
๐'๐ข๐ช รฉ๐ค๐ณ๐ช๐ต ๐ค๐ฆ ๐ต๐ฆ๐น๐ต๐ฆ ๐ฆ๐ฏ ๐ซ๐ข๐ฏ๐ท๐ช๐ฆ๐ณ 2024, ๐ญ๐ฐ๐ณ๐ด ๐ฅ๐ฆ ๐ฏ๐ฐ๐ต๐ณ๐ฆ ๐ฑ๐ณ๐ฆ๐ฎ๐ชรจ๐ณ๐ฆ ๐ฏ๐ถ๐ช๐ต ๐ด๐ฐ๐ถ๐ด ๐ญ๐ข ๐ต๐ฆ๐ฏ๐ต๐ฆ.
ร ๐ค๐ฆ๐ต๐ต๐ฆ รฉ๐ฑ๐ฐ๐ฒ๐ถ๐ฆ, ๐ซ๐ฆ ๐ฑ๐ฆ๐ฏ๐ด๐ข๐ช๐ด ๐ฒ๐ถ๐ฆ ๐ญ๐ข ๐ต๐ฆ๐ฏ๐ต๐ฆ ๐ฏ๐ฆ ๐ด๐ฆ๐ณ๐ข๐ช๐ต ๐ฒ๐ถ'๐ถ๐ฏ๐ฆ รฉ๐ต๐ข๐ฑ๐ฆ ๐ฑ๐ณ๐ฐ๐ท๐ช๐ด๐ฐ๐ช๐ณ๐ฆ, ๐ฒ๐ถ๐ฆ ๐ฒ๐ถ๐ฆ๐ญ๐ฒ๐ถ๐ฆ๐ด ๐ซ๐ฐ๐ถ๐ณ๐ด ๐ฐ๐ถ ๐ฒ๐ถ๐ฆ๐ญ๐ฒ๐ถ๐ฆ๐ด ๐ด๐ฆ๐ฎ๐ข๐ช๐ฏ๐ฆ๐ด ๐ฑ๐ข๐ด๐ด๐ฆ๐ณ๐ข๐ช๐ฆ๐ฏ๐ต, ๐ฑ๐ถ๐ช๐ด ๐ฒ๐ถ๐ฆ ๐ฏ๐ฐ๐ถ๐ด ๐ณ๐ฆ๐ฏ๐ต๐ณ๐ฆ๐ณ๐ช๐ฐ๐ฏ๐ด ๐ค๐ฉ๐ฆ๐ป ๐ฏ๐ฐ๐ถ๐ด.
๐๐ฆ ๐ฏ๐ฆ ๐ด๐ข๐ท๐ข๐ช๐ด ๐ฑ๐ข๐ด ๐ฒ๐ถ๐ฆ ๐ค๐ฆ๐ต๐ต๐ฆ ๐ฏ๐ถ๐ช๐ต ๐ฏ๐ฆ ๐ด๐ฆ๐ณ๐ข๐ช๐ต ๐ฑ๐ข๐ด ๐ถ๐ฏ๐ฆ ๐ฏ๐ถ๐ช๐ต ๐ฑ๐ข๐ด๐ด๐ข๐จรจ๐ณ๐ฆ, ๐ฆ๐ต ๐ฒ๐ถ๐ฆ ๐ญ๐ข ๐ต๐ฆ๐ฏ๐ต๐ฆ ๐ฅ๐ข๐ฏ๐ด ๐ญ๐ข๐ฒ๐ถ๐ฆ๐ญ๐ญ๐ฆ ๐ฏ๐ฐ๐ถ๐ด รฉ๐ต๐ช๐ฐ๐ฏ๐ด ๐ฆ๐ฏ๐ต๐ณรฉ๐ด ๐ฑ๐ณ๐ฐ๐ท๐ช๐ด๐ฐ๐ช๐ณ๐ฆ๐ฎ๐ฆ๐ฏ๐ต ๐ฅ๐ฆ๐ท๐ช๐ฆ๐ฏ๐ฅ๐ณ๐ข๐ช๐ต, ๐ข๐ถ ๐ง๐ช๐ญ ๐ฅ๐ฆ๐ด ๐ซ๐ฐ๐ถ๐ณ๐ด, ๐ฅ๐ฆ๐ด ๐ฎ๐ฐ๐ช๐ด ๐ฆ๐ต ๐ฅ๐ฆ๐ด ๐ข๐ฏ๐ฏรฉ๐ฆ๐ด, ๐ญ๐ฆ ๐ญ๐ช๐ฆ๐ถ ๐ฅ'๐ถ๐ฏ๐ฆ ๐ท๐ช๐ฆ ๐ฆ๐ฏ๐ต๐ชรจ๐ณ๐ฆ ๐ฅ๐ฆ ๐ฅรฉ๐ฑ๐ญ๐ข๐ค๐ฆ๐ฎ๐ฆ๐ฏ๐ต.
