a déclenché. Or la préparation est effectivement établie - bipeurs, pénétration du Hezbollah, ciblage de longue haleine du Guide. Un appareil militaire qui élabore pendant vingt ans des plans de contingence contre un encerclement ne fait rien d'autre que son métier ! L'avertissement émirati de septembre 2023 ne modifie pas cette structure : une inertie politique intéressée et une complicité produisent, là encore, la même observation. Il déplace le curseur d'un degré, de l'aveuglement d'appareil vers l'inertie du sommet, sans franchir la ligne qui sépare l'inaction de l'organisation.

Le deuxième problème est le coût, et il vaut désormais pour deux acteurs. Le 7 octobre a détruit la doctrine de dissuasion israélienne, coûté son poste au chef d'état-major, ruiné la crédibilité du renseignement, et imposé deux ans de contrainte opérationnelle liée à la question des otages. Quant au parrain états-unien, il sort de la séquence avec ses arsenaux entamés pour quatre ans, sa capacité de dissuasion dans le Pacifique publiquement questionnée, sa position dans l'opinion régionale au plus bas niveau jamais mesuré, ses partenaires du Golfe en train de réévaluer le coût politique d'une coopération ouverte, et son propre électorat en train de se retourner sur la relation qui a rendu tout cela possible. Si c'était le prix consenti d'un plan, c'était un prix dont personne ne maîtrisait le montant, ni ne contrôlait la répartition, et dont une part se paie sur des théâtres que le plan ne mentionnait pas.

Le troisième problème est logique. L'affirmation selon laquelle "il n'y a pas de hasard dans ce domaine" n'est pas un constat empirique mais un axiome, et un axiome infalsifiable : si rien ne peut survenir par accident, aucune observation ne pourra jamais contredire la thèse, ce qui la place hors du champ de la preuve.

Il existe une formulation qui conserve l'essentiel de l'intuition sans en payer le coût analytique : l'étau était réel, sa rupture était planifiée de longue date dans le détail, et le 7 octobre a fourni la légitimité intérieure et internationale sans laquelle aucun de ces plans n'était exécutable - légitimité dont la section V a montré qu'elle fut ensuite entretenue, et par endroits fabriquée. C'est exactement le facteur limitant que Netanyahou avait lui-même identifié. L'attaque n'a peut être pas créé le projet ; elle a levé la seule contrainte qui l'empêchait.

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Benyamin Netanyahou, aussi bien que Donald Trump, sont arrivés au bout de leurs limites. Quelle que soit leur force militaire engagées, ils ont tous deux perdus politiquement. 
IX. Succès militaire, échec politique

Reste à évaluer le résultat, et c'est ici que l'analyse doit résister à la fascination pour la performance opérationnelle.

Le modèle appliqué à l'Iran reposait sur une hypothèse précise : la décapitation simultanée du sommet politique, militaire et religieux produirait un choc suffisant pour provoquer soit l'effondrement du régime, soit sa capitulation stratégique. Cette hypothèse ne s'est pas vérifiée. Un Conseil de direction intérimaire a été constitué dès le lendemain, et Sayed Mojtaba Khamenei a succédé à son père [39]. Le système a tenu institutionnellement.

Ce qu'il est advenu depuis relève d'une catégorie différente : certains diraient qu'il n'y a pas eu effondrement, mais que la décomposition sera lente. Le nouveau Guide n'est pas apparu publiquement depuis environ six mois. L'inflation dépasse 100 % sur les biens de consommation essentiels. Les allégations sur les luttes de factions se seraient intensifiées autour de la signature d'un mémorandum d'entente avec les États-Unis, que le bureau de l'Assemblée des experts a condamné le 2 août 2026 en dénonçant ce qu'il a qualifié de rumeurs de capitulation [40].

La conséquence, selon ces affirmations, est un régime affaibli, contesté, appauvri, mais debout - et désormais privé de la plupart des relais régionaux qui justifiaient l'opération.

Une capacité, pourtant, a survécu à la décapitation, et elle n'est pas mineure. Le détroit d'Ormuz est fermé depuis le 28 février 2026. Un régime dont le Guide a été tué, dont le commandant des Gardiens de la révolution et le ministre de la Défense ont été éliminés le même jour, et qui a perdu plus de quarante responsables en une seule vague de frappes, a conservé six mois durant le pouvoir d'interrompre le passage d'un cinquième du pétrole mondial. Ni la supériorité aérienne israélienne, ni la puissance navale états-unienne n'ont su lui retirer ce pouvoir. C'est la mesure la plus exacte de l'écart entre le résultat militaire et le résultat politique : on peut détruire un sommet sans réduire une capacité de nuisance, et c'est précisément cette réduction que la décapitation était censée obtenir.

Le bilan israélien n'est pas plus univoque. Trois ans après, aucune commission d'enquête d'État n'a été constituée sur le 7 octobre. Netanyahou a d'abord évoqué la guerre, puis contesté la légitimité de la Cour suprême appelée à en désigner le président, avant de faire adopter en première lecture, le 6 juillet 2026, une loi instituant une commission dont les six membres seront nommés par la Knesset - vote boycotté par une opposition dénonçant une instance dont les conclusions seraient écrites d'avance par ceux-là mêmes qu'elle devrait interroger [41]. Une commission civile indépendante a publié ses propres conclusions, en mai 2026, relevant des manquements fondamentaux imputables aux responsables de la coalition comme de l'opposition sur la décennie écoulée [42]. Les familles endeuillées, regroupées au sein du Conseil d'octobre, continuent d'en réclamer une véritable, dans un rapport dont le titre - Échec 2026 - dit assez qu'elles n'estiment pas le problème résolu [43].

Un État qui prétend avoir remporté la guerre régionale la plus complète de son histoire et se révèle incapable d'enquêter sur sa propre défaillance fondatrice n'a pas restauré sa sécurité. Il a échangé une vulnérabilité extérieure contre une crise de légitimité intérieure.

 André Chamy

[1] " Hurt by Houthi blockade, debt-ridden Eilat port seeks aid to help it stay afloat", Sharon Wrobel, The Times of Israel, July 17, 2025. " מנכ"ל נמל אילת : "הפסדנו כ-50 מיליון שקל, נערכים לפיטורי עובדים כבר השבוע"", דן רבן, Ynet, 21 juillet 2024.

[2] Chiffres de recettes, d'escales et de la saisie municipale repris de la couverture de presse israélienne de juillet 2025. La fermeture définitive intervient fin juillet 2025.

[3] Données Kpler reprises par Reuters, septembre 2026, pour la moyenne des transits ; Lloyd's List Intelligence pour le décompte du mois de mars 2026. Sur la paralysie du détroit, le cessez-le-feu d'avril et la réouverture conditionnelle de juin, voir la note de situation du Centre d'études stratégiques de la Marine, juillet 2026. Le commandement central états-unien a contesté la qualification de fermeture, en relevant le maintien de passages isolés.

[4] Sur la doctrine périphérique et son renversement après 1979, voir Treacherous Alliance : The Secret Dealings of Israel, Iran, and the United States, Trita Parsi, Yale University Press (2007).

[5] Entretien de Benjamin Netanyahou : " Exclusive : Netanyahu at War", Eric Cortellessa, Time Magazine, August 8, 2024.

[6] A Clean Break : A New Strategy for Securing the Realm ( Une rupture nette : une nouvelle stratégie pour sécuriser le royaume d'Israël), Institute for Advanced Strategic and Political Studies, 1996. Groupe de travail présidé par Richard Perle.

[7] " Special Briefing on Travel to the Middle East and Europe", Condoleezza Rice, Department of State, July 21, 2006.

[8] " Prime Minister Benjamin Netanyahu's Address to the UN General Assembly", Prime Minister Office, September 26, 2023.

[9] " Israel-Saudi Arabia : Netanyahu promotes normalisation with new map erasing Palestine", Middle East Eye, September 22, 2023.