๐๐ถ๐ซ๐ฐ๐ถ๐ณ๐ฅ'๐ฉ๐ถ๐ช, ๐ฆ๐ฏ ๐ณ๐ฆ๐ฑ๐ถ๐ฃ๐ญ๐ช๐ข๐ฏ๐ต ๐ค๐ฆ ๐ต๐ฆ๐น๐ต๐ฆ, ๐ด๐ฆ๐ด ๐ฎ๐ฐ๐ต๐ด ๐ฎ๐ฆ ๐ฑ๐ข๐ณ๐ข๐ช๐ด๐ด๐ฆ๐ฏ๐ต ๐ต๐ณรจ๐ด ๐ฅ๐ช๐ง๐งรฉ๐ณ๐ฆ๐ฏ๐ต๐ด...
๐๐ฆ ๐ฒ๐ถ๐ฆ ๐ซ'รฉ๐ค๐ณ๐ช๐ท๐ข๐ช๐ด ๐ข๐ญ๐ฐ๐ณ๐ด ๐ด๐ถ๐ณ ๐ญ๐ข ๐ต๐ฆ๐ฏ๐ต๐ฆ ๐ฏ'รฉ๐ต๐ข๐ช๐ต ๐ฒ๐ถ๐ฆ ๐ญ๐ฆ ๐ฅรฉ๐ฃ๐ถ๐ต ๐ฅ'๐ถ๐ฏ๐ฆ ๐ญ๐ฐ๐ฏ๐จ๐ถ๐ฆ ๐ฉ๐ช๐ด๐ต๐ฐ๐ช๐ณ๐ฆ ๐ฅ๐ฐ๐ฏ๐ต ๐ฏ๐ฐ๐ถ๐ด ๐ฏ๐ฆ ๐ค๐ฐ๐ฏ๐ฏ๐ข๐ช๐ด๐ด๐ช๐ฐ๐ฏ๐ด ๐ฑ๐ข๐ด ๐ฆ๐ฏ๐ค๐ฐ๐ณ๐ฆ ๐ญ๐ข ๐ง๐ช๐ฏ.
๐๐๐ซ๐ฌ ๐ฅ๐ ๐ญ๐๐ง๐ญ๐...
๐๐๐๐๐ก
La tente a รฉtรฉ notre premiรจre vรฉritable รฉpreuve de la vie de dรฉplacรฉs. C'รฉtait la premiรจre fois que nous quittions une maison avec des murs et des portes pour une simple toile, incapable mรชme de nous protรฉger du froid de l'hiver.
Aprรจs que la famille du poรจte nous eut accueillis chez elle pendant deux mois, j'ai commencรฉ ร sentir que notre sรฉjour allait se prolonger, et que la guerre ne serait pas ces quelques jours que nous espรฉrions voir passer rapidement, mais une guerre longue dont nous ne savions pas quand elle prendrait fin.
Il n'รฉtait plus raisonnable de rester davantage chez cette famille, mรชme s'ils รฉtaient trรจs attristรฉs ร l'idรฉe de notre dรฉpart et ne voulaient pas que nous partions. Mais j'รฉtais dรฉterminรฉ.
Nous devions devenir autonomes et leur laisser un peu d'espace et de tranquillitรฉ dans leur propre maison. Il n'รฉtait pas possible de rester leurs invitรฉs indรฉfiniment.
Je n'ai pas cherchรฉ d'appartement, car rien n'รฉtait garanti. On ne savait pas oรน les bombardements auraient lieu le lendemain, ni quel endroit deviendrait sรปr ou dangereux.
Nous avons donc dรฉcidรฉ d'installer une tente dans l'un des camps, en espรฉrant qu'elle serait mieux adaptรฉe ร notre nouvelle rรฉalitรฉ.
Aprรจs quelques recherches, j'ai trouvรฉ un terrain dans le secteur d'Al-Fadila, au nord de Tal Al-Sultan, prรจs de ma belle-famille.
Je l'ai dรฉlimitรฉ avec des poteaux en bois et des morceaux de tissu. J'ai achetรฉ le bois, fait venir un ouvrier, et nous avons commencรฉ ร construire la tente.