[10] " Netanyahu : Money to Hamas part of strategy to keep Palestinians divided", Lahav Harkov, The Jerusalem Post, March 12, 2019. Une formulation plus abrupte de ces propos circule largement, attribuée à une réunion du groupe Likoud de mars 2019 et rapportée par Haaretz ; sa chaîne de sourçage a été contestée, notamment quant à l'identité du témoin cité. La version rapportée par le Jerusalem Post à la date des faits est indépendante de cette controverse. Cette affaire a été largement discutée dans le livre de l'ancien ministre de la Justice, contre le vent. חיים רמון, נגד הרוח, ידיעות ספרים, 2020.

[11] Estimation de 1,3 milliard de dollars pour la période 2012-2021, reprise de la presse israélienne et internationale. Les montants exacts n'ont jamais fait l'objet d'une communication officielle israélienne. Le financement du Hamas par Benyamin Netanyahou est le thème de [הדרך לשבעה באוקטובר : בנימין נתניהו, הנצחת הסכסוך -והידרדרותה המוסרית של ישראל> pardes.co.il] (La route vers le 7 octobre : Benjamin Netanyahou, la fabrication du conflit sans fin et la dégradation morale d'Israël), de Adam Raz, éditions Pardès (2024).

[12] Déclaration d'Avigdor Lieberman rapportée par " Liberman : Netanyahu sent Mossad head, general to Qatar, 'begged' it to pay Hamas", The Times of Israel, February 22, 2020. Lieberman est un adversaire politique direct de Netanyahou ; ses déclarations doivent être pondérées en conséquence, mais elles n'ont pas été démenties sur les faits.

[13] Sur l'affaire dite du "Qatargate" : voir " "Qatargate" : Tout ce qu'il faut savoir sur l'affaire qui ébranle Netanyahu", Dany Moudallal, L'Orient-Le Jour, 2 avril 2025, et The Times of Israel, juillet 2026, pour l'état de la procédure.

[14] Le document "Mur de Jéricho" a été révélé par " Israel Knew Hamas's Attack Plan More Than a Year Ago", Ronen Bergman & Adam Goldman, New York Times, November 30, 2023. Les courriels de l'analyste de l'unité 8200 et la réponse du colonel de la division de Gaza proviennent de la même enquête.

[15] " Revealed : Netanyahu Received an Explicit Warning Days Before Oct. 7. He Didn't Brief Israel's Security Chiefs", Shlomi Eldarand Ruth Yuval, Haaretz, September 8, 2026, rapporte le livre de Shlomi Eldar et Ruth Yuval,  חטופים - 843 ימים של הפקרה (Enlevé : 843 jours d'abandon), le titre est parfois rendu par Kidnapped dans la presse anglophone. Les auteurs disent s'appuyer sur des entretiens avec plusieurs dizaines de sources, dont trois responsables étrangers de haut rang informés du contenu de l'entretien et un conseiller palestinien de Mohammed ben Zayed ayant eu une connaissance directe de celui-ci. Sollicité par le journal, le président émirati n'a pas répondu.

[16] Communiqué du cabinet du Premier ministre israélien, 8 septembre 2026. Sur les menaces de poursuites, la demande d'enquête pénale formulée par le Likoud et les réactions de l'opposition, voir la couverture du Times of Israel, d'Israel Hayom et du Guardian, 8-9 septembre 2026. Le scrutin israélien est fixé au 27 octobre 2026. Sur l'avertissement égyptien, antérieurement documenté, voir les déclarations d'Abbas Kamel et la couverture d'octobre 2023.

[17] Révision du bilan israélien annoncée le 10 novembre 2023 par le porte-parole du ministère des Affaires étrangères. " Israël revoit le bilan des morts du 7 octobre à la baisse", The Times of Israel, Novembre 11, 2023.

[18] " Israël : l'attaque du 7 octobre a fait 1163 morts, selon un nouveau bilan", AFP, 11 février 2024.