Je l'aidais et lui donnais quelques indications, lorsqu'il s'est mis ร plaisanterย :
"Ingรฉnieur, ce n'est qu'une tente, pas du bรฉtonย ! Et puis, dans quelques jours, on sera de retour chez nous..."
J'ai ri ce jour-lร , mais ses paroles sont restรฉes gravรฉes en moi.
J'รฉtais triste.
๐๐ ๐ฆ๐ ๐๐๐ฆ๐๐ง๐๐๐ข๐ฌย : ๐ฃ๐ฎ๐ฌ๐ช๐ฎ'๐จ๐ฎฬ ๐๐ง ๐ฬ๐ญ๐ข๐จ๐ง๐ฌ-๐ง๐จ๐ฎ๐ฌ ๐๐ซ๐ซ๐ข๐ฏ๐ฬ๐ฌย ? ๐๐ญ ๐ฃ๐ฎ๐ฌ๐ช๐ฎ'๐จ๐ฎฬ ๐ง๐จ๐ญ๐ซ๐ ๐ฏ๐ข๐ ๐ง๐จ๐ฎ๐ฌ ๐๐ฏ๐๐ข๐ญ-๐๐ฅ๐ฅ๐ ๐๐จ๐ง๐๐ฎ๐ข๐ญ๐ฌ ?
Nous qui vivions dans une maison, nous รฉtions dรฉsormais en train de construire une tente de quinze mรจtres carrรฉs pour en faire toute notre vie.
๐๐ฎ๐ข๐ง๐ณ๐ ๐ฆ๐ฬ๐ญ๐ซ๐๐ฌ ๐๐๐ซ๐ซ๐ฬ๐ฌ ๐ฌ๐๐ฎ๐ฅ๐๐ฆ๐๐ง๐ญ...
C'รฉtait le salon, la chambre ร coucher, la cuisine, la chambre des enfants, tout.
Quant aux toilettes, elles ne ressemblaient en rien ร celles auxquelles nous รฉtions habituรฉs.
Mais j'ai essayรฉ de les amรฉnager du mieux possible. Et elles รฉtaient effectivement meilleures que celles de nombreux autres dรฉplacรฉs autour de nous.
J'ai fabriquรฉ une cuvette ร partir d'un vieux seau de peinture, sur lequel j'ai fixรฉ un abattant de toilettes. J'ai รฉgalement fabriquรฉ une sorte de douchette rudimentaire ร partir d'un seau que j'ai suspendu ร un poteau en bois faisant partie de la structure des parois des toilettes.
Ce n'รฉtait pas une question de confort, mais une tentative de prรฉserver un minimum d'hygiรจne et de nous adapter, autant que possible, ร notre nouvelle rรฉalitรฉ.
Les toilettes รฉtaient entourรฉes de parois en plastique noir, avec un toit รฉgalement en plastique, ร cรดtรฉ de la tente, en plein air.
Et c'รฉtait l'hiver.
Cela signifiait que, la nuit, il fallait quitter la chaleur relative de la literie pour affronter le froid glacial et se rendre dans des toilettes sans lumiรจre, sans รฉlectricitรฉ, sans intimitรฉ, sans rien qui ressemble aux conditions les plus รฉlรฉmentaires d'une vie humaine.
Quant au lavabo, c'รฉtait simplement un seau posรฉ sur un sac rempli de sable afin de le surรฉlever du sol, avec un robinet fixรฉ dessus.
Ce lavabo servait ร toutย : faire la vaisselle, se laver et rรฉpondre ร tous nos besoins quotidiens.
Pour les eaux usรฉes, nous avions creusรฉ une fosse d'infiltration dans le sol et l'avions recouverte d'une plaque de fer.
Tout รฉtait provisoire, rudimentaire, fabriquรฉ avec ce que nous avions ร notre disposition.
Et pourtant, nous essayions de faire de ces petits dรฉtails quelque chose qui ressemble ร une vie.