[19] " Mission report. Official visit of the Office of the SRSG-SVC to Israel and the occupied West Bank. 29 January - 14 February 2024", Office of the special representative of the secretary general on sexual violence in conflicts (Rapport de mission de Pramila Patten, représentante spéciale du Secrétaire général des Nations unies chargée de la question des violences sexuelles en période de conflit). Sur la controverse relative à l'enquête " Israel Expresses Regret for 'Unintended Harm' to Civilians in Gaza Airstrike", Aaron Boxerman, Isabel Kershner & Thomas Fuller, New York Times, December 28, 2023, voir notamment les mises en cause de ""Between the Hammer and the Anvil". The Story Behind the New York Times October 7 Exposé", Jeremy Scahill, Ryan Grim & Daniel Boguslaw, The Intercept, February 28, 2024.

[20] " IDF Ordered Hannibal Directive on October 7 to Prevent Hamas Taking Soldiers Captive", Yaniv Kubovich, Haaretz, July 7, 2024. L'armée israélienne a confirmé l'application de la procédure à Erez, Re'im et Nahal Oz ; une source de haut rang citée par le quotidien indique ne pas savoir de quel échelon provenaient les ordres.

[21] " Rapport de la Commission d'enquête internationale indépendante sur le Territoire palestinien occupé et Israël", 12 juin 2025.

[22] Décompte établi par l'AFP à partir des données de la Sécurité sociale israélienne (Bitouah Leoumi), de l'armée, de la police, du Shin Bet et des services du Premier ministre. L'agence précise que ces données ne permettent pas de distinguer les victimes du Hamas de celles des forces israéliennes. Sur la reconnaissance par l'armée d'un nombre "immense et complexe" d'incidents de tir fratricide, voir Ynet, avril 2024.

[23] " Israeli Security Establishment : Hamas Likely Didn't Have Advance Knowledge of Nova Festival", Josh Breiner, Haaretz, November 18, 2023, citant une source policière anonyme. Mise au point ultérieure de la police israélienne, reprise notamment dans " Israeli girl's death brings army's 'Hannibal Protocol' back into focus", Dawn, November 27, 2023. Les 364 morts mentionnés dans le même article - chiffre porté à 378 par l'enquête interne de Tsahal présentée aux familles en avril 2025 - sont le total des victimes du site, toutes causes confondues.

[24] Elizabeth Tsurkov, enquête publiée par Foreign Policy en 2018, pour le détail du soutien matériel et financier ; rapports trimestriels de la FNUOD au Conseil de sécurité, à partir de 2013, pour les observations de terrain. Déclarations de Gadi Eisenkot, The Times of Israel, janvier 2019. Les groupes les plus cités sont Fursan al-Joulan et le Liwa Omar bin al-Khattab.

[25] Frappes conjointes israélo-états-uniennes du 28 février 2026 ; mort d'Ali Khamenei confirmée par les médias d'État iraniens le 1er mars. Voir CNN et Bloomberg, 28 février 2026.

[26] Liste des responsables tués communiquée par l'armée israélienne et reprise par NBC News, mars 2026.

[27] " Six Reasons Why the United States Is Low on Munitions", Mark F. Cancian & Chris H. Park, Center for Strategic and International Studies, July 31, 2026 ; estimations établies à partir des documents budgétaires transmis au Congrès, 2026.

[28] " US has used 'virtually all' of its long-range precision missiles during Iran war, sources say", Erin Banco, Mike Stone & Jonathan Landay, Reuters, August 4, 2026, sur l'épuisement des stocks d'ATACMS et de PrSM.

[29] Demande de financement d'urgence du Pentagone pour l'exercice 2026, " Pentagon Seeks $18.2 Billion in War Funds for Interceptors", Anthony Capaccio, Bloomberg, July 31, 2026.

[30] Estimations du CSIS sur les délais de reconstitution des inventaires.

[31] " $35 Billion THAAD Seven-Year Procurement Award Propels Acceleration of Critical Missile Defense Interceptor Production", Contrat Lockheed Martin de sept ans signé en juin 2026, visant à porter la production annuelle d'intercepteurs THAAD de 96 à 400 unités.

[32] The Soufan Center, " Depleted U.S. Stockpiles Raise Strategic Risks" note du 28 août 2026, sur le redéploiement de lanceurs THAAD et de batteries Patriot depuis la péninsule coréenne.

[33] Heritage Foundation, rapport de janvier 2026 sur la profondeur des stocks d'intercepteurs américains face à un conflit de haute intensité dans l'Indo-Pacifique. " TIDALWAVE : Strategic Exploitation and Sustaininent in a U.S.-China Conflict", Robert Greenway & Anna Gustafso, The Heritage Foundation, January 16, 2026.

[34] Argument développé notamment par David Axe dans The Strategist, mars 2026. " Opportunity for China : US depletes interceptor stocks in Middle East", David Axe, Australian Strategic Policy Institute, 6 Mar 2026.

[35] Arab Barometer, vague 2023-2024. L'enquête tunisienne était en cours de terrain au moment de l'attaque, ce qui fournit une mesure avant/après rare : 40 % d'opinions favorables aux États-Unis avant le 7 octobre, 10 % au 27 octobre 2023. Pour les autres pays, comparaison avec les enquêtes antérieures au 7 octobre. Voir la synthèse du Middle East Council on Global Affairs, 12 décembre 2024.

[36] " America Has Lost the Arab World", Amaney A. Jamal et Michael Robbins, Foreign Affairs, 7 avril 2026, à partir d'enquêtes Arab Barometer conduites en Égypte, en Irak, en Jordanie, au Liban, au Maroc, dans les Territoires palestiniens, en Syrie et en Tunisie entre août et novembre 2025 - soit après la guerre de douze jours de juin 2025 et avant l'opération de février 2026. Sauf indication contraire, les chiffres cités dans les trois paragraphes qui suivent proviennent de cette source. Les auteurs codirigent Arab Barometer, ce qui donne à l'article valeur de présentation de données autant que de commentaire.

[37] Déclarations de J. D. Vance dans "The Joe Rogan Experience ", 15 juillet 2026 ; couverture par The Times of Israel et Al Jazeera le 16 juillet 2026. Sur l'entrevue avec Netanyahou à Blair House, Axios, 30 juillet 2026. Le mémorandum d'entente états-uno-iranien de juin 2026, sur lequel la section IX revient, s'est effondré quelques semaines après sa signature.

[38] " Israelis No Longer Ahead in Americans' Middle East Sympathies", sondage Gallup du 27 février 2026 : pour la première fois depuis le début de la série en 2001, les sympathies US ne penchent plus du côté israélien. Les chiffres précis de la répartition varient d'une reprise de presse à l'autre et ne sont pas retenus ici. Pew Research Center, enquête d'avril 2026, pour les opinions défavorables à Israël et leur ventilation par âge au sein de l'électorat républicain.

[39] Constitution du Conseil de direction intérimaire le 1er mars 2026, en application de l' article 111 de la Constitution de la République islamique.

[40] Communiqué du bureau de l'Assemblée des experts du 2 août 2026. Ces éléments proviennent pour partie de sources liées au Conseil national de la résistance iranienne, organisation d'opposition en exil dont les publications sont partisanes ; leur contenu factuel demande recoupement, en particulier sur les indicateurs économiques.

[41] " En Israël, le Parlement adopte en première lecture la création d'une commission d'enquête sur le 7-Octobre", franceinfo, 6 juillet 2026.

[42] Conclusions de la commission d'enquête civile indépendante, présentées en mai 2026 sous la direction d'Ofer Rosenbaum.

[43] " ועדת החקירה האזרחית לחקר אסון השבעה באוקטובר", août 2026. Lire cette étude antérieure, en anglais, qui a influencé le rapport : " The Use of the Terms "Failure" and "Responsibility" Following the October 7 Attack and their Impact on the Discourse Space between the Political and Military Echelons" (Confession et évasion - l'utilisation des termes "échec" et "responsabilité" à la suite de l'attaque du 7 octobre et de leur impact sur l'espace de discours entre l'échelon politique et l'échelon militaire), par Carmit Padan & Kobi Michael, Décember 2025.

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