๐๐จ๐ฎ๐ฌ ๐๐ฬ๐๐จ๐ฎ๐ฏ๐ซ๐ข๐จ๐ง๐ฌ ๐๐๐๐ฎ๐๐จ๐ฎ๐ฉ ๐๐ ๐๐ก๐จ๐ฌ๐๐ฌ ๐ช๐ฎ๐ข ๐ง๐ ๐ฌ๐ ๐ฆ๐๐ฌ๐ฎ๐ซ๐๐ข๐๐ง๐ญ ๐ฉ๐ฅ๐ฎ๐ฌ ๐ฌ๐๐ฅ๐จ๐ง ๐ฅ๐๐ฌ ๐๐ซ๐ข๐ญ๐ฬ๐ซ๐๐ฌ ๐๐ ๐ฅ๐ ๐ฏ๐ข๐ ๐ช๐ฎ๐ ๐ง๐จ๐ฎ๐ฌ ๐๐ฏ๐ข๐จ๐ง๐ฌ ๐๐จ๐ง๐ง๐ฎ๐ ๐๐ฎ๐ฉ๐๐ซ๐๐ฏ๐๐ง๐ญ... ๐ฆ๐๐ข๐ฌ ๐ฌ๐๐ฅ๐จ๐ง ๐ฎ๐ง ๐ฌ๐๐ฎ๐ฅ ๐๐ซ๐ข๐ญ๐ฬ๐ซ๐ย :
๐๐จ๐ฎ๐ฏ๐ข๐จ๐ง๐ฌ-๐ง๐จ๐ฎ๐ฌ ๐ฌ๐ฎ๐ฉ๐ฉ๐จ๐ซ๐ญ๐๐ซ ๐๐๐ฅ๐ ๐จ๐ฎ ๐ง๐จ๐ง ?
Nous avons terminรฉ la tente aprรจs une longue journรฉe de travail.
Je suis retournรฉ le soir chez la famille du poรจte et je leur ai ditย :
"Demain, nous partirons."
Ils รฉtaient en colรจre et attristรฉs. Notre dรฉpart leur faisait aussi mal qu'ร nous, mais il le fallait.
Le lendemain matin, nous avons rassemblรฉ nos affaires et les avons chargรฉes dans la voiture.
Ce fut un vรฉritable jour d'adieu.
Les larmes coulaient, les mots รฉtaient rares, et la gratitude รฉtait trop grande pour รชtre exprimรฉe.
Ils avaient รฉtรฉ des hรดtes exceptionnels.
Ils nous avaient accueillis ร un moment oรน nous n'avions plus rien, sinon la peur et la fatigue. Ils avaient ouvert leur maison alors que de nombreuses portes s'รฉtaient refermรฉes devant nous.
Puis nous sommes partis vers les tentes.
๐๐ญ ๐ง๐จ๐ญ๐ซ๐ ๐ฏ๐ข๐ ๐๐ฏ๐๐ ๐ฅ๐ ๐ญ๐๐ง๐ญ๐ ๐ ๐๐จ๐ฆ๐ฆ๐๐ง๐๐ฬ.
C'รฉtait notre premiรจre nuit.
Aprรจs notre arrivรฉe et aprรจs avoir rangรฉ nos affaires ร l'intรฉrieur, il faisait froid.
Nous รฉtions tous assis ร l'intรฉrieur, regardant tantรดt le toit, tantรดt les parois, comme si nous essayions de comprendre ce nouvel endroit, ou peut-รชtre de nous convaincre que cet endroit pouvait devenir une maison.
Nous รฉtions silencieux.
Et chacun de nous avait la mรชme question en tรชteย :
๐๐จ๐ฆ๐ฆ๐๐ง๐ญ ๐๐ฅ๐ฅ๐จ๐ง๐ฌ-๐ง๐จ๐ฎ๐ฌ ๐ฏ๐ข๐ฏ๐ซ๐ ๐ข๐๐ข ?
Il n'y avait pas de rรฉponse.
Nous n'avions simplement pas le choix.
Cette nuit-lร , je me suis allongรฉ sur le sol de la tente, mais mon esprit รฉtait restรฉ dans la maison...
Dans ma chambre, ses murs, ses petits dรฉtails, toutes ces choses que nous considรฉrions comme ordinaires et dont nous n'avions compris la valeur qu'aprรจs les avoir perdues.
Je fermais les yeux, puis les rouvrais, en entendant le vent frapper les parois de la tente.
Et je me rรฉpรฉtais intรฉrieurementย :
๐๐ฎ๐๐ง๐ ๐๐ ๐๐๐ฎ๐๐ก๐๐ฆ๐๐ซ ๐ฉ๐ซ๐๐ง๐๐ซ๐-๐ญ-๐ข๐ฅ ๐๐ข๐ง ?
Je ne savais pas encore que cette nuit ne serait pas une nuit passagรจre, et que la tente dans laquelle nous รฉtions entrรฉs provisoirement deviendrait, avec le temps, le lieu d'une vie entiรจre de dรฉplacement.
๐๐ ๐ฃ๐๐ง๐ฏ๐ข๐๐ซ ๐๐๐๐
๐๐๐ฌ ๐ญ๐๐ง๐ญ๐๐ฌ - ๐๐๐๐๐ก
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